NIGHT WATCH, de Timur Bekmambetov (Russie-2004) : une vodka sinon rien !

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Page 100 (Hommage à Peter Sotos)" par Dr Devo]

Chères Mireille M., Chers Pascal S.,
 
On y revient toujours, à ces fameux articles de rattrapage, un peu curieux en fait car dans le passé (proche), je voyais certains films et les passais sous silence, parce que..., wouw, la flemme un peu, et la peur surtout de me répéter. Mais me voici en ce moment revenu à une rigueur plus scientifique, et puis on admettra finalement que je ne peux pas porter sur mes pourtant larges épaules tout le poids du paysage cinématographique français, et s'il est terne, il est terne, c'est pas de ma faute à moi, comme dit la jeune poète.
 
La dernière fois qu'on a parlé de Russie (abus de langage, je sais bien, mais faisons simple), c'était à propos du MIROIR de Tarkovski, vu pour zéro euros, gratosse, dans un grand centre d'Art contemporain des environs, luxueusement équipé de deux salles de cinéma dont une très belle, et où en général on se retrouve à une quinzaine (des fois une quarantaine, mais jamais plus, malgré le prix défiant toute concurrence) pour voir du Tarkovski, du Straub, du Franju ou du Derek Jarman. Voilà qui en dit long d'ailleurs sur le public cinéphile. Ce centre d'art est également une école d'art. Donc, quand je dis qu'on est quinze en salle en général, il faut compter bien sûr un pourcentage important d'élèves. Sachant cela, je pose la question : où sont les cinéphiles ? Le centre est à portée de métro d'une grande ville française, le prix est nul, les films sont souvent bons (même si on doit, de temps en temps, se taper un Moretti ou un Renoir), et souvent rares (voir un Derek Jarman en province n'est pas chose aisée quand même). À l'Université,  il y a un cursus art, culture et cinéma. Les deux cinés art et essai marchent quand même bien, mais où, où sont ces gens quand il s'agit de venir voir un Jarman ou un Straub ? Là, ils n'ont plus d'excuses : pas de queue, entrée gratuite, pas de problème de parking, et on y est en dix minutes à partir du centre ville ! Tout est fait pour qu'on soit une bonne centaine à chaque fois, et au final, c'est loin d'être le cas ! Quelle honte ! Faudra pas se plaindre quand l'art et essai se réduira à Eastwood, Jarmusch (que j'aime beaucoup), Almodovar et Allen ! Et bien sûr, quelques bouses réalisées dans les pays émergents, plein de bons sentiments et de politique pour enfants de huit ans. Passons.
 
[D'ailleurs, ce week-end, il y aura dans ce centre d'art une orgie de films sublimes et hyper-rares : le cycle des CREMASTER de Matthew Barney ! Et flûte, allez dans allociné.com pour avoir la ville et les horaires ! Si jamais ils font payer le ticket, sachez que le prix "normal" de la place est d'environ trois euros !]
 
