LE TRANSPORTEUR II, de Louis Leterrier (USA-2005) et THE ISLAND de Michael Bay (USA-2005) : voyagez au cinéma avec Connaissances Immondes !

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Hommage à Wenders" par Dr Devo)
 
Chers Amis,
 
Tiens, c’est marrant, dans le nouveau TELERAMA (j’ai zappé celui de la semaine dernière, et ne l’ai même pas ouvert quand j’ai vu qu’il osait faire la couv’ sur Bill Murray, ces salauds, alors qu’il ne l’avaient pas faite il y a quelques années sur RUSHMORE de Wes Anderson), il y a une enquête intitulée : « Y-a-t-il trop de films qui sortent ? ». Télérama + cette question = un gros éclat de rire en prévision, bien sûr. Mais c’est encore plus drôle quand on ouvre le tabloïd (parce que c’en est un, en toute honnêteté, et ceci dit sans méchanceté), lorsqu’on s’aperçoit qu’ils ont été interroger Marin Karmitz, le patron de MK2, qui est quand même le nouveau nabab de la distribution française, au même titre qu’UGC et Gaumont ! Il y a de l’indépendance dans l’air ! Autant demander au patron de la FNAC ce qu’il pense de la production musicale de la scène industrielle des années 80 (c’est tellement chic), pendant qu’il est train de nous fourguer du Calogero et du Star Academy à tout va. Le bonhomme se trahit deux fois au moins, malgré sa réputation de défenseur du cinéma art et essai de qualité (…alors qu’on sait, sur ce site, que les cinémas commerciaux et art et essai, je le rappelle, ne se distinguent que par le nom de la salle où le film passe !).
D’abord, il passe très vite sur le fait qu’il ait projeté MYSTERIOUS SKIN (film dont il est aussi le distributeur) en numérique à Paris, à partir d’un simple DVD  ou d'une cassette DV ! Il dit qu’il n’avait pas assez de copies, et que le film, sinon, n’aurait pas été visible en Province. Si Gaumont, UGC ou MK2 n’ont plus assez d’argent pour tirer dix copies de plus, la France va mal ! C’est un mensonge complet bien sûr. Karmitz a les moyens de se payer ses copies, et il a été juste pris la main dans le sac. D’ailleurs, Télérama omet généreusement de préciser que le Marin K. avait omis de dire à ses spectateurs qu’ils ne verraient pas le film sur support pellicule, mais en numérique. Et qu’il avait omis également de demander la permission à Gregg Arraki, le réalisateur. Enfin, pour rappel, un film comme le dernier HARRY POTTER se tire à 1000 copies peu ou prou, LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR sera sûrement distribué avec 400-500 copies, et FIVE OBSTRUCTIONS de Lars Von Trier n’a pourtant pas même 20 copies quand il sort sur les écrans…
Deuxièmement, Télérama lui pose une question très intéressante (comme quoi, je suis impartial !). Il lui demande si le nombre de copies justement n’est pas un problème. Allez voir comment Karmitz ne répond pas à la question !  Etonnant, non ? CQFD plutôt, je dirais…
 
Pour régler définitivement tous ces problèmes, j’ai la solution, et elle est  ! Maintenant, parlons un peu cinéma.
 
Aujourd'hui on va butiner un petit peu et essayer de rattraper le retard. Grâce à ma carte illimitée Pathugmont, je peux aller au cinéma sans rien payer, et aller voir les pires comme les meilleures choses. Déjà 80 films vus depuis la fin janvier. Pas que du bon bien sûr, étant en Province et étant limité par la programmation plutôt grand public (mais ce n'est pas la seule raison) de MON cinéma Pathugmont. MON cinéma, car quand même, je paye chaque mois des traites pour pouvoir aller au ciné, et donc petit à petit, j'ai l'impression de rembourser l'achat du cinéma lui-même. Les autres détenteurs de la carte sont des co-propriétaires en somme. [D'ailleurs, à ce titre, je devrais avoir mon mot à dire sur la programmation, non ?]
 
