Chers Gens,

Bah oui... Tant qu'à faire, "L'Ex-Femme de ma Vie". Ça fera une jolie série sur la comédie française, n'est-ce pas? Beaucoup s'inquiètent de ma santé psychique, comme en témoignent les commentaires que vous avez laissés hier à propos de mon article sur "Espace Détente". Rassurez-vous, je suis docteur et je vais bien. Il faut considérer le cinéphile exhaustif comme une sorte de pervers, certes, tenté par un masochisme toujours plus grandissant. Ou alors, on peut le voir comme un homme courageux, bravant le danger dès que l'occasion s'en fait sentir. Va savoir, comme dirait le poète. En tout cas, et encore une fois, la métaphore établie dans mon article sur "Danny The Dog" tient toujours. Et mon dévouement pour la cause collective aussi. Telle Emily Watson dans "Breaking the Waves", je vais sur le trottoir par amour pour vous. Déviance, certes, mais quelle noblesse du geste, quelle pureté de sentiments... Envoyez les fleurs!

Donc, retour à la comédie populaire française, et ce malgré le sentiment de salissure laissé par "Espace Détente", flèche qui perce et salit mon flanc sébastien. Le martyre n'en était que plus beau. La perspective de retourner dans le tombeau obscur de "mon" multiplexe pour aller voir un Balasko n'est pas alléchante. Le souvenir que j'ai de "Ma Vie est un Enfer" est des plus périssables. Mais bon. C'est au sens du devoir qu'on reconnaît les grands hommes. Et les grandes femmes aussi d'ailleurs, j'y reviendrai...

"L'Ex-Femme de ma Vie" raconte donc l'histoire de Thierry Lhermitte, écrivain à pseudo, écrivain raté peut-être. Il signe sous avatars multiples (dont le fameux pseudonyme de Tenebrix! Marrant!) des livres d'horreur et de gare, collection  à travers laquelle je reconnais bien la défunte série "Gore", sublime projet éditorial, souvent drôle et très social, dont vous me permettrez de vous conseiller (un peu de littérature en passant ne fait pas de mal) "Les Horreurs de Sophie", pastiche instruit et iconoclaste de Eric Verteuil, dont on peut, par ce seul ouvrage subodorer qu'il n'est pas la moitié d'un imbécile. Mes hommages, Mr Verteuil. Lhermitte, donc, est un écrivain, genre série gore, ce qui est plutôt sympathique à mes yeux, et qui nous vaut une des meilleures répliques du film (le mystère du meurtre à 20 doigts) dont je garde le secret, faut pas gâcher (voir plus bas!).

Bref, la vie semble pépère pour Lhermitte, ni dégoûté ni enthousiaste envers son travail. Il va d'ailleurs se marier avec Nadia Farès, pourquoi pas si ça lui fait plaisir. Un soir débarque dans son appartement Karin Viard, enceinte jusqu'aux yeux, semi-sdf, sans argent ni toit pour la nuit. Péripéties, avalage de carte bleue, contractions, etc... Viard, prise d'un malaise, doit appeler son amie Josiane Balasko, docteur, enfin plutôt psychologue, personnage haut en couleur. L'incruste dure, les sentiments, plutôt négatifs, ressurgissent malgré une volonté évidente de certaines parties de les éviter. Et devinez quoi, les sentiments aussi ressurgissent...

Rien de bien neuf, certes. Après tout, le film et la pièce dont il est adapté (pièce de Balasko elle-même), se placent dans la lignée d'une comédie de boulevard moderne, ce qui n'est pas infamant et qui est totalement assumé. Le temps amplifie les sentiments, c'est le cas de le dire, et mon souvenir de "Ma Vie est un Enfer" est assez noir, assez désagréable. A tort ou à raison. Toujours est-il que cette Ex-Femme de ma Vie, paraît moins catastrophique que prévu, avec l'avantage, il faut l'admettre, de passer après le détestable "Espace Détente", ce qui est bien pratique. Donc, ici, ça ressemble déjà plus à du cinéma. De peu, mais quand même. Le film de Balasko fait moins pitié, donne moins cette impression agressive et merdouillante que "Espace Détente" dont l'esthétique crapouilleuse sur toute la ligne est une agression pour les yeux. Ici, c'est plus classique et moins laid, et c'est tout ce qui compte. On voit le métrage défiler gentiment, même si on est très loin d'être conquis ou passionné, sans avoir ce sentiment maladif du film de solo et Le Bolloc'h. C'est déjà ça. Pas de souffrance donc. Gentille impression de formol quand même.

