LE DERNIER SIGNE, de Douglas Law (Canada-France-UK 2005) : Bluastro You !

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Until my Signal !" par Dr Devo)

Chères Camarades, Chers Camarades,
 
Aujourd'hui, on va apprendre un nouveau mot, et encore mieux, un nouveau concept ! C'est déjà pas mal pour un dimanche...
 
Ah ! oui, je me souviens de quand j'étais petit, ou disons, je me rappelle il  y a longtemps, en 1989. À l'époque, j'aimais beaucoup SEXE MENSONGE ET VIDEO. [Et comme je ne l'ai pas revu depuis longtemps, il n'y a aucune raison que ça change !] Ça va paraître étrange, mais à l'époque je m'étais dit en voyant le film de Soderbergh que cette actrice était vraiment très belle. Et que les quatre acteurs du film m'étaient de toute façon extrêmement sympathiques... [Pour ceux qui sont plus jeunes et qui s'étonnent qu'on puisse trouver Andie MacDowell particulièrement belle, il faut se rappeler le contexte des années 80 : pas de bimbos partout (dans la rue, dans la moindre émission de télé, etc.), les filles mettait des pulls géants qui descendaient à mi-cuisse sur leur jean (c'était vraiment cool), et les actrices ne sortaient pas forcément de Beverly Hills ou de la salle de gym. C'était très différent à l'époque.]
 
En préparant cet article, je tombe des nues ! En voyant LE DERNIER SIGNE, avec Andie MacDowell donc, je me suis dit pendant toute la séance : "Elle doit être super grande... Faudra que j'appelle mon article "la grande gigasse contre-attaque !". [La grande gigasse est le surnom que j'ai choisi pour Jeanne Balibar, et c'est aussi un morceau du Drahomira Song Orchestra (voir ici, puis cliquer sur la section "music").] Ben non, c'est faux, MacDowell fait seulement 175 cm, ce qui est tout à fait commun. Un mythe tombe. Si ça se trouve, notre Grande Gigasse Nationale fait 1.65m, allez savoir. Si Mlle Balibar passe par là, qu'elle nous dise sa taille.
Autre mythe qui tombe. Pendant le film, je me disais aussi que, bondelà, elle a pris un petit coup de vieux la Andie. Elle fait vraiment 50 ans, même si bien conservée. Ben oui, les amis, c'est quasiment le cas ! Elle a 47 ans, et avait déjà 31 ans sur SEXE MENSONGE ET VIDEO.  Je me disais aussi, en la regardant, que malgré son vieillissement (très honorable d'ailleurs, c'est toujours une belle femme, même si le temps, et surtout dans ce film, augmente son Taux de Splendouilleterie, on le verra), elle avait toujours de temps à autre une expression juvénile... Presque de teenager, c'est étonnant. On peut aimer ou ne pas aimer l'actrice (qui incarne désormais aussi la grande bourgeoise), mais pour moi, elle est celle qui incarne le passé et le présent en même temps, car elle semble avoir 55 ans et 18 ans en même temps !
Ça faisait longtemps que je ne  l'avais vue dans un film, me dis-je. Souvent, le Marquis et moi-même plaisantons à ses dépends. Dès qu'on voit une pub pour l'Oréal, vous imaginez bien qu'on la regarde d'abord religieusement, sans mot dire, puis qu'on la commente comme si c'était son dernier film, ce qui, dans les faits, est vraiment le cas. Elle nous fait rire, la Andie !
 
[Bon, c'est n'importe quoi cet article... On disait quoi ?... Au fait, quelqu'un a des nouvelles de Geena Davis (l'anti-MacDowell) ? Depuis qu'elle a laissé tomber le cinéma pour le tir à l'arc (Véridique ! Ne vous moquez pas : elle a failli être sélectionnée aux Jeux Olympiques, mais elle a été recalée de l'équipe américaine à une place près, alors qu'elle ne s'était mise à ce sport que 2 ans plus tôt, mais en même temps, elle n'a aucun mérite, elle est surdouée il paraît...), on ne  la voit plus. Dommage. 1,83m, la Davis ! Là, c'est sûr, Andie est une naine. Et pendant qu'on y est : que deviens Judy Davis (1.65m) ?]
 
Bon, on le fait cet article ou pas ?
 
