A SERBIAN FILM de Srdan Spasojevic (Serbie-2010): Snuff Et Méchant

Publié le par Nonobstant2000

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Peut-être est-ce le moment. Ou bien peut-être pas. Après tout, A SERBIAN FILM ne date que de l’année dernière.

 

Le porno est partout nous dit-on, et on se fait une joie d’en parler avec une couv' et des photos bien dans le ton, c’est chouette il nous manquait des raisons. D’abord les séries TV, j’énonce un peu : PIGALLE LA NUIT, MAISON CLOSE, XANADU (..et autres confessions pour ou contre la profession veux-je dire) l’important c’est les néons, la descente dans les abysses de la perdition, un peu de morale avec du rouge à lèvres  parce-que-je-ne-suis-pas-celle-que-vous-croyez, ou une réflexion bien sentie sur le sens de la vie entre deux turlutes ; c’est aussi ça la vie, c’est aussi ça l’impertinence ("Dites-le oui, mais dites-le avec du cul") .. En tirant des conclusions hâtives on se dirait "tiens c’est le bordel  alors ?" sauf qu’on le savait déjà. La putasserie fléau de la société ça c’est certain, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a vraiment bon dos (mmm..attends, tourne-toi plutôt comme ça..)

 

Il y a des films de tout, vous me direz, bien cloisonnés dans leur registres ça aide à s’y retrouver, et voyez qu’on peut tout aborder. En tout cas, des gens se sont battus –et là on s’est rendu compte que c’était L’Arme Absolue- pour que le Sexe en tant que thème ne soit plus un problème ou un taboo. Nous sommes même habitués à ces interludes qui sont devenus des passages obligés dans certains registres. Qu’est-ce que ça change – à part bien sûr  couper les parts de marché du créneau "divertissement le dimanche en famille" - que tout à coup le Sexe devienne un élément narratif à part entière ? Pensons à la péné' bien frontale dans LES IDIOTS de Lars Von Trier (et celle, un brin publicitaire dans ANTICHRIST) sans laquelle la plaisanterie ne serait pas totale, à moins qu’il ne manque quelque chose à la représentation de la Vie elle-même ? J’en vois qui rigolent et pourtant une des fonctions de l’Art n’est-elle pas de montrer (d’essayer) la Réalité sous tous ses aspects, et quand Mallarmé rêve une Œuvre Totale (cubiste va), il ne pense pas  visionnairement à la comédie d’espionnage de Claude Zidi avec Thierry Lhermitte et Miou-Miou. Pensons également aux orgies dans le CALIGULA de Tinto Brass, qui fonctionnent par contraste et font de l’Empereur un exclu à moins qu’il ne s’approprie, et ne génère, lui-même, cette luxure,  qui (entre autre) attise sa soif de pouvoir et l’oblige à se surpasser encore et toujours dans la démesure. D’ailleurs, là où y a une couille, c’est que ça pue du cul comme disait le poète. Sexe et Mort font  bon ménage depuis longtemps, surtout quand la notion de Pouvoir est en jeu, une équation que l’artiste démiurge de MEURTRE DANS UN JARDIN ANGLAIS de Peter Greenaway se prend tellement en pleine figure qu’il en ressemble à une figure de Tragédie Antique, de la même façon que Pasolini emploie à dessein ce dernier registre justement, car ainsi il peut poser la chair et le sang à égalité (ce qui rend le mélange "détonnant", et le sexe si subversif) y compris jusque dans le "pourtant très contemporain" SALO OU LES 120 JOURS DE SODOME ET GOMORRHE, car ne vous y trompez pas, c’est bien ça le pouvoir : s’habiller en toge tous les jours et te désigner d’un geste pour l’Enfer Sur Terre (traduire ici par : "te faire couper la tête, non sans t’avoir pété le fion au préalable" mais comprendra qui pourra, et ce qu’il voudra.. ).

