Chers Amis,

 

Et si on faisait une pause. Et si on faisait un article sur Mario Bava? Chic, alors. Et plutôt deux fois qu'une!

 

Mario Bava, s'il est très connu des amateurs de cinéma fantastique, souffre d'anonymat aux yeux du grand public. C’est bien dommage, mais ça va mieux depuis que, dans les années 90, Martin Scorsese s'est battu dans son pays pour que les rares copies de "La Planète des Vampires" (bon, le titre vaut ce qu'il vaut, mais je peux vous assurer que Ridley Scott a vu et revu ce film de Sf à cinquante centimes d'euros de budget avant de faire son "Alien" à 30 millions de dollars! L'original est d'ailleurs bien meilleur!). Depuis, les cinémathèques d'Europe ont rendu hommage au réalisateur italien. Et en France, on a même beaucoup de chance, car deux éditeurs nous proposent des films de Bava, à des prix atrocement bon marché. Notamment One Plus One, qui propose une très belle collection de Mario Bava, dont cette "Hache pour la Lune de Miel". [Cet éditeur fait un fabuleux effort éditorial. on trouve de nombreux textes explicatifs sur ces dvds et surtout un court-métrage inédit à chaque fois! Ça c'est de la belle prise de risque. Chapeau Bas. J'aurais aimé leur consacrer un article entier, ainsi qu'un article à la personne qui fait, chez eux, les fabuleuses bandes-annonces de présentation de collection (de vrais chef-d’œuvres ces B.A), mais malheureusement, ils n'ont pas répondu à mes mails! Sniff!]

 

Bava, avant d'être un réalisateur, a été un chef opérateur de grand talent et très débrouillard. Il a été le photographe de beaucoup de réalisateurs de talent dont Raoul Walsh et Jacques Tourneur. Excusez du peu. Puis il est passé à la réalisation, en génial touche-à-tout. Et, quand même, il est le papa d'un très joli micro-genre du cinéma italien des années 60 à 80 (pour son âge d'or): le Giallo. Ce genre est dur à décrire. Pour certains, un giallo est un film de tueur à mains gantées dont les motivations et l'identité ne sont révélées qu'en fin de film. Mouais... Voilà la mienne, de définition. Le Giallo est pour moi un film hybride et baroque, dont ne peut pas dire s'il appartient au genre fantastique ou au thriller. C'est une définition  assez simpliste aussi, mais c'est déjà mieux que rien. Bava sera un maître du Giallo. Argento en sera un autre. En tout cas, ne refusez jamais un giallo de ces deux-là, et vous m'en direz des nouvelles. Je laisse soin à mon ami le Marquis de proposer une définition plus précise de ce genre populaire qui a accouché de tant de chef-d’œuvres (et pas mal de film moins bons aussi!).

 

Vas-y Coco, envoie la lumière et fais tourner le projecteur. Ce n’est pas la dernière séance, ici.

 

Ok. Ça commence par une superbe séquence de meurtre dans un train. Un homme, qu'on identifie très bien d'ailleurs, ce qui est étonnant pour un giallo, s'approche d'un compartiment en catimini. Au bout du couloir, un garçon de 12  ou 13 ans, le regard grave. Fantômatique. Introduit par une superbe et très malpolie coupe dans le plan, qui en plus se répétera deux fois. L'homme pénètre dans le compartiment et tue deux jeunes mariés en train de s'embrasser avec une hachette étincelante. Et voilà que le bonhomme, qui sera notre (anti) héros pendant tout le film, nous explique en voix-off que, ben, oui, il tue et que des jeunes mariées, et que ça va continuer un moment car il cherche à "découvrir la vérité"! Et ça va sûrement saigner car notre homme est un type très riche qui dirige une maison de Haute-Couture spécialisée dans les robes de mariées! Il est marié avec une femme très antipathique. Les deux ne s'entendent plus du tout. Mais c'est sa femme qui, en se mariant, a apporté à sa maison de haute couture en train de péricliter les fonds empêchant sa disparition. S'ils se séparent, notre serial killer de héros sait qu'il peut dire adieu à sa petite entreprise, c'est à dire à ce qui compte le plus pour lui. Et sa mégère de femme (une ancienne veuve d'ailleurs) lui en fait baver des ronds de chapeau et ne lui laisse que très peu de liberté. Un homme soumis donc. Mais il n'a pas d'autre choix. Surtout que chaque meurtre commis apporte son lot d'indices supplémentaires... Notre tueur nous a bien dit être à la recherche de la vérité. Et c'est vrai. Quelque chose l'a traumatisé durant l'enfance. Ça le pousse à tuer. Et pendant chaque meurtre, lui reviennent des images traumatiques de son enfance, et un peu du voile se soulève. S’il veut savoir la vérité sur sa propre histoire, il doit tuer!

