REVOLVER, de Guy Ritchie (USA-2005) : Usual Death Fight Casino Club !

Publié le par Docteur Devo

(Photo :"Merci M. Besson" par Dr Devo)

Cher Luc Besson,
 
Je suis désolé de vous interpeller comme ça, mais j'ai un message à vous faire passer, et je suis sûr que mes lecteurs ne m'en voudront pas de leur voler l'incipit habituel de l'article, à votre profit. On dit, cher Luc, que vous êtes soupe au lait, et très méchant avec la critique. C’est sans doute vrai, ou alors complètement faux, là n'est pas mon problème. Si jamais (soyons prudents) vous passiez sur cette page et que vous la lisiez, PLEASE, allez jusqu'au bout. Je ne suis pas en guerre contre vous (ni ne suis votre défenseur d'ailleurs ! Héhé !), mais je crois que cet article va vous intéresser. C'est une vision particulière et franchement, ne vous arrêtez pas aux premiers paragraphes un peu insolents (et totalement justes !) sur le monde du cinéma. Allez au bout, ou alors sautez les trois paragraphes après celui-ci. Je ne vous dois rien et vous ne me devez rien, bien sûr (ce qui est extrêmement logique puisqu'on ne se connaît pas !), mais je ne pense pas que vous regrettiez votre temps de lecture, non pas dans le sens d'une éventuelle flatterie ou au contraire d'un portrait méchant. Vous ne le regretterez pas, parce que cet "avis" que je vais vous donner est... euh... Peut-être, et même sûrement, on ne vous l'a jamais donné. [Si avec ça, votre curiosité n'est pas piquée...]. Merci bien.
 
Chic, hier, c'était mercredi. Le jour des sorties. Je ne sais pas ce qu'ils ont dans mon ciné Pathugmont, donc d'exploitation commerciale. Ils passent en ce mois de septembre énormément de films en VO. Dans certains cas, ça se comprend, comme BROKEN FLOWERS ou MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES qui sont ce qu'on pourrait appeler des films "art et essai grand public". Mais là, COLLISION, REVOLVER dont nous allons parler aujourd'hui, NIGHT WATCH le film djeunz et fantastique russe à la MATRIX, FRANKIE WILDE et RIZE (deux films de djeunz encore),etc. 40% des films sont en VO ! J'en parlais lundi à mon ami Bernard RAPP. "Peut-être veulent-ils tout doucement imposer la VO", prophétisa-t-il calmement en tirant une bouffée de sa Belga d'import. Je crois surtout qu'ils essaient de concurrencer une fois pour toute, c'est-à-dire jusqu'à la mort, les cinémas art et essai juste à côté. Mmmmm... Si on est à Paris, rien d'étonnant à ce qu'un Pathugmont fasse de la VO, c'est dans les habitudes. Mais ici, en province, même si on est dans une grande ville, c'est plus étonnant. Ils en ont fait, de la pub pour REVOLVER, lancé comme le dernier blockbuster branchouille, et le voir débarquer là en VO, voilà qui me fait réviser mon jugement. Peut-être veulent-ils faire les deux en même temps : concurrencer l'art et essai et préparer le tout VO, ce qui serait une grande nouvelle magnifique, mais ne rêvons pas trop, même si ce serait une excellente initiative, économique aussi d'ailleurs (faire une VF est ruineux par rapport au tirage d'une copie VO), comme je l'ai très bien expliqué dans mon article où je briguais le Ministère de la Culture, intitulé SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.
 
Je vais donc prendre ma place pour REVOLVER, même si j'étais parti pour aller me frotter à NIGHT WATCH, la roublardise russe. Le film de Guy Ritchie ayant l'avantage de démarrer plus tôt, je me suis dit qu'il fallait battre le fer avant qu'il ne se casse, et puis autant commencer par la corvée.
Guy Ritchie, ancien anglais désormais américain, est un type ultra célèbre. Bon, d'accord, il fait des films, mais surtout, il est in bed with Madonna, dont il partage désormais l'existence. [Note : penser, le jour où je me marie, à expliquer à Brad Pitt que je veux bien l'inviter, mais sans Angelina.] Le monsieur est donc aussi réalisateur accessoirement, enfin, 5 longs métrages quand même, et je n'en ai vu qu'un (dans une galerie d'art contemporain !), SNATCH, avec le Brad Pitt en magouilleur gitan que tu ne connais pas. Pas génialissime d'ailleurs, la bobine, sorte de petit-malinisme, maladie fort répandue qui a plusieurs souches, assez branchouille, clamant haut et fort son originalité (un des symptômes de la maladie) tout en suivant complètement les traces de Quentin Tarantino, dont il prend les effets sans en comprendre la cause. [Parce que Tarantino est le petit-fils cinématographique de Marguerite Duras (la cinéaste), même s'il ne le sait pas, le Tarantino, mais ça, vous pensez bien que ça lui passe au-dessus de la tête, à notre ami Guy Ritchie.]
 
