autan mes vents l'emporte devo

 [Photo: "Autant mes Vents l'Emportent" par Dr Devo.]

 

 

 

UN HOMME QUI CRIE de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-France-Belgique, 2010)


Youssouf Djaoro a une soixantaine d'années, et travaille comme maître-nageur à la piscine d'un hôtel huppé. Dans sa jeunesse, il fut champion de natation, inutile alors de dire que la piscine, c'est toute sa vie, et qu'il écoule des jours heureux au bord de l'eau à surveiller des gamins qui hurlent. Mais l'hôtel a été racheté par des investisseurs chinois, qui menacent de licencier une bonne partie du personnel. En parallèle à cela, le Tchad est en pleine guerre, et le gouvernement demande à ceux qui n'ont pas encore trahi leur pays en rejoignant les factions rebelles, un "effort de guerre", à savoir de l'argent, ou un fils à envoyer au front. Ca tombe plutôt mal, parce que Djaoro a un fils d'une vingtaine d'années, qui travaille avec lui à la piscine, et qui pourrait éventuellement menacer son travail...



Fermez les yeux. Imaginez un instant un jeune homme, il veut devenir scénariste. Il achète un livre qui explique comment écrire un tel document, quels sont les ressorts dramatiques, comment on les utilise, ce genre de choses. Il se dit, tiens, c'est intéressant, et ça va m'aider, alors je vais m'en servir et écrire quelque chose. Ce jeune homme découvre, au détour d'une page interweb, qu'un concours de scénarios se déroule pas très loin de chez lui, et qu'il peut envoyer son épreuve au jury qui décidera si oui ou non, son script est valable. Il se dit pourquoi pas, après tout, je n'ai rien à perdre, et puis j'ai bien travaillé, j'ai fait tout ce que le livre m'a dit de faire, alors pourquoi pas moi. Il l'envoie. Le jury, submergé par ce qu'ils ont reçu, lit tout de même, en diagonale, les projets. Celui du jeune homme retient leur attention. Le juré numéro trois le lit une deuxième fois, avec soin et précision. Pour elle, c'est celui-là. Elle fait passer le mot à ses collègues, qui élisent ce script à l'unanimité. Sa victoire en poche, le jeune homme, encore extatique, reçoit un courrier d'un producteur, qui a lu son travail et veut l'adapter au cinéma. Deux ans plus tard, le film est en compétition officielle au festival de Cannes. Son titre : L'HOMME QUI CRIE.



Si j'ai écrit cette longue fable (post-) moderne, c'est que le film qui nous intéresse à présent pourrait être étudié dans les écoles de cinéma (et le sera sûrement), tant il est didactique et d'un classicisme absolument effrayant. Rien ne dépasse et les ressorts dramatiques, prévisibles plus que de raison au bout d'à peu près six minutes, sont disséminés aux endroits les plus évidents et les plus normaux, pourrais-je dire. Des scènes sont là uniquement à titre illustratif, par exemple pour appuyer une caractérisation de personnages (la séquence de la pastèque), et n'apporte rien d'autre au récit, à la narration, et est encore moins intéressante au niveau de la mise en scène. On peut presque deviner ce qui va se passer avant chaque coupe. Disons qu'il n'y a pas de jeu de ce côté-là, ou d'envie de s'écarter, même un tantinet, de la norme. Je dois avouer que c'est ainsi le cas de beaucoup de films, mais pour celui-ci, cela m'a vraiment marqué, donc il prend pour les autres, et j'en suis désolé. La narration est donc d'une banalité absolue, un parfait exemple de film Dossiers de l'écran, qui dit que la guerre c'est pas bien parce que ça tue, et que virer des gens c'est pas bien parce qu'après ils n'ont plus rien. Mais Haroun, également scénariste, rajoute une chose qui fonctionne plutôt pas mal : la lâcheté du père. Je ne peux pas en dire plus, bien sûr, mais cela apporte un peu de relief à l'ensemble, sans franchement l'élever par ailleurs.



Le rythme du film est plutôt lent et contemplatif, certains plans durent trop longtemps, ce qui provoque un léger malaise et est plutôt dérangeant, malgré un montage pas très beau, les raccords et les coupes sont parfois aberrants (dans la ruelle, de nuit, sur le side-car, il coupe beaucoup trop tôt pour donner une quelconque émotion : la peur de l'écran noir, visiblement). En fait, tous les leviers de mise en scène sont au diapason de l'illustration du scénario, ce qui donne au final quelque chose de pas très intéressant. Il y a de temps en temps un effort de cadrage, mais trop rare pour être vraiment souligné.




