QUI A TUÉ BAMBI ?, de Gilles Marchand (France – 2003) : probablement pas Pan-Pan.

Publié le par Le Marquis

Enfin un film Q !

 

Une jeune étudiante infirmière en stage dans le service chirurgical d’un hôpital, sujette à de fréquents malaises, est intriguée par le comportement inquiétant d’un médecin suite à la disparition d’une patiente.

 

Film de genre français, mais plus sage et bien plus classique que les dernières tentatives visionnées, qui oscillaient entre le semi-raté sympathique (ATOMIK CIRCUS) et le foirage en règle (BROCELIANDE). La prise de risque consiste surtout ici à élaborer une atmosphère de tension sur la base d’un sujet simple, direct et sans fioritures scénaristiques superflues. De ce point de vue, le film de Gilles Marchand, auparavant scénariste de HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN de Dominik Moll, ne rate pas sa cible avec un métrage qui présente sensiblement les mêmes qualités narratives et visuelles. QUI A TUÉ BAMBI ? est un film fort bien photographié – le cinémascope, sans grandes audaces de cadrage mais conçu avec un soin méticuleux, sait mettre en valeur les décors froids, déserts et blafards de cet hôpital le plus souvent visité de nuit. A ce soin porté à la photographie s’associe un excellent travail sur la bande sonore (c’est l’œuvre de Frédéric Ullmann, à qui l’on doit aussi la bande son du gore RABID GRANIES distribué par Troma, amusant non ?), usant à merveille du bourdonnement quasi constant des néons dans une ambiance feutrée assez étouffante, qui, une fois n’est pas coutume (mais ça devrait…), n’est pas démolie la musique du film, rare et utilisée avec beaucoup de retenue, ce qui change agréablement de ces films saturés d’effets et de compositions inutiles. Hôpital : silence… Le scénario exploite cette atmosphère astucieusement, en jouant sur les phobies et le malaise générés par le milieu hospitalier par le biais de petits détails jamais trop appuyés. Les critiques ont beaucoup comparé la mise en scène à du Kubrick ou à du David Lynch : il faudra ici calmer un peu les enthousiasmes tout de même – et arrêter de lire les dossiers de presse avant de pondre des critiques aussi douteuses. L’architecture et la géographie des plans peut évoquer, de loin et de dos, le travail de Kubrick, mais elle naît surtout du cadre dans lequel se déroule l’intrigue. Quant au rapprochement à Lynch, on évoque souvent une séquence dans une boîte de nuit dont l’éclairage évoque effectivement celui de TWIN PEAKS – FIRE WALK WITH ME ; la mise en scène de cette séquence n’a par contre par grand-chose à voir avec celle qu’a réalisée Lynch, elle fait davantage penser à une séquence de L’ECHELLE DE JACOB. Pour le reste, le travail sur le son, déjà évoqué plus haut, est très certainement influencé par Lynch, mais le film développe un univers aux thématiques et à l’esthétique sans réels rapports avec le cinéaste américain.

Puisque nous sommes en territoire français, patrie de l’exception culturelle, parlons un peu du casting. Dans le rôle principal, Sophie Quinton, actrice au visage singulier, s’en sort très honorablement. Le rôle du médecin est tenu par Laurent Lucas, un acteur qui m’a toujours paru assez terne et monolithique – il joue d’ailleurs le rôle du bourreau exactement comme il interprétait dans HARRY… celui de la victime : sans faux pas, mais sans nuances non plus. Belle gueule, mais le film aurait probablement gagné à confier ce rôle à un acteur moins « calibré », un choix un peu trop évident pour un personnage qui aurait supporté une plus grande ambiguïté. Reste qu’on ne peut pas vraiment cracher ici sur le travail de Laurent Lucas, dont l’inexpressivité sert, d’une certaine façon, un rôle assez opaque… même s’il le sert sur un mode de jeu et un seul. En complément de casting, on offre un bouquet de roses à Catherine Jacob, actrice très « typée » qui s’intègre sans accrocs à l’univers du film sans jamais donner l’impression de débiter des dialogues écrits sur mesure : de la classe et une belle précision dans son interprétation. Le reste du casting est d’une belle sobriété, le film n’étant d’ailleurs pas très bavard.

A l’exception d’une séquence onirique sans emphase, adroitement insérée dans la conclusion, le film suit avec rigueur la ligne droite du genre, sans se perdre dans les séquences démonstratives ou les effets de mise en scène faciles, et s’attache à son ambiance de malaise et de silence jusqu’à sa conclusion. Chapeau bas pour n’avoir pas cédé aux sirènes du crescendo prévisible et du suspense pré-mâché. Cependant, le film n’évite pas par moments une certaine monotonie, étirant son récit comme du chewing-gum – pour un sujet aussi simple et resserré, le film dure tout de même deux bonnes heures. Je ne sais pas trop quoi en penser : l’atmosphère particulière du film fonctionne bien, très bien même parfois, mais elle ne connaît que peu de variations de tonalité et semble, dans la première partie du film surtout, se nourrir d’elle-même avec une légère mais persistante complaisance, qui n’évite pas toujours des aspects poseurs un peu irritants. Gilles Marchand semble marcher sur des œufs, et il évite d’ailleurs les écueils majeurs du film de genre à la française, mais il ne sort hélas jamais des sentiers battus, se contentant (mais c’est déjà beaucoup diront certains) d’une mise en scène élaborée… Un peu à l’image d’un autre film très estimable, CETTE FEMME-LA : on est face à un travail qui force le respect, mais ne prend pas assez de risques pour vraiment enthousiasmer, un film honorable qui donne envie de voir le cinéaste enchaîner sur un projet moins verrouillé.


Le Marquis

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Publié dans Corpus Analogia

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Qui vous savez 07/10/2006 20:14

Il y a aussi "Quand passent les cigognes", si vous voulez de la fesse.

Le Marquis 07/10/2006 19:52

Ah bon, ça t'a déçu ? J'ai vraiment adoré ce film... Qui sait, je le programmerai peut-être un jour prochain dans l'Abécédaire, ce sera toujours un plaisir de le revoir, et le Q se fait rare de nos jours !
QUI A TUE BAMBI ?, oui... Je n'en garde que le souvenir que c'est assez honorable, rien de plus spécifique...

Dr Devo 07/10/2006 00:47

Hello Orloff!J'avais dis que je ferais une note sur le film QUILLS mais je n'ai jamais pris le temps de la faire, ce qui est fort dommage car c'est un sublime film... Idée à retenir...Dr Devo.

Dr Orlof 06/10/2006 18:25

Ach! je viens de voir Quills, la plume et le sang (qui m'a plutôt déçu) et voulais relire la note que tu avais consacré à ce film. Hélas, c'est en vain que j'ai parcouru l'index :-(
Du coup, j'ai eu envie de lire cet avis sur Qui a tué Bambi? (je ne me souvenais pas qu'il avait été chroniqué ici) et j'avoue partagé entièrement l'avis de Mr le Marquis : film estimable, plein de qualité et tentant de sortir de l'ornière du naturalisme à la française mais également presque trop sage et trop "vérouillé" (le terme est juste). Bravo pour l'analyse. Y a toujours quelque chose à grignoter sur MF, même lorsqu'on en trouve pas ce que l'on cherche ;-)

Le Marquis 03/09/2005 15:11

Merci pour l'info, je vais y remédier de suite !!!