Bon, j'avais vu le film-annonce assez casse-bonbon. D’ailleurs, une anecdote révélatrice à ce sujet. Mon Pathugmont a commencé à passer le FA (film annonce, ou bande annonce quoi, mais c'est tellement plus chic comme ça) en version française, et on y entendait, je cite (c'est quasiment la phrase telle quelle) :"J'ai pas besoin dans mon casino d'un Scarface cocaïné qui tire sur tout ce qui bouge entre deux shoots" ! Rien que ça ! À l'époque, je me suis dit :" Les pauvres acteurs, je les critique durement, mais ils ne sont pas aidés. Qu'est-ce que tu veux faire avec un dialogue comme ça ? Sortir la phrase sans l'égratigner, ça doit déjà être un exploit sportif !". Bien.
Quatre jours après, voici le FA en VO, peu ou prou :"J'ai pas besoin d'un type excité qui tire sur tout ce qui bouge !" Bon là, manifestement, il y a problème. Ouais, c'est bon ça coco, la référence à SCARFACE (un des pires films de De Palma, soit dit en passant, et ce malgré sa réputation. Une vraie copie de travail, surtout la fin mythique, qui est filmée n'importe comment et absolument pas montée ; vos réactions dans la rubrique LIENS, sur la droite, sous-rubrique insulter le Dr Devo). Y'a bon le culte dans ta face de spectateur. Benz Benz Benz !
Vous savez que j'aime nos amis les distributeurs ! Je les adore ! Toujours de bonnes idées, une culture énorme et un sens du marché extraordinaire ! Un titre comme CRAZY KUNG FU, c'est une trouvaille de distributeurs ! Sortir DONNIE DARKO, film qui avait cartonné dans tous les pays, avec 40 copies en France, c'est encore une idée de distributeur ! Bref, ils sont géniaux, je les adore. Et là, encore plus fort, ils inventent le concept complètement devolutionniste de, tenez vous bien, PREVISIONISME, qui est du révisionnisme artistique avant que l'événement n'arrive. Avant que le film ne sorte ! Chapeau, les gars ! Vous êtes vraiment les meilleurs. Vous avez gagné, je me rends.  Gardez cette anecdote en tête, et repensez-y à la fin de l'article. Ça vous fera encore plus marrer.
 