 

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout le giallo, n'imaginez pas que ça ressemble de près ou de loin à des films de serial killers comme on en a mangé et remangé ces 15 dernières années (à la "Seven" pour faire vite), ou encore à des films à la "Scream". Rien à voir. C'est carrément autre chose, un univers baroque, onirique, et souvent étrangement émouvant et humain. N'imaginez pas non plus des films psychanalytiques. Pas du tout. Ce film, c'est d'abord un film à la mise en scène inouïe : décors somptueux, photographie hallucinante de Bava lui-même (qu'est-ce qu'on a perdu du point de vue de la qualité photographique des films, c'est hallucinant. Comparer la photo de ce film et celle de "The Aviator", c'en est même triste), acteurs très carrés mais pleins de nuances et des idées de mise en scène FABULEUSES toutes les 10 secondes. C'est magnifique. Et des idées tout court,  à tomber par terre, comme par exemple, ce personnage qui meurt sous les coups de notre "héros". Et bien, sa victime vient le "hanter" en quelque sorte, sauf qu'ici, ce sont les gens qui voient encore le personnage décédé comme s'il vivait, et c'est notre tueur (qui pourtant l'a zigouillé!) qui ne le voit pas! Le contraire d'un personnage fantômatique, le contraire d'une dialectique du remord classique. Et pourtant, ça fait très peur et c'est sublime.

 

Un giallo original donc. On connaît l'identité du tueur tout de suite. Il nous narre le film en voix-off! Ce lointain cousin transalpin de Patrick Bateman, le "héros" de "American Psycho" nous trouble à plus d'un titre. Beau gosse pour l'époque (on le dirait sorti d'une couverture d'un vieux Harlequin), il est tueur, mais victime, ou plutôt conscient de sa déviance, et à la recherche d'une clé qui pourrait lui permettre d'expliquer sa vie. C'est à la fois glaçant et émouvant. Cette remontée dans les souvenirs enfouis de l'enfance est très impressionnante. Il arrive dans les giallos qu'un personnage soit le témoin des crimes, mais qu'il n'ait pas réussi à identifier le tueur. Il enquête donc, et essaie de recoller les indices entre eux, et de souvenir de détails vus lors du crime mais dont il ne se souvient plus, de revoir encore et encore dans sa tête la scène pour voir le détail qui lui a échappé. Ici, c'est un peu la même chose. On a une vision du traumatisme onirique du héros très parcellaire. A chaque fois qu'il tue, la scène enfouie paraît plus précise. Ce qui est très fort, c'est qu'on doive pour résoudre les crimes fouiller dans la mémoire du tueur lui-même. Et que ces souvenirs n'appartiennent pas au proche passé mais à de lointains souvenirs, une époque où il n'était pas tueur. Que c'est étrange, que c'est émouvant!

 

C'est un film très dur à décrire sans en dévoiler le mystère. Mais, même s'il ne s'agit pas de mon Bava préferé, c'est très beau. Les acteurs sont très biens. Stephen Forsyth est un émouvant tueur malgré sa dégaine de faux Clint Eastwood. Et sa femme dans le film Laura Betty est formidable de noirceur. [Laura Betty, grande comédienne italienne était, pour la petite histoire, une grande amie de Pier Paolo Pasolini. Elle joua dans plusieurs de ces films (Salo, Théorème, etc..) et à sa mort, c'est elle qui s'est occupée de défendre la mémoire du cinéaste italien, se battant pour organiser les éditions de ces oeuvres, la restauration de ces films, etc... Une grande dame qui a joué dans beaucoup de grands films italiens ("La Dolce Vita" notamment) et même dans quelques nanards français...]. C’est du grand et beau boulot. Précipitez-vous sur les films de Bava, vous m'en direz des nouvelles... (Mais ne commencez pas avec "L'Ile de l'Epouvante"!).

 

Gentiment Vôtre,

 

Dr Devo

 

 PS: pour ceux qui ont vu le film, je me permets d'ajouter un détail que j'adore, à la fois drôle, beau et angoissant. Il s'agit de la deuxième scène de petit déjeuner. Le thème musical lié à la femme du héros envahit la bande-son. Le héros ferme le livre de sa femme et la musique s'arrête. Superbe, non? Et quelle image simple et rapide du remord à venir. N'importe qui aurait fait une scène trop explicatice, et Bava, d'un seul détail annonce la couleur. Quel grand bonhomme.

 

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Dimanche 30 janvier 2005 7 30 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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Commentaires

c grave docteur ?

Vous m'inquietez , si le problème subsite il faudra faire les articles lumitra à ma place..... lol

cordialement

Commentaire n°1 posté par lumitra le 31/01/2005 à 10h30
Ah! j'avais oublié que tu avais parlé de ce beau film auquel je viens de consacrer une note. C'est très bien vu et je suis d'accord avec toi à 100% (voilà qui nous console des railleries condescendantes de "Télérama"!!)
Commentaire n°2 posté par Pierrot le 23/08/2005 à 17h07

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