On pourrait écouter le morceau AVANT LA GRANDE GIGASSE ? Non ? Allez, ce sera la bande originale de l'article ou du non-article ! Ceci dit, ne sachant pas comment intégrer un morceau de musique à cet article, on va faire autrement. Clique ici, puis sur le point d'interrogation, puis sur "music" , puis sur "audio sample". Ne ferme pas la fenêtre et reviens lire l'article, c'est parfait. [Vous me direz en commentaire quel morceau va le mieux avec cet article !]
 
Canada. De nos jours. Andie MacDowell n'a pas de chance. Elle vit dans une superbe propriété avec deux maisons dessus, et avec ces trois enfants : deux petites filles et un grand ado presque adulte (un acteur délicieusement improbable qui ressemble à une version juvénile de Matthew Perry !) . Elle est veuve depuis quelques années, son mari Tim Roth (ancien médecin alcoolique ayant travaillé dans l'humanitaire) s'étant tué dans un accident de voiture. Parce qu'elle rencontre des difficultés financières, elle loue sa deuxième maison, qui jouxte la maison principale, à un français (Samuel Le Bihan ! Ben tiens !), plutôt "beau gosse" comme dirait le scénario. Le Bihan est un type charmant (dans le film !), mais au même moment, Andie commence à avoir des hallucinations et à entrapercevoir son défunt mari. En un mot comme en cent, elle n'arrive pas à faire son deuil. Elle rencontre dans l'entreprise où elle travaille une femme plus âgée, Margot Kidder, qui devine tout de suite qu'elles ont toutes deux le même point commun : elles sont veuves ! Kidder essaie de se rapprocher de MacDowell, et finit par lui proposer de rentrer en contact avec l'esprit de son défunt mari. Dans la maison d’Andie, des faits étranges commencent à envahir le quotidien...
 
Ben voilà, c'est court pour une fois, ce résumé. Très bien.
 
Et bien, les petits gars, malgré tout ce qu'on peut penser sur ce film, il faut admettre un truc : il va falloir inventer un nouveau mot pour le définir !
On connaissait le giallo, magnifique sous-genre italien dont on a déjà souvent parlé ici (à propos de Lucio Fulci, Mario Bava ou Dario Argento, qui furent les plus talentueux dans cette discipline : jetez un œil !). Pour ceux qui ne connaissent pas, voilà ma définition : le giallo est un film qui mélange thriller et fantastique sans qu'on puisse dire tout au long du film si on est dans un style ou dans l'autre, réel et fantastique étant toujours mêlés et indissociables. Le nom giallo vient de l'italien et désigne, je crois, la couleur jaune [Couleur des couvertures de romans de gare policiers qui ont souvent inspiré le genre. NdC].
Malgré le résumé que je viens de vous faire, il faut imaginer LE DERNIER SIGNE comme un drame sentimental plus qu'un film fantastique. Et pourtant... Là aussi, tout est mêlé, plus ou moins volontairement. J'ai donc inventé un nouveau genre (ou plutôt, j'ai mis un nom sur ce genre inconnu) qui désignera ce genre de films, mi-sentimentaux mi-fantastiques, et auquel je rajoute une nuance : la splendouilleterie totale et ridicule. Donc, sachez dès à présent qu'un film qui contient 33% de fantastique, 33% de film sentimental et 33% de splendouilleterie s'appelle un... BLUASTRO ! [Ce terme veut dire bleuâtre en italien !]. Ça ressemble à rien, c'est délicieux, et c'est complètement improbable : c'est le BLUASTRO, ma contribution personnelle à l'histoire du cinéma, ma petite pierre à l'édifice de la Sagesse Occidentale, mais mon grand bond en avant en matière d'Art !
 
