Mode d’emploi de l’article. En gras, les phrases issues du prospectus. En normal, mes phrases.
"Les téléphones mobiles de dernière génération permettent de filmer en vidéo : c'est la naissance de nouveaux projets artistiques et cinématographiques, de nouvelles écritures de l'image."
Sur mon ancien site "Cinémort", je développais le concept de Cinémort (c'est bien foutu), cousin-jumeau des théories devolutionnistes, quelles qu'elles soient, et il fut logique de demander l'asile politique ici, sur Matiere Focale.
Les téléphones mobiles de dernière génération permettent de filmer en vidéo, dit-elle, et bien, grand bien lui fasse. Moi, mon PQ (de dernière génération, soyez-en sûrs) me permet de me moucher dedans, autant que de m'essuyer après une grosse commission, et franchement, cette évolution ne va pas marquer la naissance de quoi que ce soit, et surtout pas de nouveaux projets, et encore plus, vraiment pas de nouveaux projets artistiques. Quoique, ça expliquerait pas mal de choses du côté de certains réalisateurs... On remarquera également que si du papier toilette peut servir, en cas d’urgence, de mouchoir, qu’une caméra, par contre, ne peut que difficilement servir de téléphone.
"C’est la naissance de nouveaux projets artistiques et cinématographiques, de nouvelles écritures de l’image." Ha bon ? Le téléphone portable pourrait servir effectivement pour "de nouveaux projets artistiques". On peut composer ses propres sonneries sur un téléphone portable. On peut donc imaginer des albums composés au portable ! Je ne crois pas en avoir déjà entendu ceci dit. Quant aux "nouvelles écritures de l’image", là, j’y crois à fond coco. Enfin des films qui utiliseront le montage, enfin l’exploitation de l’échelle de plans dont l’absence, dans les films commerciaux et art et essai (qui évidemment sont les mêmes), est souvent décriée avec énergie et sans relâche par mon hôte, le Dr Devo ! Ca, c’est une bonne nouvelle : les cinéastes vont recommencer à faire de la grammaire cinématographique ! Merci SFR ! Ouf ! J’ai vraiment hâte que ces films sortent en salles, l’année prochaine sans doute… J’ai hâte.
"En partenariat avec Lille 3000 et le Forum des Images (Paris), la Maison de Folies de Wazemmes propose le premier festival de cinéma consacré aux films réalisés avec téléphone mobile."
Permettez-moi de faire une pause, parce que déjà, là, je suis complètement en train de… Je suis excité, quoi ! Mon rêve devient réalité ! Halleluyah !
"Deux jours de projections, d’ateliers, d’installations multimédia (!!!???!) et de convivialité !"
Ben oui, il ne manquerait plus que l’ambiance soit pourrie en plus ! Je n’insiste pas sur le reste, parce que je vais y revenir. Allez, on tourne la page.
Là, il y a plus de texte. Accrochez-vous. [C’est lamentable, le texte n’est même pas rédigé en essémesse, vous savez, ce langage qui a permis de nouvelles formes d’écriture !
"2 journées complètes de diffusion (Oh mon Dieu !) : pas moins de quatre-vingt films réalisés sur un téléphone mobile, du court au long-métrage."
Zuuuuubliiiime ! Fous zètes guénials ! Vous fésez des gourts-métraches, mais auzzi des longs ! Je n’en peux blus, j’ai trop hateuh !
"Une compétition (tu m’étonnes, nous y voilà !) choisit de distinguer une vingtaine d’œuvres…"
Oui, dans les festivals banals ou minables, c’est un Jury qui distingue des œuvres ? Mais ici, on est au-delà de ça ! Non seulement ce n’est pas un Jury qui distingue les oeuvres (ce qui sous-entend que les prix seront désignés par ordinateur, ou en départageant les concurrents par une course en sac, ou une épreuve de roulette russe), mais de plus, on ne décerne pas de prix, mais "on choisit de distinguer", nuance ! Tous ces films sont formidables, et par conséquent, il serait stupide de récompenser certains, ce qui voudrait dire que les autres sont moins bons. Nous sommes tellement dans l’enjeu du cinéma futur que tous les films sont formidables ! De plus, on "distingue", nuance sur laquelle je reviendrai. C’est l’école des Fans de la troisième génération (comme disait Fassbinder !).
(Photo : amateurs de jeu de go, et non pas de GO ! qui par ailleurs est un très beau film)
"… distinguer une vingtaine d’œuvres (moi, je croyais que c’était des films, mais non, c’est ringard les films, les œuvres c’est bien mieux), créées par des jeunes (les plus de 30 ans : dehors) artistes (je me disais aussi !) venus d’horizons variés (cinéma expérimental, photographie, musique, arts plastiques). Au cours de l’année 2005, des téléphones portables leur avaient été confiés".
Je crois que c’est mon passage préféré ! D’abord, on ne va pas présenter des films de gens qui veulent faire du cinéma (des cinéastes quoi !), mais uniquement des gens des arts plastiques ! De plus, on remarque que le texte montre clairement que le cinéma expérimental est plus proche des arts plastiques, justement, que du cinéma. J’ai toujours pensé que ce cinéma était un ghetto, dans le sens où la grande famille du cinéma n’a jamais voulu accueillir de nouvelles formes de narration. Ma théorie est confirmée au-delà de toutes espérances !
En plus, il fallait être élu ! Ne participe pas qui veut ! Art populaire d’accord, mais n’oublions pas que c’est de l’art pour le peuple. De là à le faire participer, faut pas déconner. Adieu, le message universaliste de la première page, où l’on aurait pu penser que tout le monde pouvait réaliser un film ! Donc, ce sont déjà les artistes intégrés dans le circuit de l’Art contemporain qui ont eu le droit de participer. Et là où c’est encore mieux, c’est qu’on leur a payé un téléphone portable !!! Ça, c’est de la démocratisation : tu n’as même plus à vider ton portefeuille, on te fournit les pinceaux pour que tu sois plus libre… toujours à condition d’être dans la sphère des Arts Plastiques, bien entendu. On admirera la qualité du paradoxe. Pour l’instant, je me sens surtout libre d’aller regarder les courts-métrages !
Les réalisateurs sont de jeunes artistes. À l’occasion du festival, on projettera donc un film de Jean-Paul Fitoussi ! Fais péter le Champomy !
On notera également qu’il a fallu un an à ces artistes pour réaliser leur film ! C’est délicieux. Je me demande s’ils ont reçu des aides financières…
"L’équipe de Cartoun Sardines, Théâtre en résidence à la maison Folie, a pu également profiter de téléphones portables." Je suis très heureux pour eux.