Bon, ben pour résumer le début de l'histoire du film, je suis pas au bout de mes peines, devant résoudre la double contrainte de résumer une intrigue tordue au possible, sans bien sûr en dévoiler les surprises pour ceux qui auront le courage d'aller le voir. On va essayer, soyez indulgents.
Jason Statham est un joueur. Jeux de casino, de stratégie, de hasard, d'échecs, c'est son dada, comme dirait Omar Sharif. Après avoir fait sept ans de prison, il s'est bâti une énorme fortune personnelle. On ne sait pas trop comment, mais une chose est sûre : il a gagné son fric dans des activités mafieuses ou quelque chose comme ça – jeux, prêts, blanchiment, etc. Et en ce début de film, il en veut à Ray Liotta (Ray Liotta !), patron de casino aux mœurs mafieuses, lui aussi. Un soir, il va dans un des casinos de Liotta pour le rencontrer et pour lui piquer, devant ses yeux, un gros paquet de fric ! Et Jason y arrive, et à la loyale en plus, si j'ose dire, en emportant avec lui un énorme pactole gagné à une table de jeu ! Dans l'escalier qui le mène vers la sortie, Jason a un malaise et s'écroule. Bilan médical. Les analyses sont formelles : son sang est "contaminé", et il lui reste, au mieux, trois jours à vivre ! Au même moment, il rencontre André Benjamin (alias André 3000 du groupe Outkast ! Ben ouais !) qui lui propose l'absurde marché suivant. Il protège Jason pendant ces trois derniers jours de vie, en faisant barrage entre lui et Ray Liotta qui, bien furieux d'avoir perdu autant de fric en une seule fois, ne manquera sans doute pas de lancer des tueurs à gages à ses trousses. En échange, Jason doit donner à André tout son fric, mais alors tout, et doit en plus faire quelques "courses" pour lui, courses qui l'occuperont jusqu'à ce qu'il meure. C’est absurde, mais c'est comme ça. Jason, un homme réfléchi, calme et froid, véritable machine à penser, doté d'un grand instinct, lui qui a toujours un coup d'avance, lui qui est le champion de l'anticipation, est complètement désarçonné ! Non seulement par la récente nouvelle de sa mort proche, mais aussi par le marché que lui propose André 3000 ! Et Jason est d'autant plus surpris qu'il sait qu'il y a deux choses insupportables dans la vie : ne pas être son propre patron, et surtout, surtout, donner son argent ! Jason est donc en enfer, comme dirait l'autre ! Curieusement, il accepte. Une machination étrange se met alors en place...
 
Bon, ben, vu le film et son histoire, ça n'est pas trop mal ce petit résumé. Second défi pour moi : arriver à analyser le film, tout en vous laissant vierges devant lui, si jamais vous vouliez aller le voir. Ce n’est pas gagné, amis, on va essayer, quitte à parler un peu en codé ! Maintenant, vous en avez l'habitude !
 
[Note au passage : André 3000, c'est vraiment formidable comme nom d'artiste...]
 
Bon, ben, il faut se rendre à l'évidence, ça commence comme un film de Guy Ritchie en quelque sorte. Si j'ose dire. Bon, le gars Ritchie n'est pas le plus mauvais réalisateur du monde, c'est juste, il me pardonnera, un type un peu frimeur. Je m'explique. Dans SNATCH, on était, comme je le disais, face à un film de petit malin branchouille. Beaucoup d'effets, de jeux très bavards avec des dialogues montés en inserts redondants, énormément d'effets sonores, sur-jeu de personnages dits "hauts en couleurs" mais déjà vus mille fois, le tout à la sauce anglaise cockney pour faire local chic. Dans le fond, le jeu, peut-être inconscient, consistait à faire quelque chose de "délirant" à la Tarantino ou à la TRUE ROMANCE. "Regardez comme je suis original !" semblait bramer le film. Là où on pouvait voir un énième film de mafieux, ni meilleur ni pire que les autres, mais terriblement suiveur. Pas de quoi en faire un fromage. Le gars Ritchie est un recycleur.
 
Ça commence un peu comme ça ici, ambiance ricaine à mort à la place du five o'clock tea de SNATCH. On remarque assez vite la touche pompière du bonhomme (dont la chute dans les escaliers en entrée de jeu, moitié  casinesque scorsesienne, moitié mauvais goût, la chute se passant quand même sous le patronage du requiem de Mozart !). On est par contre agréablement surpris de voir que l'intrigue est gentiment absurde (le marché de départ avec André 3000), et que le moteur du film (tu vas mourir dans 3 jours) est un recadrage du mythique D.O.A, film dont nous avions déjà parlé ici. Le principe de D.O.A est un joli concept, qui marche, je trouve, très bien au cinéma. Pendant la première scène entre Jason Statham et Ray Liotta, on se dit qu'il pousse, ce Guy Ritchie. Je râle souvent ici sur la durée ultracourte des plans qui sévit dans le cinéma populaire contemporain (comme dans l'affreux BATMAN BEGINS). Ici, ce n'est pas tout à fait le cas, du moins en début de film. Par contre, lors de cette scène (un dialogue à quatre voix), Ritchie construit sa mise en scène avec UNIQUEMENT DES PLANS RAPPROCHÉS ! Pendant trois minutes, ce qui est extrêmement long en plus, c'est le même plan (de face, les 4 personnages étant cadrés tous de la même manière ! Curieux...) qui se répète ! Je me dis, il pousse un peu le gars. Il revendique l'absence de mise en scène ! Le film se poursuit gentiment. On a un peu de mal à saisir pourquoi Jason Statham accepte l'absurde contrat qui le lie à André 3000 de la manière la plus contraignante possible. C’est bizarre, et ça donne un bon petit effet de curiosité. Le film continue son bonhomme de chemin. On se dit que l'intrigue est un peu plus complexe que SNATCH quand même.... Dans la scène très fabriquée et jouée en roue libre, notamment par Liotta (pas un parangon de la sobriété pourtant !), où apparaît la "femme de main" de Sam Gold, on se dit que là, il charrie, il charge la mule... Pour ne rien en faire en plus...
Et puis, un plan aux proportions gentiment absurdes a commencé à piquer ma curiosité (le plan où, je crois, Liotta sort d'une pièce pour se retrouver en plan d'ensemble en plongée, minuscule dans une salle trop grande). S'il continue avec des petites gourmandises comme ça, la pilule passera mieux, diagnostiquais-je immédiatement.
 