Commençons par LE TRANSPORTEUR II, de Louis Leterrier, dont j'avais déjà parlé ici à l'occasion de son dernier film, DANNY THE DOG, film oubliable et oublié certes, mais qui m'avait paru relativement honnête, en un certain sens, car sa projection suivait celles de THE AVIATOR et d’ALEXANDRE qui eux, par contre, étaient des boursouflures immondes, dans le sens où leurs réalisateurs avaient beaucoup plus de talent sans doute que Leterrier, mais n'avaient aucune lucidité sur leur film, et en avaient fait des monstres cinématographiques d'une indigence bien supérieure et bien plus impardonnable que ce qu’on pouvait trouver dans DANNY THE DOG.
Leterrier est un protégé de Luc Besson, qui ici produit encore via sa société Europa Corp. On reproche beaucoup de choses à Besson, soit dit en passant. Je n'aime pas du tout ce qu'il fait (à part JEANNE D'ARC, qui me semble être, enfin, du cinéma et de la mise en scène avec point de vue, même si ce n'est pas un grand film). Mais je trouve assez normal qu'il rafle la mise, dans le sens où il affiche clairement la couleur, loin de certaines prétentions. Quand vous voyez un film comme IZNOGOUD ou LES SŒURS FACHEES, je trouve logique que Besson fasse plus d'entrées avec DANNY THE DOG, même si on peut mettre ça sur le compte de l'américanisme de la production (ce qui est assez faux du reste, DANNY... étant un film anglais en fait !). Au moins, il y a de la lumière, des décors et un certain soin. Même si c'est de mauvais goût, ils ont essayé de soigner la copie. On est bien loin de l'indigence d'IZNOGOUD donc...  En plus, Besson semble avoir renoncé à ses productions les plus médiocres, du type TAXI  ou YAMAKASI, ce qui plutôt une bonne chose. Passons.
Je n'avais pas vu LE TRANSPORTEUR. Bon. Ça raconte l'histoire de Jason Statham, une sorte de mercenaire qui adore les voitures et accepte toutes les missions de protection ou de livraison. Là, il s'occupe d'une famille dont le père, Matthew Modine (très bon acteur qu'on va retrouver chez Ferrara, mais qui là, pour la deuxième fois après l'épouvantable LE DIVORCE de l'ignoble James Ivory, joue encore ici le rôle du "sale con qui ne comprend rien sur simple décision du scénariste", le "con ex-machina" en quelque sorte !) est une sorte de sénateur US qui a décidé d'organiser une conférence sur le démantèlement des cartels de la drogue sud-américains. C'est un job tranquille pour Jason : il emmène Madame faire des courses et conduit le fiston à l'école ! Un méchant narco-trafiquant colombien s'en mêle, et inocule un virus mortel au petit gamin histoire de faire chanter le papa ! Jason va tout faire pour récupérer le vaccin et faire la peau du Méchant. Pour se faire, il sera aidé par un inspecteur de police français, personnage issu du premier épisode sans doute, joué par François Berléand qui, malgré un rôle trop carré, est plutôt pas mal.
Bref, on l'aura compris, c'est du carré, c'est du bolino à consommer en plateau télé. Ce n’est pas du Ronsard, mais ce n'est pas de l'amerloque non plus, comme mon collègue de KUHE IN HALBTRAUER le faisait remarquer sur son site. C'est un film français ! La preuve irréfutable étant : bien sûr, Berléand joue dedans ! Du coup, c'est relativement agréable. Le film est assez con-con mais sec, ça dure 87 minutes et basta, on rentre chez soi et on mange un Miko parce qu'il fait chaud. Je confirme ce que je disais à l'époque de DANNY THE DOG sur Leterrier : il fait des plans un peu plus longs que ses camarades metteurs en scène de films d'action, ce qui est un peu moins saoulant. Malheureusement, c'est encore un peu court, et le mal du siècle cinématographique (la mauvaise spatialisation) revient au grand galop. Vous me rallongerez tout ça ! Bon, donc, ça ne casse pas trois pattes à un canard, surtout dans les parties "sentimentales" et familiales, mais ça se regarde sans se fâcher, en dormant gentiment. Il y avait sans doute plus à manger dans DANNY THE DOG... Par contre, la "méchante tueuse" est incroyablement caricaturale, une sorte de monstre épouvantable (où ils ont trouvé cette fille ??). Avec elle, on rigole franchement, car ils n'y sont pas allés de main morte pour charger la mule. Le résultat est un personnage d'une vulgarité ahurissante et vraiment drôle. C'est évidemment le point fort du film. Un mot enfin pour dire que la photo, très voyante et toute en contrastes, a l'avantage d'être précise, sans effets de flou comme c'est souvent le cas. C'est propre. Je note aussi que la scène avec le camion qui va rouler sur le vaccin m'a paru plutôt rigolote.
 