Back in the U.S.S.R. donc, avec NIGHT WATCH, titre sublime, encore dû à l'inventivité folle des amibes en haut de la chaîne alimentaire du cinéma (c'est très devolutionniste, décidément, le milieu du cinéma), j'ai nommé nos amis distributeurs, étrangers cette fois, puisqu'ils ont vendu internationalement le métrage sous ce titre, alors qu'il existe déjà au moins 4 ou 5 films récents portant ce nom ! Chapeau les gars !
Je ne vais pas m'hasarder dans une description du film trop précise, notamment parce que j'en serais incapable. Russie donc, au XIIIème. L'armée du Bien affronte celle du côté obscur, et c'est une boucherie sans nom. Les deux leaders stoppent la bataille et s'entendent sur un statut quo. Les deux camps vivront en paix relative et se répartiront les taches de gestion. Bien. Et une nouvelle règle : on ne peut pas obliger quelqu'un à rejoindre un camp ou l'autre. Libre arbitre de rigueur donc. Côté mal, ce sont des vampires. Côté bien, ce sont les Nightwatchs, gestionnaires du dit statu quo. Les uns sortent la nuit, les autres le jour, histoire d'éviter les frictions. Et ça dure comme ça dans un relatif équilibre, pendant des siècles.
En 1992, le héros, un pauv' quidam quitté par sa zessgon, découvre lors de circonstances étranges qu'il est un nightwatch qui s'ignore. On l'embrigade sur le champ. Le voilà qui fait donc, de nos jours, 12 ans plus tard, la police chez les vampires qui ne respectent pas le statu quo. On lui demande de retrouver un petit gamin de douze ans (l'âge qu'aurait pu avoir son fils qu'il ne connaît pas, tel le gitan) qui serait une sorte de super-messie indécis qui pourrait, malgré lui, faire basculer l'équilibre en choisissant son camp. Il faut éviter que les vampires ne lui mettent la main dessus, sinon ça sent la catastrophe...
Bon, ça c'est fait.
On s'étonne encore de voir que certains pays arrivent à faire des films à effets spéciaux, mais c'est assez logique devant la relative démocratisation de ces dits effets (pour peu qu'on fasse le deuil de vouloir des effets aussi léchés que les grosses prods US). Avant, les gros studios américains avaient des effets spéciaux terribles, quand les autres pays fabriquaient des poupées en plastoque dans leur cave pour les imiter. Maintenant, la différence de niveau est moindre, et d'une. Et puis, la politique des studios a changé, et les habitudes de production des pays non-américains aussi. On coproduit à tout va, et les montages financiers se sont diversifiés. Donc, nous voilà ici en présence d'un film russe bourré d'effets spéciaux, et adapté, bon plan marketing, d'une série de best-sellers locaux, promesse d'une trilogie de films à venir (le N°2 est en tournage et le N°3 en pré-production, cqfd).
Le film commence par une bizarrerie splendouillette au possible. Je vis bizarrement le film en VO, puisque MON cinéma pathugmont met la gomme en ce moment, de ce côté là. Bien. Et bien figurez-vous que lors de la longue introduction nous expliquant le contexte du film (la scène de bataille au XIIème en forme de flashback style SEIGNEUR DES ANNEAUX), la voix-off (oh no !) est en anglais, avec un petit accent slave bien convenu, avec roulage de R apparent. Ah, si j'étais riche-euh, lalalala, lalalalala ! Très exotique. Bon, me dis-je, pas de panique, c'est la version internationale en anglais, ce qui est assez logique vu que le film est distribué par la Fox (eh oui, vous ne pensiez pas quand même que c'était un petit film russe qui n’arrivait sur vos écrans qu'à la force du poignet, grâce à son mythique succès en territoire indigène, succès mythique (à vérifier) sur lequel d'ailleurs le marketing du film insiste drôlement ; un film qui marche, même indépendant ou art et essai, même avec un budget modeste, est un film qui a reçu un énorme paquet de flouze pour sa distribution. Le fameux "bouche à oreille positif" n'existe plus, c'est un mythe, ou plutôt si, il existe mais il sert uniquement à départager les gros blockbusters, ou justement les films qui bénéficient d'une pub énorme, du dernier Lucas à ce NIGHT WATCH, en passant par le dernier Eastwood).