Le film commence par un assez beau générique (sur la fin), quoique classique. On comprend très vite de quoi il va en retourner.
Côté mise en scène, c'est assez bizarre. Sans être totalement cheap, le film dégage un incroyable relent d'improbable à tous les niveaux. Les flash-back notamment, assez incessants,  arrivent souvent comme un cheveu sur la soupe. Ceci dit, deux d'entre eux sont absolument beaux. Le premier a lieu pendant la visite des deux agents immobiliers. C'est très étonnant. Juste avant que le flashback / hallucination ne commence, il y a ce plan, une espèce de travelling bizarre, cadré on ne sait comment mais étrangement, et Andie MacDowell qui perd le fil. Les trois nuances ensemble sont déjà étonnantes, mais en plus le plan dure un peu trop longtemps. C’est donc lui qui est mis en exergue par la mise en scène, et non le plan suivant (l'hallucination) qui devrait être normalement l'événement principal. C'est complètement improbable, mais très déstabilisant.
D'ailleurs, la première bobine, même si elle fait craindre, à juste titre, le pire, est assez marrante et même ludique dans le sens où le montage y est très lâche, un peu de guingois, ce qui a beaucoup de charme.
Le deuxième plan assez beau, et là aussi grâce au montage, est la première utilisation du plan où Tim Roth lance une pierre dans le pare-brise. C'est là aussi complètement IM-PRO-BA-BLE, mais vraiment surprenant. Ce n'est sans doute pas tout à fait volontaire. Du moins, le doute persiste (pendant tout le film d'ailleurs). Le film a au moins cette constance, celle du bizarre, avec un matériau qui ne l'est jamais et qui est même toujours banal, l'Ange du Guingois planant sans cesse au-dessus de nos têtes. Comme dit souvent mon ami Bernard RAPP : "C'est pour toi Docteur ! C'est tout faisandé !" Ben oui ! C'est peut-être ça, au fond, le Bluastro.
 
Qu'on ne se méprenne pas. L'histoire du film est archi-prévisible. Mais on reste dans la salle quand on est un peu pervers et / ou passionné. Andie MacDowell, en début de film, mélange dans le même plan les bonnes répliques et les phrases complètement fausses. Elle peut être, dans la même phrase, incroyablement juste (ça arrive une fois ou deux) et incroyablement à côté de la plaque.
Nos repères vacillent donc, d'autant qu'on est jamais sûr, malgré le full sentimental (t'as vu comme on nous filme ?), qu'on ne va pas basculer, et c'est quand même exotique, dépaysant et inconcevable, dans le style "fantôme japonais à la THE GRUDGE" ! Je sais que c'est dur à expliquer... Mais les faits sont là : ombres sur les murs la nuit durant, effets sonores, bague qui disparaît et réapparaît dans la machine à laver, coups de téléphone mystérieux, dialogues avec les morts et règlements de comptes avec fantômes... C'est complètement THE GRUDGE RINGS ALWAYS TWICE, non ? On se noie donc dans cet océan inconcevable mais réel (puisqu'on est en train de voir le film). Y-a-t-il des images ou des sons subliminaux, est-ce en fait un film sataniste déguisé en GHOST ? Toujours est-il que je flotte dans la salle, dans un No Man's Land unique, totalement bluastro, en pleine nébuleuse d'un autre monde.
Margot Kidder (géniale actrice, voir ici), qui reprend du service après s'être auto-mutilée dans les toilettes de l'aéroport de Los Angeles (histoire vraie), revient sous une autre forme : celle de la grand-mère décatie mais en forme, façon Danielle Evenou. Elle n'a que dix ans de plus qu’Andie MacDowell, mais en paraît 25 de plus. Elle est méconnaissable... si ce n'était cette incroyable énergie qui la pousse à aller à fond, à fond, à fond, nous faisant presque croire que le film  a été tourné dans l'ordre chrono-illogique, totalement en phase avec la Andie, elle aussi plutôt sobre au début et  perdue à la fin. Margot Kiddder (1.69m) a compris ici quelque chose que le réalisateur n'a pas saisi : elle joue dans un giallo ! [Non, elle joue dans un BLUASTRO (copyright Matière Focale) – mais comment le saurait-elle au moment du tournage, cette chère Margot, car je viens de définir le concept ce matin ?] Et comment se fait-il que sur la photo illustrant l'article d'hier (ici), on trouve les mots "contre Margot". Étonnant, non, d'autant plus que je ne savais pas quand j'ai fait cet article hier que 1) Margot Kidder jouait dans LE DERNIER SIGNE, et que 2) j'irai voir LE DERNIER SIGNE. Tout cela est étrange, et nous sommes aussi, quantiquement parlant, en plein entre-deux ! Finalement, cet article est incroyablement logique...
 