"La Brasserie de la maison Folie est l’espace convivial du festival. On y projette les sélections du Festival ; des réalisateurs (j’adore cet indéfini) viennent présenter leur film ; on boit un verre…"
Oh la vache !
"Le Dimanche…, à 12H, un apéro/débat posera la question des nouveaux formats (galopin, demi, pinte, pinte XL, etc.). Les réalisateurs invités (différents de ceux qu’on qualifie à l’indéfini, ce ne sont pas les mêmes, sûrement) discutent pour mesurer ce que peut apporter ce nouvel outil dans le champs de la création."
Le cinéma, par exemple, je suppose. J’espère qu’il y aura des petites olives…
"Pour décerner les prix du public et du meilleur film tourné pendant le festival (on tourne aussi in situ… La période de préparation d’un an était un échauffement sans doute. J’espère que ça a la qualité d’un Sokourov.), une cérémonie sans smoking (Hoooo, les rebelles !) vient clore cette première édition du Pocket film festival. À l’année prochaine !"
Ça, ce n’est pas sûr…
Après, ça continue en troisième page, et c’est assez croquignolet. Cette page est intitulée AU-DELÀ DES PROJECTIONS. C’est vrai que ça va cinq minutes, tout ce bazar, il y a quoi d’autre sinon ?
Ben, y’a une rave avec des images mixées des films en compét’. "Dans la plus totale convivialité !" J’adore l’adjectif totale, et je pense que ça va être vraiment le cas. Ceci dit, heureusement que c’est convivial. Il ne manquerait plus que l’ambiance soit pourrie en plus.
Après, il y a deux installations par deux Artistes issus d’une prestigieuse école d’art contemporain du coin, qui "présentent une installation faite d’éléments que vous leur confiez par sms (vous savez les petits chocolats qu’on mange au cinéma) au 06.66.66.66.66 (j’ai changé le numéro). Pour vous guider, quelques phrases clés : Qu’est-ce que tu attends ? Qu’y a-t-il derrière toi ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Qu’est-ce que tu entends ? Que te manque-t-il ?"
Ha ben voilà, je vais pourvoir participer.
Qu’est-ce que tu attends ? Bon déjà, on pourrait se vouvoyer. J’attends un budget pour pouvoir faire mon film, mais la Commission d’Avance sur Recette n’a pas l’air très emballée…
Qu’y a-t-il derrière toi ? Attends, je regarde… La porte des toilettes ! Et la bibliothèque aussi ! (N’y voyez pas un lien de cause à conséquence).
Qu’est-ce que tu fais ici ? Ben, mon article !
Qu’est-ce que tu entends ? Le fabuleux morceau KAVALIERE que le Docteur Devo a mis en ligne sur ce site (colonne de droite) par Die Tödliche Doris.
Que te manque-t-il ? Un budget pour pouvoir faire mon film, mais la Commission d’Avance sur Recette n’a pas l’air très emballée. Et il manque aussi la question principale : est-ce que tu viens pour les vacances ?
Plus loin, autre événement, intitulé "filmez !".
"Un atelier de tournage est à votre disposition. Réalisez en direct (sic !) votre propre film avec un téléphone portable. Un studio de montage (fichtre !) vous aide à finaliser votre (premier) chef d’œuvre !"
On apprend ici deux choses. Premièrement, on ne vous aide pas à faire votre montage. « On » n’existe pas. Je pense que c’est HAL, l’ordinateur de 2001, qui monte votre film. Deuxièmement, ben oui, t’as le droit de participer, mais hors-compét’, faut quand même pas déconner, pour le fun quoi. Mais ne sois pas triste, ce sera un "Chef-d’œuvre". C’est pas beau, la démocratie ? J’hésite encore entre deux de mes projets qui me tiennent à cœur depuis longtemps : un remake de PSYCHOSE, ou l’adaptation d’une nouvelle d’Arno Schmidt. C’est possible ?
Enfin, dernière rubrique : "C’est gratuit !"
"Tout est en accès libre."
J’espère bien, vu le nombre de subventions avec mes impôts !
(Photo : malgré les apparences, il ne s'agit pas des acteurs du prochain film de Matthew Barney (voir plus bas) mais de deux amateurs de Lutte.)
En conclusion. Ce festival est quand même le plus important jamais créé, sinon dans la taille, au moins dans la portée historique. Je vous livre mes réflexions.
1) On est tous des artistes !
2) Enfin, on va revenir aux bases du cinéma pour le réinventer.
3) Le cinéma pour tous. Enfin, surtout si tu es déjà dans le circuit… de l’Art Contemporain. C’est tout bénef’ ! L’industrie du cinéma est confortée dans son monopole, et les artistes plastiques incarnant le mouvement feront sûrement des choses expérimentales, ce qui permettra de ne pas faire évoluer la narration cinématographique sous une autre forme, sinon celle du ghetto.
On est tous égaux dans l’accès à la caméra… mais les petits cochons plus que les autres.
4) Par voie de conséquence, on a tous gagné ! 10 ! 10 ! 10 ! 10 ! 9 ! Et 10 ! On repose les petites plaquettes. 20 films récompensés sur 80 ! Rapport imbattable. Cette remarque confirme complètement la N°3.
4-bis) Le fantasme "tout le monde fait du cinéma" me fait rire. J’ai assisté cette année à une compétition de courts-métrages lors d’un grand festival organisé dans la même ville, et ici partenaire.
On pouvait y voir une compétition "expérimentale". CQFD.
Il y avait aussi une compétition "amateurs" d’une médiocrité sans fond, des choses nulles et banales, sans aucune idée de ce que pouvait être la grammaire cinématographique.
Un de ces courts était tout à fait bon. Bien sûr, il n’a pas eu le prix de la catégorie. Et d’une. Renseignements pris, le Jury n’a pas vu la dite compétition ! Pas très grave, hein, ce sont des amateurs. [Un d'eux, furieux, avait quand même fait plus de 1000 km pour venir, et à ses frais encore !] Ce bon court-métrage était vraiment réalisé par un amateur, et était assez bon pour figurer dans la "grande compét’". Il est évident que, quand on fait une place aux amateurs, il s’agit bien sûr de récompenser la médiocrité, et surtout de bien garder l’accès au cinéma « professionnel », ou au moins officiel, de tous les manants d’en bas. Pour que tout ceci ait l’air crédible, il faut bien sûr sélectionner le pire des courts amateurs, et placer, comme c’était le cas là, des courts qui n’ont rien d’amateurs. Il y a avait dans cette compétition, en effet, un film irlandais financé par plusieurs organismes officiels, et qui était déjà passé sur Arte ! Très amateur en effet. Envoyez vos courts à Arte, ou encore mieux à France Télévision, et vous allez voir comment ils vont s’empresser de vous diffuser.
