ALEXANDRE, d'Oliver Stone (USA/GB/France/Allemagne/Pays Bas, 2004) : 120 €, la place de cinéma la plus chère du monde!

Publié le par Dr Devo

Chers Amis Focaliens, Chers Amis Devoïstes,

 

 

Hier, je me clouais la main droite en avouant mes sentiments envers THE AVIATOR de Martin Scorsese (une faute de frappe ayant rebaptisé le pauvre réalisateur en Martine, héhé... Martine à la Plage, Martine à la Piscine, Martine Cinéaste, Martine Bouddhiste, Martine Aviatrice, Martine Retraitée, etc...). Aujourd'hui, je me cloue l'autre main, grâce au film ALEXANDRE d'Oliver Stone. Jusqu'où n'irais-je pas pour vous !

 

 

Je ne suis pas spécialement en sympathie avec Mr Stone. En général, je n'aime pas trop ses films. Je trouve, par exemple, son très salué PLATOON extrêmement caricatural, JFK, c'est n'importe quoi, et NE UN 4 JUILLET est une horreur galactique. Soit. Par contre, il y en a deux, plus iconoclastes que j'aime bien. U-TURN d'abord, qui ne fait pas dans la dentelle, mais dont la mise en scène est plutôt expressive. Et TUEURS-NES, très belle machine lyrique, qui pédale dans la choucroute par-ci par-là, mais dont on peut saluer l'originalité. Et l'humour et la lucidité du propos. J'adore notamment ce plan dans le restaurant, où Woody Harrelson lance une hachette. La caméra la suit (comme dans LES VISITEURS, la classe, mais au ralenti et superbement réalisé) sur fond de musique classique. La hachette traverse et brise une vitre et là, la musique change pour une musique technoïde ! Sublime !

 

 

ALEXANDRE, c'est autre chose. Belle série en tout cas pour vote serviteur. Un jour THE AVIATOR, le lendemain ALEXANDRE. Non pas que je choisisse mes séances de cinéma en suivant l'ordre alphabétique ("cette semaine je vais voir les films en A...", après tout ce serait une méthode !). J'ai choisi au poids, si j'ose dire. THE AVIATOR faisait 165 minutes, et ALEXANDRE en fait 170 ! C'est donc bien mieux. Surtout que le ticket pour chacun de ses films m'a coûté 120 € ! J'y reviendrai... Deuxième point commun entre les deux très longs métrages : il s'agit encore d'un biopic et d'un film à costumes et d'un film à énorme budget ! Pas  de doute, il s'agit d'un cycle que je me suis imposé. Alors, y a t il des points communs qualitatifs entre les deux films, et faut-il, comme je le suggère dans mon article "Si j'étais président de la république : 10 mesures pour améliorer la qualité du cinéma mondial", faut-il, donc, interdire pendant deux ou trois ans les films à costumes ?

 

 

Oui, bien sûr. J'avoue que la Martine m'avait épuisé physiquement et moralement avec son histoire de gros navions psychanalitique (en gros, Howard Hughes a fait des avions gigantesques toute sa vie, parce que sa maman le savonnait dans son bain jusqu'à un âge avancé, seule idée, maigre, du film, déclinée 500 fois en 165 minutes). Epuisé aussi, à cause de l'horrible musique braillarde du film de Scorsese, véritable circonstance aggravante à mes yeux. Quand le générique d'ALEXANDRE commence, on entend les nappes synthétiques (toiles cirées en fait) de l'horrible Vangelis, et... contre toute attente, ça m'a reposé de l'orchestre walkyrie de Martine. "Enfin, un truc laid, mais reposant et un peu kitsch, moins prétentieux, je respire", me dis-je instantanément, surpris moi-même d'être soulagé pour la première fois d'entendre du Vangelis. Comme quoi, tout arrive ! Un péplum sera toujours moins prétentieux qu'un autre film à costumes, parce que ce sera toujours un peu kitsch. Evidemment, donc, ALEXANDRE est quand même plus sympathique que THE AVIATOR. Comme pour Martine, je passe sur le scénario par bonté d'âme. C'est à peu près n'importe quoi de A à Z, et à grands renforts de psychanalyse de cuisine. Le problème vient encore de la maman (Angelina Jolie, j'y reviendrai), associée aux serpents, venimeuse et perfide, et surtout bien trop proche de son fils qu'elle manipule, aime et étouffe. Alexandre, semi-rejeté par son père et castré par sa mère, décide donc de mettre les voiles et de conquérir la totalité de l'univers connu. Et surtout, enfin de le soumettre. C'est bête comme chou. A quoi ça tient, l'Histoire ?! Donc, niveau scénario, c'est n'importe quoi. Ok. Pas de problème.

