CALMOS de Bertrand Blier (France-1976): Comme un ruisseau que les enfants poursuivent...

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

beart devo

(Photo: "Cidre Vichy" par Dr Devo, d'après une photo de Guy Béart.)

 

 

 

C’est l’histoire d’un instant : vous êtes jeune, beau et dans le vent, vous rencontrez une femme sans trop vous en rendre compte et tout est joué ; 40 ans après vous vous réveillez dans une vie formidable pour vos amis, mais que vous détestez cordialement : brisé par l’écrasante force du quotidien, érodé par l’infini ressac des petites habitudes d’une vie bien agencée, vous êtes arrivé au bout de tout vos efforts, de tout ce que vous pouvez encore faire pour donner le change. Un jour et c’est trop : les gens n’ont rien à se dire, ils essaient de se débarrasser de leurs peines, c’est tout, surtout au moment de l’amour, mais ca ne marche pas. Désespéré comme un humain, emprisonné comme dans une ville, vous sortez, exténué, après avoir tout balancé.

 

Et là vous rencontrez Jean Rochefort.

 

Comme on devient de plus en plus laid en vieillissant, on ne peut plus dissimuler nos peines. Notre visage, notre sale face devant les gens, c’est toute entière qu’on la projette sur les autres quand on erre entre deux hivers. Cette vie qu’on a mis à se confectionner soi-même en être et en devenir, elle se déchire complètement, un jour, et laisse béant. Cet abîme il faut le surmonter, mais alors la grimace qu’on fait dit tout de nous, elle est terrible et suintante, calque morbide d’une existence vidée du sens. Ne parlez pas de baiser, c’est de la tendresse à refourguer. On a trop baisé jeune, c’est ce qu’ils disent Marielle et Rochefort, maintenant il faut vivre. Cette vie à se cacher, à rentrer dans des nid douillets qu’on nomme habitudes, à cacher tout dedans ce qui fait peur dehors pour être bien en couple, modèle avec amis pour les samedis en ville, les vacances en août et le chien qui s’ennuie ne tient pas la route. S’il faut une quête, qu’elle soit entre hommes. S’il faut un but, que ce soit celui de sortir la tête haute.

 

Jean Rochefort, trop  chéri par les femmes recherche le célibat. Il faut s’y appliquer, et c’est dur de le rester, seul.  Partir un jour, loin de Paris, entre le ruisseau qui rigole et le facteur à vélo, les espaces de libertés entre d’autres espaces de libertés, la nature à profusion et le rosé sous les tonnelles. A-t-on besoin de femmes quand on a le flageolet ? Et l’été à la terrasse, a-t-on besoin du vacarme tonitruant d’une femme quand on peut s’endormir au bruit des glaçons ? Des amours d’une vie, seule l’amitié fraternelle survit. A trop vouloir maquiller jour et nuit un visage prêt à consommer on barbouille la misère un peu plus chaque fois. Les salissures sordides s’échappent sous les fonds de teints, mascaras dérisoires face aux assauts toujours renouvelés du temps et des âges, retour  au combat pour tous les sexes. C’est face à face que se régleront les différents entre les Hommes, car ils sont trop lâches pour en discuter avant. Quand les chiens sont lâchés il n’est plus temps de discuter, la parole aux vainqueurs et les remords aux autres, c’est dans des paysages arides et paradisiaques, vierge de toute humanité, que Blier expose au grand jour les petits tourments et grandes différences de nos sexes. Ici procès d’une épouse avide de sexe, là mari trop absent qui se terre dans le maquis pour ne pas affronter la chatte. Des lumières expressionnistes au montage surréaliste, la narration dévoile sans aucun rapport que les pauvres vont s’asseoir ensemble à la fin de la semaine pour savoir ce qu’ils sont devenus. On ne se sait pas amoureux, on découvre qu’on a aimé. C’est l’excès qui en masque un autre, comme trop de bouffe évite trop de sexe.  Tout courre ici bas, tellement que réunis enfin autour de la même table, on découvre que le magicien est cocu, que la femme à barbe n’en a pas, que les lutteurs n’ont pas de biceps, que les carabines tirent à blanc et que les chevaux de bois cassent. Ici, c’est la fête à tromper les gens, en somme.

 

Cadré comme un tableau pastoral, éclairé à l’italienne et orchestré comme une fête foraine qui déconne, CALMOS tresse finement et avec humour les perles de la discorde. Telle ou telle scène rappelle les grands conflits et images de guerres qui s’y rapportent : Vietnam, Laos, Ethiopie, un peu pour rire mais surtout à déplorer qu’on en puisse s’entendre, tout les hommes nés du même vagin, retourneront infiniment et en bandant tous dans la même chatte, origine du monde forcément. A bander jusqu'à en crever, on oubliera peut être qu’a baiser en vain on finira tous par se faire niquer pour de bon. CALMOS c’est MAD MAX, BRAZIL et LA SOUPE AUX CHOUX  réunis, c’est l’alpha et l’oméga du cinéma de papa, partagé entre une envie irrépressible de savourer et la crainte d’en pâtir. Film bancal, toujours inspiré, trop inspiré, jusqu'à se perdre dans des méandres névrotiques ou des saillies obsessionnelles, carte du champ de bataille d’une humanité qui allait se jeter cœur et âme dans un XXI eme siècle perdu d’avance. On a bien rit, mais le rire est devenu affreux, comme une brèche dans le visage révélant deux rangées de dents carnassières et une gigantesque faim cannibale. Comme quand on sera devenu des machines à baiser, bites droguées au fond d’un lit, continuellement en érection artificielle parce qu’on n’aura pas su à quel moment il était encore judicieux de se dresser.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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sinequapop 16/10/2010 09:18



oui oui oui!!


et pour ceux qui disent que c'est mysogine, je dirai simplement que c'est du féminisme inversé.