 

 

LA PRINCESSE DE MONTPENSIER de Bertrand Tavernier (France, 2010)



Seizième siècle, la France est meurtrie par les guerres de religions. Lambert Wilson n'est pas une princesse, ce qui est assez dommage, parce que ça aurait pu être tout à fait rigolo et intéressant. Bref, il est comte et tue sans le vouloir une femme enceinte. Traumatisé, il déserte et abandonne le combat. Il rencontre Grégoire Leprince-Ringuet, qui a le nom de l'emploi puisqu'il est prince de Montpensier, son ancien élève et ami, qui décide de l'accueillir en tant que garde. Pendant ce temps-là, le père du prince, qui aurait quand même bien envie de s'élever dans la société, décide, avec le marquis de Mézières, de marier Grégoire à la fille de ce dernier, Marie, alias Mélanie Thierry. Sauf que la demoiselle, elle, est promise à et est amoureuse de Gaspard Ulliel, le duc de Guise. Ulliel est fou de rage, et jure à Grégoire qu'il va se venger. Et Lambert Wilson dans tout ça ? Ah, oui...



Tavernier, l'affreux à la grande gueule, déjà précédemment à Cannes pour UN DIMANCHE DE CAMPAGNE pour lequel il a gagné le prix de meilleur réalisateur, la blague, et qui a sorti l'année dernière son film américain, DANS LA BRUME ELECTRIQUE, avec La Bûche, alias Tommy Lee Jones, revient donc triomphant avec son nouveau film en costumes, adapté d'un livre de Madame de La Fayette. Tavernier + film en costumes, ça ne sent déjà pas très bon. J'aurais dû me méfier.



J'avoue ne pas savoir par où commencer. Le film fait précisément cent trente-neuf minutes, et aurait pu facilement en faire quarante-cinq de moins. Je m'explique. Toute la partie avec Lambert Wilson est absolument inutile, et aurait dû être coupée dès l'écriture du scénario. Nous le suivons au début, les premières minutes sont pour lui, on se dit qu'il va avoir malgré tout un rôle important. Que nenni, mon bon. Il disparaît au fur et à mesure du film, ne faisant plus que des apparitions fantomatiques ou inutiles, étant délaissé du rôle promis par le début du film dans le récit. En fait, ensuite, son action se résume principalement à éduquer Mélanie Thierry (poésie, lecture, écriture, ce genre de choses), ce qu'aurait pu faire un tout autre personnage, qui n'aurait pas eu une telle importance dès le début, on aurait même éventuellement pu ne pas voir cet apprentissage, qui est d'une inconséquence presque comique également, puisque si la jeune princesse fait tout un foin pour apprendre à écrire, elle n'écrira pas une ligne de tout le film. Surtout que le personnage de Christophe Lambert Wilson évolue, mais de manière complètement anarchique et artificielle (je ne peux pas en dire plus), en particulier parce qu'à la fin, il a un geste d'un illogisme et d'une stupidité assez déconcertante, se contredisant toutes les trois secondes, pour finir par être complètement flou, perdu, inutile. Le personnage aurait dû disparaître dès le départ. Mais bon, tant qu'à pédaler dans les descentes, allons-y et prenons les pires acteurs du cinéma français, qui jouent comme des bites, pardon, mais là il faut être clair et franc, et déclament comme dans le pire du théâtre de boulevard des dialogues estampillés 16ème siècle, caution historique au dos du dossier de presse. C'est absolument insupportable et cela a provoqué quelques rires dans la salle, d'habitude très respectueux des films en cours de projection. Les scènes d'action sont rares et ridicules, les coups assénés sonnant franchement faux, et on voit même, dans certains angles de la prise de vue en steadicam, que les acteurs plantent leurs épées entre le bras et le corps des cascadeurs. Si l'ambition est de faire un film à grand spectacle, avec force costumes, il faut en avoir les moyens et ne pas laisser une prise où on voit clairement que ça ne fonctionne pas. On peut dire ce que l'on veut du cinéma commercial américains et des blockbusters mais chez eux, en tout cas, quand il y a des scènes d'action on y croit. Ici, on veut faire du grand spectacle intelligent, et c'est raté des deux côtés. Bravo.



Comment retranscrire la douleur qui m'a foudroyé pendant la vision de ce film ? Peut-être en vous disant que bien évidemment et en plus de cela, la mise en scène est purement illustrative (il décadre bien à des moments et fait quelques mouvements de caméra sympathiques, mais c'est une goutte de pus dans un océan d'étrons), sans jeu de lumières, de son (si, la musique est atroce et bien trop présente), de montage. C'est laid à n'en plus pouvoir, et c'est en compétition officielle au festival de Cannes. C'est dégoûtant, parce que ce film est une insulte au spectateur, qui ajoute à l'inanité d'un scénario extrêmement mal écrit une mise en scène même pas digne d'un blockbuster américain. Je suis certain d'oublier de vous parler de pas mal de choses, mais LA PRINCESSE DE MONTPENSIER est tellement mauvais que je n'ai même plus envie d'écrire dessus. Fuyez, pendant qu'il en est encore temps.

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /Mai /2010 01:28

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