DANNY THE DOG de Louis Leterrier: l'avoine de son maître

Publié le par Dr Devo

Chers Focaliens,

Ma petite entreprise ne connaît pas la crise, comme disait le poète, et il faut la rentabiliser ta carte illimitée, pauvre petit critique pas riche. Tu le sens le cinéma populaire? Coco, enchaîne, Coco...

Belle métaphore que celle de Danny The Dog. Un film de Louis Leterrier. Dommage que le film ne soit pas distribué par la Fox, j'aurais eu un joli titre pour cet article et on aurait bien rigolé. Mais non, ça ne rigole pas. Belle métaphore donc. Un homme asiatique, c'est à dire étranger dans son monde, l'action se déroule à Glasgow bien qu'on ne voit pas un kilt, hélas, de tout le film, étranger chez lui donc, le Danny. Plus vraiment très jeune (j'y ferai allusion), pas encore tout à fait vieux, Danny vit cloîtré chez son Maître, aussi bien séquestré qu'élevé à coups de tatanne bien sûr. Nourriture en boîte et haillons au programme. Notre héros aux yeux si doux et si bridés, dans tous les sens du terme (et là tu le sens le jeu de mot?), porte un étrange bijou au cou, un collier de chien high-tech, symbole de son esclavage. Quand son maître, Bob Hoskins d'ailleurs, lui enlève le collier, c'est pour lui permettre l'attaque. Pas un collier qui envoie des décharges à la Battle Royale. Non, un collier symbolique et palpable, symbole simple mais efficace d'asservissement, et symbole temporel pour notre héros Jet Li dont le cerveau semble fonctionner si mal : quand on l'enlève, c'est qu'il faut aller casser la gueule aux récalcitrants. Et d'une manière fort vigoureuse.  Li, lâché dans la jungle des assaillants (re-jeu de mot, mais à tiroir), déploie une force phénoménale et supra-efficace. Collier, asservissement, force phénoménale, maître abusif et paternel... Tu la sens la métaphore? Ça ne te fait penser à personne? Non? Alors, enlève le collier et remplace le par une carte illimitée... Ça y est, tu piges. Danny The Dog, c'est moi.

Bien que produit par Besson, Danny The Dog se positionne clairement, malgré le décorum made in UK, sûrement dû, et de bonne guerre, à une volonté d'aide à la création ou à une quelconque avance sur recettes, Danny The Dog, dis-je, est très clairement un film américain. Malgré Besson, oui. Devo The Dog n'a pas eu cette désagréable impression comme il avait eu devant le désastreux "5ème Elément", film franchouille au design douteux et inexpérimenté, dont il était évident qu'il venait du pays de Leguman et de Super-Dupont. Non, pas de ça ici, ça se tient mieux, on est en terre américaine, en terre de série B, et ça passe bien. Pas de Wasabi déguisé donc, ouf, et c'est assez rare chez Besson Production pour être signalé. Bien. On met au placard les vieilles rancunes envers  le Coppola français (question de barbe, sans nul doute) et on attaque. Vas-y Devo, tue le!

Danny le wouaf-wouaf s'échappe donc, et le film avec, et se réfugie chez Morgan Freeman en aveugle (sans doute recalé pour la biographie filmée de Ray Charles, dieu merci pour lui), et sa belle fille charmant petit bout avec appareil dentaire (rassurez-vous, elle ira chez le dentiste pendant le film! Véridique!), sorte de sous Samantha Morton (qui a joué dans le dernier film de Woody Allen avant sa mise en maison de retraite), mais bah, plutôt sympathique la môme. Ne jetons pas la pierre. C'est plutôt bien tombé. Le kung-fu s'invite dans le mélodrame musical, car la musique est le fil rouge du film, la porte de sortie. D'ailleurs, dieu merci pour moi, on évite le pire : la transformation de Jet Li en petit Mozart surdoué! C'est déjà ça, c'est déjà ça...

On ne perd pas de temps et on rentre dans le vif du sujet assez vite. Baston à fond de train, puis une autre, puis une autre, entrecoupée de très anglo-saxonnes thrilleriques conversations en voiture, avec lumière grisouille de circonstance. On revient sur le parcours de Danny. Et là aussi, ça ne traîne pas. Bah, je dis bien, c'est bien. Pour un film pour le peuple, c'est pas mal. On ne passe pas 50 minutes à exposer. Plutôt sec. Bon, ok, les combats sont très stylisés dans l'air du temps, chorégraphiés par le nabab des fights hollywwodiens Wou Peng Truc (je ne retiens jamais son nom) qui doit être riche à millions à force de cachetonner de la sorte. Alors, y en a du ralenti et des plans douches, bien sûr... Mais, quand même, une légère fissure se fait sentir. Les plans sont un peu plus longs que ne le veut le canon des films de baston ou d'action actuels. Les plans font plus de deux secondes, et même, assez régulièrement, on en fait un encore plus long en pleine scène de combat, permettant ainsi de profiter, enfin, de la rage athlétique superbe de notre ami Jet Li. Enfin dis-je, car les films occidentaux du Mr ont toujours, jusque-là, été passés à la moulinette frénétique du montage parkinsonien. Quand on tourne avec Vincent Cassel, je peux comprendre, mais quand on a un vrai danseur-fighter comme Li, c'est absurde. On entraîne des cascadeurs pendant des mois à prix d'or pour être à la hauteur, on engage le chorégraphe hors de prix du moment, et... on charcute au montage, avec un résultat anonyme. Beaucoup de fric pour rien. Là, ça respire un peu. Brèche minuscule, mais je salue l'effort. Côté mélo, rien à dire, ça se déballe tranquillement. Morgan Freeman est un type bizarre je trouve. Il a une aura sympathique même dans les pires bouses, et pourtant quand on le voit en photo, donc en fixe, on se dit qu'il a une gueule de conservateur un peu réac'. Mais rien ne ternit son image de mec sympa et supportable. Un cas d'école. Kerry Condon, avec son râtelier de fer, s'en tire bien, malgré le fait qu'elle n'y aille pas de main morte. Bah... Au moins, ça assume. La généalogie des personnages et des événements est absurde : deux pères, des accidents de voiture qui n'arrêtent pas de se répéter, deux orphelins, deux mères absentes, deux cous maltraités (respectivement par collier et par langue), etc... Tout se répète ou plutôt se reflète à l'infini, aussi irréaliste ou ridicule que cela puisse paraître, plongeant l'histoire dans ses propres racines débiles, ce qui n'est pas, selon moi sans charme.