5) C’est une évidence mais ça ira mieux en le disant. Depuis quand les nouveaux supports sont source de renouvellement de l’art et de son langage ? Ça me fait rire. Dr Devo rappelait l’autre jour combien le milieu du film documentaire avait râlé lorsque certains avaient osé tourner des films en vidéo ! Maintenant, ils le font tous, avec un manque de perspective et d'originalité effrayant. Bien sûr, entre deux, on est passé du documentaire au reportage, et la télé les vampirise !
La qualité d’une prise de vue avec portable est déplorable. Une autre façon de protéger le ghetto, bien sûr.
Je suis très heureux que mes impôts (enfin, ceux du Dr Devo, puisque je n’habite pas la région !), servent à faire émerger de nouvelles formes de langage cinématographique.
En quoi, intrinsèquement, cela va changer les paramètres d’expression de ce médium ? Le cinéma, c’est monter des plans avec du son et jouer avec ces leviers. Presque personne ne le fait. Au cinéma, 8 films 10 sont encore aussi cinématographiquement expressifs qu’un film des frères Lumière, ce qui est peu dire. Dire que de nouvelles formes vont émerger est un mensonge débile. Arrêtons de prendre les contribuables pour des imbéciles, et arrêtons de gaspiller l’argent public sur de tels concepts ineptes valorisant le contenant (je tourne avec mon portable) plus que le contenu (la qualité du film).
Non seulement les artistes en compétition étaient choisis, mais en plus, tout cela coûte sûrement un fric fou.
Il n’y a donc eu aucune sélection des films au vu de leur qualité ou de leur achèvement.
6) Il aurait mieux fallu, bien sûr, organiser une compétition de courts-métrages professionnels ET amateurs, où tout le monde soit logé à la même enseigne. Cela aurait permis d’installer un vrai choix « démocratique », au moins a priori. Et bien sûr, on se serait aperçu que beaucoup d’amateurs font aussi bien que les pros, c'est-à-dire en général, des films aussi nuls !
Je remarque qu’aucun festival ne mélange les deux divisions du sport Cinéma ! Il y a toujours une section amateur, mais à part. Un vrai festival digne de ce nom devrait accepter tous les courts-métrages, du moment qu’ils soient bons, et non sur la validation d’une inscription de visa au CNC !
7) Si les Institutions culturelles veulent dépenser le fric du public sur des festivals de cinéma, qu’elles le fassent au moins sur le contenu, et qu’elles arrêtent de nous propagander la tête avec ce semblant de réflexion et de démocratisation. On a compris ici que l’intérêt principal des réalisateurs était d’avoir l’apéro offert !
8) Tant qu’un festival de courts mixtes n’existera pas, vous pouvez être sûrs que le cinéma européen continuera à produire des petites bouses, comme dirait le Dr, au kilomètre.
9) Le festival a bien dû coûter quelques centaines de milliers d’euros. Pourquoi ne pas avoir fait un concours pour permettre à quelques uns des moins fortunés de posséder un caméscope numérique et un upgrade de leur PC, pour qu’ils puissent faire du montage ? On paie ces gens hors du circuit en leur offrant du matosse, et après, on fait un festival avec ce qu’ils ont fait. Si le résultat est du foutage de gueule, sans montage ni jeu avec le son, on leur reprend leur matériel offert, et on le donne l’année suivante à d’autres pauvres. Et ainsi de suite. Si c'est bon, ils peuvent garder le matériel.
10) Un autre sujet intéressant pour un festival de courts aurait été d’obliger des réalisateurs installés à faire des films ayant coûté 1000 euros maximum. Et de voir si la qualité est vraiment moindre, ou pas.
11) Et si Dr Devo organisait un Festival amateur ET pro sur son site ?
12) Ce week-end, j’étais avec le Dr Devo, que je rencontrais pour la première fois. Bien entendu, après avoir lu ce prospectus, nous avons décidé que, non, finalement, on allait plutôt aller voir les films du cycle CREMASTER de Matthew Barney. C’était vraiment très beau (moyenne du nombre de spectateurs par séance : une douzaine !).
Viva la Cinemuerte !
Mr Mort.
(Photo : ben voilà ! Les voilà les vrais amateurs ! Ils ont tout pour réussir. Je n'en doute pas une minute.)
Mes doutes sur l'interet pour le cinéma d'un tel projet se confirment...
Comme le titre le suggère « les amateurs napprécieront pas ».
Je ne vois pas ce que cela a de vraiment dérangeant que la technique du film passe par les portables après tout si ça peut aider à créer des vocations, cest plutôt tout benef non ?
Dailleurs quel était le résultat de ce festival, ici on a une critique incisive et bien faite mais sur le fond est-ce que ce sont des bouses qui ont été produites ou bien traînait-il quelques pépites ?
Bon on ne va pas en faire des tonnes non plus sur ce festival, vous ny êtes pas allé, vous le critiquez cest votre droit, comme les critiques que vous vilipendez qui eux aussi ne vont pas voir les films.
Ce que je trouve un peu dérangeant (et ça, ça me gonfle), mais cest aussi lobjectif je crois, le discours « poil à gratter » sous-tendu dun certaine forme dintelligentsia (aïe là je crois que je vais prendre les coups), finalement et je lai parfois perçu sur ce blog, sil ny a personne en salle cest souvent- que le film est bien, la culture de masse cest pour souvent- les abrutis, beaucoup de producteur sont des buses, les copies sont pourries etc. etc.
Je suis daccord que cest assez souvent honteux (dernièrement, jai vu Night Watch en VO, la copie était vraiment crade), le prix dune place est effrayant et certains films sont un vrai foutage de gueule, où pour le coup largument dabrutissement médiatique régulièrement dénoncé est parfaitement recevable.
Enfin, les jugements/critiques et commentaires que lon peut lire ici, sont équilibrés en général, mais je devine assez- souvent un parti pris, quand même un petit soupçon de comment dire « regardez notre nombril comme il est le beau », mais bon cela ce sont des petits phrases à droite à gauche, mais bon cest comme le comique de répétition et les kilomètres à pied à la longue ça use un peu.
