MA VIE EN L'AIR, de Rémi Bezançon (France-2005) et VIRGIL, de Mabrouk el Mechri (France-2005) : Accroche ta charrue à une étoile

Publié le par Docteur Devo

(photo: "La Mort d'Orion" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
On continue le butinage commencé hier, butinage en forme de session de rattrapage pour critique ayant du retard. Bah, ce n'est pas grave en fait.
 
Evidemment, il y a des périodes de vaches maigres au cinéma, comme ailleurs. L'été fut, pour ce site, une saison pas si mauvaise que ça, dans le sens où les activités professionnelles me tinrent éloigné, un peu, de Matière Focale, et que l'intérim stakhanoviste fut assuré par celui qui n'est jamais un intérimaire mais un élément essentiel : le Marquis. Il nous fit découvrir, encore et encore, avec une gourmandise non feinte, des perles et des "choses" extraites de son immense Dévédéthèque Nationale (appelée ainsi parce que la mémoire non exhaustive du Cinéma, elle est bien chez lui, parmi les milliers de volumes engrangés à des prix qui, en général, frisent l'indécence, mais par le bas, prouvant ainsi qu'une dévédéthèque peut être un sport populaire et, de toute façon plus populaire que le cinéma en salles, sport pour riches). Du coup, grâce à lui, l'été ne fut pas ennuyeux ni dépressif, bien au contraire. C'est brillant. Hommage.
 
Ici, la France donc. D'un point de vue mondialiste, même pas alter, c'est les vaches maigres, donc. On épuise le quota de films plus ou moins excitants en salles, et c'est vite fait. Restent, et vous l'aurez compris dès hier, les petits films d'exploitation qu'on n’a pas eu le temps de voir, et sur lesquels on se jette au ralenti avec un brin, voire beaucoup, de perversité (article d'hier), et puis ensuite, il ne reste que le rien. J'avais choisi une tactique pour choisir les films dans MON cinéma pathugmont (là-dessus aussi, article d'hier). Je pensais commencer par le film en salle 15, puis le film en salle 14, puis en salle 13, etc. Choisir son film par la salle. Y a-t-il procédé plus dégradant et régressif, me dis-je ? Et plus drôle, ajoutais-je in petto ? Oulipiste un jour, oulipiste toujours, je trouvais le procédé exquis, et sûrement très cinéphilique, puisqu'il s'agit de s'exposer au film tel qu'on est et quel qu'il soit. On appelle ça la générosité. Je me marre comme une baleine, conclus-je. S'ensuivit alors une visite, toujours dangereuse, sur le site Allociné (et oui !), pour jeter un œil aux sorties prochaines. Et là, catastrophe : les vaches seront maigres pendant encore quinze jours, soit trois semaines en tout avec la présente. Le cancer allait durer, et le Dr se dit que finalement, le choix par salle attendrait encore 7 jours. Mais je le ferai, je le ferai.
 
Quoi voir ? Il alla voir APPLESEED, dont il vous parlera plus tard sans doute, sans sentir en lui le vent de l'excitation et de la découverte souffler. Et puis, derrière, rien. Il y aurait bien eu, tant qu'à faire (voir hier), MR & MRS SMITH, mais il ne supporte pas Angelina Jolie, femme laide (d'ailleurs, Scarlett Johannson veut à tout prix lui ressembler, voir article d'hier je vous dis, ce qui est quand même un indice qui devrait faire réfléchir assez vite les fans respectifs des deux actrices), dont la vue lui fait craindre pour son portefeuille et son intelligence. Plus vulgaire, tumeur. En plus le film durait 120 minutes, et je sortais déjà de THE ISLAND (voir où vous savez...) avec ses 40 minutes de trop. Et le film passait à 16h30, quand même, ça fait tard. Allez, hop, retournons un peu en France. Dit-il. Pourquoi pas ? Comme disait le petit-fils spirituel d'Hergé, "il faut donner la chance" aux films français. C'était parti.
 
Devinette : quel est le rapport entre MA VIE EN L'AIR et VIRGIL? Philippe Nahon, les amis, Philippe Nahon. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il s’agit de l'acteur fétiche de Gaspar Noé, sublime dans le diptyque CARNE et SEUL CONTRE TOUS. Gardons Nahon en tête pour lire la suite.
 