Et puis... Et puis... L'intrigue, au fur et à mesure qu'elle se déploie, s'enfonçant sans vergogne dans les chemins branchouilles et ritchieens, devient paradoxalement de plus en plus complexe. Les dialogues deviennent un peu plus opaques à chaque scène, et surtout on se dit que, finalement, pour un film Europa Corp (la boîte de Luc Besson), il est étrange d'avoir relativement peu de scènes d'action.
Là dessus, un peu avant la moitié du film (souvenir subjectif), une scène le fait, à mes yeux, basculer définitivement. Celle du "faux dialogue" entre Ray Liotta et le parrain chinois. Guy Ritchie s'amuse à faire du montage et laisse filer un couloir de trois minutes où tous les dialogues forment un commentaire cohérent, alors qu'ils sont dits, ces dialogues, par plein de personnages différents ! Halleluyah ! Du Montage !  Et en plus, il monte des phrases qui n'ont pas lieu en même temps chronologiquement, détruisant malicieusement le faux semblant du montage parallèle. On voit dans cette séquence en même temps la préparation de l'action, l'action, et son analyse après coup en même temps. Et là, on assiste à un petit déluge baroque. Filtre rouge, filtre bleu, montage d'inserts (qui sont un mot dans la phrase que construisent ensemble, sans le savoir, tous les personnages, mais qui en même temps nous apparaissent individuellement comme des vociférations, des grognements !), sous-titres baladeurs sur tout l'écran, et la scène qui dure, qui dure, qui dure... Et Ritchie qui nous balance du Vivaldi, tiens, et l'incroyable citation de KILL BILL. Et là, je suis sur les fesses ! Ben oui, il cite KILL BILL, Guy Ritchie, mais de manière complètement opposée à ce qu'il faisait dans SNATCH, où il singeait du sous-Tarantino version canada dry, juste pour la frime, et sans s'en rendre compte en plus, puisqu'il était persuadé de faire quelque chose d'original !
Ici, c'est différent. Ritchie cite sa source très ostensiblement, en reprenant le principe d'un des morceaux de bravoure de KILL BILL. Et en plus, sublime gourmandise, il introduit malicieusement cette reprise tarantinesque avec un effet de narration simple mais très, très beau, et très drôle. Encore plus étonnante que l'original (ceci dit, c'est facile de passer après, mais quand même...). Le tout noyé dans une séquence ultra-baroque remplie de surprises.
Là, mon coco, me dis-je, le film est en train de se dérober sous tes pieds. Tu le sens le vertige qui monte ?
Et effectivement, à partir de là, le film se barre complètement en sucette devant mes yeux médusés, à moi qui était venu là pour faire tranquillement la sieste comme on regarderait un Derrick.
L'intrigue s'enfonce encore plus dans les Ténèbres, devenant de plus en plus abstraite, jusqu'au point de non-retour. Les dialogues aussi deviennent absurdes, de plus en plus denses, de plus en plus abscons, jusqu'à la limite de la compréhension, et, osons le mot, jusqu'à une certaine forme de poésie. Le montage se libère encore plus. Les gourmandises sont nombreuses. Et hop, je te balance la Sonate au Clair de Lune (deux fois dont une à moitié techno ! Il ne manque plus que l’hymne à la joie ou la marseillaise !) Des sons se baladent absurdement dans le dolby digital. À un moment, le film semble se dévoiler en une sorte de révélation SIXIEME SENS Vs USUAL SUSPECTS, mais en fait, la révélation (assez belle d'un point de vue "littéraire") ne change rien et ne retourne pas le film comme une crêpe, c'était un piège. D’ailleurs, lors de cette séquence faussement révélatrice en trompe-l’œil et en forme de flash-back explicatif, Ritchie va même jusqu'à placer des plans qui ne sont pas dans le film, et nous les présente comme des preuves ! Superbe, non ? À un autre moment, Ritchie arrête le film, et le stoppe pendant, à vue de nez, trois longues minutes qui durent une éternité et qui sont l'occasion d'un montage uniquement rythmique, où il réalise le fantasmes superbe et inconscient de nombreux réalisateurs populaires : casser le champs / contrechamps, et même l'annuler. Le film repart, puis se re-bloque dans un dialogue plus attendu, mais dont il fera le remake dans la dernière scène ! Et puis, dans une autre scène (d'action celle-là), il y a un faux split-screen ! Bref, le film bascule complètement dans l'abstraction la plus fofolle, et dans le baroque le plus marqué.
 
