APPLESEED, de Shinji Aramaki (Japon-2004) et KISS KISS BANG BANG, de Shane Black (USA-2005) : Vive la Synthèse !

Publié le par Docteur Devo

(Photo : "Soupirs, il y a..." par Dr Devo)

Chères Consommatrices, Chers Consommateurs,
 
Aujourd'hui, faisons sa fête à l'esprit de synthèse à travers cette note de rattrapage. J'ai vu beaucoup de films ces derniers temps, mais je n'ai pas pu parler de tous. Les journées ne font pas trente-six heures, ce qui est fort dommage, et donc, par voie de conséquence, il a fallu choisir les films chroniqués, vous privant ainsi du plaisir (ou pas) de lire quelque avis sur tel ou tel métrage. En même temps, c'est la vie. Et puis, il faut bien avouer qu'il aurait été difficile de faire un long article conséquent pour certains d'entre eux ! Après tout, j'ai pu faire un article entier et long sur TOUT POUR PLAIRE ou THE GRUDGE, version américaine, alors pourquoi pas ces films-là ? La peur de se répéter sans doute. Démonstration...
 
Mesdames et Messieurs, aujourd'hui, le Dr Devo dans "C'est un peu court, Dr Devo !"
 
Résumé des épisodes précédents : Dr Devo est bien embêté, car peu de films aux allures sympathiques sortent. Après avoir hésité un moment, il en est presque à vouloir choisir ses films d'après le numéro de la salle. "Voilà qui serait fort incongru, assez drôle et complètement décadent", monologua-t-il. Il venait à cette époque de voir MA VIE EN L'AIR, à un moment où la polémique n'avait pas encore fait rage.
 
"Tiens, pourquoi pas ce film d'animation japonais ?", affirma-t-il pour lui-même, "après tout, le cinéma français, je lui ai donné sa chance." Et me voilà dans APPLESEED de Shinji Aramaki. Autant le dire tout de suite, je n'ai pas lu le manga original et fortement populaire. L'histoire est complexe. La jeune héroïne est une supra-guerrière qui tombe dans un guet-apens dans les ruines du monde détruit, 3e guerre mondiale oblige. Sauvée de justesse par les forces spéciales d’Olympia, elle découvre cette ville où cohabitent ensemble humains pacifiés et humains de synthèse appelés bioroïds. Ces derniers ont été créés afin de canaliser la tension entre humains de souche. Ils réagissent en effet de manière à compenser les débordements. Dans cette cité gérée par un gigantesque ordinateur, la paix et le bonheur règnent. Mais de sombres complots s'ourdissent backstage, complots où l'armée régulière, fortement anti-bioroïds, aura son rôle destructeur à jouer.
Intrigue politico-guerrière complexe, fantômes dans la coquille, robots humanoïdes aux sentiments émergents mais à durée de vie limitée, APPLESEED déploie une histoire aux ramifications sombres, jusqu'à une révélation du complot en dernière partie, où tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir, révélation à laquelle, bien sûr, l'héroïne sera mêlée au plus profond de sa vie personnelle. Et pourtant, on est assez loin de la joute philosophique de GHOST IN THE SHELL, le film privilégiant autant l'action que la réflexion, cette réflexion ne portant pas sur l'aspect humain de la situation, mais plutôt sur le dévoilement du complot. Plus brut de décoffrage en quelque sorte, bien qu'on puisse s'étonner que le cinéma japonais n'hésite jamais à perdre son spectateur, à rendre opaque le déroulement narratif de l'histoire et à entrer dans les détails les plus ramifiés, si j'ose dire, de l'aventure. On est décidément loin du "tout simpliste" du cinéma populaire français, ou du manichéisme bipolaire américain (de MATRIX à THE ISLAND récemment).
La technique utilisée pour l'animation est assez curieuse. Décors et scènes d'action doivent beaucoup à la modélisation par ordinateur, avec certes des effets puissants, mais pêchant parfois par trop de photo-réalisme, ce qui plonge le film dans une esthétique au final bizarrement splendouillette. Pour les personnages, la technique est encore plus troublante. Tous les personnages sont "enregistrés" par des acteurs, puis modélisés par ordinateur, le tout avec un rendu 2D (avec un rendu de film d'animation classique). [Rotoscopie ? NdC] C'est assez troublant. Ça donne de plutôt surprenants résultats (quoique...) dans les scènes d'action. Mais dans les scènes de dialogues, par contre, les personnages ont des gestes un peu trop majestueux, comme trop amples, et se déroulant non pas au ralenti mais dans une espèce de suite ouateuse de mouvements sur-décomposés, presque jusqu'au pantomime. Curieusement, chaque personnage perd en gestuelle individuelle, tant les mouvements du corps sont archétypaux. Bizarre. Du coup, tout ce qui est animé par ordinateur se voit très bien, d'une manière complètement ostentatoire, se mêlant difficilement avec la volonté de la direction artistique de vouloir rester dans un rendu classique dans le même temps, paradoxe. C'est un peu la bouillabaisse esthétique, donc.
La mise en scène est classique sinon. Avec, encore et encore, des mouvements de ralentis à la MATRIX justement, effets piqués, volés, utilisés, sur-utilisés depuis presque dix ans, jusqu'à la parodie (SCARY MOVIE par exemple). Voilà qui est bien curieux pour un film qui se veut innovant. Et puis, les réalisateurs, on ne va pas faire du MATRIX pendant encore dix ans, non ? C'est franchement énervant ! Deuxième point faible, la musique, soit orchestrale très classique, soit technoïde du plus mauvais métal. Elle infantilise souvent un film plutôt mature (on ne s'adresse pas ici aux enfant de dix ans !). Enfin, l'intrigue, étonnement complexe pour des yeux occidentaux, certes, pêche par excès de simplisme dans le sens où chaque thématique semble battue, rebattue et épuisée par les films ou mangas précédents. C'est toujours la même histoire, en quelque sorte. On se lasse assez facilement de cette énième resucée de Blade Ghost in the Innocence Shell (hey, c'est pas mal ça comme titre !). L'ensemble est un peu inégal, étrange dans ses partis-pris esthétiques contradictoires, fadasse dans son histoire sur-repassée et répétitive. Comme pour le fantastique à la THE GRUDGE, on se lasse, et on suit gentiment le film sans vraiment entrer dedans. Il y a un paradoxe à faire tant d'efforts pour sortir des sentiers battus, et aussitôt y retourner, et sourire aux lèvres encore ! Du neuf avec du vieux, en quelque sorte. Pas infamant, le APPLESEED, juste un peu frimeur, et grisouille. Au final, c'est vite oublié. Dommage.
 