Des bémols? (Tu la sens la métaphore dans le filet? J'ai des restes, je vous les mets?) Oui, bien sûr. Les seconds rôles sont tout pourris, vus 1000 fois, et du coup, côté gangsters Kung-fu, ça rogne le travail de Bob Hoskins, bien mal doublé encore une fois, il faut bien le dire. Le Boss de Fin de Niveau, Monsieur Propre à bure (tiens, mais suis-je bête, il est là mon kilt! Un kilt asiatique bien sûr! Bien joué), complètement ridiculos. Il y a encore un problème psycho à régler avec la mère (d'ailleurs, c'est marrant, sur les navets vus en 7 jours, 8 films sur dix sont basés sur des psychanalyses des relations mère-enfant : The Aviator, Alexandre, Les Soeurs Fâchées, Lila dit ça... Il n'y a guère que Closer et Le Château Ambulant qui ne se plient pas à la règle! Très très étonnant). Les flash-backs sont nullissimes, comme d'habitude. La lumière n’est pas belle. Et l'obturation pour les scènes de combat, vue 100 fois, ne donne pas plus de dynamisme que ça, et c'est très laid. Leterrier n'est pas non plus un super-cadreur, et c'est dommage pour le rythme des scènes de combat. Et puis reste bien sûr, pour le meilleur et pour le pire, acadabrantesque, le parti pris du Kung Fu Mélo. D'ailleurs, moi j'aurais fait le contraire... J'aurais pris un réalisateur de mélo pur faire ce film de kung-fu. Tiens, pendant la séance, je pensais à George Miller. Ça aurait pu être marrant de voir le résultat.  Peut-être que ça aurait été différent de ce relativement peu antipathique Hollywood Night. Ça pète moins haut que son cul sur l'échelle des productions bessoniennes habituelles, ça sent un peu plus le respect pour l'exploitation, mais ça reste ce que c'est... Gentiment... Mouais! Dans l'océan de films nullosses vus en une semaine (Attaque Devo! tue le!), c'est quasiment, et d'assez loin, le plus honnête.

Bah, ça ne va pas super loin, mais... Il y a ces deux plans sur le visage en médaillon de Jet Li, ce visage rond et usé, fatigué encore et encore. Leterrier répète le plan deux fois, et ça s'est assez beau de voir le super street fighter réellement fatigué, de le voir vraiment son visage de vieux, son visage de mec de quarante ans... quitte à enlaidir le Li... Tout d'un coup, une émotion diffuse passe. On rêve enfin, un peu. Deux plans sur un film entier, ce n'est pas le Pérou, mais au moins, avec ce Danny là, on a pas complètement l'impression que le cabot responsable du film vient, plein de mépris, nous pisser sur les chaussures. Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça...

Servilement Vôtre,

Dr Devo.

 

Publié dans Corpus Filmi

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Commenter cet article

Uso Dorsavi 25/02/2005 05:25

Ben alors Bouba? Qu'est-ce qui t'arrive? Tu n'as pas remarqué que la critique du film était plutôt positive? Petit conseil : arrête de taper sur ton clavier en portant des gants de boxe et rentre chez toi (Amandine ta maman tremble de peur, elle s'inquiète).

bouba 24/02/2005 21:54

arrete de critiquer ce film ti coné rien
te prnd pa pr une madone qui c tt fere

Le Marquis 04/02/2005 23:58

"Pas un collier qui envoie des décharges à la Battle Royale." - je vous cite.

Dr Devo 04/02/2005 09:49

Fab,
espace détante c'est fait, l'article arrive dans la matinée. je serais volontiers aller voir la voix des morts et lolita malgré moi (du realisateur du tres tres sympathique Freaky friday), mais ils ne passent pas dans "mon" cinema mais chez le concurent. Mon ami l'Amabassadeur des Tenebres doit aller les voir. Si ça vaut vraiment le coup je me deplacerai, sinon je passerai, d'autant plus que dans cet autre cinéma le prix des places est hontuesement degueulasse (+ de 6€ en reduit et 8€ en tarif plein). Affaire à suivre.
Dr Devo

Fab 04/02/2005 09:40

Il reste encore Iznogoud,Lolita malgré moi, espace détente, l'ex femme de ma vie et la voix des morts. Hardi Chevalier Devo !