Donc, premières dix minutes en anglais. Le film va être en anglais, me dis-je, c'est cynique mais c'est franc. Et bien non ! Une fois passée l'intro, retour au russe ! Je n’avais jamais vu ça, et ça m'a fait rire. J’ai pensé à mon camarade, Mr Mort, en me disant que ça le ferait marrer et que ça confirmerait ses théories !
D'abord, déconseillons ce film aux épileptiques et aux femmes enceintes. La première bobine, puis plus tard les "grosses scènes", sont toutes montées par Mr Plus : plus de plans, encore plus de plans, encore plus de plans. Jan Kounen, à côté, c'est Duras ou Antonioni ! Et  l'argent du film a été très bien investi, puisque l'achat du logiciel d'effets spéciaux After Effects, très cher, plusieurs milliers de francs, 5 ou 6, est largement rentabilisé. Ils ont fait chauffer la bécane, les petits gars, le Mac a dû tourner à fond, et le tapis de souris doit être bien usé ! Comme dirait le Marquis, c'est des effets à chier partout ! Des effets, dehors, des effets dedans, des effets le jour, des effets la nuit, des effets dans le frigidaire et aussi dans les toilettes. Faut pas être allergique.
Alors évidemment, pour un plan plutôt soigné ici et là, la plupart d'entre eux sont faits un peu à l'arrache. Et ce n'est pas forcément un défaut, ça ne jure au final pas tant que ça avec la production US. Ce n'est ni plus laid, ni plus beau. C’est juste un peu différent. Et l'avantage du système, c'est que, pour pas cher, on peut faire 5000 effets là où on n'en aurait eu que 20 en les faisant réaliser dans des grands studios spécialisés. Donc, sur le nombre, il y en a beaucoup plus de réussis que si on avait choisi l'option coûteuse. C'est comme dans un film de Zucker-Abraham-Zucker : si tu fais du comique léchouillé avec un gag à la fois et cinq gags par séquence, tu as moins de chances de faire rire que les ZAZ qui, eux, en deux minutes, ont largement le temps d'en placer une quarantaine !
Le fond du film lorgne donc sur une ambiance mythique, avec un univers qui a sa propre logique, ses propres mythes, ses propres réseaux d'accessoires et  de détails. C’est un peu un film destiné à faire des fans, c'est-à-dire à entretenir le futur culte, un peu à la MATRIX, STAR WARS ou LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, dans le sens où les détails sont faits pour qu'on spécule sur la cohérence d'un univers créé de toutes pièces. Ça va jaser sur les forums en quelque sorte, ce qui est fort bien vu d'ailleurs d'un point de vue marketing, le film s'inspirant, comme son pote Harry P. (13 ans, drogué, prostitué ?), d'une série de bouquins cultes ! Le tout se fait à la sauce moscovite, c'est-à-dire cheap, vodka, gothique... Ce qui donne un côté gentiment plouc et donc forcément exotique face au léchouillage des mastodontes américains. [Par exemple, pour résumer entièrement ce paragraphe (création du mythe et exotisme) : on "bloque" les vampires non pas avec un objet qui lance des rayons lasers ou que sais-je, mais avec une simple lampe torche dont on changera le type d'ampoule selon le type de vampire ! Véridique ! C’est rigolo.]
Et donc, c'est parti pour la valse épileptique. On est plus proche d'un Jean-Marie Poiré habillé en MATRIX qu'autre chose. Plans ultracourts, échelle de plans explosée, photo à l'arrache, mais mise à niveau de temps en temps par un sur-léchouillage quelconque, mouvements de caméra débilistiques ou hypra-travellingés, effets spéciaux de tous les genres et de toutes les couleurs, etc. Ça n'arrête pas, et c'est sans une once de bon goût. Le jeu des acteurs est un yoyo en bois rare du Japon dont la ficelle est exactement du même métal : ça y va à fond, avec accentuation des régionalismes (désespoir bruyant et vodka, les deux mamelles slaves, de Kusturica à ici. Dès qu'un slave boit  de la vodka slave dans un film slave, vous pouvez être sûrs que 1) il y a des capitaux étrangers dans le film, que 2) le film va cartonner en festival et que 3) le réalisateur vous fourre du cliché pour en fait vous vendre une bouse, et en 15 ans de films, je n'ai pas vu un film slave qui déroge à cette règle !). Ça y va  à fond, les petits acteurs, ça tarantine à tout va, ça culte, ça pédale même dans les descentes. Ami de la retenue et de l'épure, passe ton chemin !
 