Certains dentre vous les contributeurs principaux de ce blog disent avoir fait des films, je crois que vraisemblablement nous sommes certains lecteurs qui serions ravis de pouvoir visionner cela, est-ce possible ?
Je laisserai Mr Mort répondre en détail s'il en a envie.
Par contre, il y a une chose qui me chargine dans ce que vous dîtes,et qui me fait dire que ce site, que je fais avec amour, ne vaut pas grand chose. Dire qu'on préferre ici les salles vides parce que ça prouve bien qu'on a bon goût, et que le bon cinéma est toujours déserté, quelle horreur!
Si ce site vous laisse cette impression, c'est qu'il est râté!
Au contraire, j'ai toujours voulu metrre enfin à bas les frontières entre les cinéma de "bon" et "mauvais" goût, ou considéré comme tel, abolir la frontière quasi-fictive qui sépare art et essai et cinéma dit "commercial", etc... Je me réjouis toujours de voir une salle bien remplie devant un bon film quel qu'il soit (un bon film étant un film qui fait de la mise en scène de manière suffisement original et abouti).
Au contraire une salle triste devant un bon film, ça me fend le coeur. Et JAMAIS, croyez le bien, je ne penserais q'un bon film puisse se jauger à l'aura de sa fréquentation. Je crois, et je l'airépété ici jusqu'à plus soif que le succés ou l'insuccés d'un film se fait toujours pour de mauvaises raisons!
Par contre, je n'ai jamais dit que s'il n'ya personne en salle, c'est que le film est bien! Pas du tout. je constate cependant que souvent, les films que je trouve sublime sont projetté devant des salles quasiment vides!
exemple cette année: J'adore Huckabees, Innocence, The Machinist (grand film populaire par contre), Black/White (pas le chef-d'oeuvre de l'année mais un petit machin populaire), sans compter les reprises de Tarkovski, Straub et consorts que j'ai été voir avec huit ou neuf autres personnes et c'est tout alors que la séance est gratuite!
Mr mort n'a pas critiqué les films. il a critiqué LA FORME d'un festival, qu'il a mis en relation avec sa propre expérience des festivals, nuance.
"Regardez mon nombril..." Là, honnêtement, je ne comprends pas. Donnez moi un exemple, car là je ne vois pas.
Vous avez remarquez que les gens qui vont voir des films art et essai ne vont plus dans les cinémas UGC. Et que les gens qui vont dans les UGC ne mettent plus jamais les pieds dans un cinéma art et essai. Vous avez remarqué que les spectateurs du dernier Jarmusch ne vont pas voir le fabuleux filmde Matthew Barney ou de Brian de Palma (indéit en plus) qui passe à côté. Je déplore toute ces cloisons et souvent, ce manque de curiosité.
je fais ce blog par passion, et non par esprit de revanche sur quoi que ce soit. mon luxe en créant ce blog était d'avoir un endroit où on puisse parler d'un film de Duras, d'un besson, d'un Bresson, d'un wes Anderson, d'un Straub, d'un Von trier, des films de ceux dont tout le monde se fiche et qui sont oubliés (ken russel, nichoals roeg, bernard rose, etc...)? Et aussi de parler de CREMASTER le Lundi et du DIEU DE LA MONTAGNE CANNIBALE le lendemain. [ou encore de la série SAN KU KAI qui est vraiment pour le Marquis et moi quelque chose de formidable... Ou encore Koh-Lanta que je considére, sans cynisme et au premier degré, comme l'émission de télé la plus ntéressante, et de trés loin!]
J'ai donc fait ce site, parce que NULLE PART, et là je pése mes mots, je n'ai trouvé un tel endroit que ce soit en salles, ou dans les medias.
Enfin, j'ai fait aussi ce site pour avoir des commentaires sur les films où on parle de mise en scène.
Je ne dis pas ça pour vous accabler, cher Ours, ni pour prouver quoi que ce soit, mais vraiment ces remarques m'attristent profondément, et même "tant et plus" car vous semblez être totalement sincère, ce que je ne remets pas en doute.
Merci de votre franchise.
Amicalement,
Dr Devo.
Déjà avec un camescope, des fois c'est limite (par des amateurs), alors la caméra portée c'est tout un art et je ne parle même pas de la steadycam réservée au pros.
Pff faut bien que jeunesse se passe... et que les opérateurs vendent leur matos.
Je partage un peu l'avis de l'Ours : j'ai vu Spanglish ce week-end, en dvd, puis je suis venu voir la critique, qui souffre à mon avis d'un a priori négatif. Pourtant c'est un film assez grand public qui a le mérite d'aborder des thèmes pas évidents de manière subtile et sensible. Pourtant selon vous sans Tea Leoni le film est irregardable. Un peu dur.
Sinon, sans rentrer dans le débat, je remarque tout de même, et ça fait bien plaisir, que des visiteurs peuvent parfois engager le débat et formuler des critiques sans sombrer dans la destruction la plus demeurée, comme c'est souvent le cas dans ces pages. Certains (mais non, je ne vous citerai pas!) pourraient en prendre de la graine.
Hum....
Il y a un argument de fond contre toutes ces modes, un argument vieux jeu, qui me fait penser à ceux qui défendaient le garde manger contre le frigidaire (les plus jeunes ignorent que de grands intellectuels ont fourbis leurs armes sur une telle question dans les années 50!), c'est que petit à petit, c'est notre oeil qui est tué (enfin l'oeil de ceux qui se prêtent à ce genre de parodie d'image), nous sommes abrutis de CHOSES QUE NOUS APPELONS IMAGES ET QUI N'EN SONT PAS. Toujours au prétexte que "qui peut le plus peut le moins", qui est totalement faux dans un certain nombre de domaine (je laisserai le docteur Devo nous dire ce que Bresson en dit, de cette maxime).
Il ne s'agit pas d'être branchés ou pas, élitistes ou pas en la matière, il s'agit de savoir si nous rêvons d'un monde "où tout sera image, mais aucune image ne sera une image". Et pour moi, c'est NON, je n'en veux pas, je n'ai aucune aspiration à ce que nous régressions bizarrement en deça de la main préhistorique dans la grotte, parce que si nous n'y prenons garde, certains y serons assez vite.
