CLOSER de Mike Nichols: C'est le paradoxal système

Publié le par Dr Devo

Focaliens, Focaliennes,

 

 

 

Pour commencer une bonne nouvelle. On a retrouvé les objectifs manquants dont je parlais dans mes deux derniers articles ("The Aviator" et "Alexandre"). J'étais inquiet. Mais, en fait, ils étaient en Angleterre. Tout s'explique.

 

Mon parcours de cinéphile illimité se poursuit. Comme je l'avouais hier, j'ai acheté une carte illimitée. Très cher, bien sûr, sauf si on va énormément au cinéma. Troisième film en classe affaire avec le "Closer" de Mike Nichols. Une règle de trois plus tard, et voilà qui amène cet investissement au prix de 80 euros la place. Ça baisse. Encore??? Non en fait le prix baisse, mais le niveau des films augmente provisoirement. Après Scorsese et Stone, on pouvait se douter que la marge de progression qualitative était énorme. Ça se confirme ci-dessous. Ne sachant pas quoi aller voir et manquant de courage, je me suis donc rabattu sur "Closer". [A ce propos, ne manquez pas le dernier paragraphe de cet article. J'y organise un grand jeu dont vous êtes le Héros!]

 

Mike Nichols n'est pas un mauvais bougre. Ce n'est vraiment pas le réalisateur du siècle, mais bon. Quelques mauvais films ou de très mauvais films au compteur. On peut citer "Primary Colors" avec le souvent ignoble John Travolta et une Emma Thompson complètement à côté de la plaque, "A Propos de Henry", film dont le simple souvenir me fait encore froid dans le dos avec papy Harrison Ford. Et puis, deux films très célèbres que je n'ai pas vus : "Qui a peur de Virginia Woolf?" et "Le Lauréat". Et puis, des films plutôt sympathiques comme "Le mystère Silkwood" (à ma décharge, je l'ai vu il y a très longtemps), "Wolf" et mon petit préféré "Biloxi Blues", qu'on trouve en dvd à très peu cher et qui est excellent, film chouchou car ayant la très bonne idée de réunir Christopher Walken (dans un de ses meilleurs rôles) et Matthew Broderick. Et puis, il y a un magnifique film, un classique sublime, il est vrai adapté d'un bouquin extraordinaire: "Catch 22" que tout le monde devrait avoir vu une fois. Film désespérant, très drôle et très riche sur la nature humaine, c'est, dans ce que j'ai vu de Nichols, et de très loin, sa meilleure mise en scène. Un classique vraiment très beau.

 

Pour une fois le terme n'est pas galvaudé, nous sommes en présence d'un cinéaste terriblement inégal! On retrouve dans "Closer" le grand Jude Law, rayonnant de tout son éclat, comme d'habitude, Julia Roberts (beaucoup mieux que dans "Ocean's 12"), Clive Owen que je découvre avec ce film, et Natalie Portman. Tiens, un mot sur elle. Dans un des deux derniers Star Wars, films catastrophiques à tout les points de vue, elle a un scène formidable. Comme quoi tout arrive. Elle s'adresse à un groupe de sénateurs. Empruntez le dvd à votre petit cousin et regardez bien. Elle est formidable. On la sent complètement fatiguée, ruinée par ce tournage, et tout d'un coup, dans cet océan de mauvais goût et de mauvais choix qu'est ce film, le personnage disparaît et c'est la vraie Natalie Portman qui se dévoile, en pleine conscience du naufrage. C’est très impressionnant. Et c'est assez unique : un pur moment de cinéma involontaire dans un film en forme de bouse (et très arrogant en plus!). Etonnant.

 

Revenons à nos moutons. Natalie Portman croise Jude Law dans les rues grisâtres de Londres, au milieu d'une foule qui se dépêche d'aller au boulot. Coup de foudre instantané. Elle se fait renverser par une voiture. Il se précipite. Rien de grave. Ils vont à l'hôpital. Début de la vie couple et de l'histoire d'amour.

