8 FEMMES, de François Ozon (France / Italie – 2002) : Menons les bêtes à l’abattage.

Publié le par Le Marquis

Verne Troyer est un homme heureux.

 

Un homme est retrouvé poignardé dans sa chambre un matin. Les huit femmes qui composent son entourage, enfermées dans la résidence, se suspectent mutuellement et mènent l’enquête : le rimmel coule et les masques tombent.

 

De François Ozon, je connaissais quelques films : UNE ROBE D’ETE (que j’ai trouvé assez médiocre), le curieux SITCOM et les estimables REGARDE LA MER et SOUS LE SABLE. Et j’avoue n’avoir pas été très attiré par le film 8 FEMMES à sa sortie en salles, à la fois parce que je porte peu d’intérêt pour le théâtre filmé et parce que les brochettes d’acteurs me font souvent tourner les talons – surtout dans la production française. Petite séance de rattrapage en DVD pour un assez petit film.

Adapté d’une pièce de Robert Thomas, 8 FEMMES s’inscrit ouvertement dans un univers en huis-clos volontairement factice : l’extérieur de la villa se réduit à un décor peint irréaliste, la photographie s’adonne à la colorimétrie chatoyante façon Jacques Demy, avis aux amateurs, je passe. Pour ajouter à la « fantaisie » de son métrage, François Ozon insère dans le récit des passages chantés, offrant à chaque comédienne l’occasion d’interpréter dans son entier une chanson tantôt issue de la variété (Corinne Charby), tantôt de la « chanson à texte » (Françoise Hardy). Et le film, bien entendu, se construit sur son casting de luxe où se croisent Isabelle Huppert, Fanny Ardant, Emmanuelle Béart, Virginie Ledoyen, Danielle Darrieux, Firmine Richard, Catherine Deneuve et Ludivine Sagnier.

Succès populaire acquis, pas de problème. Novateur ? Pas vraiment, on pense beaucoup au contraire à Alain Resnais – le film mêlant l’artificialité théâtrale de SMOKING / NO SMOKING au juke-box scénarisé d’ON CONNAÎT LA CHANSON. C’est dans cette comparaison incontournable que 8 FEMMES révèle son premier travers : la mise en scène de François Ozon, au sein de ce microcosme soigneusement fabriqué et chorégraphié, ne s’avère pas toujours à la hauteur, certains cadrages laissant parfois bien perplexe. Surtout, les fréquentes fautes de raccord au montage, sur la base d’une esthétique aussi lisse, se font cruellement ressentir et font vraiment mal aux yeux. Problématique dans la mesure où la réalisation ne s’élève jamais vraiment au-delà du filmage strictement fonctionnel, Ozon n’ayant principalement à gérer que le montage et le cadrage. Et ses actrices, sur lesquelles le film repose en grande partie, et pas toujours sans fainéantise d’ailleurs – même si les échos font souvent part de sa difficulté à gérer un cheptel dont certaines têtes (d’affiche) ont eu un comportement odieux sur le tournage.

Or, quand un film repose à ce point sur son casting, il est plutôt recommandé que le casting en question soit irréprochable. Dans l’ensemble, les comédiennes s’en tirent honorablement, d’autant plus qu’elles jonglent avec des dialogues excessivement ciselés qui n’évitent pas toujours le verbiage. Fanny Ardant domine avec une belle élégance la distribution, talonnée par Isabelle Huppert (qui se sort admirablement bien d’un rôle pourtant limité) et par Emmanuelle Béart, à ma grande surprise je dois bien l’avouer, très à l’aise dans un rôle qui lui va comme un gant et auquel est attribué le passage musical le plus amusant – une reprise de la chanson « A pile ou face ». La surprise est d’ailleurs double, car c’est Catherine Deneuve qui m’a paru totalement fausse, à côté de la plaque : ben alors Catherine ? La Deneuve paraît dans l’ensemble fade et éteinte, peu concernée par ce qui se passe autour d’elle, mais elle est également, à certains moments, franchement mauvaise, déclamant certaines répliques avec une application et un surjeu de débutante – elle disparaît d’ailleurs complètement lorsqu’elle partage une scène avec Danielle Darrieux. Le scénario se suit par ailleurs plutôt agréablement, et séduit parfois par son accumulation absurde de révélations fracassantes et de vieux comptes à régler. Il débouche malheureusement sur un dénouement prévisible et trop schématique pour être vraiment convaincant.

Côté mise en scène, en dehors des problèmes cités plus haut, il faut également dire quelques mots des séquences musicales, seule pièce rapportée au récit original. Sans chercher à discuter des choix effectués, je remarque simplement que ces scènes sont un peu empesées par une orchestration à la sauce « La chance aux chansons », du reste assez en phase avec le côté « Au théâtre ce soir » du métrage. Les chorégraphies semblent avoir été improvisées et répétées à même le plateau une heure avant le tournage. Je vais attacher le berger allemand et me contenter de dire que certaines d’entre elles risquent de ne pas séduire tout le monde. Quant à savoir ce que, concrètement, elles apportent au film…

C’est là le plus gros reproche que je formulerai à l’encontre de 8 FEMMES : la formule me semble un peu courte et le film me fait l’effet d’une machine bien huilée qui fonctionne dans son coin. On a mis la machine à laver en route et on peut aller lire Femme Actuelle. Les décors sont plantés, la photographie est en place, les actrices font leur show et les chansons se suivent avec une régularité monotone, le tout dans une vague molle d’autosuffisance. Le film suit son cours et semble se faire tout seul, non pas parce qu’il se déroule avec naturel et spontanéité, mais au contraire parce qu’il devient vite mécanique et relâché : le Pacific Princess vogue, et son capitaine n’est pas à bord. Le résultat n’a rien de vraiment honteux, et va peut-être plaire ailleurs ; à mes yeux, 8 FEMMES a un arrière-goût frelaté et risque de vieillir vite et mal. Personnellement, je n’y trouve pas mon compte et je préfère mille fois revoir des projets similaires proposant un réel travail de montage, une véritable implication de la mise en scène : SMOKING, NO SMOKING, auxquels 8 FEMMES doit tout sans jamais les égaler, ou pourquoi pas LE LIMIER de Joseph Mankiewicz, « huis-clos théâtral » autrement plus réjouissant – même si, malheureusement, Michael Caine n’y interprète aucune chanson de Corinne Charby.

Le Marquis

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Publié dans Corpus Analogia

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Dr Devo 28/08/2009 22:43

Mr Increase Penis Size, votre commentaire n'ayant rien à voir avec la choucroute ni avec le cinema ni avec ce site, bah j'efface voter commentaire.Sans rancune!Dr Devo.

proctoman 28/08/2005 14:18

Quel nain-bécile je fais tout de même...

proctoman 28/08/2005 14:16

Heu... jeu. Vous aurez rectifié de vous-mêmes...

proctoman 28/08/2005 14:13

Tout à fait d'accord, je de nain jeu de vilain...
ça coûte nain de le dire...

Paco R. 28/08/2005 09:08

OK, je nain-siste pas...