 

La pornographie aurait-elle dès lors le même rôle d’opium (castrateur) du peuple que la 3D en ces temps de crise : de la poudre aux yeux en forme d’étoiles et de paillettes, comme si y avait que ça de vrai  (d’ailleurs comme dit si bien mon pote Brahim "d’abord la 3D ça existe pas, c’est toujours de la 2D-trois-quart") ou bien ne serait-elle pas mine de rien le facteur de renouveau qu’on attend tous, le chaînon manquant qui nous conduira à la Vérité Toute Nue, celle du Théâtre De La Cruauté cher à Artaud, ou à Arrabal, et où dans le mouvement on appelle une pute "une pute", et un fonctionnaire "un fonctionnaire". Et le XXIe siècle, on en parlait, sera-t-il spirituel (nudiste quoi) ou bien juste porno ? Et Porno comment ? Porno-soft ? Ecolo-porno ? Intello-porno ? Humanisto-porno ? Humanitaro-porno ? Démocratico-porno ? Méritocrato-porno ?  Lyrique ? Rococco ? Baroque ? Trash ou bien juste Snuff et Méchant ?

 

Milos est une ancienne gloire chez nous en Serbie de l’industrie porno, en ce moment il a plutôt du mal à joindre les deux bouts. Une ancienne collègue lui propose un dernier projet, quelque chose de jamais vu, qui en plus de clôturer sa carrière en apothéose lui permettrait surtout de mettre sa famille à l’abri du besoin à tout jamais. Ainsi Milos rencontre un certain Vukmir, réalisateur dont personne ne voit jamais le travail, artiste passionné qui croit beaucoup en son propre travail, dont l’approche et la méthode surprennent quelque peu notre héros : jamais on ne lui fournira de scénario, il devra "se contenter d’être lui-même". C’est un..parti-pris. C’est ça, les films de demain.

 

Battage, sur-battage, tolé dans les festivals, censure puis contre-battage, taxé de faux-scandale, etc..Dans un sens tout cela est n’est pas faux, mais que le film soit surfait, oui et non. Un film comme FRONTIERES de Xavier Gens va beaucoup plus loin, jouant la carte de la surenchère (un temps on est tenté de se dire que c’est juste pour montrer ce qu’il sait faire) pour finalement faire éprouver ce qu’il dénonce jusqu’à l’écoeurement, car justement c’est écoeurant. Cela n’efface ni les clichés du genre éprouvés jusqu’à la corde, ni une vacuité de propos dont les quelques saillies maladroites (immanquables de fait) de dialogue constituent REELLEMENT les  éléments horrifiques du film. Mais bon, au final, on se dit que le tout retombe pas si mal sur ses pattes. Pour A SERBIAN FILM on nous refait le coup de la polémique sur l’ ANTICHRIST de Von Trier, en extrayant un élément du tout pour l’agiter bien fort à la face des gens bien comme il faut pour qu’ils s’insurgent. Un peu d’historicité messieurs-dames des élites, ce que fait Srdjan Spasojevic, notre réalisateur, c’est ce que fait Swift dans son texte mythique sur la façon de régler les problèmes démographiques de son pays en proposant de manger les nouveaux-nés, d’une part parce que ça résoudrait tous les problèmes mais-aussi-parce-que-ça-se-cuisine-très-bien. C’est ce que fera aussi  De Quincey en proposant un palmarès des plus beaux meurtres de l’Histoire avec son texte "De l’assassinat considéré comme un des Beaux-Arts". Dans A SERBIAN FILM on baise un nouveau-né ..N’est-ce pas ce que fait la hiérarchie ? Ce passage qui plus est, reste tout à fait hors-champ et si le film est une réflexion sur le spéctacularisme, c’est absolument sans la moindre complaisance, puisque celui-ci nous est toujours montré en partant de bien loin dans les coulisses. Quand aux éléments gore, ils n’arrivent absolument pas à la cheville de Dario Argento ou Takeshi Miike en termes graphiques, ni même en intensité. Par souçi de lecture d’abord, le film se veut distancié, frôlant même le didactisme et le scolaire dans la façon d’exposer ses idées, de façon simplement très graduelle sur l’échelle bien connue de Jacob.

 