Qui sponsorise, se demande Le marquis :
LE POUVOIR, réponse idiote, basique, limite plate, mais vraie : le pouvoir à tout intérêt à ce que monsieur lambda croit qu'il est un artiste, à ce que monsieur lambda croit qu'il a avec son téléphone mobile qui fait tout un pouvoir cosmique (bon, parce que c'est quand même l'objet le plus proche de la sorcellerie inventé depuis un bon paquet de temps, le portable), quasi démiurgique, que la création s'est démocratisé (n'oublions pas là un bien vieux rêve communiste que le capitalisme a racheté même pas pour un kopeck symbolique), qu'il croit qu'il emmènera ses souvenirs avec lui dans sa tombe, qu'un jour, oui, il aura toute sa vie en archive (y avait un projet comme ça qui trainait chez un gros des télécom, je me souviens plus qui), personne ne lui dit que les disques durs vont tomber en carafe dans dix ans, personne ne lui dit que ses souvenirs numériques il va les pleurer dans vingt ans, que les impressions numériques vont se fader probablement à grande vitesse, etc.
Alors Monsieur lambda croit qu'il est entré dans la modernité avec son portable vidéo qui pourrait faire des films (avec quoi c'est monté, Final cut mobile?), que cette modernité est irréversible, etc. Et il se sent bien : pensez vous, non seulement c'est un gadget, mais en plus des artistes vont être révélés, ou peut être même chacun pourra être artiste.
Je n'ai pas de téléphone portable du tout.
Petit complément sur ce que je disais du pouvoir, comme sponsor :
Il faut pas se leurrer, l'humanité joue en ce moment avec le feu avec la profusion d'image qu'elle se propose de produire, distribuer, montrer, consommer. Ce qui s'est passé avec le porno ,400000 site web; des centaines de milliers d'actrices, des centaines de millions de consommateurs, des complices innombrables (il y a un jour où réfléchissant à pourquoi les associations parentales n'avaient rien chercher à contrôler véritablement, c'est qu'eux mêmes en consommaient) et des victimes à n'en plus finir (les mecs et les filles totalement déconnectés de l'autre sexe pour cause de surconsommation) peut très bien se produire avec les images sous "régime ordinaire". Je veux dire par là, une perte totale de controle sur la réalité, précisément parce que l'on croit que l'on contrôle la réalité, alors que le roi est nu.
L'ETAT n'a je crois absolument aucun intérêt à ce que qui se soit - sorti des cercles autorisés de la haute sécurité psychique - se posent des questions là dessus, alors il est obligé de promouvoir la fuite en avant (imagine, tiens, cela pourrait faire l'objet d'un bon pastiche, que Jacques Chirac déclare pour les voeux de fin d'années :
"Cher compatriotes, après mures réflexions, j'ai décidé alors que je m'approche de la fin, d'axer mon discours de ce soir sur les liens entre image, réalité, technologie et rapport à l'autre. Je vous en prie mes chers français, cessez de télécharger des films, mais allez étudier les grands maitre du passé dans une salle obscures, arrêter de regarder des films pornos sur le net, mais aimez plus votre femme, apprenez à faire de bon film de famille avec une DV à 400 euros, mais ne croyez surtout pas que des films corrects sortiront de votre SAMKIA 48900, n'utilisez pas la fonction photo de votre portable, offrez vous un Hasseblad, faites de belles photos de forêt, et découvrez la joie de l'apparition de l'image dans le bain du révélateur, etc, etc".
Impensable, hein, impensable de sa bouche, comme de celle de la plupart des papes du milieu.
De tous les mecs qu'analysent les images, j'ai jamais lu de prospective à long terme sur cette question, alors que tous devraient être assez intelligents sur les risques monstrueux de dérapage planétaire qui existent (bon, le christianisme et l'image, c'est une telle histoire d'amour, que cela explique bien des choses).
Chris Marker n'a pas travaillé la question, ça c'est bizarre au fond, il aurait pu, peut être, nous apporter quelque chose, je crois.
J'essayerai de faire quelque recherche sur Google sur ce thème, tient.
Mais cela fait du bien de se sentir moins seul, c'est vrai!
ou
c'est bon signe au contraire de se sentir seul -
Vous feriez peut-être bien de commencer par vous débarasser de votre télévision, et puis si ça ne suffit pas, de votre pc. Ah que ça ira mieux probablement après.
Ca fait trois ans que j'ai jeté ma télé à la pübelle. Je ne suis pas agressé par les images depuis. Fini les Amürs ! Fini Delarue ! Fini ces merdes de Star Ac' et de Koh Lanta et de Bachelor ! Fini JP pernaut ! Fini la grande débilité qui endort l'esprit ! Fini, au revoir !
S'il y a un probleme (et encore ici en france), ah que ce n'est pas les images. Que les images c'est un problème de gosses de riches. Qu'a Madagascar par exemple ils ne se posent pas le problème.
Le problème que s'il en est un, c'est celui du rapport entre les mots et les choses. Les gens font des phrases en accolant des mots les uns aux autres, mais pas tüjürs en gardant en tête ce à quoi ils se réfèrent. Ah que c'est plus subtil que le discürs sur les images, maintes et maintes réentendu, dans télérama, dans technikart, chez les glauques curés d'arte même !
Ah que un peu de sérieux maintenant.
Alors Johnny, on s'encanaille, entre deux procès et plaintes on va se régaler des chroniques de Vendredi 13 sur Matière focale?
Plus sérieusement :
JE N'AI PAS LA TELEVISION NON PLUS, NI INTERNET A LA MAISON!
(d'ailleurs si mes chefs voyaient tout ce que j'écris dans la journée sur matière focale ces derniers jours, ils hurleraient!
Plus sérieusement : il faut savoir, on vous en pas trop parlé, que ces putains de fabriquant de télévision se sont empressé, pour les pays pauvres de sortir des modèles à 50Euros, qui sont grosso modo accessible à tout le monde (écran NB de 15 cm de diagonale). Je vais régulièrement en Inde et c'est ahurissant de constater que le taux d'équipement en télévision par famille a grimpé de 5% a 90% en moins de 8 ans.
Non, le gros problèmes, c'est ces gens qui manie le style péremptoire comme Uma THurman le sabre dans Kill Bill!
Excuses d'importuner, mais pourrais tu me dire, ce qu'est..., car je n'en ai pas vraiment vraiment une idée précise, ce qu'est un Hasseblad?
C'est un appareil photo?
Dr Devo.
Oui, c'est un 6X6 suédois, tu tapes Hasselblad sur google image, et t'auras des photos C'est l'appareil photo utilisé par les astronautes sur la lune.
Principal appareil des photos de mode, également.
Le moins cher est à 3000Euros!
Ou puis-je d'ailleurs obtenir ma carte "ni portab', ni télé"?
