CANINE de de Yorgos Lanthimos (Grèce-2009) : Où aller au cinéma après la coupe du monde ?

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

 

 

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[Photo : Résurrection post-téléthon [géniaaaal !] par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1932 Céline écrivait que l’amour c’est "l’infini mis à la portée des caniches". En 2009, CANINE est projeté à Cannes et fait scandale en représentant la structure la plus sacrée de l’humanité comme une introduction au fascisme dans un style proche du SALO de Pasolini ou de LA GRANDE BOUFFE de Ferreri : du crade, de l’ignoble dans une grosse caricature noire très appuyée des travers de chien de notre espèce. 

 

Dans CANINE une carabine est un bel oiseau blanc ; une foufoune, une grande lampe. Coude-coude.

 

Dans CANINE le père est roi d’une famille élevée dans la croyance d’être des chiens, vivant tous dans une maison hermétiquement fermée au monde extérieur et seul périmètre du film. Les enfants sont éduqués uniquement par leurs parents, sans aucun contact avec le monde. Le père surtout est responsable de leur éducation, et c’est lui qui très tôt à inculqué à sa progéniture la haine des chats. La mère suit aveuglement le père, sans trop l’ouvrir non plus. Le jour ou les chiens/enfants perdront leurs canines, ils seront libres de sortir à l’air libre, et de découvrir le monde. Avant ils doivent parfaire leur éducation, forcément biaisée car il n’y a d’éducation sans remise en cause, aveuglément  assenée par le père sans scrupules. Les enfants ont pour modèle le père, unique référentiel  en contact avec l’extérieur.

 

Enfin pas exactement, puisqu’une vigile de supermarché (sic) (coude-coude) est payée par le père pour assouvir les besoin sexuel du fils. C’est de là que viendra la contamination : en faisant entrer dans la maison des éléments de plus en plus déstabilisants (produits de l’extérieur, cassettes vidéo, perversions sexuelles) toute la mécanique du père se retrouve grippée, et petit à petit, tout l’édifice se fissure, laissant des brèches dans lesquelles l’horreur va surgir, de plus en plus grandes, de plus en plus béantes, jusqu'à tout foutre en l’air, tout détruire dans un gigantesque maelstrom dégeulasse., jusqu'à que le père perde.

 

Le sexe fout la merde. A partir du moment ou le sexe est offert aux enfants, chaque caresse est une souffrance désirée, la frustration nait du désir ou de la contrainte souvent associée dans le même élan.

 

Car (ca n’a rien à voir) dans CANINE rien ne nous sera épargné : massacre de chat à la cisaille, scènes pornographiques, inceste, zoophilie, caresses diverses et variées, maillots de bains une pièce, jeux régressifs et obscènes,  le jeune réalisateur grec charge la mule petit à petit jusqu'à l’overdose dans une construction somme toute assez lente, ou doucement s’accumule un catalogue des pires horreurs de l’humanité, dans une sorte de constance pour le coup bien animalière. Dans les documentaires animaliers, on nous rabâche sans arrêt les mêmes scènes d’animaux effectuant les mêmes besognes ataviques qui semblent devoir constituer leur seule occupation : bouffer, boire, naitre, se reproduire et mourir, pour quelques espèces plus médiatiques  faire sauter quelques ballons dans une piscine, mais à part ca toute cette joyeuse ménagerie s’empresse de faire tout le temps la même chose sous les regards ébahis d’adulateurs du « règne animal » fascinés par la constance qu’a la nature à ne faire constamment qu’une seule chose dans des variations infinies. Et bien ici c’est pareil : des spécimens humanoïdes évoluent dans un dispositif proche de la téléréalité, et on observe des gens ne rien faire constamment jusqu’a pousser de haut cris en geignant de ce que l’humanité à de pire quand on enlève les paréos et qu’on arrête de faire tourner les serviettes, chorégraphie cacochyme de connards surnuméraires se retrouvant soudains tout nus et devant porter le fardeau d’une vie qui n’a jamais eu aucune justification. Si on enlève les scènes chocs destinés sans doute à faire aboyer le bourgeois (j’imagine bien les réactions outrée à Cannes entre deux coupes de champagne) et somme toute bien inoffensives, le film m’a procuré la même fascination que l’observation prolongée d’un aquarium sous xanax.


Dommage parce qu’il y avait quand même un certain potentiel. Formellement  déjà, il y a un parti pris, pas de mon gout mais qui donne quand même une certaine patte au film, à défaut des dents affutées tant espérées : le cadrage et les compostions assez épurées des plans tiennent à la fois d’un catalogue de meuble et de la dernière FIAC, façon petit génies style Martin Parr qui jouent sur les codes des sociétés riches modernes pour composer une espèce de dérivé light du pop art à base de cynisme et de satire très convenue de la société de consommation. Mouais. Tout ce cirque qui se voudrait choquant et subversif donne quand même de violents coups de coudes dans les côtes du rebelle bien pensant du quartier St Germain, qui ira sans doute s’extasier sur la façon super bath de représenter  la nature humaine dans ce qu’elle a de pire. Personnellement, je trouve que c’est plutôt un gros cache misère racoleur essayant de cacher un film d’étudiant rempli d’intentions jamais développée en termes de mise en scène. Pas de son, montage vigneron et formalisme de rigueur, le long déroulement du film manque d’accident et d’aspérités.  A peu de chose près, CANINE était un grand film malade et autiste. Tel quel, CANINE est un petit film cadre dans les assurances qui vous montre des accidents horribles pour vous en vendre une.

 

Plutôt molaire que canine !

 

Hop,

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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