Dr Devo, les mains moites, n'en croit pas ses yeux. Il a devant lui un film de structure, un film de montage. Il déguste avec délice. Il a l'impression de tomber constamment sur les fesses d'étonnement. Dans la salle, peu peuplée (environ 15-18 personnes), les sièges claquent. On ne sera plus que huit à la fin de la séance, après cette nouvelle tentative d'arrêter le film, et de nous violer cette fin après un plan d'insert qui aussitôt embrayera sur le générique de fin. Générique superbe, drôle, malpoli et hypra-gonflé, totalement punk, totalement punk (oui, deux fois !) qui renvoie tous les réalisateurs dans leur cuisine, notamment les réalisateurs art et essai européens et leur films souvent fadasses. Ce générique superbe m'a profondément ému. Ça, mes amis, me dis-je intérieurement, ça c'est du cinoche !
 
Et cette leçon est entièrement financée, produite et distribuée par Luc Besson ! Oui Madame ! C'est à lui le métrage ! Etonnant, non ? Chapeau bas en tout cas...
 
Bon, pour ceux qui sont restés, continuons notre analyse. Bon dieu de bois, que s'est-il passé ? Ben, t'as vu un film baroque, grand public et abstrait, mon coco... Ceci dit, il faut préciser encore deux ou trois choses, sans quoi, tout cela n'aura pas été précis.
Guy Ritchie n’est pas une petite chenille qui se serait transformée en De Palma ou en Greenaway pendant la nuit ! On l’a dit, c’est un réalisateur qui, jusqu’ici, était médiocre, au sens étymologique du terme, un suiveur de plus en quelque sorte. Donc, si vous allez voir le film, ne vous attendez pas à la maestria de L’ESPRIT DE CAIN.  Guy Ritchie déploie son étonnant film sur un prédicat autre, celui d’une certaine vulgarité esthétique, là aussi au sens étymologique du terme. Tout cela est bien éclairé et photographié, certes, mais dans les canons de la mode actuelle (lumière jaune et noire principalement). Mais l’échelle de plans n’est pas belle, et son sens du cadrage n’est pas splendide, loin de là. On a donc bien affaire au même Guy Ritchie que SNATCH. Ce n’est pas non plus l’esthétique du vulgaire, aussi délicieuse soit-elle, de Tim Burton, axe dont j’avais parlé à propos de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE. Il ne s’agit pas pour Ritchie, contrairement à Burton, de casser son jouet pour mieux se renouveler. REVOLVER est, au contraire, dans la lignée des précédents. On a plutôt l’impression de lire la copie de cet élève frimeur, dont la moyenne annuelle est de 9,5/20, mais qui ici, curieusement, a lâché les chiens pour livrer un film plus original et étonnamment plus personnel. Alors il n’y va pas avec le dos du tractopelle. Le montage est brutal et malpoli, et comme je l’ai dit, fonce vers une tendance à ne faire que du rythme. Oui, c’est ça, un montage rythmique. Les acteurs aussi ne sont pas sobres. Jason Statham joue les laconiques (pour mieux se lâcher dans le passage où le film s’arrête, et où là, par contre, il lâche les chiens ; c’est délicieux, on a presque l’impression de voir tous les rushes). Ray Liotta est en fonctionnement johnlithgowesque complet, démultiplie les effets jusqu’au pathétique (bien vu !), et se soumet complètement à son rôle de personnage vulgaire et médiocre, sans doute le négatif de celui de Statham.