"Trop d'images" on dit Duras et Manset. L'une a enchaîné avec le sublime "Homme Atlantique" (à quand un remake sur francisque bouygues télécom?), l'autre a complètement cessé de montrer sa gueule. Il ne furent pas suivis.
Et bien Bernard, tu m'envois un gros chèque (comme cela je m'offre un Hasselblad), et t'auras ta carte.
Johnny H croit qu'ici on ne fait que rebacher les discours de Télérama et Technique Art, non, trois fois non. D'abord parce que si ils tiennent ce genre de discours, ils ne les suivent pas, et se vautrent dedans (l'image). Ensuite parce que précisément - à supposer que j'attende de Technique Hard et Téléboboprof d'être des revues pointues intellectuellement, ce qui n'est pas le cas, mais bon, prenons cela comme hypothèse d'école - je me plains de lacune remarquable dans notre réflexion sur le futur des images.
Tu l'as lu quelque part toi que si personne dans les associations familiales ne s'était plaint de la profusion ahurissante de sexe sur Internet, c'est parce qu'eux même en consommaient? Moi non! Comment cela se fait il qu'il n'y a pas eu de Marche Blanche (procession silencieuse en Belgique à l'occasion de l'affaire DUtroux) pour protester contre cet état que l'on nous impose lorsque l'on prend un abonnement? (je ne suis pas père la morale, vous inquiétez pas)?
Il y a une utopie chimérique dans le christianisme, issu de sa haine complexe du corps, de sa négation du corps, c'est que le monde puisse un jour se transformer dans un tout image, ou un tout langage paradisiaque (j'ai toujours pensé que Godard parlait de cela quand il cite la phrase "L'image viendra au temps de la résurection"). Nous en sommes à vivre la croyance en cette utopie, qu'elle n'est pas loin, atteignable (et à la limite quelqu'un qui passe une partie important de sa vie privée sur Internet vit dangereusement cette utopie!), et désolé, mais personne n'en pointe les dangers!
Comme pour apporter de l'eau à mon téléphone, la dernière pub pour la dernière caméra Samsung - qui fait aussi téléphone, donc - :
Il suffit d'imaginer.
Double affiche, ou l'homme - beau gosse, remplace l'objectif - enfin la lentille en plastoc de merde, faudrait rebaptiser ces daubes. Je vous laisse analyser le sens de ce remplacement.
Ce que j'aimerais bien détourner :
Il suffisait d'imaginer.......Abu Ghraib!
Me suis offert comme cadeau de Noël un petit florilège à la BPI de deux réalisateur de doc que j'admire, Aztavad Pelechian (un arménien, donc même patrie d'origine qu'Egoyan) et Johan Van der Keuken, le regretté.
Et bien : comme l'on dit en anglais, DVD SUCKS
Mince, ils avaient des U MATIC avant à la vidéothèque de Beaubourg, ils ont tout transféré sur disque dur (ultra compressé) ou DVD, moins compressé, mais tout aussi problématique. On voit les pixels, on sent la compression à 5%, ah je te dis, on la sent, dès que le montage utilise des technique fines de montage (le Pelechian "Notre Siècle "est très subtil), avec léger décalage, le DVD comprend pas, etc.
Mais quand est-ce que les gens arriveront à comprendre que c'est pas parce que c'est nouveau que c'est bien?
Ou que du grain c'est pas du défaut mais c'est la texture original du film... tous les films en dvd ont l'air complétement ripoliné! c'est un gros probléme, notamment parce que si on respectait le grain, les acheteurs hardcore et le sites pecialisés descendraient les dvd en question...
CF. DANCER IN THE DARK où on reconnait difficilement les deux sopports vidéos, l'un de l'autre je veux dire... Dommage.
Dr Devo
Quelques réflexions suite aux interventions (intéressantes) du Repassant.
Il faudrait d’abord s’entendre sur ce que vous mettez derrière cette notion de « Pouvoir ». Je ne suis pas certain que le « pouvoir » dans le sens traditionnel du terme (Chirac, L’état…) ait intérêt à développer les facultés artistiques de tout un chacun. D’une part parce que l’art est dangereux (voyez comme il est muselé sous les dictatures qui parlent d’ « art décadent » et exalte les pires merdes folkloriques), d’autre part ; parce que tous les mouvements artistiques révolutionnaires (de dada aux situs en passant par les surréalistes) ont prôné la fin de l’Art comme discipline séparée et réservée à quelques uns (les maîtres).
La profusion des images ne me semble pas un problème en soi et j’ai du mal à comprendre votre exemple du cinéma porno. Non que je défende ce genre qui est, à 99% exécrable (je vous conseille néanmoins « Rêve de cuir » de Francis Leroi, « Une américaine à Paris » de K. Kramski ou de lire le blog de John B.Root pour comprendre qu’une réflexion sur le genre est possible et qu’il peut y avoir, aussi, de la mise en scène) mais cette idée que ces images font péter les plombs de ceux qui les consomment me rappelle les arguments de ceux qui conspuaient les films d’horreur dont je me gavais à 15-20ans en affirmant qu’ils étaient dangereux pour nos frêles neurones et qu’ils feraient de nous des psychopathes (je n’ai, jusqu’à présent, jamais assassiné personne mais un certain ministre de l’intérieur ferait plus facilement monter en moi des envies meurtrières que ces pauvres Jason ou Freddy !!)
L’idée que chacun puisse être acteur de sa vie et en faire une œuvre d’art me semble au contraire plutôt stimulante. Notre bon Docteur nous a parlé de ce que Cavalier arrive à faire avec juste une petite caméra vidéo, alors pourquoi pas avec un téléphone portable ? (Zohiloff parle avec justesse de Christophe Atabekian qui arrive à faire un long métrage juste avec un téléphone).
