BROCELIANDE, de Doug Headline (France – 2002) : Scooby-Doo, Where Are You ?

Publié le par Le Marquis

Ce nom est la Mort, Shaggy... (Le Marquis)

 

Alors qu’une université entreprend de curieuses fouilles archéologiques sur le site de Brocéliande, les étudiants sont confrontés à une série de meurtres étranges et pénétrants.

Allez, on souffle un grand coup et on replonge dans une nouvelle tentative de film de genre à la française. On découvre cette fois le long-métrage de Doug Headline, réalisateur d’un documentaire amusant diffusé il y a quelques années sur Canal + (« Les deniers du culte »). La première partie du film est pour le moins tiède : mise en scène élégante mais franchement impersonnelle et mécanique, casting de jeunes acteurs peu convaincants (Cylia Malki est encore celle qui s’en sort le mieux, sans pour autant fournir une interprétation vraiment intéressante) dans des rôles, une fois de plus, fortement typés et artificiels – c’est souvent le cas dans les films de genre, me direz-vous, mais ces personnages sonnent particulièrement faux, comme souvent en France (allez savoir pourquoi).

Le meilleur moyen de passer le temps devant cette première partie reste encore de relever les incessants « hommages » au cinéma de Dario Argento – j’en ai rarement vu autant et à ce point concentrés, au rythme d’une reprise toutes les deux minutes. Malaise dans un amphithéâtre, corbeau prisonnier d’une armoire à glace, témoin oculaire d’un meurtre avec détail révélateur impossible à identifier, la victime proférant des paroles qui ne seront « entendues » qu’à point nommé en fin de parcours, mains gantées de noir, prénom murmuré dans le silence d’une bibliothèque désertique, etc., ad lib, n’en jetez plus. Aimer Argento, c’est parfait, je ne suis pas le dernier. Lui rendre hommage, pourquoi pas, rien ne l’interdit dans le code civil et ça fait toujours plaisir. Mais à ce stade, cela relève du remplissage pur et simple, du style emprunté dans tous les sens du terme, d’autant plus que ce jeu référentiel s’inscrit laborieusement dans un écrin qui ne s’y prête pas vraiment – à base de néo-druides et de gros monstres casqués. S’inscrire à ce point dans le style d’un autre, n’est-ce pas dissimuler pathétiquement sa propre absence de style ? Si Doug me lit, il va certainement mal le prendre, mais j’aurais vraiment aimé qu’il me donne autre chose à voir de lui-même que cette photocopie de photocopie de photocopie de… Construire une œuvre référentielle ne dispense pas de faire preuve de personnalité, et sans forcément attendre d’un premier long-métrage sous influence un résultat de la trempe d’un De Palma, avouez qu’on est quand même en droit d’espérer une alchimie honnête qui puisse se suffire à elle-même. 


Quitte à faire du Argento, il aurait aussi fallu aller au bout de la démarche et fournir des efforts pour conférer au métrage un peu de folie, de baroque et d’expérimentation. Au lieu de quoi on a droit, dans la dernière partie du film, à une partie de cache-cache indigeste dans les décors surfaits d’une nécropole souterraine qui ressemble à une attraction de Disneyworld, les jeunes héros (et leur vieux professeur parfaitement dispensable) étant poursuivis par de méchants apprentis-druides (avec révélations sur leur identité aussi prévisible que plate ?), mais aussi par une créature assez belle qui pourrait presque convaincre si elle n’était pas combattue par les étudiantes à grands coups de kickboxing façon Buffy. Plus le film progresse, plus la mise en scène se délite et devient filandreuse et maladroite (le montage des castagnes est assez désastreux), s’achevant sur un ton artificiel et hautement insatisfaisant.

Bon, c’est mieux que l’infect PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS – quel exploit – mais force est de constater qu’il nous reste bien du chemin à parcourir avant de mettre le doigt sur un brin d’inventivité, d’inspiration, de spontanéité dans ces tentatives paralysées par leur allégeance servile aux cinéastes qui ont nourri leur passion pour le genre, pourries par leur propre volonté d’en mettre plein les yeux… en se reposant, que dis-je, en s’avachissant sur des story-boards qui confèrent à ces oeuvrettes, dans le meilleur des cas, une technicité tape-à-l’œil, en les détournant immanquablement d’un réel travail de montage et de mise en scène. C’est bien simple, si je m’écoutais, je circulerais sur les plateaux pour confisquer ces versions BD du film à tourner, ne serait-ce que pour obliger les metteurs en scène à se lâcher un peu, à cesser de s’appuyer sur des pré-visualisations indigestes qui n’accouchent que de films lourds, engoncés, totalement dénués de rythme et de personnalité (autant regarder Maïté courir le 100 mètres dans une piscine). Parce que, pour le reste, on a déjà dans nos cartons INFERNO, OPERA, SUSPIRIA et toute l’œuvre de Dario Argento : quel est l’intérêt, l’objectif, la raison d’être d’un film comme BROCELIANDE ? Personnellement, je n’en vois pas l’ombre.

J’ai encore été très dur, c’est vrai, mais qu’est-ce que vous voulez, c’est le cœur qui parle… La prochaine fois, Doug Headline fera peut-être son propre film, sans vouloir imiter Dario, sans chercher à synthétiser en un seul coup de rein la filmographie d’un cinéaste achevé et ce dès son premier long-métrage. Et sans story-boards, merci, ça nous changera agréablement. Je ne veux pas dire par là que BROCELIANDE est un navet, il a les qualités de ses défauts dirais-je si j’étais un peu indulgent – mais là, je n’ai pas envie de l’être : je préfère mille fois un film à moitié raté qui prend des risques (ne serait-ce que celui de la spontanéité) à cette purée mousseline trois fois réchauffée.

Le Marquis

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Publié dans Corpus Analogia

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Labbe 24/10/2005 01:04

Le film brocéliande ne méritait pas mais vraiment pas de figurer en seconde partie de soirée sur TF1.
Ce truc ne mérite pas la dénomination de film, c'est un navet, aucune originalité du réalisateur, aucun suspens, tout est prévisible du début à la fin. Les pseudo scènes de combat sont nulles. Le soi disant monstre est un copie de Alien, la scène de la douche est trop vue et revue.
franchement, le réalisateur n'a pas fait quelque chose d'original ou de recherche pour ce truc.
On s'ennuie du début à la fin, les scènes sont totalement prévisible,s'en est navrant.
Encore un film français à mettre au placard et à ne pas sortir, même sous quelconque prétexte.
Pourquoi TF1 a diffusé ce truc, c'est de l'argent gaspillé.
Les critiques sont plus que méritées.

AUDE WIE 24/08/2005 02:07

MDRrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr!
continue tu m'explose et Marquis t'en remets une couche mon bon !
lol

le gros lourd 19/08/2005 16:46

le punch, la precision, la classe... ding ding, round 2.