On suit le film en complète surprise, tellement outrageux, mêlant les références les plus arrivistes (FIGHT CLUB, CASINO, D.O.A, KILL BILL) aux plus inattendues (la citation de ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, constante mais complètement sous-marine). Et au final, on se retrouve avec un objet atypique et délicieux, quoique assez noir et absolument abstrait, une sorte de fantaisie baroque à des millions de kilomètres du film qui nous était vendu par le film annonce. Et d’ailleurs, on peut se demander ce qui pousse Besson, qui a mis ses billes dans le machin, à faire autant de pub. L’affichage en ville est omniprésent. Or il est évident que ce film va absolument décevoir tout le monde. La critique lui est tombée dessus, bien sûr, à bras raccourcis, quitte à être d’une malhonnêteté complète. Télérama parle d’un film sans humour, ce qui est scandaleux ! Mais ils ne sont pas les seuls. Allez voir  ! J’ai rarement vu une telle levée de boucliers, de Première à Positif ! [Ce qui n’est pas illogique d’ailleurs…Lisez notamment la citation de Télé 7 Jours, absolument hilarante !] Vous comprenez, c’est tellement chic de taper sur Ritchie. Le procédé est une fois de plus infect. Mais au-delà de ça, je pense aussi aux spectateurs grand public, qui vont avoir beaucoup de mal à adhérer (notamment parce que le film envoie balader les films du genre USUAL SUSPECTS), et qui vont avoir beaucoup de mal à supporter la « trahison ». Et les fans du TRANSPORTEUR II (déjà avec Statham), eux, vont être sans doute perdus très vite.
En tout cas, on ne démordra pas devant l’attitude courageuse de ce film, qui finalement tente le banco perdu d’avance (comme c’est parti, le film aura du mal à devenir culte !), se lâche et tente enfin quelque chose de baroque, et même d’expérimental, si j’ose dire, pour un film populaire à grand budget. Et de ce point de vue, le film est quand même une sacrée surprise !
 
Comme quoi tout arrive, et soyons honnêtes et beaux joueurs : bravo M. Besson !
 
Devolument Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Lenonox 30/08/2010 17:41



Venant de re-revoir Revolver, et après m'être tapé les 5 pages de commentaires (qui devraient me donner droit à un bisou barbu, non ?), je veux juste dire mon enthousiasme devant la prestation de
Ray Liotta. Un jeu boursouflé, facile peut-être, complètement exagéré mais jouissif. Rien que pour lui j'aime ce film - lui aussi boursouflé., qui cajole l'ado que je n'ai pas encore réussi
totalement à tuer en moi.

Je suis avide de connaître votre sentiment sur cet acteur, cher Dr, et celui de vos amis, mais croyez bien que, du mien, je ne changerai d'un Liotta.

Merci pour la pertinence doublée d'humour de votre site.

Très cordiales salutations.



Tony 03/10/2006 00:45

Bien le bonjour,Ayant particulièrement apprécier la lecture de votre point de vue concernant Revolver, je me permets de vous suggérer le mien :http://www.toytoyzone.net/dotclear/index.php?2005/10/07/52-revolverBien cordialement.Tony

Dre 08/09/2006 19:58

Après plusieurs regards sur ce film, j'ai envie de croire qu'Avi et Zack existent vraiment... Je m'égare ?

Isaac Allendo 05/09/2006 01:46

Ou alors cela fait état d'une chute alarmante du taux d'alphabétisation.Ce qui est très rigolo aussi !

Le Marquis 05/09/2006 01:11

Isaac, vous m'enlevez les mots de la bouche. Que voulez-vous, pour certains visiteurs, il semble difficile de dépasser les cinq premières lignes d'un article avant de pousser des cris de jouvencelles, quitte à nous insulter pour avoir démoli un film qu'en réalité nous défondons becs et ongles. C'est assez comique, ceci dit !