Cannes 2010, épisode 3: Marée Sociale, nous voilà !

Publié le par LJ Ghost

 

 millionsdecopains devo

 [Photo: "La Chance au Bon Goût (la France a raison)" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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ANOTHER YEAR de Mike Leigh (UK-2010)



Jim Broadbent et Ruth Sheen sont un couple de presque retraités qui vivent dans un joli pavillon londonien. Il est ingénieur géologue, elle est psy dans un hôpital, et tout se passe pour le mieux entre eux. Ils cuisinent et jardinent ensemble, et une grande complicité ainsi qu'un amour indéfectible semble les lier. Leurs amis sont un peu moins gâtés par la vie : seuls, consommant une quantité astronomique d'alcool, ils prétendent que tout va bien, mais le vernis craque rapidement et ils se confient au gentil couple de manière naturelle. Sur une année, ils vont être les confidents et les témoins des errements de toutes ces âmes perdues.



Après sa Palme d'or pour SECRETS ET MENSONGES et son prix de meilleur réalisateur pour NAKED (NdDrD: film sublimissime), film sublimissime (NdDr: Ha bah tu l'avais dit!), Mike Leigh revient au festival de Cannes, en compétition, avec une oeuvre un peu moins" flamboyante" et ancrée dans sa réalité à lui, probablement empreinte de ses propres questionnements sur la vieillesse.



Parce qu'évidemment, le sujet du film est le temps qui passe, et qui détruit tous les espoirs, comme le prouve, notamment, le chapitrage en saisons. Que c'est difficile de voir son corps s'enlaidir, devenir ridé, et la décrépitude physique engendre l'effondrement psychologique, pour peu que l'on soit déjà fragile, et sans personne qui nous aime. Finalement, ce n'est pas tant du couple Broadbent/Sheen dont nous parle Leigh, ils ne sont que le catalyseur qui rapproche ces personnages perdus au même endroit, ils sont une sorte de poème pour ces gens, un idéal qui n'existe pratiquement pas. Le couple semble sorti d'une publicité, il est parfait et fait preuve, en particulier, de compassion et de patience à l'égard des perdus à la vie. Il n'y a rien à dire sur le couple, en fin de compte, et Leigh se focalise alors plutôt sur leurs réactions aux évènements que sur leurs actions, au vu de la quasi-absence de dramaturgie possible de leur part, en terme de caractérisation de personnages. Elle sera possible grâce aux amis du couple donc, en particulier Lesley Manville et Peter Wight, qui finalement ne cherchent qu'une épaule pour pleurer, une oreille empathique et un coeur aimant. Et là, petit souci, les deux personnages se ressemblent trop. Trop pour s'assembler dans le film. Hors du film l'effet est plutôt néfaste parce que l'on a finalement l'impression de voir les deux mêmes personnages, qui ont exactement les mêmes problèmes, les mêmes doutes, les mêmes envies, les mêmes rêves, etc. Cela provoque un effet de répétition plutôt mal vu, parce que d'une part l'ennui pointe, et d'autre part voir deux fois décrit le même caractère, la même psychologie, à quelque chose près, ce n'est pas forcément très intéressant. Alors ils ont des différences, bien sûr, parfois assez prononcées et plutôt bien amenées, comme cette façon qu'a Manville de parler, parler, parler toujours, parler pour ne rien dire, juste pour remplir le silence, juste pour éviter d'être aspiré dans le néant de sa propre existance. Le jeu de l'actrice est alors plutôt précis, et je pense que c'était dû à sa performance mais si j'étais mauvaise langue, je dirai que c'est à cause du volume du son trop fort dans la salle, mais à chaque fois qu'elle ouvre la bouche on sursaute, on se crispe, c'est un flot discontinu de voix aigüe et extrêmement agaçante, qui est très efficace. En tout cas il y a une volonté de montrer que la vie (quand on est vieux ? Ou alors c'est valable dans son entièreté ?) n'est qu'une succession de vides que l'on tente de combler par de la parole, ou du jardinage, en tout cas par quelque chose d'inutile, qui devient alors indispensable.



Malheureusement, du côté de la technique, c'est assez catastrophique. Des cadres pas très beaux, toujours très serrés sur les personnages, et des kilotonnes de champ/contre-champ, un son sans jeu, un montage d'un didactisme mortifère (les saisons !), et surtout une photographie vraiment cul-cul la praline, comme si elle était faite par un enfant. Jaune-orangé vif pour l'été, orangé automnal pour l'automne, bleuté pour l'hiver, ça ne va jamais plus loin que ça. Les quelques extérieurs sont grisâtres et sans vraiment d'intérêt. En fait, c'est plutôt une pièce de théâtre qui se joue, au vu du quasi-huis clos et surtout de la volonté de faire pas mal d'entrées et sorties de champ, tout cela, encore une fois, dans un même espace, ce qui trahit la volonté initiale. Je ne suis potentiellement pas contre, mais encore faut-il travailler sa mise en scène. Là, bof. Dommage.