Rémi Bezançon réalise MA VIE EN L'AIR. J’avais vu les films annonces, très franco-français, bof. J'avais vaguement hésité, en rêve flemmard, à aller à une avant-première près de chez moi parce qu’une des actrices, Elsa Kikoïne, était la fille de Gérard Kikoïne, et que malgré moi, avec mon bon cœur tendre et sincère, j'aimais beaucoup son adaptation du Dr JEKYLL & Mr HYDE (EDGE OF SANITY). C'était maigre. La fille fait beaucoup de télé, me dit le Marquis, mais c'est bien la fille de son père. "C'est déjà ça", me dis-je en tendant mon ticket à l'ouvreur (Usher en anglais !), pour me donner du courage, comme un enfant superstitieux.
Ça raconte. Ça raconte l'histoire. Ça raconte l'histoire de Vincent Elbaz (Oh no !), qui est né dans un avion et qui, à ce titre, bénéficie de voyages gratuits, où il veut, quand il veut, pendant toute sa vie. Mais, problème, il a la phobie de l'avion (sa mère est morte en lui donnant la vie, ah oui !). Ce n’est pas de bol. C’est cocasse. Il a, par contre, un super-métier : spécialiste en sécurité aéronautique. Sans jamais avoir été dans un avion depuis son jour zéro, Elbaz fait donc des tests en simulateur pour les pilotes de ligne, tests qui sont souvent des torture-tests, afin de tester sang froid et acquis techniques des pilotes en cas d'urgence. Bien. Vincent vit avec un pote d'enfance qui tape l'incruste dans son appartement, le genre de pote qui glande dans la vie, et n'attend rien en buvant de la kro et en se levant à 11h tous les matins. Gentiment à la masse, gentiment looser. Vincent a connu Elsa Kikoïne lors d'un plan incruste dans une fête. Ils tombent amoureux, mais la belle doit filer un an en Australie. Tu me rejoindras à Noël. OK, répond-il. Et évidemment, il n'ose pas prendre l'avion, phobie oblige. Rupture. Dix ans après, il tombe amoureux de sa voisine du dessus, Marion Cotillard, sorte de jeune Macha Béranger qui, par voie de conséquence, en toute logique et bien évidemment, bosse à la radio. Elle vit avec un type mutique plus âgé qu'elle. Entre le souvenir douloureux mais fondateur d'Elsa et le sentiment nouveau pour Marion, le cœur balance...
 
Vous reprendrez bien un peu de purée ?
 
Bon, le sujet est nullosse, déjà vu 100,000 fois. Film annonce à l'avenant. Comédie trentenaire certes, de gueule déjà énormément moins m'as-tu-vu que l'atomique prétention d'un Klapisch et ses Poupées Espagnoles, films conchiants et arrogants. Dieu merci, ça ne ressemble pas à ça. Mais Dieu que c'est débandant ces sujets-là !
Un des problèmes de la France au Cinéma, ce sont les acteurs. Quelques ténors (Lonsdale, Huppert, etc.), mais structurellement, ça coince. Ça coince parce que tout les films se ressemblent, que même les ténors viennent à se compromettre dans les pires bouses (LES SŒURS FÂCHEES), parce que les avances sur recettes et autres systèmes de financement ne favorisent structurellement, comme le disait déjà Duras dans les années 80, QUE des films de merde ou médiocres... Ça coince structurellement. Exception culturelle oblige.  C'est déprimant.  Aux USA, soit "chez nous, en Amérique", comme vous le savez, au moins, les acteurs ont structurellement plus de chances de faire des choses nuancées. En jouant dans des films de college par exemple. Tout le problème français vient de là : il n'y a pas de films de collège en France. Je vous laisse deviner pourquoi. Un indice : on encense le premier débile qui fait un film qui marchote au box-office. Et après, on se les traîne pendant des années, ces acteurs : Elbaz, Le Bihan, Duris et tous les autres sont traités comme des stars, avant même un rôle marquant. Un rôle marquant aux USA, ce n'est pas un rôle dans un gros succès au box-office. Tous ces jeunes mecs n'ont rien fait de sensationnel, et ce sont quand même des stars. Du coup, ils deviennent officiers sans avoir fait leurs classes. La discipline et l'absence d'ego nécessaires à faire un film de college, ils ne connaissent pas.
Exemple : Ryan Philippe. Minet transparent au début. Sept ans plus tard, acteur formidable ! Voilà qui est impossible en France. Rappelez-vous qu'il y a peu, un journaliste osait dire, au vu de DE BATTRE MON CŒUR S'EST ARRÊTÉ, que Romain Duris était le nouveau Robert De Niro (époque TAXI DRIVER, bien sûr).
 