 

Plus tard (deux ou trois ans je crois), Jude Law, normalement journaliste obscur de la rubrique nécrologie d'un grand journal, sort enfin un roman, lui qui se prenait pour un écrivain raté. Son éditeur l'envoie faire des photos pour la quatrième de couverture.  La photographe c'est Julia Roberts. Conversation sur le bouquin, baiser semi-volé. Jude tombe amoureux, croit-il, de Julia. Coup de foudre. Julia est effrayée et chiffonnée car elle sait qu'il a déjà une compagne (c'est le sujet de son livre). Il veut la revoir, elle refuse. Mais Natalie Portman découvre tout de suite que c'est un coup de foudre. Elle ne dit rien. Par un concours de circonstances assez drôles, que je vous laisse découvrir en allant voir le film, Jude Law, sans le vouloir, fait se rencontrer Julia et Clive Owen. Lui est dermatologue dans un hôpital. Conversation très triviale, mais rencontre. Plus tard, Julia réussit à monter une exposition de ses photos. Tout ce petit monde se revoit. Jude est toujours amoureux de Julia. Clive et Natalie le sentent très bien. Nouvelle ellipse, on se retrouve des mois plus tard, etc...

 

On l'aura compris c'est un chassé-croisé amoureux, ou du moins sentimental assez alambiqué et donc relativement riche. Le ton est assez grave. Et sans doute assez drôle, ou plutôt ironique. Je dis sans doute car malheureusement, j'ai vu le film en VF. Doublage à la truelle, nuances à la trappe. On ressent un peu l'émotion, mais tous les dialogues charmeurs ou "drôles" deviennent théoriques. C'est vraiment dommage, notamment en ce qui concerne Clive Owen. Son personnage est plus rustre en apparence (ou plutôt son personnage est plus franc du collier), et il difficile de faire la part entre son côté lourdaud et la dérive de ses sentiments. Mais bon, c'est le destin de cinéphile illimité, et il faut bien faire avec la VF. On se laisse, en tout cas, doucement porter par cette histoire compliquée (sur le papier), où les sentiments se mêlent douloureusement, et où en toile de fond se joue la question de la lâcheté, et celle de la frustration devant l'incapacité des humains à gérer leurs émotions, des plus nobles aux plus triviales. Difficile de se sentir complètement impliqué toutefois. On essaie de faire la part, comme les personnages, entre la sincérité du sujet et sa roublardise. entre le côté Woody Allen en forme (ceci dit je n'ai pas pensé à Allen pendant le film, "Closer" étant, et ce n'est pas un mal, plus terre à terre) et le côté Ally McBeal. Lard ou cochon? Dur de tout démêler et on a un sentiment flou en sortant de la salle. Ce qui est intéressant, c'est le côté un peu crasseux ou un peu médiocre de ces personnages, et la profondeur réelle de ce qu'ils ressentent. C'est un beau sujet de film effectivement. Alors, Docteur, chronique savamment tissée ou mailles larges pour ne pas froisser le public ? Dur à dire. Je vous laisse juge. Mon impression est que Mike Nichols s'en fout légèrement, et qu'il passe un peu à côté de son sujet. Mailles trop larges donc. Mais, encore une fois, la VF est vraiment ratée ou plutôt suffisamment imprécise pour semer le doute. Vu le parti pris du film (mélanger les choses nobles et médiocres), je dois dire que je sèche un peu. Je compte sur vous, qui avez la chance d'aller voir la VO d'éventuellement jeter un oeil et de venir ici faire part de vos commentaires. Ça serait très intéressant.

 

Un exemple de ce que je viens de dire. Pendant le film, j'étais en train de me dire qu'il y avait là un contexte social sous-jacent mais crucial, très intéressant a priori. Natalie Portman stagne au bas de l'échelle sociale (avec une légère tendance à s'enfoncer un peu plus). Julia Roberts stagne en haut de l'échelle de la réussite (avec une légère tendance à grimper un peu plus haut. Clive Owen lui connaît une réussite très nette. Et Jude Law s'enfonce. Tout cela est très nuancé, mais on ne fait qu'y penser en regardant le film, sans vraiment le sentir. Foutu VF!

 