Malgré donc d’excellentes références, et au regard d’autres exemples précédemment cités, on se dirait presque que le film enfonce des portes ouvertes, si ce n’était ce fameux regard depuis les coulisses qui axe au contraire toute la thématique sur la responsabilité de l’individu, du point de vue d’un héros bien border-line quand-même. D’abord notre Milos c’est pas une brute. On le voit pourtant y aller franco dans des extraits de ses succès passés, il n’en reste pas moins "professionnel", ne rigolez pas, sa collègue nous apprend même que toutes les actrices qui ont bossé avec lui veulent l’épouser. Il y a pourtant un truc qui cloche chez lui au point qu’il est obligé de se matraquer la gueule à coup de whisky. Les scènes intimistes de sa vie de famille sont très bien dépeintes, avec beaucoup d’emphase (et mention spéciale pour les éclairages en règle générale) mais une femme splendide et un gosse adorable n’y peuvent rien, il y a un truc chez Milos qui ne demande qu’à sortir et il a de plus en plus de mal à le tenir en laisse. Tout l’y ramène, d’une part parce que son ancienne profession occupe une large part dans les discussions de couple d’abord et aussi dans les préoccupations nouvelles qu’elle a générée chez son petit boudchou (toujours avec emphase, rassurez-vous). Il y a aussi que retourner dans le bain ça résoudrait surtout tous les problèmes. Ce qu’il finit par faire, après moults hésitations et contres-temps, et le spectateur réalise que malgré ses problèmes, notre héros n’est pas prêt non plus à faire n’importe quoi.

 

C’est pourtant ce qui va arriver. Le truc chez Milo qui ne demande qu’à sortir c’est la bestialité, et le réalisateur Vukmir va l’y aider. Il va lui fournir le cadre (d’ailleurs il ne collectionne que du Velicovic –NDRL), et non-implicitement les substances, pour que celle-ci puisse s’exprimer dans son bon droit. La responsabilité de Milos est double à ce point : blindé jusqu’aux yeux il ne réfléchit pas à deux fois (il n’est pas lui-même) mais cela n’en reste pas moins une immense parabole sur le système et l’industrie du genre :  à quel moment celle-ci a bien changée, à quel moment ne savait-il pas où il a mis les pieds ? Tout porte à croire que notre héros est finalement trop vieille école dans un superbe passage où il revit à postériori ce qu’il a "commis". Ceci par contre est très bien amené, en deux temps, ce qui me fait déjà dire que Spasojevic est bien meilleur raconteur d’histoire que quelques-uns de ses contemporains, et nombre de nos compatriotes, en jouant habilement du principe de symétrie scénaristique, en deux temps donc. Quand Milos commence à tourner pour Vukmir (et le comédien fait bien tout ce qu’il faut pour incarner une figure satanique contemporaine) c’est toujours de façon très paramétrée, une voiture vient le chercher à son domicile et tandis qu’il est suivi par un caméraman, un second l’attend derrière la première porte, ce qui donne lieu à de très beau champs/contre-champs et autre points de vues différés tout en avançant dans l’action. Le sens du tout lui échappe complètement et il se contente de faire ce qu’il sait faire. Quand les choses ont bien dérapées c’est au tour de Milos de passer derrière la caméra, mais pour se repasser les bandes, où il va trouver les pièces manquantes (grâce à des éléments épars chronologiquement) aux bribes peu ragoûtantes qui lui papillonnent dans la tronche. Procédé de ré-actualisation que l’on trouve autant dans UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL de Mario Bava (où le tueur est obligé de tuer pour comprendre pourquoi il tue) que dans 2001 L’ODYSSEE DE L’ESPACE de Vous-Savez-Qui, avec la scène réflexive à l’intérieur du Monolithe. A ce titre la référence à Kubrick est quasi-constituante : elle est d’abord reprise entièrement d’un point de vue formel dans la scène des premières prises de vues, pour ensuite être véritablement appliquée sur le fond lors de la période des rembobinages, puis des souvenirs qui se ré-actualisent au fur et à mesure que le personnage se rapproche de la vérité, A SERBIAN FILM n’appelle à rien d’autre finalement qu’au regard sur soi, dans un monde où l’offre a rattrapée depuis longtemps la demande. Vaille que vaille, on revient dans les dernières minutes du film vers l’Humain, mais c’est tout de même le Marché qui finira par avoir le dernier mot. En fait, le seul vrai problème du film de Spasojevic, c’est que ça manque de Strauss.

 

 

 

 

 

 

 

Nonobstant2000

 

 

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

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nonobstant2000 22/11/2011 00:31


..au fait t'as pas dis que A SERBIAN FILM c'était une bouse, hein, j'ai mal lu ?

nonobstant2000 22/11/2011 00:28


joe le papier est prêt puisque j'ai assisté à l'avant-première à Paris, faut militer auprès de la maison-mère maintenant

joe mousquetaire 21/11/2011 19:06


sympa de faire des critiques sur des bouses, mais en attendant rien sur melancholia; je ne vous félicite pas