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[Photo: "Touch my heaven" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 


Si on me demandait ce qu'est une œuvre d'art réussie, je répondrais surement que c'est une montagne de questions sur ce que nous sommes sans ne jamais apporter aucune réponse. C'est en tout cas ce que j'ai dis à ma coiffeuse l'autre jour, alors qu'elle évoquait (en mal) le cinéma de Werner Herzog. En revanche l'autre soir Gaspar Noé me disait lui que le cinéma n'était pas de l'art, le porno non plus, mais que le cinéma pouvait être au mieux comme un bon porno. Ceci dit, tout ca n'a presque aucun rapport avec le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui.




BABY BLOOD tiens à la fois des écrits de Nietzsche et d'Haroun Tazieff : nés des volcans et du chaos primordial, un alien trouve refuge dans divers organismes vivants jusqu'à échouer dans le corps d'une gitane bien roulée, poum tchac, qui va nouer une complicité bestiale avec son bébé du troisième type, jusqu'à tout plaquer pour lui et boire le sang de victimes mâles afin de nourrir la Bête. Au fil d'un périple sauvage et violent, Yanka sera tiraillée entre sauvagerie bestiale version orgie dans le sang et conscience judéo-chrétienne qui la pousse à sacrifier Alain Chabat plutôt que Jean Yves Lafesse ou Jacques Audiard. Le film suit la grossesse de Yanka, l'aliénation progressive de la mère porteuse et les conséquences de celle ci sur une équipe de foot et sur la finitude du monde. Venu du cœur tellurique de la Terre et rendu aux éléments, le cheminent erratique de La Mère dans la France du début des 90's semble mettre dos à dos les écrits Lovecraftiens et les films de papas. Film hybride donc, et osé, sur lequel il me parait intéressant de revenir plus de 20 ans après, le film n'ayant de fait pas tellement vieilli.




Difficile de comparer BABY BLOOD à quelque chose. Certes, il y a du délire gore d'un EVIL DEAD, mais c'est quand même plus que cela. A la fois érotique et sensuel, il n'est pas interdit de penser à Rollin ou même à Henenlotter. Et encore, ce serait occulter sa marque de fabrique au lait cru, principalement grâce à un décor baguette-béret-cocorico sorti tout droit du cinoche franchouille populaire des années Mitterand. Réalisé avec rien, mais faisant preuve héroïquement d'une originalité formelle salutaire, on se demande encore à plusieurs reprises comment tel ou tel plan à été tourné. On avait alors affaire à une équipe technique n’ayant jamais fait de gore, ni même de fantastique et qui découvrait un tout nouveau terrain de jeu garant d'une liberté jamais acquise alors, propice à des expérimentations hallucinantes. La photographie est sublime, travaillant les textures avec une intensité ébouriffante comme ces derniers plans sur la mer où les nuages grisâtres sont le contrepied exact de la mer. Les séquences dans la maison abandonnée sont d’une beauté quasiment italienne tandis que les intérieurs au néon donnent dans la perspective futuriste.  Jouant avec une caméra tour à tour objective et omnisciente, la diversité des points de vue et des angles d'attaques pourtant focalisés sur le couple Yanka/Baby font émerger une relation baroque et rock'n'roll dont le sang et le foutre sont les clés. Des gerbes de sang aux scènes de cul, la complicité bivalente (sauvagerie/sensualité) de deux être liés intimement donne de l'Homme une vision sans équivoque et bivalente, tout en ressenti et en sensualité. C'est un film totalement quantique ! Tout est exactement pareil et différent dans un même mouvement un peu obscène qui va de haut en bas, comme une masturbation, un poignard ou un serrage de main. Chaque être à une composition chimique, physiologique, atomique exactement similaire et pourtant c'est à chaque fois le quinté Vincennes avec les numéros complémentaires et dans le désordre. Tout le monde parle la même langue et personne n'y comprend rien, tout le monde se bat et tout le monde fait des enfants. Tous ces mouvements telluriques et masturbatoires de secousses à l'origine de la vie forme le chaos originel dont la Femme est la garante unique, comme détentrice de la vie et du pouvoir ultime, comme matrice originelle. Mais bon dans les faits, c'est la soif et la faim qui sont l'objet d'un film qui parle d'abord d'amour platonique, celui d'une mère pour son fils, même si c'est un psychopathe. La liberté qu'avait alors Alain Robak de filmer joyeusement le périple délirant d'un alien à la voix ridicule s'exprimant en voix off dans la tête d'une pulpeuse jeune femme livrée à elle-même après avoir été maltraitée pendant des années par un mari violent dans des décors digne des pires production françaises de l'époque (les Max Pécas ou autres Bernie Bonvoisin en passant par Truffaut) est bluffante et enivrante, on a pu faire ca chez nous au moins une fois, c'est merveilleux. Y'a des effets spéciaux que les américains nous envient dans ce film ! Y'a des monstres effrayants comme chez Barkouille ! Yummy yummy !

 

Se replonger après vingt années dans BABY BLOOD c'est le passé qui vous prend d'abord à la gorge, c'est les plans qui donnent à voir, les textures juxtaposées du sang et du béton qui vous rentre dans le palais, c'est aéré et on suffoque, c'est virtuose et ca ose, ca se veut âpre mais c'est baroque quand même : c'est Moulinsart mais sans les pantoufles. De tout ce chaos l'empathie nait, mais oui, mais c'est bien sur, les BABY BLOOD déferlent sur le monde tout les jours, ils demandent la tête des hautes instances du cinéma, de ceux qui ont érigés les modèles industriels comme nouvelle norme d'un cinéma pop corn qui ne doit jamais rudoyer le spectateur, qui doit l'accompagner doucement jusqu'à la porte des rêves amputés et des réalités apprivoisés. Et les gens, dans un éternel recommencement iront se faire tabasser, car à gommer les aspérités les plus dérangeantes de la vie, on en oublie les plus importantes : vivre c'est toujours se rapprocher du vide.

 

Les gens, c'est pas le Dalaî Lama ou la souffrance du Tibet, c'est pas la planète qui meurt à la télé, c'est pas les grandes arènes médiatiques où l'on vend des emballages, c'est pas du bien fondé ou des assurances, les gens c'est des autistes, la réalité n'existe pas, le monde est un gouffre, il n'y a pas de volcan en Islande, le chaos règne, l'existence est une organisation à but fécondatrice et à partir du moment où c'est vide il nous reste une place. Prenez ca dans les sens que vous voulez.

 

Bienvenue au monde, BABY BLOOD !

 

 

 

 

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /Mai /2010 22:09

Publié dans : Corpus Filmi
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