En tout cas, ce qu'on peut dire c'est qu'il y a enfin des plans moyens et des plans américains! Ouf! après avoir passé 5h30 en deux jours dans deux films où il n'y avait quasiment que des gros plans et aucun découpage, ça fait du bien à son homme (comme on dit par ici) de voir une échelle de plans plus complète, et des champs/contrechamps à peu près structurés. Ceci dit, la mise en scène n'est pas formidable, loin de là. La photo est plutôt médiocre, le cadre idem. C'est quand même peu un téléfilm. C'est plutôt dommage. Et il y a la musique (un peu) qui, pour ma part, me semble un peu insupportable et assez vulgaire. Le film est basé sur les ellipses temporelles, très tranquilles, très linéaires, sans vraiment en profiter pour donner quelque chose d'iconoclaste. Pas vraiment le fil à couper le beurre narratif! Par contre, il est vraiment agréable, surtout dans un film grand public, de voir que Nichols n'hésite pas à faire des scènes très longues. Ça, c'est vraiment bien, surtout dans le cinéma américain où prendre son temps est souvent synonyme de perdre son temps! Et puis il y a quand cette très belle fin. La "découverte" de Jude Law dans le square est une idée très naïve mais très touchante. J'aime aussi l'enchaînement avec le dernier plan "en rouge", complètement symbolique mais qui marche curieusement bien, renversant un peu la vapeur, tirant gentiment, au ralenti, le tapis sous les pieds du spectateur un peu endormi. C'est déjà ça. En tout cas, encore une fois, si vous voyez le film en VO, donnez-moi votre avis par l'intermédiaire de l'interface "commentaires"!

 

Allez. Avant de se quitter un petit jeu. Ça s'appelle le Jeu de la Crucifixion! Je vais aller au cinéma ce week-end, histoire de continuer l'amortissement masochiste de ma carte illimitée. Alors, voilà, on va faire une espèce de test. C’est vous qui allez choisir le film. Vous trouverez ci-dessous la liste des films que je peux encore voir. Vous votez pour un des films dans l'interface "commentaires" à la fin de cet article. Choisissez le film qui vous semble le meilleur ou le pire. C’est vous qui voyez. Lundi, vers 13h, je viendrai relever vos votes, et j'irai voir le film que vous aurez choisi. Et mardi matin, je ferai un article. Ok?

 

Voici la liste des films:

 

"LA MARCHE DE L'EMPEREUR" (France) de Luc Jacquet, avec les voix de Romane Bohringer et Charles Berlin.

 

"LILA DIT CA" (France) de Zia Douelle avec Mohammed jouas et Vanina Giovanni

 

"LE CHATEAU AMBULANT" (japon - VF) de Hayao Miyazaki (dessin animé).

 

"LE DERNIER TRAPPEUR" (France) de Nicolas Vannier avec Norman Winter et May Loo.

 

"L'UN RESTE, L'AUTRE PART" (France) de Claude Berri avec Daniel Auteuil et Pierre Arditi.

 

"MON ANGE" (France) de Serge Friedman avec Vanessa Paradis et Vicente Rottiers.

 

"LA CHUTE" (Allemagne - VO) de Olivier Hirschbiegel avec Bruno Ganz et Julianne Kohler.

 

Ben, ça promet. Y a que du bon, ou presque! A vous de choisir! Votez nombreux. Les plus rigoureux d'entre-vous pourront aller se renseigner sur allocine.fr pour avoir les résumés de films, etc...

 

Masochistement Vôtre,

 

Dr Devo.

 

 

 

Publié dans Corpus Filmi

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Commenter cet article

spydark324 30/01/2005 13:18

J'irai voir Le chateau ambulant sans une hésitation !!!

(Son) Excellence et (Sa) Modestie 30/01/2005 11:09

LA CHUTE, avec Pierre Arditi

Theodebert 30/01/2005 11:01

Merci pour ta visite Dr Devo. En ce qui concerne ton messsage posté sur mon blog a propos de Geolog je n'ai a ce jour pas eu de problème pas de pub ni de bug en accedant de ma page de chez moi ou d'ailleurs et pas de plaintes a ce sujet. J'ai choisit la version gratuite car c'est pour moi pour l'instant plus un gadget qu'un outil statistique et en meme tps je le teste car je vais peut etre le prendre en complet 2€/4mois en micropaiement. P.S. pour info geraldine l'a déconseillé mais elle a peur c'est pas de sa faute lol sinon il y a eu un fil a ce sujet
http://www.over-blog.com/forum-blog-2-26353-40.html

Miléna 30/01/2005 10:31

lol, j'suis ds le mm cas que toi, ce film est pas près de passer près de chez moi, grrrr ! On voit bien que ta liste ce sont les restes oui, j'en ai vu aucun ! Mais bon le moins pire a  l'air d'etre le Chateau Ambulant, même si perso, j'suis pas trop dessin animé japonais...

PhotoFarfouille 30/01/2005 10:20

J'en ai vu aucun des films que tu propose  :STu veux pas aller voir les Aristochats ?