BORED TO DEATH de Jonathan Ames (USA 2009): How i met your bother

Publié le par Norman Bates









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[Photo : "Bored to death" par Norman Bates d'après une photo de William Burroughs.]











De nos jours. De gigantesques monolithes plantés dans le sol contemplent le soleil. Entre eux de petits êtres bipèdes se déplacent rapidement, semblables à des organismes micro cellulaires affairés à établir une communication entre ces tours de verre. Rapprochons nous encore : un de ces bipèdes est arrêté et regarde quelqu’un partir, un peu triste. Ce bipède c’est Jason Schwartzman, et sa copine vient de le quitter. Nous sommes à New York.



 

Déclinés en huit petits épisodes d’une petite demi-heure, BORED TO DEATH narre les tribulations de Schwartzmann après sa séparation. Comment il va décider de devenir détective privé freelance en plus de l’écriture de son nouveau roman, quelles enquêtes il va devoir résoudre pour retrouver l’amour. A chaque épisode son enquête, plus ou moins palpitante, ici à la recherche d’un skate board volé, là filant un mari infidèle. Personnage lunaire et looser, Schwartzman arrive toujours à se dépêtrer des situations les plus improbables, aidé par ses deux comparses George (Ted Danson, acteur formidable) et Ray, âgés de respectivement 60 et 40 ans. Hilarante et touchante, cette mini série ne trouve pas toujours tout à fait sa voie, mais ce semi-échec permanent est presque fascinant, le cocasse se retrouvent parfois vecteur d’émotions contradictoires, comme des combats ordinaires montés en épingle jusqu'à avoir l’air d’épopées dantesques, comme quand on était enfant. Il y a chez le personnage de Jason Schwartzmann une dimension infantile maladroite et émouvante, un émerveillement permanent pour des petits riens et des choses oubliées. Aucun personnage n’a moins de 25 ans, pourtant ils sont tous puérils et attachés aux choses les moins importantes de l’existence, comme les lunettes à vision nocturne.



 

Evidemment, je vois ce qui vous gène : le film se passe à New York, chez des petits bourgeois branchouilles, dans une ambiance style Woody Allen plutôt que HOW I MET YOUR MOTHER. Certes, Jim Jarmusch fait une apparition (très drôle au demeurant), et les histoires tournent autour de sujets aussi vitaux que le végétalisme,  le don de sperme ou les supers marchés bio, mais il serait dommage de s’arrêter à ces considérations sommes toutes "décoratives", puisque le vrai thème, la véritable moelle épinière de la série c’est l’absence de sentiments au XXIème siècle dans une mégalopole occidentale. Et pan ! Une grosse thématique dans vos petites gueules.




 

En fait Schwartzman fait ce que tout homme censé doit faire en priorité : chercher une femme pour l’accouplement, assurer sa descendance et fonder un cheptel dans lequel il figurera comme un modèle adulé, comblant ainsi le besoin de reconnaissance, de sécurité et de survivance à l’oubli dans le même temps. Or, ces besoins essentiels pour vivre une vie à peu près heureuse n’ont pas changé depuis la nuit des temps, et de fait en 2010 (bonne année !) les progrès techniques et artistiques se sont éloignés des aspirations ataviques, du coup les gens cherchent en priorité une belle femme ou un bel homme pour coller à un environnement qui ne favorise plus que l’esthétique en dépit de l’intelligence ou du charme, ou de tout plaisir qui n’apporte pas un contentement immédiat et quantifiable. En gros l’amitié se compte en nombre de contacts sur Myspace ou Facebook, l’amour en termes de performances sexuelles, et la réussite en termes de pognon. Au cœur de tout cela, au cœur du monde civilisé et pacifié par Apple, viagra et prozac, il y a New York et ses monolithes dédiés au commerce et à la consommation (tu le vois l’écart avec le monolithe de 2001 et ses singes gesticulant autour ?) et au milieu de la big Apple justement il y a trois vers dans le fruit, Schwartzmann et ses deux potes, qui s’ennuient à mort. Ils s’ennuient parce qu’ils veulent des sentiments et que ça n’existe presque plus, parce qu’ils veulent de l’aventure et que ça n’existe presque plus, parce qu’ils veulent de la passion et qu’il n’y a plus que des passions ! Un pyjama rayé, et hop dans le métro ! A la recherche de la pantoufle de verre, de la femme sensible honnête et charmante, de celles qui se découvrent et s’apprivoisent lentement, comme un grand vin… La persévérance des sentiments, implacablement bousculée par les ravages de la soudaineté, la suite délicate de moments qui constituent un bon moment, cette odeur qui plane, discrète puis étouffante de vérités qui s’établissent. L’amitié comme l’amour sont plus que jamais un combat qui nécessite de prendre les gants, et comme il y a 50 ans défendre l’honneur par les poings : messieurs la sensibilité se développe et s’acquiert comme un vrai samouraï.




 

Voilà ce que représente BORED TO DEATH, avec les meilleurs acteurs du monde, avec une mise en scène très soignée et inspirée, avec de la pop musique (composée par Schwartzmann aussi), avec des histoires d’enfants, des jolies filles intelligentes, des loosers géniaux, avec des mecs qui passent pas leurs vie devant un PC, avec des réalisateurs fous, des psychiatres idiots, des magasins de sécurités, de la drogue et du sexe, de l’alcool et du tabac, des princesses et des putes, des lesbiennes et du sperme...




 

A New York, la résistance s’organise, les vers sont dans la pomme, ils la rongent au plus profond, ils sont dessinateurs, écrivains réalisateurs ou journalistes, ce sont des rêveurs car l’amour est un rêve ! L’ennui n’est peut être plus une fatalité…






 

 

Norman Bates. 

 

 

 

 

 

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Publié dans Lucarnus Magica

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Norman Bates 06/01/2010 08:20


Figure toi que moi aussi ! J'avais regardé par hasard le premier épisode et j'avais laissé tomber. Et puis par curiosité, un beau jour j'ai regardé le deuxieme et là c'est parti ! Je t'encourage à
faire de même...


Bertrand 06/01/2010 00:08


Oui évidemment dit comme ça, ça donnerait presque envie, ceci dit l'Ultime Saut Quantique et moi-même avons trouvé le pilote poliment chiant... voire en effet branchouille sur les bords ; assez
convenu dans l'ensemble quoi.