Après un détour par VIRGIL, film français déjà traité dans ces pages, et par l'horripilant COLLISION (film Europe 1 !) dont on a également déjà parlé, Dr Devo, un peu énervé par ce dernier ("C'est toujours les plus poujadistes et les plus poseurs qui raflent la mise", axioma-t-il en allumant une cigarette), alla se perdre dans KISS KISS BANG BANG, de Shane Black. C'était en VO, comme un nombre étonnant de films en ce moment dans SON cinéma Pathugmont.
On change de registre, et pas qu'un peu. Robert Downey Jr. est un voleur raté qui, en fuyant la police après un casse désastreux dans un magasin de jouets (il téléphone à son petit-neveu parce qu'il ne trouve pas le modèle de Big Jim qu’il lui a promis !), il atterrit sans le vouloir dans un bureau où se déroule un casting, et, bien obligé, pour ne pas se faire repérer, il essaie de décrocher le rôle. Pétri par la peur d'être découvert par les flics qui le recherchent dans le couloir, il fait forte impression et il est embauché ! Le soir même, il participe à une fête entre gens du cinéma sur les hauteurs de MULHOLLAND DRIVE (mange, Google !), et fait la connaissance d'une superbe brune, ainsi que de Val Kilmer, ami du directeur de casting, et du reste complètement gay. Kilmer est aussi détective privé. On conseille à Robert Downey Jr, donc, d'aller le lendemain avec Kilmer pour suivre une banale filature, car son rôle sera justement celui d'un détective privé ! Entre-deux, Downey essaie de charmer, de manière assez catastrophique, la belle brune, mais tellement bourré, il finit par se tromper de femme et  se réveille le lendemain dans le lit de la meilleure amie de celle-ci ! La belle brune est furieuse, bien sûr, mais Downey n'a pas le temps de souffler et doit le soir même rejoindre Kilmer. Evidemment, comme dans tout mauvais polar, la filature se passe mal et se solde par la mort étrange d'une jeune fille. Lessivé, Downey rentre à son hôtel et découvre justement, dans sa douche, le cadavre de la même jeune fille qu'il a pourtant vue se noyer 20 minutes plus tôt au fond  d'un lac... Le traquenard commence, et Downey sera obligé, malgré lui, de jouer les détectives...
Bon, ici, intrigue classique me direz-vous. C'est assez vrai. Ce qui l'est moins, c'est le traitement ! Le film se construit en effet sur deux principes concomitants : d’une part une allégeance explicite au roman « pulp », variation hardboiled et baroque du roman noir façon roman de gare foufou, allégeance qui est explicite, disais-je, puisque c’est la colonne vertébrale de la narration, et aussi le fondement des personnages, eux-mêmes fans de pulp ayant parfaitement conscience qu’ils jouent dans un film pulp ! D’autre part, le film est narré par le sur-bondissant Robert Downey Jr., qui commente en voix-off le film de façon pas forcément explicative (il est souvent friand d’anecdotes parallèles et complètement inutiles, mais très jouissives), et à la manière d’un Ferris Bueller (le héros de LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER, le très gourmand film de John Hugues dont il faudra qu’on parle un de ces quatre), puisqu’il s’adresse directement au spectateur et d’une, et qu’il se poste en tant que personnage d’un film, et de deux ! Le tout donne au film une nette impression de loufoquerie pas du tout monty pythonesque (le film n’est pas basé sur le non-sens à la sauce anglaise), comme lu dans la presse, mais encore une fois, basée sur la littérature de gare qui, en quelque sorte, aurait conscience d’elle-même, ce qui est plutôt orignal [Euh, original, plutôt ? NdC]. La narration est donc alambiquée, tordue, et le spectateur est joyeusement baladé dans une intrigue qui devient de plus en plus absurde et ramifiée au fur et à mesure qu’elle