Ah, Michael Bay ! Le poète d'Hollywood. J'étais tombé bien malgré moi sur des articles sur THE ISLAND au moment de la sortie du film. Surprise, les journalistes trouvaient que, pour une fois, ce n’était pas trop mal. Bizarre, me dis-je. Puis je lus l'article de Libération, qui disait, en somme qu'ils détestaient Michael Bay, mais que là, le gars avait signé son chef-d'œuvre, le film de sa vie ! Un sommet d'anticipation dépressive et de psychologie superfine, un peu comme LA GUERRE DES MONDES de Spielberg quelques semaines plus tôt ! Ben tiens ! Aussi bien, j'aurais cru les autres journalistes, pourquoi pas (Adrian Lyne n'a réalisé que des petites bouses, et du jour au lendemain il a pondu L'ECHELLE DE JACOB, avant de retourner à son fond de commerce habituel). Mais voir Libé qui crie au génie... Là coco, je me suis dit, tu peux y aller, c'est sûrement très mauvais ! Effectivement, je n'avais pas complètement tort !
Ça se passe dans un futur proche. La Terre a été contaminée, et les survivants vivent dans un complexe big brotherisé fait de tours hermétiques. Tout est contrôlé, de la qualité de vos urines à votre emploi du temps, de votre santé mentale à votre régime alimentaire. Tout le monde est heureux et sain dans le meilleur des mondes, monde d'ailleurs totalement asexué (ce qui nous vaudra une scène de sexe débutant absolument splendouillette !). Chaque jour, une loterie est organisée. Le gagnant a le droit de partir sur l'Île, la seule région du monde préservée de la contamination, qui est aussi un lieu paradisiaque où l’on peut vivre enfin à l'air libre. Ewan McGregor, ceci dit, a des doutes. Il y a ce rêve récurrent où il se voit en train de s'enfuir en bateau, et puis cette question qui le taraude : est-ce qu'il n'y a que ça à espérer, l'Île est-elle le seul rêve accessible ? En se baladant (illégalement) dans les sous-sols de la ville pour voir son ami Steve Buscemi (hey !), il découvre un insecte miraculeusement préservé de la contamination. Le doute s'installe. Et si on leur avait menti depuis le début ? Et si le tirage au sort cachait une vérité bien plus horrible ?
On découvre assez vite à quelle sauce on va être mangé. Ça sent le SOLEIL VERT vs. L'ÂGE DE CRISTAL à trois milles lieues à la ronde, et effectivement, on ne va pas être déçu. Remettre au goût du jour les fictions paranoïaques des années 70, pourquoi pas... Malheureusement, tout ça ne va pas très loin. D'abord à cause des personnages, trop lisibles, trop caricaturaux. Ils ne changeront pas d'attitude d'un pouce, du début à la fin du métrage, malgré les horribles découvertes qui s'enchaînent. L'erreur stratégique quant au personnage de McGregor est particulièrement parlante : ce type sait que tout ça est faux depuis le début, ce qui laisse peu de place à l'effroi par la suite. De plus, ses rapports avec les autres personnages (notamment les dirigeants) sont logiquement faussés. Au final, les "méchants" sont si caricaturaux que rien qu'à leur trogne, avant même qu'ils n'ouvrent la bouche, on sent bien qu'ils nous cachent quelque chose. Reste à savoir quoi, sans se faire des palpitations, sans mettre notre cerveau à profit, mais en suivant tranquillement le loooooonnng  déroulé du film, qui nous dira où est le pot aux roses, sans que l'on soit, du coup, vraiment concerné. Michael Bay signe donc un film paranoïaque effectivement, mais surtout pour les 6-7 ans. Les autres savent bien que tout cela est un film d'action, et même de poursuite, assez poussif au niveau du rythme. Bref, THE ISLAND est aussi surprenant que la série des MATRIX est ambiguë ! Donc, le coup du scénario fouillé psychologiquement, cher à Libération, est une des arnaques de l'année, ou alors, le journaliste incriminé a 7 ans, ce qui soit dit en passant expliquerait bien des choses. Évidemment, Bay essaie de placer des personnages secondaires ou des remarques "ambiguës", au moins dans l'intention, mais avec de si gros sabots que, justement, l'ambiguïté, tel l'amour propre, ne le reste jamais longtemps ! [Par exemple, ce personnage qui croit avoir la preuve que la loterie est truquée, ou encore la cruelle question des "originaux" qui ont vraiment besoin de leur "police d'assurance".]
Côté mise en scène, c'est du Michael Bay sobre. Façon de parler. Il s'est un peu calmé sur sa destruction massive de l'échelle de plans, ou alors il a fait tellement école à Hollywood que ça ne se voit plus. Le montage est légèrement moins frénétique, très légèrement, mais ressemble encore à du gros gloubiboulga avec des grumeaux. Il faut dire que la garçon n'est pas aidé par un scénario poussif (voir plus haut) et, qui en plus fait traînasser la narration pendant près de 2h20, ce qui est excessivement long et révèle cruellement l'alternance des scènes poursuites / dialogues / poursuites... dont le principe est bien sûr de ne pas lasser le spectateur, en le secouant puis en lui laissant le temps de souffler. Mouais. Mais ceci est trop long, et le scénario place de toute façon le spectateur en position omnisciente, ce qui est très dommageable pour un film paranoïaque ! D'un certain côté, LE TRANSPORTEUR II  a le même sens de l'esbroufe, mais au moins paraît largement plus sec, ce qui est tout à son avantage.
Le film, sinon, est d'un luxe absolu, richissime, notamment au niveau de la photo sur-léchouillée, même si elle ne prouve ni son bon goût ni son originalité. Ce luxe ne sera contredit que par deux facteurs : les horribles effets spéciaux (notamment cette archaïque poursuite en moto-jet) et les splendouillettement ridicules vêtements techno-branchouilles, du pire effet dans la partie "contemporaine", et rétro 70 dans la partie "anticipation". Que cela est laid ! L'autre problème, c'est également le film-annonce qui annonce clairement de quoi les personnages sont victimes (autant dire qui est Kayser Sozé dans USUAL SUSPECTS dès la bande-annonce!), et comment le film va se terminer ! C'est gonflé ! Et un peu kamikaze.
McGregor est ici looké djeun's. Un peu moins fadasse que d'habitude, mais sans plus. Steve Buscemi porte un écriteau "je vais mourir en début de bobine 3" sur le front, ce qui est, là aussi, un peu gênant. Et Scarlett Johansson est en train de dilapider son capital sympathie à très grande vitesse ! Déjà fade dans le fade EN BONNE COMPAGNIE (dont j'avais parlé ici, encensé par la critique en dépit de sa médiocrité galactique, et auquel, sur le même terrain, il faut préférer BLACK / WHITE), elle confirme ici son manque complet de personnalité et surtout son absence totale de conviction. La scène où elle se retrouve en face de sa propre image télévisée est un grand moment de splendouilletterie décadente ! Et attention, je vais céquhefder grave : elle est déjà passée sous le scalpel du chirurgien esthétique ! C'était visible dans le plan dans l'ascenseur, déjà présent dans le film annonce, plan pendant lequel je vous mets au défi de la reconnaître. C'est évident aussi pendant la durée du film (et Dieu sait qu'on a le temps) : la petite s'est fait refaire lèvres et yeux, et peut-être la bouche ! Adieu Scarlett, et bienvenue au club des bimbos berverlyhillsées d'Hollywood. Elle joue, ceci dit, le jeu du film dont la devise semble être : "Hâtons-nous de nous dépêcher de rentrer dans le rang des anonymes !" Bah...
 