On s'ennuie donc assez fermement, même si de temps à autres l'exotisme nous tient éveillés. C'est comme visiter le musée du yoghourt bulgare, ou ce fameux Musée du Scaphandre croisé une fois sur la route des vacances (dans le Gard), lieu mythique pour moi. On ne s'est pas arrêté, mais on regrette de ne pas avoir vécu une chose aussi improbable ! Ici aussi, c'est pareil, même si personnellement je vois assez de films comme ça, et que j'aurais bien investi mon argent dans le Musée du Scaphandre, plutôt. C'est pas intéressant, mais c'est tellement improbable que quelque chose finit par nous accrocher ou nous faire voyager, mais très, très loin du film, et de manière très, très éphémère. Moi, par exemple, j'ai pensé pendant le film que les deux actrices principales (la blonde qui a la poisse et la femme-hibou), je les aurais bien vues dans le sublime THE WASHING MACHINE. Pendant la séance, mon esprit vagabondait : quelles nuances auraient-elles apportées, le ton aurait-il changé, etc. Et une minute après, je me re-laissais endormir par le film.
 
C’est la grosse bouillabaisse donc. Ça hurle, ça crie, etc. À un moment quand même, j'ai eu un doute. Bon, le film fait extrêmement carte de visite pour petit frimeur cinématographique, que certains gogos de la Profession trouveront culte, les pauvres chéries. Ça pue l'arrivisme et la volonté d'émigrer aux USA en se remplissant les poches sur le chemin. De fait, le film ressemble à un gigantesque court-métrage avec son lot de "trouvailles" débiles, et ses stylisations mongoliennes.
[Note. Que ceux d'entre vous qui  ne voient pas trop où je veux en venir aillent un jour à un festival de courts-métrages. Cette ignoble, et quelquefois drôle, expérience fabuleuse est à faire au moins une fois dans sa vie de cinéphile ! Dans la même journée, vous ne voyez jamais de mise en scène, mais des millions d'effets par contre, dont quinze ou vingt se retrouvent (et là je ne mens pas, c'est véridique !) dans 15/20% des courts ! Ces gens-là ne savent pas ce qu'est une mise en scène, friment à tous les plans et en plus se copient les uns les autres !]
À un certain moment, dis-je, j'ai cru que ça allait devenir vraiment baroque. Lorsque la catastrophe finale arrive, le réalisateur met en place une série d’accidents incroyables et concomitants... Ooh, ça, ça va être beau, me suis-je dis. [Je parle de l'avion, et surtout du boulon qui tombe chez la poissarde !] Mais non, peine perdue, après avoir fait des efforts énormes pour installer la catastrophe en chaîne (ce qui a pris quand même 10 bonnes minutes de narration), le gars n'en fait rien. Le film continue, pour finir par s'arrêter sur un toit, laborieusement, et sombrer curieusement dans le psychologisme le plus stupide, bien moins inventif par exemple qu'un soap-opera (dans PLUS BELLE LA VIE, il y a quand même un rebondissement super-foireux et délicieux par jour, ce qui a quand même une autre envergure).
 
Le film se termine. Je sors. Je vais me coucher, et le lendemain je me réveille. Voilà. Alors, oui mais docteur, c'est quoi ce travail, on ne parle plus de cinéma ?
Ben si, les amis, mais là, voyez-vous, même si on n’est pas devant le film le plus nul de l'année, tout ça sent tellement le calcul en pré-production et le n'importe nawak, comme on dit chez les gens d'en bas, qu'à la fin, ben oui, il reste peu d'occasions de parler de cinéma. Un film sans efforts de montage, de cadrage, de lumière, de son, et qui en plus déplace encore une fois les canons archi-usés du genre mais chez soi en U.R.S.S., ça donne au total quelque chose qui n'est quasiment plus du cinéma. Ou très peu. Alors, on parle d'autre chose (marketing, musée du scaphandre, etc.).
 
Le poète avait peut-être raison en somme. Russes et Ricains cherchent la même chose. CQFD. Espérons que les russes pensent quand même un peu à leurs enfants. Avec leur bel héritage, ça serait dommage sinon !
 
Gentiment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Commenter cet article

raptor 15/10/2005 20:52

ce film a été fait par ceux qui ont fait la bande annonce d'UGC ciné cité pour ceux ki connaissent :)

Pierrot 08/10/2005 12:36

Le problème c'est qu'on ne se rend plus dans les salles parce qu'on est curieux ou parce qu'on aime le cinéma mais parce qu'on fait sa sortie culturelle. Et vous n'imaginez pas qu'on puisse allez voir un beau film comme "A dirty shame" (moi aussi, je l'ai vu dans une salle quasiment vide, comme récemment l'interessant "Aux abois" de Philippe Collin) alors que toute la critique servile l'a massacré.
On préfère se fier aux cuistres et aller voir la bouse des Larrieu (je connais beaucoup de monde qui a été voir ce film : personne qui l'ai aimé!)ou de Chéreau.
C'est un peu triste!