Maintenant, je comprends les réticences de Mr Mort et les votre. Il ne s’agit pas d’être naïf face à ce déferlement des images et comprendre qui l’instrumentalise, à savoir le « pouvoir », mais au sens économique du terme. Il est évident que la profusion des images a des enjeux économiques et que cette volonté de faire croire que chacun peut devenir un « artiste » est un bon argument publicitaire pour nous vendre une quantité de gadgets aussi inutiles que ridicules. Je ne sais pas d’ailleurs si vous avez remarqué mais je trouve qu’on voit de moins en moins de gens « filmer » (avec leur caméscope) alors que les possibilités de faire image sont de plus en plus nombreuses. Sauf qu’elles sont neutralisées et réduites par le pouvoir économique (de la même façon que les vertus libératrices de la pornographie aux débuts des années 70 ont été neutralisés par l’industrie. Lorsqu’on évoque le terme d’ « industrie du porno », c’est à mon avis le premier terme qu’il faut conchier !). La profusion de l’image n’est plus alors qu’un gadget : on prend en photo son prof ou le string de sa voisine du devant qui dépasse de son jean taille basse et on publie le résultat sur son Skyblog ! Je reconnais que dans ce cas, l’Art n’en sortira pas vainqueur…
Dans ce cas, je comprends vos positions. Il ne faut pas accueillir les nouvelles possibilités technologiques sans réflexion. Ca me rappelle un mémorable « Cercle de minuit » où étaient confrontés Jean-Marie Straub et un jeune con venu vanter les vertus des nouvelles technologies avec tout l’enthousiasme onctueux des jeunes loups de son espèce (j’avoue ne plus me souvenir s’il s’agissait de jeux vidéos, d’images de synthèses ou de je ne sais quoi encore). C’était épique. Le cinéaste lui citait du Hölderlin dans le texte et l’autre le regardait effaré (« vous êtes haineux ! vous parlez en allemand ! » . On a besoin effectivement de ce recul straubien et de cette réflexion devant tout ce qu’on nous présente comme la nouvelle merveille du monde.
Mais je ne crois pas qu’il faille s’arc-bouter sur les « maîtres » absolus (Bresson, Tarkovski..) et mépriser les nouveaux supports. Habitant la province, je reconnais être un néophyte en la matière faute de diffusion mais lorsque j’ai eu l’occasion de voir de l’art vidéo ou du cinéma expérimental, j’ai toujours été très intéressé (même si je trouve certaines choses totalement merdiques !)
Le support ne me semble pas quelque chose de primordial et pourquoi ne pas rêver à des Straub du portable ?
Sur ce, je vous demande de me pardonner la longueur de ce commentaire qui ne me convient pas (je l’ai bâclé) et vous souhaite à tous de joyeuses fêtes...
Tu évoques le cercle de minuit avec les Straub et Philippe Quéau le type des images de synthèse qui s'en ai pris plein la gueule. Il n'avait pas tord même si les Straub avaient sans doute raison. Cela dit, avec tout l'amour que je leur porte, je crois qu'ils se sont trompé de cible ce soir là. Deux camps s'affrontaient Quéau/synthèse/transcendance et Straub/ARTchaïsme/immanence, très bien; mais la petite raclure tiède qui s'est comporté comme un salope de collabo c'est bien Bilal. Quand dans un déhanché dont elle a seule le secret, Laure Adler s'est tournée de trois-quart vers lui pour lui demandé, au coeur du tumulte, d'émettre un avis, de donner sa position, alors que jusqu'à présent, seul dans l'arène, Quéau l'irresponsable poli se faisait déchiquetter en allemand, Bilal a abondé dans le sens de Straub - sans doute sans avoir rien compris au débat, mais pour échapper au sort de Quéau, il a rallié le camp du plus fort et de la terreur. Le fait que Straub ait eu raison lui a je crois complètement échappé. Bilal suintait la trouille de ceux qui ne portent pas assistance, planqué derrière un réverbère, les sueurs froides à l'idée de subir le même sort. Bref, il fustige la Saint Thèse pour acheter sa survie. Et voilà t'y pas que quelques temps plus tard, ... arrive Immortel tout dégoulinant de virtuel synthétique. Bon, je vais vomir et je reviens.
Certains continuent à penser le contraire, avec leurs torrents de super 8 de merde car identiques les uns aux autres, sans se rendre compte que leurs images, on les a déjà vu, et que le rendu charmant du support n'est dû qu'à lui seul. Contre-exemple bien sûr : Guy Maddin.
Lars Von Trier à emmené beaucoup de gens dans la rivière se noyer - certains que l'on pensait sachant nager d'ailleurs, comme Téchiné léger léger ou Claude Miller - pensant la encore qu'il suffisait d'allumer son camescope et de filmer sans cadrer pour faire Les Idiots ou Kingdom. Et bien non, ces naïfs l'ont eu profond, parce que le dilletantisme génial cachait en fait une sophistication surprise, et une conscience du parti-pris idoine.
Donc pour les portab's (si le filmage "prend" ce qui m'étonnerait quand même un peu) les génies feront du génial, les nuls, du nul, et les médiocres...
Rien à craindre donc, c'est juste la suite de mon toujours.
ALors, tout d'abord, un lieu vers un site qui retranscrit la fameuse discussion, de manière incomplète :
http://www.net4image.com/magazine/entretiens/straub/minuit.htm
Bilal n'y figurant pas, il faudrait peut être un jour en avoir une retranscription plus exhaustive.
Je n'ai rien contre les portables. Welles disait une chose très justes : je n'en ai rien à faire du support, donnez moi un timbre poste, et je vous ferai un film sur timbre poste, mais c'était Welles, qui savait perdu au fond du mexique avec 10 mètres de pellicule, se mettre tout seul face à la caméra, et improviser!
Ce qui me fatique, en revanche, c'est quand je vois ce double mouvement à être fasciné par le nombre de pixel, à se précipiter sur le HDV qui est un support merdique au possible, et à de l'autre apprécer des photos totalement floues prise sur portable. Ensuite, il y a un coté caméra de surveillance dans le portable que je ne supporte pas, mais je vous ferai part d'autres expériences documentaires que j'ai vécu pour argumenter plus.
Merci pour vos interventions, tout particulièrement celle de Bernard Rapp, le triptyque Bilal, Straub Queau étant sans doute très représentatif de notre époque. Quelqu'un a t'il la cassette?
Je vous laisse pour l'instant, je repasserai.
C'est marrant ce que tu dis sur Lars Von Triers, et tu fais bien d'en parler : les mêmes qui se sont noyés de leur propre fait (incompétence) accusent maintenant le fougueux danois d'avoir lancé un mouvement "perdu d'avance", alors même que son idée était excellente (de mon point de vue), en tout cas d'une grande pertinence.
On a aujourd'hui un support très pratique, le DV, qui n'est pas parfait, qui n'est pas calamiteux, qui ne durera pas éternellement, mais qui permet a quiconque dispose de mettons 5000 euros d'avoir la chaine complète de la caméra au vidéoprojecteur.
