THE MACHINIST de Brad Anderson: Même Pas Mal!

Publié le par Dr Devo

Chers Gens,

 

 

Grâces soient rendues à Christian Bale et à ses descendants pour 7 générations! Voilà, c'est tout!

 

 

Le héros du film "The Machinist" de Brad Anderson, dont je n'avais jamais vu un seul film, malgré la présence de "Happy Accidents" dans la dévédéthéque, est déjà largement connu de nos services. C'est un acteur rigoureux, polymorphe, original, et le croiser dans un film, même moyen, c'est toujours un plaisir. Pour ceux qui ne le connaissent pas, allez jeter un oeil sur le très beau "American Psycho". C'est un grand parmi les grands, sans conteste.

 

 

Polymorphe, certes. Mais là, Christian Bale nous tire une sacrée épine du pied, et grâce à lui, un certain type de discours sur les films et les acteurs va prendre fin de manière définitive. Halleluyah! S'il y a bien un truc que je déteste, c'est l'utilisation de performances chiffrées pour vendre un film. Brad Pacino a pris des cours de kung-fu pendant deux ans pour le rôle, Al Pitt a pris vingt-cinq kilos pour incarner le légendaire boxer, et Jean-Claude DeNiro (ça fait rêver, hein? après tout lequel est meilleur acteur : Jean-Claude ou DeNiro?) a passé six mois dans un commissariat du Bronx pour tenir son revolver dans "Le Flic de Berverly Hills 12", etc... Tout ça, on s'en fout. Encore une façon de ne pas parler de cinéma quand on parle des films, et de faire pression sur le petit cerveau de ce bête spectateur en l'obligeant à voir tel film. De la promo et rien de plus. Bob Hoskins est sublime en kidnappeur de jeunes filles pervers dans le "Voyage de Felicia", rien qu'en enfilant un imper, et Christopher Walken est encore plus terrifiant que d'habitude dans "Batman Returns" avec seulement un peu de poudre blanche sur le visage. Même Marion Cotillard est très bien dans "Innocence", ce magnifique film qui est en train de rejoindre les oubliettes de l'histoire du cinéma (et sur lequel j'ai consacré un article il y a quelques jours), après seulement deux semaines d'exploitation! Courez le voir! Marion Cotillard, l'affreuse greluche de la trilogie "Taxi"! Rendez-vous compte! Et bien, elle est très bien et en plus je suis sûr qu'elle n'a pas passé un an chez les danseurs de l'Opéra de Paris pour jouer ce rôle de prof de danse! Heureusement, tout ça, c'est fini, grâce à Christian Bale qui pulvérise tous les records et tous les compteurs. On pourra pas faire mieux, ni pousser son corps plus loin. Messieurs les distributeurs, trouvez d'autres arguments que celui de la "performance". A bon entendeur, salut!

 

 

Bien. Parlons de cinéma maintenant. "The Machinist" est un film qui... Au passage, Messieurs les Distributeurs, vous auriez pu faire un effort pour traduire le titre, non? Faîtes-nous un peu confiance, on serait allé voir le film même s'il s'était appelé "Le Machiniste". Si vous aviez appelé le film "L'ouvrier Spécialisé", j'aurais râlé, mais là quand même... "The Machinist" donc. Ça commence magnifiquement. D’ailleurs, je remarque que, parmi les films vus au cinéma ces derniers mois, il y a beaucoup de sublimes démarrages : "L'Autre Rive" (mais ça s'arrête après le générique! Voir l'article sur ce film), "Innocence" encore une fois, et ici "The Machinist". De très beaux efforts pour un résultat qui souvent vous happe dans le film de manière spectaculaire. Passons. Ça commence bien, dis-je. D'abord par écran noir, un tout petit peu trop long (7 ou 8 secondes), très anxiogène. Puis un son qui démarre avec le premier carton. Brrr... Les images qui suivent sont très belles. Christian Bale enroule un cadavre dans un tapis, puis s'approche de la fenêtre. Beau reflet et visage terrifiant. C'est qui le gars dans le plan? Ben, ça doit être Christian Bale... VOUS N'AVEZ JAMAIS VU ÇA! Le visage creusé, anémié et tuméfié, en reflet donc, et avec une chemise grise et bleue rayée. Une image concentrationnaire en pleine cité urbaine. On a très peur. Le reste de la séquence est à l'avenant, taillée au cordeau, notamment dans l'utilisation de champs et contrechamps subtils, et c'est rien de le dire, et un joli rythme. Chapeau Bas, et pour l'oeil du vrai cinéphile, le Frisson et l'Angoisse sont plus que jamais au rendez-vous.