 

 

LES MAINS EN L'AIR de Romain Goupil (France-2010)



2067. Une vieille femme se rappelle de son enfance. Elle avait dix ans, vivait en région parisienne, allait à l'école avec sa petite bande de copains. Elle est tchétchène et n'a pas de papiers. La police expulse un de ses camarades et sa famille, et elle a peur de suivre le même sort. Mais c'est sans compter sur Valéria Bruni-Tedeschi, maman d'un des copains de la petite, qui va la prendre sous son aile afin qu'elle ne soit pas expulsée à son tour. Mais, bien sûr, ce ne sera pas aussi simple.



Ah, les affres des horaires ! Ratant de peu un autre film à cause du Mike Leigh, le choix d'un remplacement ne fut pas chose aisée. C'est un peu au hasard que nous allons au marché du film, voir le nouveau film de l'auteur de MOURIR A 30 ANS, vainqueur de la Caméra d'Or en 1982. Je dois avouer mal connaître les films du garçon. J'ai été servi.



En effet, c'est un festival de choses toutes plus affreuses les unes que les autres. D'abord, ça commence donc en 2067, presque de manière totalement gratuite, dans une grande baraque blanche, et le résultat est tout à fait splendouillet. C'est une drôle d'idée, d'une naïveté déconcertante, mais j'y reviens un peu plus bas. Goupil enchaîne ensuite avec la présentation de la bande de gamins, chose qui donne déjà envie de partir en courant, mais quand en plus on s'aperçoit qu'ils sont totalement United Colors of Bennetton, la peur panique prend à la gorge. Il y a Hippolyte Girardot. Le dispositif technique est léger, c'est de la vidéo, et ça ne me pose aucun problème, sauf quand ce n'est pas bien fait, mais j'y reviens aussi. Le métrage se déploie de la manière la plus prévisible possible, dans la plus pure tradition des dossier de l'écran, exactement tel que vous l'imaginez dans vos pires cauchemars. Mais finalement, quelque chose d'assez étrange se passe, et apporte une cohérence bringuebalante à cette idée de scènes dans le futur, donc de narration en flashback, dont je parlais tout à l'heure. Pour vous expliquer rapidement, pendant que les adultes s'engueulent pour trouver une solution au problème de l'expulsion des sans-papiers, les enfants prennent le problème à bras-le-corps et décident de fuguer ensemble. Le résultat de cette entreprise donne un ton vraiment doux-amer quant au champ des possibles en matière d'avenir : en gros, quoique l'on fasse, on est condamnés. La réaction ou l'inertie, c'est la même chose, les deux se valent parce que finalement, le résultat est le même. Il y a quelque chose du dernier geste inconséquent, beau et vain, qui amène finalement à une impasse, et aux regrets éternels. Avec cette fin non plus vraiment politique, mais nihiliste, Goupil renvoie tout le monde dos à dos et met, le temps de quelque secondes, tout le monde sur un pied d'égalité (ce qui, par ailleurs, contredit les 90 minutes précédentes de manière assez étrange).



Ce qui n'empêche pas le film d'être une abomination, et d'un laisser-aller artistique impardonnable. Il n'y a aucun travail de mise en scène. Rien. Aucun levier n'est mis en jeu. Et les scènes ridiculissimes s'enchaînent, de l'apparition de Girardot à l'interrogatoire d'un gamin de 10 ans insulté et brutalisé par des flics, qui sont dépeints comme une armée de gros cons qui guettent le moindre faux pas, marchant tous au même rythme et incapables de faire leur travail de manière correcte et" humaine". Les scènes de JT, d'interviews, sont littéralement honteuses. A la fin du film, il y a une très longue scène qui se voudrait être filmée par une équipe de télévision. Goupil donne donc à l'image de très gros pixels, une lumière encore plus hideuse que dans le reste du film, et surtout bouge artificiellement sa caméra dans tout les sens, en très longue focale et en plans très rapprochés, ce qui donne une bouillie infâme proche du vomi, sûrement pas digne d'une news de JT, qui tente en général d'être suffisamment claire pour être comprise par le plus grand nombre. Là, on ne voit rien, on ne comprend rien, c'est affreux. Je vais dès à présent l'effacer de ma mémoire sélective et faire comme si je ne l'avais jamais vu.



J'ai également vu une version restaurée de TRISTANA de Luis Bunuel, mais malheureusement la fatigue causée par des horaires indus m'a forcé à piquer de l'oeil durant la projection. Je n'ai vu que 99% du film, je préfère donc, par honnêteté intellectuelle, ne pas vous en parler, ayant pu rater un mouvement de caméra ou un point de montage sublime dont je ne pourrais donc pas vous parler. En tout cas, le pourcentage que j'ai vu est absolument magnifique, et certains devraient en prendre de la graine. Suivez mon regard.

Publié dans Corpus Filmi

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