Passons. Et bien curieusement, MA VIE EN L'AIR n'apporte rien ! La narration se fait grâce à une voix-off, ni bonne ni mauvaise, qui fonctionne style Klapisch justement, en un peu moins bête, et sur une seule métaphore : les impossibles probabilités. [Nouvelle maladie des mises en scènes et scénarios qui n'avancent pas d'eux-mêmes ça, les voix-off !] Bon. La comédie sentimentale ne casse pas trois pattes à rien ni à personne. La mise en scène est assez plate, mais il y a un peu de photographie, loin des bandes grissouilles auxquelles on est habitué (au moins en intérieur). C'est déjà ça de pris. C'est en scope, pourquoi pas... [Un plan complètement raté quand même : le travelling arrière pendant le jogging dans le parc qui tremble de partout, grrrr...]
Malgré tout, on suit sans trop s'ennuyer la chose pour trois raisons. D'abord, parce que, miracle, Elbaz est plutôt sympathique. Je n'aime pas cet acteur du tout pourtant. Mais là, il la joue plutôt en retrait, plutôt sur la discrétion, un peu niaise. Et déjà, pour moi, c'est un exploit. Les acteurs français jeunes sont si arrogants (surtout aux vues des résultats), que là, voir Elbaz y aller sotto vocce, presque timidement, et bien ça marche ! Ce n'est pas le nouveau Philippe Nahon, bien sûr, mais ça fonctionne. Bon point. Et puis il y a aussi Marion Cotillard, actrice que je n'aimais pas non plus, mais qui, depuis quelques rôles, prend vraiment de la bouteille. Elle est vraiment impeccable, notamment dans un des deux ou trois plus beaux films de l'année, INNOCENCE, dans un univers opposé pourtant à ce qui se fait dans notre beau pays. On dirait qu'elle monte en puissance. Tant mieux. Elle n'a ceci dit  pas grand chose à faire ici. Mais bon, elle est sympathique, la Marion. Et puis, troisième minuscule avantage du film : le réalisateur a casé un maximum de scènes en simulateur d'avion ! Et ça, ça marche, j'aime bien.
Sinon, rien à dire, c'est gentiment plat : pas de jeu de montage particulier, ni de choses dans le son. Un téléfilm sympa, quoi. C'est déjà ça. Ceci dit, si j'avais payé 8 euros pour voir ça, j'aurais peut-être sorti mon disque de Michel Sardou plutôt que ces petits compliments.
 
VIRGIL. La boxe. Troisième film de boxe dans l'année après le Clint Eastwood MILLION DOLLAR BABY, (qui fit polémique sur ce site, 80 commentaires indignés !), et le Ron Howard (hahahaha !). Bon, ici aussi, comédie sentimentale sur fond social-un-peu, pas de quoi déclencher les sirènes d'alarme, c'est du morne. Malgré tout, prenons ces quelques détails en note.
D'abord, je me plains souvent qu'en France, c'est le pays du plan rapproché. On plaisante souvent avec le Marquis à ce propos. Je me demande parfois si le jeu de focales disponible à la location en France (parce qu'il y en a qu'un, c'est évident) n'est pas sous-loué, en plus, à d'autres pays. "Le grand angle doit être en location en Italie", me dis-je parfois avec le Marquis ! Et bien là, non ! Le réalisateur de VIRGIL a fait le contraire de ses petits camarades : tout (ou presque) en grand-angle ! Gros plan ? Grand angle ! Plan rapproché ? Grand angle ! C'est très amusant ! Laid, mais très amusant. Surtout quand cette "fantaisie" est alliée à des gourmandises loufoques mais encore une fois laides (et mal réalisées) telle cette caméra fixée sur une portière de voiture qui se ferme et s'ouvre au bon vouloir de l'acteur qui la manipule. Allons, Monsieur le réalisateur, allez voir un film de Julio Medem. Ça élargira vos horizons.
 
Evidemment, on le sait, même si c'est une maladie mondiale, en France, "Echelle de plans, 'connais pas !".
 
Râlons encore sur l'emploi de la musique. Ici, de beaux tubes oubliés de soul music, très beaux effectivement, mais beaux sans le film. Le procédé est putassier et consiste à faire passer une émotion que la mise en scène (j'ai dit la mise en scène, pas le reste !) ne sait pas faire passer. Tout le monde ici fait ça, et le réalisateur aurait tort de se priver en quelque sorte. Mais c'est vraiment insupportable. On n'est pas des gogols, et ce genre de procédé est manipulatoire et anti-généreux. Question : c'est quoi, un film honteusement manipulatoire ? VIRGIL ou MANDERLAY ?  
Il reste néanmoins quelques beaux passages, pour deux raisons. D’abord grâce à Léa Drucker, une bonne actrice qui n'a pas forcément peur du ridicule. Je conseille d'ailleurs sa belle prestation dans DANS MA PEAU, le beau film auto-mutilatoire de Marina De Van (un chouette film, très ambitieux). Elle est vraiment pas mal ici (exploit au vu de l'ensemble du film !), voire très bonne dans une scène où "ça joue" avec son père dans le film, Philippe Nahon, impeccable comme d'habitude, ultra-magnétique.
Sinon ? Ben, sinon rien.
 
