BROTHERS de Jim Sheridan (USA 2010): cuisine et indépendance.

Publié le par Norman Bates








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[Photo : "Un prophète" par Norman Bates.]









C’est l’Amérique, c’est aujourd’hui : spider man est soldat en Afghanistan, marié à Nathalie Portman et père de deux filles aux USA. Il mène sa vie tranquillement entre le front et la cuisine, jusqu'à ce qu’il meure dans un accident d’hélicoptère. A la maison tout le monde est sous le choc, sauf son père militaire, fier que son fils soit mort pour la patrie, un vrai héros, pas comme son autre fils Ghylenhaal (aucune idée de l’orthographe) ex taulard et glandeur. C’est pourtant bien lui qui va s’immiscer dans la vie de padmé, pardon, Nathalie Portman, pour l’aider à surmonter le choc et s’occuper des enfants. Petit à petit, les relations entre Ghylenhaal et Portman se transforment en mini romance sur le mode « refaire sa vie et sa cuisine de A à Z ». La cuisine refaite à neuf, spider man revient sur un coup de théâtre, oui mais la guerre l’a transformé et son frère est mieux gaulé, que va donc faire padmé, pardon Nathalie, pour concilier vie de famille épanouie et patriotisme effréné ?


Remake d’un film danois que personne n’a vu, BROTHERS déroule son scope dans les plaines de l’Afghanistan et dans les cuisines américaines pour acter une fois pour toute que la cuisine américaine régit le monde. A double tranchant cette constatation est valable en sens inverse : les échos des combats et des tortures au moyen orient viennent bousculer le train train de l’Amérique bien profonde, et ce jusqu'à l’agencement de ces mêmes cuisines. Le mobilier domestique et l’électroménager se changent au gré des turpitudes dans les tunnels poussiéreux de pays en guerre, les histoires d’amour sont marquées du sceaux des razzias en hélico au soleil couchant. Rien de bien nouveau sous le soleil, c’était déjà le cas du temps de Racine et de Betrand Cantat, les grandes tragédies grecques ou les amoureux se déclaraient leurs flammes en alexandrins avant de succomber face à la cruauté du monde. Ici trêve d’Alexandrins, place à U2 et a la pop musique larmoyante quand plus personne n’est la pour amener les gosses bouffer des glaces au McDo à cause de la politique martiale de la droite américaine et où l’on oublie un mari mort grâce à un nouveau lave vaisselle (plus silencieux).  Les thèmes restent les mêmes depuis le crépuscule de l’humanité, l’amour et la guerre comme enjeux de la tragédie intime, avec les sempiternelles variations sur la capacité de l’homme à survivre à l’horreur, avec toutefois en extra ce que jadis Racine évoquait tout bas : les problèmes d’érections et les snuffs movie afghans.


Ou mène la folie des hommes ? Alors que spider man aurait pu trouver un boulot tranquille dans l’informatique et combler le manque de piment de la vie moderne en allant à la chasse le week end et en regardant du porno en cachette sur le net, il préfère les combats acharnés et la torture sur les champs de batailles en laissant sa meuf et sa cuisine dans les mains de son frangin. Même ses propres  gosses  préfèrent « l’oncle Tommy » à spider man, papa à temps partiel dont les blagues de militaires ne trouvent pas écho chez les civils de la middle class. Partant du principe établis chez les marines que les psychologues sont des charlatans, les problèmes se règlent au combat comme à la maison avec des armes à feu et des barres en fer, quelqu’en soit la cause. Ce principe appliqué à padmé amidala et à son électroménager va provoquer un éloignement entre les jeunes amoureux, et la fin du film verra la cuisine démolie comme monde pour demain.


Le scope est ma foi fort joli, y’a des moyens derrière on n’est pas à la FEMIS. Techniquement c’est plutôt réussi, malheureusement cette belle facture n’est jamais propice à une ambition esthétique autre que de foutre du U2 pendant que quelqu’un pleure à l’écran, soit environ la moitié du film. L’autre moitié est composée d’hélicoptères et de figurants très dociles qui courent en rythme dans le désert en gueulant qu’ils vont tuer des barbus. Le tout bien sûr dans un montage bien linéaire et alterné, avec autant de subtilité et de nuances qu’un char d’assaut dans les rues de Téhéran. Il n’y a pas de rythme, tout semble se dérouler sur les mêmes tonalités un peu faciles, que du déjà vu compilé sans talent ni grâce. Ultra prévisible dans la mise en scène comme dans le propos, pas grand-chose ne frappe ni n’ébahit : il y a peut être juste une scène ou plane le malaise lorsque spider man s’énerve un peu en rangeant la vaisselle, mais Maguire en fait des caisses (comme tout le monde dans le casting d’ailleurs) et ca tourne à la farce, avec hurlements, roulements de yeux et tout le tralala, là-dessus insert sur le visage de padmé en pleurs puis sur les enfants, n’en jetez plus la coupe et pleine.


La fin ! Mon dieu ! On s’attendrait presque à ce que padmé laisse tomber le pauvre spider man devenu une sorte de Eastwood dans LE MAITRE DE GUERRE (rien à voir), mais c’était sans compter sur U2 et les phrases à l’emporte pièce « on s’aime depuis qu’on a 16 ans, on ne va pas se quitter comme ca » ben tiens pauvre cruche, dans le monde réel il me semble que c’est pourtant le cas quand on épouse une pompom girl à 18 ans et que l’on découvre que son mari tient plus de Richard Nixon que de Justin Timberlake. Non là totale incompréhension, Ghylenhaal le gentil bad guy sexy se la colle derrière l’oreille  pendant que padmé embrasse Chuck Norris sur le parking du commissariat, en avant la musique, tout et bien qui finit bien.


Surement qu’en rentrant chez eux, padmé ira border les enfants qui se réveilleront vingt ans plus tard dans la même chambre avec un père mort au combat, une mère alcoolique et qu’ils verront par la fenêtre de la cuisine refaite une énième fois que les perspectives de l’homme s’étendent jusqu'à l’infini.  



 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 


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Publié dans Corpus Filmi

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