 

 

Le personnage de Christian Bale, donc, a tué sans doute quelqu'un, l'a enroulé dans un tapis et, prés d'une zone en friche, va le jeter dans la mer. Générique et flash-back. Bale fabrique des petites pièces en fer. Il est tourneur et épouvantablement maigre. 54 kilos pour une taille très respectable. Il flotte dans ses vêtements. L'atelier dans lequel il travaille est une usine remplie de bruit, de fer et d'éclair. On reconnaît parmi ses collègues une silhouette massive alliée à une voix familière. Impressionnant collègue. J'y reviendrai. La première bobine nous présente le corps de Bale, c'est à dire une vague pellicule de peau sur beaucoup d'os. Impressionnant. On ne fera jamais mieux. Je crois que Bale est très bien soutenu par un maquillage astucieux (et peut-être par un peu de retouche numérique), mais bon, il enfonce tout le monde et de très loin. A moins de faire du snuff-movie à Hollywood, jamais acteur n'ira plus loin. Fin de la polémique. On découvre également sa vie d'insomniaque et de maniaque de la propreté, et ses deux seules liens sociaux avec le reste de l'humanité : une pute qu'il fréquente régulièrement et une serveuse de snack dans un aéroport, où il a l'habitude de boire un café et de faire semblant de manger un bout de gâteau. On oscille donc entre le visage et le corps cadavérique du héros (il note sa baisse constante de poids sur des post-it), et les scènes de travail, rythmées uniquement par l'insomnie chronique du personnage qui nous assure qu'il n'a pas dormi depuis un an! Bale semble quand même chaleureux ou plutôt sympathique avec les quelques personnages qu'il fréquente. Mais, il y a eu l'introduction, et quand un collègue énigmatique débarque dans le film, une armoire à glace chauve en santiags et qui boite, et qui joue ses scènes comme un tractopelle dans un magasin de faïences, quand ce gus débarque, le film dérive, et ce n'est que petit à petit qu'on va basculer sans raison objective dans une ambiance fantastique un peu injustifiable... Bizarre et, comme dirait l'autre, ça a quand même de la gueule.

 

 

Je n'ai pas de chance avec mes articles en ce moment. Le hasard fait que les films récemment vus ont tous une énorme part de suspense, faux-semblants et énigmes qui sont autant  de difficultés pour argumenter mon article. Ne voulant rien dévoiler, je me soumets. C'est un étrange film toutefois. On sent à trois mille kilomètres que le film sera une sorte de "machin à la Sixième sens" avec relecture et retournement du sujet. C'est annoncé très tôt dans le film. Et pourtant. L'atmosphère est très lente et surtout on ne sait pas vraiment sur quel pied danser. Ca fait déjà quelques jours que j'ai vu le film, et quand je sortais de la salle, je me disais qu'après une brillante demi-heure, le film était une sorte de ventre mou (sans et avec jeu de mots). La partie centrale me paraissait plus anonyme, plus prévisible, et plus anonymement découpée (beaucoup de gros plans et de plans rapprochés quand même). Voilà qui refroidissait un poil mon enthousiasme, surtout que la scène du train fantôme, qui fait partie de cette partie centrale molle, est un très beau morceau de bravoure. Bref, j'avais l'impression que, du point de vue de la mise en scène, ça patinait un peu dans la choucroute... et que quelques indices étaient trop vite ou trop grossièrement lâchés. Par voie de conséquence, la fin ne semblait s'enclencher que trop tardivement.

 

 

Mais, après tout, pourquoi pas. La partie centrale semble s'enliser, le film semble se bloquer. Est-ce si illogique? Pas du tout, en fait. Les Pistes sont trop rapidement lâchées? C'était annoncé. La maille devient grossière, là où elle démarrait finement? Bien sûr. Après tout, et si c'était ça le rythme du film. Laissons le respirer, et laissons son personnage tourner en rond. Exemple: l'énigmatique plan du carrefour avec le château d'eau. Gâchis? Mauvaise utilisation? Plan trivialement utilisé? Oui, sans doute. Et c'est pour moi, la force du film que de jouer avec la banalité par endroits et par la "grossièreté" des artifices de l'autre. Tout cela rend le film bancal, un peu de guingois, loin d'une machine scénaristique "parfaite", comme se veulent "Le Sixième Sens" et consorts. Le film reste un film de mise en scène, les amis, incluant dans son dispositif narratif, le désamorçage global de l'entreprise. Tout ainsi peu se mélanger et se doser, y compris certaines nuances sociales, affectives et tout bêtement psychologiques. Et puis, finalement, il y a cette fin très longue et très touchante. Si le film avait été une machine à broyer scénaristique, on serait passé à côté de l'objectif, à coté du ce sujet simple et banal. Et manichéen, comme peut l'être un dilemme enfantin. La fin, donc, malgré son aspect trop symbolique, par exemple, reflète une logique de coeur inattendue et fondée. Ça ne se joue pas à grand chose avec un certain pompiérisme, mais justement le risque est pris, et le pari gagné de belle manière.