Plein de gens qui prétendent faire des courts métrage, des docus, des moyens métrage, etc, ne savent pas et ne veulent pas l'utiliser! Cela fait longtemps que quelqu'un de plus jeune qu'Alain Cavalier aurait du sortir un film similaire, ce n'est pas le cas. Cela fait longtemps que l'on a plus à attendre la subvention du conseil général de la Creuse pour commencer à filmer, et "personne" ne filme (voir les remarques sur le blog de Zohiloff à ce sujet), je veux dire il y a des exceptions, mais rarissimes.
Et qu'attendent ces gens là qui souvent ne savent pas tenir un DV a main levé et faire un plan correct (et s'en vantent!) : une 35mm, une 16mm, et de la pellicule, et des assistants, et une script pour tenir le crayon, etc, vous connaissez tous aussi bien que moi la situation.
Alors sur les films de portables, que l'on arrête de me prendre pour un con, si la DV n'a en France pas accouché de plus de 10 films corrects (je veux dire film qui font plus de 10000 entrées et sont d'une certaine valeur artistique), et encore, ce n'est pas le portable qui changera quoi que ce soit.
Argument plus théorique : j'ai mis du temps à le comprendre celui là, mais voilà : un film, c'est filmer des gens qui savent qu'ils sont filmés. J'ai vu la différence en tournant beaucoup avec une DV utilisée cadrage écran, bouton rouge off, et une HDV (la HDR-HC1) utilisée lumière rouge on et cadrage viseur; Les gens te donnent plus, infiniment plus quand tu as l'honnêteté de dire que tu les filmes, que tu captes leur image, que quand tu ne le fais pas.
Alors crois moi, les gens ils ne donneront pas grand chose au portable, et on va avoir une suite d'image communes, plus ou moins voyeuristes, plus ou moins narcissiques, on va naviguer entre les deux, alors bien sur, si cela tombe entre les mains de narcisiques ou voyeuristes géniaux, cela aura un certain charme, mais vous en connaissez beaucoup, vous, de cette espèce?
Après, le MP3 caméra, la clef USB caméra, que sais je?
Par ailleurs, je souscris à tes remarques sur tous ces gens qui ne veulent tourner que dans des conditions "pro", avec toute une équipe, une COUR qui s'affaire comme des laquais, puisse témoigner, leur renvoi leur statut d'artiss'. Je crois que ce profil détestable de pur ego est même bien majoritaire sur celui qui consiste à faire des films par nécessité et désir des films à faire.
La chaine camescope/ordinateur me permet en effet de fabriquer depuis environ 5 ans des films de A à Z.
Bilal, c'est assez instructif sa position, parce qu'il est vraiment de cette ancienne école (dessin, travail dur et dans la solitude du créateur de monde bdesque, même si je n'aime pas du tout la BD j'ai un très grand respect pour eux car il ne profitent jamais des facilités du système comme baucoup de réalisateur), qui se rue sur les nouvelles formes d'images pour ses films, mais doit savoir au fond que ce sont les anciennes qui sont plus fortes, alors il se met du coté de Straub. Je ne suis pas sur, donc, que sa position soit seulement de la lacheté.
Mais n'ayant pas vu l'émission, je ferai mieux de me taire!
Welles allait improviser dans le désert. S'ial avait eu un camescope mini dv familiale, il aurait sasn doute sauter sur l'occasion pour faire un beau film. On n'a plus d'excuse, plus aucune.
Rapp a raison: des gens peuvent attendre dix ans pour faire un court en 35mm, à courrir dans tous les sens pour monter des dossiers de finacement. comme disait notre amid e Kuhe In Halbtrauer (voir rubrique liens), ces gens sont des financeurs professionnels. Cetians autres ont le temps de faire 20 courts pendant ce temps la, et magnifiques en plus...
Reppassant a encore raison: on reproche le dogme à trier parce que personne autrement n'ai réussi à faire un film correct avec ce principe que les pros et les mediais ont encensés à l'époque... Ils brûlent maintenant ce qu'ils ont adoré, bien incapable de'en tirer une quelquonque leçon!
Bravo!
Dr devo.
Le vidéo projecteur, j'aime bien, j'ai pas de lélé, mais je me passe mes films de cuisine à moi dessus, de temps en temps aux copains, je n'aime plus du tout cet objet, la télé.
Oui, sur Lars et le dogme, je comprenais pas pourquoi certains tapaient dedans, du moins j'avais pas trouvé l'explication, à plusieurs on défonce plus facilement certaines portes.
Je vais essayer de voir à la rentrée BPI Pompidou dans les magazines pros si je peux arriver à faire un bilan de tous les films français tournés en DV sur ces dix dernières années, pour y voir plus clair. Puisque l'ère HDV arrive.
J'ai pas trop aimé ses films, d'ailleurs je n'en ai vu qu'un et pas en entier, c'est vrai qu'il a des moyens, mais au moins il a joué le jeu, c'est Jean Marc Barr, par rapport à d'autre clowns.
Ah que je connais pas!
Les bons sites sont ceux ou vos tares sont mises à rude épreuve!
Dans la limite d'une journée de tournage, est-ce que tu t'organises avant (préparation) pour aller le plus vite possible, ou bien pas, considérant que la fatalité veut que l'on doive toujours tout recommencer chaque jour, que chaque soir anhile les efforts de la journée et qu'il est vain de se dépêcher, de lutter contre la marée du Mont St-Michel ?
Alors Joker!
Non que cela ne m'intéresse de te répondre (bien au contraire), mais disons que si l'on entre dans ces considérations là, je pense que dans la mesure où nous sommes plusieurs à filmer qui conversons ici, je pense qu'un sujet séparé des autres pourrait être intéressant - et éviterait de trop polluer les commentaires sur les portab'films.
Un topic (comme l'on dit, bien que je ne supporte pas ce terme anglais), où nous pourrions partager nos diverses expériences de Kitchen movies (films de cuisine en français), reportages "sur le pouce", cinéma-rock ("terme déposé" Le repassant, qui désigne une façon de se lancer dans le "cinéma" où l'on sait retrouver l'esprit de simplicité et de collaboration dans la modestie et l'humilité qui anime n'importe quel groupe de rock lycéen ou étudiant), ou courts et moyens métrages plus sérieux, ambitieux et organisés.
Pour commencer un début de réponse sur la question du montage, disons que le sujet est brûlant pour moi, joliment cruel, et que la phrase de Godard qui m'est revenu récemment à l'esprit est celle ci : "Montage, mon beau souci".
Et peut être faudrait t-il jeter un coup d'oeil sur ledit film ou encore sur les explications de la démarche de l'auteur avant de bazarder le tout..
Cordialement.