On aura compris en tout cas qu’on préfèrera emmener son petit cousin de 9 ans aller voir LE TRANSPORTEUR II plutôt que THE ISLAND, s’il faut choisir, le film de Leterrier étant nettement plus franc du collier !
 
Bon, il fait combien de pages, cet article ? J'ai le temps de vous parler de FURTIF ? Ça va être un peu juste peut-être… Allez, on va en garder un peu pour demain !
 
Salutairement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

proctoman 14/09/2005 13:07

OU...OUIIIIIIIINNNNNNNNN, JE VEUX MA MAMANNNNNNNNNNNNNNNN!!!!!!!!!

Dr Devo 14/09/2005 09:37

Proctoman! Je te reconnais bien là, Chenapan! Allez arrêtes de faire l'intéressant et monte dans ta chabre faire tes devoirs.

Salutations au demeurant.

Dr Devo.

proctoman 14/09/2005 01:47

Moi je suis abonné à Télérama, Moi j'aime bien Télérama, et pis y a tout plein d'aut' choses que les critiques ciné dans Télérama et pis c'est quand même bien de faire une couv' sur le petit Bill (bien grand au demeurant... bientôt dans Pif gadget?)
Et pis moi mon papa y vas t'arracher les dents une par une passe que mon papa ben c'est lui qui est le plus fort...na!
Et pis d'abord j'ai 7 ans et demi et t'es jaloux tout plein passe que je suis le plus jeune critrique de la France
Et pis ton site y pue!

counterfeit 14/09/2005 00:43

Salut Dr
Pour ma part j'ai réussi à tenir jusqu'à la fin de Transporteur 1, et oui. Le film vaut bien la moyenne dans les films d'action qui sortent ces derniers temps mais évidemment c'est pas très brillant.

J'aime bien ton blog. Je te file l'adresse du mien (nous sommes 2 rédacteurs pour l'instant) : http://icecreamandpopcorn.free.fr
Ca permettra de partager nos avis de scéances ;)

Dr Devo 13/09/2005 20:56

bah, cher gros lourd, je ne demande qu'à relever le défi!

en tout cas, grâce à toi j'ai appris in truc aujourd'hui! je corrige la faute d'orthographe de suite!

Merci.

Dr Devo.