Tim Roth est parfait dans le rôle du fantôme : ni nullosse, ni bon, il hante le film d'une non-présence glacée et inutile. Bravo ! Samiouelle The Bihan se retrouve là par on ne sait quel miracle, et dans le tourbillon non-sensique, mais totalement prévisible du film, sa présence (je ne pensais jamais dire ça un jour), est une bénédiction d'une justesse hallucinante (et d'ailleurs, que tout le monde présente ses excuses tout de suite au Christophe Lambert anglophone). Il a compris qu'il était le pendant scénaristique du personnage de Roth, mais attention, que paradoxalement, lui était vivant. Il choisit alors l'inclinaison la plus géniale de sa carrière : dire toutes les phrases de dialogues sur un seul modèle (déjà hautement improbable) d'intonation, et en anglais s'il vous plait. Il est tellement improbable lui aussi qu'on se demande pendant tout le film s'il est doublé ou non en post-synchro ! C'est sublime. Le sourire est là toujours, et la même phrase toujours prononcée, mais avec des mots différents. [N'importe quel De Niro (Oh No !) ou Brando aurait joué "à la Tim Roth", et Le Bihan a le génie de faire non pas une reprise du jeu de l'acteur anglais, mais une variation ! Génial ! C'est le plus grand rôle de sa carrière, et son nouveau physique de Musclor ne déplaira pas, en plus, à ces dames...] Nous sombrons, au fur et à mesure. Ennui et passion, prévisible mais improbable, intentionnellement mais hasardeusement, LE DERNIER SIGNE est le film ultime qu'il nous faut.
 
Si vous n'avez pas de carte illimitée, n'y allez pas. Si oui, faites comme moi ! Allez-y deux fois (car je vais y retourner) avec un walkman en écoutant l'album LA NEBULEUSE BRANDUARDI (Part II) du groupe Drahomira Song Orchestra (en vente !). Et ce sera superbe ! Le film est VO en plus, on pourra même suivre l'histoire en lisant les sous-titres.... Moins bon que le courageux et surprenant (mais intentionnel !) MEMORIES, superbe film avec Ryan Phillippe sorti l'année dernière dans l'anonymat le plus total, LE DERNIER SIGNE, comme Andie MacDowell (dans le film), mélange des couleurs dans son labo, sans raison. C’est moins bon que MEMORIES, mais c'est paradoxalement encore mieux. Il faudra revoir le film en écoutant du DSO dans le walkman (l'album sus-cité contient aussi des morceaux très violents, ce qui va créer des sensations très fortes !) pour vérifier que le rêve était bien sublime, que le chef-d'œuvre n'est jamais à l'écran mais à mi-chemin entre la pensée (dans le sens d'intention) du réalisateur et l'œil du spectateur (ici : moi !). Ce film existe et n'existe pas. C'est absolument le film de l'année, et non, pas du tout en même temps.
 
Bénissons tous Douglas Law, sans qui nous n'aurions jamais découvert ce bluastro.... Merci à Margot Kidder qui y va à fond, et qui est kinskienne dans la dernière scène d'incantation spiritique... Merci à Andie MacDowell de mesurer 1.75m... Merci à Samuel Le Bihan d'être... dans ce film, plutôt qu'au bistrot d'en face.
 
Merci à tous.
 
Désintégration.
 
Galactiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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pailletoz 19/09/2005 03:13

Et merdàcredi, le bluastro étant désormais copyrighté, obligation de payer Dr Devo pour l'employer. Pourquoi les génies du Mot ont toujours le réflexe "copyright"? Pouvez pas le dire? Sinon, vous pouvez peut-être donner une définition que je puisse la mettre dans mon blog, pour une diffusion mondiale pleûââââse??

Ulysses 19/09/2005 01:21

S'il y aliste, il y a catégorie, et versa vice, mais pas trop serré qaund même.
Le Dr Devo va-t-il créer une catégorie Bluastro? 'Happy accidents", un Bluastro?

Pierrot 18/09/2005 19:24

Le "Bluastro" ? adopté...
Maintenant, va falloir se pencher sur les films qui entrent dans cette catégorie. "Ghost" en représente évidemment la quintessence. "l'expérience interdite", peut-être? Est-ce qu'on peut y ajouter les films de Shyamalan?
Va falloir établir une liste : encore du boulot pour le DrDevo...