Les Drucker, Nahon et Cotillard (et même Elbaz !)  méritent quand même mieux que ça. MA VIE EN L'AIR est certes plutôt soigné et modeste, mais dans les deux cas, ces films ont en commun le pire des maux en matière de cinéma : avant toute chose, ce sont des films de scénario, de scénario et de scénario. Hors, on sait tous que le cinéma, c'est avant tout une histoire de mise en scène. Béatifier de la sorte le scénario reviendrait, en peinture, à béatifier le sujet du tableau : "j'aime bien ce tableau parce que c'est une descente de croix". On n'oserait jamais dire ça dans un musée, alors pourquoi ne pas être aussi exigeant au cinéma ?
Du cinéma de scénario, c'est peu ou prou ce que fait la télévision. Et effectivement, on aimerait que le cinéma populaire français vise un peu plus haut que le niveau du téléfilm. Un peu comme si c'était un art...
 
Gentiment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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clovis simard 12/10/2011 17:10



Blog(fermaton.over-blog.com)Mathématiques de la conscience humaine.No-23, THÉORÈME DE TINTIN. Traits de Génie.



Sam 27/09/2005 01:03

C'est bien ce que j'avais dit : je n'ai rien compris.

Et en sus, j'ai pas tout dit.... (à l'étourdi)

Allez, je vous raccompagne sans mot dire.

Le Marquis 26/09/2005 23:06

Les mamies ne lui disent pas merci, mais moi si : je n'aurais pas répondu autrement qu'en replaçant le commentaire à l'origine de ce bourbier. Remarque, ça me rassure, je ne l'ai pas inventé.
A part ça, je ne peux que citer Plastic Bertrand : "Ping-Pong-Ping-Pong, notre amour est vraiment Ping Pong".
Matière Focale, le site qui réinvente le mouvement perpétuel. C'est fascinant. Sur ce je vous laisse, j'ai ma france d'en bas qui me gratte.

Mamie Nova 26/09/2005 20:15

Ah, oui, avec Léna, c'était la grande époque! Elle avait compris que pour dire "quand on aiment plus rien, autant ne plus aller au cinéma... aucune fraicheur dans tes critiques, 'est de la déstruction pure et simple coin,cé dans un personnage creé.fait des films mon gars, on verra si t'es plus doué que certains." (eh, oui, Peyo, quand on se cite, il ne faut pas se censurer non plus), il fallait cliquer sur "insulter le Dr Devo" à droite sur votre écran,e t que la fonction commentaire était jsute pour faire un "commentaire", c'est-à-dire donner son avis sur le film chroniqué et fournir une argumentation étoffée qui justifie son point de vue. Léna, réveille-toi,ils sont devenus fous. Je pense tout simplement que tu peux admettre que tes propos étaient non seulement excessifs, mais insultants car dirigés contre une personne et non contre une argumentation. C'est la tournure personnelle et outrancière de ta première intervention que je te reproche. Léna n'était pas d'accord avec le Dr, ele l'a dit, et ce fut très bien! Peut-être devrais-tu suggérer une nouvelle rubrique: 's'excuser auprès du Dr devo'?

Peyo 26/09/2005 19:40

Sam n'a rien compris apparemment.

ps au Marquis : ou as-tu lu que je n'aimais pas ce site ? Relis moi stp au lieu d'interpreter... Relis bien, franchement ! J'ai tapé dans une critique, certes, sur un film précis, ok, mais il me semble et je confirme que j'ai dit :

"La qualité du site du doc n'est pas remis en cause, là n'est pas la question"

"Lire le docteur sera toujours un plaisir, les commentaires par contre... non."

"Si moi j'ai fait l'erreur d'être entré dans le lard du dr devo (désolé dr)"

La nuance vous connaissez pas apparemment ? C'est tellement plus marrant de faire des grandes phases pompeuses pour faire du creux. Le marquis et ses amis = symbolique de la vacuité ? C'est ça...

Mais arretez, je vous lis encore à parler de mon site "il deteste notre site, le sien est pire", nan mais franchement je ris doucement. D'abord je n'ai jamais detesté ce site, et je vois pas l'interet de parler du mien qui n'est pas un concurrent, si ce n'est un plaisir personnel qui n'appartient qu'à moi et à la France du cinéma d'en bas, décicace à ce cher Marquis.

Marquisement vôtre, je salue Seb et tout ceux qui en ont marre de toutes ces débilités. En esperant ne plus à avoir revenir pour lire de nouvelles conneries à mon sujet ou autres choses qui dépassent mon jugement sur la critique du film "ma vie en l'air"