avance. La narration avance avec une logique que nous, spectateurs, acceptons complètement comme maligne et intelligente, alors qu’on serait bien embêté de dire ce qu’on a vraiment compris, tant les événements arrivent de façon abracadabrantesque. On a l’impression de comprendre tout, et en même temps de ne rien piger du tout. Jeu de dupe basé sur la confiance du spectateur, directement interpellé. C’est donc malicieux et assez loufoque, un poil ouvertement provocateur dans certaines situations, là où le simple dispositif  narratif aurait sans doute suffit. Mais ne gâchons notre petit plaisir !
La mise en  scène est plutôt soignée en ce qui concerne la photo, très correcte, et la direction artistique. En ce qui concerne le montage, c’est du fonctionnel (les bonnes idées venant souvent du scénario). Le cadre ne casse pas la baraque, mais ne fait pas mal aux yeux non plus ! L’échelle de plans, encore une fois trop serrée, est sans doute le point le plus médiocre du film, au sens étymologique, mais on n’a vu pire, notamment cette année (cf. THE AVIATOR ou BATMAN BEGINS).
Alors, bien sûr, il faut supporter Robert Downey Jr. Car le film est fait pour lui, et c’est un véritable show, en général plutôt soigné, mais ça et là trop appuyé. Le capital sympathie du film lui doit beaucoup. Mais ceux qui ont un peu de mal avec cet acteur, très écrasant pour le meilleur et pour le pire, un peu comme un Al Pacino burlesque, passeront sans doute leur chemin, parce que là, il franchit les bornes avec gourmandise et séduction, ce qui doit être particulièrement crispant pour eux. Val Kilmer est très bon. Michelle Monaghan est bonne sans plus, un peu fiérotte, comme toutes les nouvelles actrices du moment, mais sans exagération. On peut admettre que son rôle est, ceci dit, le moins surprenant. Les seconds rôles sont de très bonne tenue.
Là où le film, outre le dispositif global dont je vous parlais, est le plus excitant, c'est dans les séquence d’action les plus « loufoques », basées sur les quiproquos, mais qui sont des quiproquos de thriller et d’action, ce qui est original et marche à fond les ballons. Toute la sève pulp prend là son ampleur, et on aimerait presque que le film ne fasse que ça. On pense quelquefois, toutes proportions gardées bien sûr (le film est plus modeste que ma comparaison !) à une version mineure et à la limite de la caricature des grandes scènes d’action lyriques des films de De Palma, mise en scène flamboyante et géniale en moins, bien sûr. Au final, on a un film gentiment iconoclaste pour un film grand public, soigné dans son genre et tout à fait jouissif, à l’heure où le cinéma populaire se contente en général de nous re-bassiner avec des remakes stériles qui ne disent par leur nom, réchauffage de SEVEN et autres serial-killeries ! Au moins, ici, il y a tentative de faire quelque chose de différent et de plus ambitieux, loin des recyclages commerciaux de rigueur. Bon point, même s’il est un peu ironique que le réalisateur, Shane Black, ait fait son beurre et sa carrière en écrivant des bouses répétitives, fières et ennuyeuses comme la série de L’ARME FATALE, dont il est le scénariste. Ceci dit, on ne vas pas râler : les films frais, gentiment originaux et sans prétention comme KISS KISS BANG BANG ne sont quand même pas légion. Du vraiment bon cinéma de divertissement ! Bien.
 
Bon, ben j’avais dit : "aujourd’hui, je rattrape mon retard", mais je suis déjà trois pages. Allez, on continuera les séances de rattrapage demain ou après-demain !
 
Devolument Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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jammiii 28/09/2005 23:53

oui je veux bien que tu sois mon coorespondant or 67 !
Meri cbeaucoup :)