 

 

Un petit mot sur les acteurs avant de partir! Christian Bale est sublime bien entendu. A ses côtés Jennifer Jason Leigh (quelle belle idée de coupler ces deux-là, c'est bien vu) est encore une fois épatante. Il serait temps de la faire tourner sans cesse et que les metteurs en scène pensent enfin à elle. Elle fait partie, avec Susan Sarandon et Tilda Swinton, par exemple, de ces actrices hors-catégorie, loin, très loin, devant tout le monde et pouvant absolument tout jouer. Quelle intelligence! Ici, Jennifer a un rôle assez cool, mais lors de la scène un peu plus tendue concernant son personnage, elle nous fait sauter à la figure, en quelques mots et en quelques secondes une émotion et une énergie incroyables! C'est très impressionnant. Dans le rôle du collègue handicapé (pour la deuxième fois de la même façon! Cf. "Starship Troopers"), on retrouve avec plaisir Michael Ironside. Ce type en écrase aussi de manière phénoménale. Simple, physique, sans effet, et tout en nuance. Je l'avais vu récemment dans le surprenant "Crime + Punishment" (qu'on trouve partout pour trois francs six sous en dvd), et encore une fois je suis sur les fesses! Même remarque que pour les autres: ce type est hors-catégorie et il est absolument honteux qu'on ne se serve de lui que dans des seconds rôles "arty". Cela n'est pas juste. Belle performance aussi de l'espagnole Aitana Sanchez-Gijon que je ne connaissais pas et qui est très bien (le film est un film espagnol autant qu'américain).

 

 

"The Machinist" reflète un vrai esprit de mise en scène, ou en tout cas, une vraie volonté de bien faire. On sent l'esprit d'un réalisateur impliqué et attentif dont l'intention n'est pas de nous écraser de rebondissements en rebondissements, comme le faisait par exemple le film "Old Boy". La mise en scène peut paraître plus modeste, mais elle laisse vraiment le film respirer, là où "Old Boy" justement ne proposait pas un univers particuliers, trop occupé à s'enfermer dans un story-board déjà très verrouillé. "The Machinist", c’est quand même du cinéma!

 

 

Respectueusement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Corpus Filmi

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Captain Pangol'inn 14/10/2005 15:46

Le remarque de Roxanne était une excellente illustration à mon sens, très pédagogique suffisamment claire pour que tous les gens honnêtes comprennent .. Je trouve Pouet pouet camembert assez vaniteux de penser la renvoyer dans les cordes à peu de frais en l'infantilisant façon " vous n'avez rien compris ma chère retournez à la cuisine, vous lui manquez déjà"...
Non content d'être de nature assez puante, le post qui m'irrite ici fleurte suffisamment avec l'insulte pour mériter d'être dénoncé comme relevant de la dernière des cuistreries. La dérive est bien dommage, je suis, voilà, en train de m'adonner à une réelle méchanceté (le cuistre est mépris et méprisable)mais quand il est question d'honnêteté intellectuelle, le thème est ici central, je suis facilement énervable. Que les gens bien me pardonnent que les autres ne me regardent même pas, j'ai une hâche.

Roxanne 14/10/2005 14:59

Très cher Pouet,mon commentaire ne visait personne "en particulier",soyez un lecteur attentif et vous comprendrez...Traitez-moi de moineau désorienté,vous avez tout saisi...Je vous inscris au yoga?

Pouet pouet camembert 14/10/2005 14:22

Chère Roxanne, quel merveilleux prénom, mais dites-moi pourquoi ne pas faire le yoga AVANT de poster un commentaire, vous semblez bien irritée mais je ne vois pas bien contre qui, si ce n'est contre un restaurant italien où vous vous seriez rendu dernièrement et qui n'aurait pas servi correctement ? Ceci dit ce blog n'est pas un espace culinaire mais bien de cinéma et je ne pense pas un défouloir à moineaux désorientés, restons sur le fond.

Roxanne 14/10/2005 14:19

Rectificatif:
1-J'ai oublié un "si"entre "même"et "on",ligne4...
2-Evidemment,ce sont "Ces discours du genre "fais des films avant de critiquer""que je trouve "minables,inintéressants et agaçants",pas les courts métrages du Docteur,qui sont chouettes,interessants et apaisants(???)
C'est mieux?"Ah,non,pas du tout"répondent-ils en choeur!

Roxanne 14/10/2005 10:37

Alors,imaginons,tu dînes au resto,tu as commandé une escalope milanaise sur coulis d'asperge...Tu goûtes et le plat est infect...Tu trouves normal de te plaindre en cuisine,non?Même SI TU NE SAIS PAS FAIRE D'ESCALOPE MILANAISE SUR COULIS D'ASPERGE...Et,bien,là c'est pareil,on va voir des films,on achête une place (ou un DVD),et si le film n'est pas bon,j'estime qu'on a le droit d'en parler,même on ne sait pas faire un film!!!!(par contre les escalopes milanaises,ça va,pour moi...)Bref...Ces discours du genre "fais des films avant de critiquer",(je ne fais pas de politique,pourtant je vote...Selon vous, seuls les politiciens auraient un droit de vote???(Et,en plus j'ai vu des courts du Docteur,IL SAIT!))je les trouve minables,inintéressants et agaçants...Moi,non plus je ne suis pas toujours d'accord avec les analyses du Docteur,et alors?Il ne cherche pas à imposer SON idée,mais il invite à ouvrir le débat...Pfff...Voilà!J'ai posé ma petite pierre,maintenant une heure de yoga!Go!