 

 

Et le reste ? C'est le même syndrome que "Martine se Lave Les Mains". Plutôt que d'aider les victimes du Tsunami, je propose que nous nous cotisions pour permettre à Hollywood de se racheter un jeu d'objectifs complet. Parce que visiblement (c'est une des blagues favorites entre moi et Le Marquis, mon ami le Pape de toutes les Cinéphilies), ils n'ont que deux focales à Hollywood. Celles pour faire les gros plans et celle pour les plans rapprochés. Impossible de faire un plan moyen. Et quand on veut faire un plan d'ensemble, on est obligé de recourir aux images de synthèses. C'est très gênant, surtout quand on fait des films d'action très chers, qu'on loue des centaines de figurants, qu'on achète des centaines de chevaux, qu'on fait 300 000 costumes, et 500 000 décors et qu'on essaie de faire un film lyrique époustouflant. Beaucoup de moyens déployés, mais pas d'objectifs adéquats. Le résultat est très drôle. Voir la conquête d'Alexandre à travers la paroi de l'aquarium de son poisson rouge, c'est hilarant. Les dialogues ne cessent de nous vanter la sublimissime majesté des pays conquis, la richesse des contrées orientales, mais force est de constater que toute cette "magnificence" ressemble assez à une version luxueuse de "Au Théâtre Ce Soir". Ça fait un peu pitié. Et c'est beaucoup d'argent gâché. Et encore je ne parle pas des scènes d'actions, qui pourrait être aussi bien tournées à Dunkerque : on est tellement près des personnages, c'est tellement atomisé en micro-plans... On voit des mecs qui s'agitent sans pouvoir dire ce qu'ils font. Heureusement que la bande-son pleine de "Arrrrgh !" et de cliquetis de glaive nous renseigne sur la nature des ébats de ces valeureux guerriers. Par conséquent, pas de cadrage, pas de pertinence dans les champs/contrechamps, pas de spatialisation du décor, rythme linéaire, montage absurde et sans signification, etc. Absolument comme "Martine a des tocs".

 

 

Mais alors, lequel des deux est le meilleur ? Ben, ALEXANDRE, mais d'une courte tête. La raison en est simple. D'abord, parce qu'un péplum c'est toujours plus kitsch. Ensuite, parce que Oliver Stone, lui, filme les scènes d'actions avec de temps en temps des plans hideux, certes, mais caméra à l'épaule, ce qui lui confère une esthétique low-fi bien plus sympathique que les mouvements d'appareil prétentieux de "Martine va vous en mettre la plein la vue". Stone, au moins, ne cherche pas à faire passer sa 2cv pour une Ferrari. C'est aussi laid d'un côté comme de l'autre, mais plus sympathique chez Stone. Deuxio, les personnages dans ALEXANDRE. Tout le monde en jupette, certes, mais aussi un contexte homosexuel désopilant, fleur bleu comme du James Ivory. Alexandre et son pote s'aiment, se caressent les cheveux, se déclarent plein de belles choses, mais attention, on ne s'embrasse pas. C'est complètement absurde et assez drôle, d'avoir d'un côté des gros guerriers vaniteux, dominateurs, ambitieux, retors et sanglants, qui le soir venu, dans la tente, déclinent des sentiments amoureux bien plus chastes que n'importe quel roman Harlequin. Alexandre embrassera un gars pour rigoler, mais c'est un figurant, et c'est plus par autodérision que par sentiment. Vous comprenez bien que voir les deux héros se rouler des pelles, c'est un peu too much. Donc, c'est une princesse à forte poitrine qui se chargera de la scène d'amour. C'est très bizarre, parce que l'homosexualité des deux personnages principaux est un des points centraux du film. On en parle sans problème pendant des heures, mais attention on ne montre pas le moindre baiser. Très drôle et complètement hypocrite. Et n'allez pas croire qu'Alexandre est un grand gars viril qui aime les hommes virils. Pas du tout. Lui et son ami sont très cocos, bien au contraire. Et c'est l'un des points fort drôles du film. Colin Farrell est complètement à côté de la plaque. Ridicule de A à Z. Je l'avais vu dans MINORITY REPORT, et il était plutôt bon. Mais là... D'abord, on l'a transformé en blonde peroxydée. Horrible. Je soupçonne, à l'instar du critique de cinéma Bayon, que le coiffeur responsable de cette hideuse mise en plis, est l'homme qui a déjà teinté Tom Cruise dans ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE (quel film ridicule !) ou dans le récent COLLATERAL (déjà plus fréquentable). Allons tous vérifier sur le site imdb.com, et si c'est encore lui le responsable, nous lancerons une pétition ! Mais ce n’est pas tout ! Le nec plus ultra, c'est le... léger strabisme de Farrell ! Et là encore, ça ne m'avait pas sauté aux yeux, si j'ose dire, dans le Spielberg. CE TYPE LOUCHE !! Personnellement, je n'ai rien contre, mais du coup, pendant tout le film on se demande qui est ce mec tout droit sorti d'une fausse pub des Nuls. Peut-être est-ce un conseiller historique à 12,000 dollars par heure, qui a signalé à Stone que le vrai Alexandre, lui, il louchait... Allez savoir... Ce strabisme et cette splendouillette perruque blonde font de ce film un machin assez poilant...