Question mise en scène, on est en pleine "qualité française" déjà évoquée ici. Lumière granulo-grisouille en intérieur, et hideuse une fois en extérieur, comme dans la plupart des films français. Montage minimum guidé par le dialogue uniquement ou presque. Décors laborieux. Cadrage anonyme. Dans ces conditions, on sent la pièce de théâtre. Et comme le ton du film mélange les sentiments comiques, sentimentaux et (un peu) dramatiques, on n'a pas (et ce n'est pas un reproche) une impression de choses qui fusent, comme dans le "Dîner de Cons", par exemple. Les seuls vrais effets de mise en scène sont sans doute les scènes "oniriques", tendance "Le Magnifique" (dont je m'étonne qu'aucun producteur bleu-blanc-rouge n'ait essayé de faire un remake ; signe des temps, sans doute, le prochain Jugnot est un remake de "Boudu" avec Depardieu, tu parles d'une surprise... Comprend qui peut!). Ces scènes, où on se retrouve dans l'univers des livres de Lhermitte, ne sont pas très réussies (affreuse lumière notamment, comme dans les peu crédibles scènes de flashbacks d'ailleurs), mais elles permettent dans la première partie du film d'incorporer des séquences qui effleurent  le gore et font un peu peur aux personnes d'âge mûr venues voir le film, ce qui est déjà ça. Une sympathie d'intention à défaut d'un éblouissement dans la réalisation. D'ailleurs, puisqu'on en parle, aurais-je été si gentil si Lhermitte n'écrivait pas des romans gore? Je ne sais pas. En tout cas, malheureusement, ces scènes "gores" disparaissent assez vite et c'est bien dommage, car curieusement j'ai le sentiment qu'elles auraient pu soutenir, par la petite bande, l'aspect dramatique du film. Plus on avance dans le film, moins on se sent concerné. Le basculement vers la partie sentimentale est assez laborieux. D'abord, parce que le film perd un peu son enjeu et sa vivacité burlesque, certes,  et aussi parce que le drame ou le mélo est bien plus faible. Donc, on s'ennuie un peu plus. Cette partie est introduite par une espèce de fausse fin (quand Lhermitte s'agenouille devant le couffin), très longue et très peu convaincante. D'ailleurs, on ne s'y trompe pas, Viard et Lhermitte sont moins bons dans cette séquence. Quand le film redémarre après cette scène, votre bon docteur s'est senti fatigué et usé et la suite ne devait pas lui donner tort. Les dix dernières minutes sont bien plus ternes que le reste, et on ressortira de la salle avec une impression de gâchis, petit gâchis certes, mais gâchis quand même.

Coté acteurs, c'est plutôt soigné. Et, excusez-moi d'insister, surtout après l'épouvantable gâchis de comédien de "Espace Détente". Ici, au moins, ça joue avec sérieux. Bel effort de Karin Viard. Balasko est bien (on aimerait la voir dans un Blier, tiens!). J'ai plus de mal avec Lhermitte, mais on a vu pire. Par contre, Balasko a eu le nez creux avec un très sympathique second rôle confié à Micheline Dax qui joue l'éditrice de Lhermitte. Dax est impeccable. On aimerait la voir plus dans le film, et surtout dans d'autres films. Mes hommages, Madame Dax. Au total, ses scènes et deux autres (les 20 doigts et la scène du sauna) sont vraiment sympathiques. Le reste ronronne doucement. A mes yeux, L'Ex-Femme de ma vie est un film moyen, sans être antipathique, pas réellement passionnant certes mais qui reste un téléfilm tranquille. On cherche encore une grande comédie française au cinéma, et vu ce qui arrive (Iznogood, Boudu, Je Préfère Qu'on reste Amis), c'est pas gagné. La production française est décidement faite de soupirs.

 

 

Gentiment Vôtre,

Dr Devo

(chanson de la semaine: "Dance On The Vaseline" par David Byrne)

 

 

 

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Samedi 5 février 2005 6 05 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi
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