Tchoulkatourine 08/10/2005 02:08

Soudainement, je pensais à "Pumping Iron" dont vous nous aviez parlé. Peut-être bien que les étudiants de ce centre d'art étaient en salle de muscu ...
(ou alors plus prosaïquement faisaient des petits boulots pour tenter payer leur loyer ... l'âpre réalité)

Monsieur Mort aurait bien évidemment fort raison de parler des petits fours, de toutes cette mondanité dans le salon de l'increvable et polymorphe Mme Verdurin ...
Tenez, au sujet de nos amis les morts-vivants, un très court extrait datant de 1972 du très beau journal de Tarkovski, que l'on trouve dans toutes les bonnes librairies/bibliothèques , très sombre ce jour-là, qui parle de l'organisme qui régissait la production cinématoraphique russe, le Goskino, inséparable bien sûr du régime en place à l'époque :
"L'art véritable leur fait peur, il est tout naturellement contre indiqué puisqu'il est humain, et que leur vocation à eux, c'est d'écraser tout ce qui vit, toutes les petites pousses d'humanité, que ce soient l'aspiration de l'homme à la liberté ou l'apparition à notre morne horizon d'une nouvelle oeuvre d'art. Ils ne seront pas satisfaits avant d'avoir anéanti tout signe d'indépendance et transformé l'être humain en animal. Par là même, ils vont tout faire périr - eux-mêmes et la Russie."
Et comme vous le dites fort justement, continuer quand même !

Dr Devo 07/10/2005 23:16

Tout cela est tres juste et tres triste. Les non-parisiens n'ont pas intérêt à venir se plaindre dans quelques années sinon le Dr va se fâcher, assez rouge profond, je pense.

Bien entendu, la référence aux zombies est trés pertinentes. car chacun est content. on va voir son petit film iranien tourné avec les pieds et dont le message est digne de "Midi les zouzous", ou un machin anti-burkha, et tous ces films qui, comme dirait mr Mort, ne servent qu'à se faire encore + de "petit-fours parties" lors des festivals.

tant pis, après tout, on a les représentants qu'n mérite, comme on dit en politique. de la même manière pour le cinéma. et quand il n'y aura plus rien, on continuera de toute facon à faire le nôtre nous-même et bien plus beau!

Belle évocation de C. Jérôme. Il nous manque. c'est émouvant. Avez-vous vu la bande annonce de KILOMETRE dans la section cinema de www.institutdrahomira.com?

Salutations!

Dr devo.

Tchoulkatourine 07/10/2005 22:50

Cher ami,
Comme vous avez raison pour la fréquentation des salles fort méchamment nommées "Art et Essai", du moins celles qui ont le courage d'une programation faisant fî du formatage d'une franchise quelquonque ou de revues carrément butées.
Je puis vous dire que j'ai vu une infinité de films que j'estime très beaux dans des salles désertées. Tenez, pour vous montrer comme c'est affreux, presque révoltant, en reprenant mes souvenirs, je vous fais un medley (genre trop laissé en souffrance depuis Bonney M ou notre très sincèrement très cher C. Jérôme) :
- L'année dernière à Marienbad (séance unique, environ 10 personnes, et ceci bien avant l'édition si attendue du DVD !!!)
- Père et Fils (environ 3 personnes)
- Dracula (de Maddin), une dizaine de personnes.
-La vie Aquatique (20 personnes environ)
- Un film parlé (pas grand monde, ambiance pôle nord)
- For Ever Mozart (2 personnes)
-Level Five (2 personnes)
-etc ...
D'un certain côté, c'est bien, on est très tranquille, la place n'est jamais bien chère et cela évite de s'acheter un home cinema de Jacky , on se repaît un peu aussi d'un certain "to the happy few" ou "j'adore les cinéastes maudits", au fond assez risibles.
Pour la suite des opérations, on peut par contre prendre peur, parce que, comme vous, je pense que c'est général . J'ai vu "A Dirty Shame", un film très beau, intelligent et humain, dans deux salles distantes 1000 km l'une de l'autre. Pratiquement personne dans l'une comme dans l'autre. A faire frêmir.
Revenons à Tarkovski. On imagine fort bien qu'à l'époque, en URSS, ses films étaient très mal perçus par le régime . Ses productions furent donc fort mal distribuées. On se battait pourtant pour aller voir ses films dans de petites salles de seconde "zone" (pardon pour le jeu de mots). J'imagine la bouffée d'air frais que cela devait représenter d'aller voir ces productions vu l'ambiance d'alors.
Vu l'ambiance, ici, maintenant, aller voir un Waters, un Sokourov, un Oliveira (si, si !) représente à mes yeux une bouffée d'air frais, un peu de vie (à la puissance dix pour Oliveira, hihihi !).
On sort de la salle vide et on est pris par l'impression d'évoluer parmi des morts-vivants ...