 

 

D'autant plus que... Ben... Y a quand même Angelina Jolie. Je l'ai toujours considérée comme un monstre assoiffé de sang et une piètre actrice. Je la trouve d'une vulgarité totale. Mais pour la première fois, j'ai trouvé qu'elle avait ici sa place. Elle en fait des tonnes, et délice des délices, elle a 1 an de plus que Colin Farrell, son fils dans le film. [Ces deux-là sont moins vieux que moi! Je n’en reviens pas !] Comme Jolie a dû exiger par contrat de ne pas être trop vieillie par maquillage, c'est complètement surréaliste. En fait, j'ai eu la nette impression que Stone essayait de se dépatouiller comme il pouvait, c'est-à-dire assez mal. [Le narrateur historien avoue en fin de film, en dictant à ses scribes la biographie qu'on vient de se voir infliger : "Ils nous emmerdent ces Grands Hommes. Toujours à combattre. Qu'ils meurent avant nous et on aura la paix !"] De son coté, la production tire le film vers un remake perse de SACRE GRAAL !  C'est assez charmant.

 

 

Comme quoi, après avoir pillé la série "B", les films de série "A" commence à lorgner du côté de la série "Z". C’est une bonne nouvelle. Au fait vous vous demandez pourquoi j'ai vu ces deux films... En fait, j'ai pris une carte illimitée dans un cinéma de la ville. Pour l'instant, je n'ai vu que ces deux films... Prix de revient de la carte : un peu plus de 100 euros la séance ! Pour l'instant. Je trouve que ça valait bien le titre de cet article !

 

 

Bonjour chez Vous,

 

 

Dr Devo.

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

Publié dans Corpus Filmi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Xav 30/01/2005 11:14

Salut,

puisque tu sembles très enclain à chroniquer les nouvelles sorties, puis je te suggérer d'aller voir Bukowski: Born into this, le documentaire sur le bon vieux Buk!

Fab 29/01/2005 00:09

Bonjour Marquis ! Tu parles du deuxième Freddy ? Avec l'oeil au fond de la gorge ? Je l'ai vu à l'époque mais je ne m'en souviens pas.

Le Marquis 28/01/2005 23:16

Si ça vous amuse, allez donc jeter un oeil sur LA REVANCHE DE FREDDY.

Fab 28/01/2005 21:39

J'ai pas vu Alexandre. Par contre je vois plusieurs fois par an Spartacus et Ben Hur. Alors là par contre quels films gay ! L'alibi peplum fonctionne à plein. Quand Kirk Douglas tue Tony Curtiss pour être crucifié à sa place ou quand Messala et Ben Hur jettent leur grosse lance lors de leurs retrouvailles !