CAPITALISM, A LOVE STORY de Michael Moore (USA-2009): Pi Machinerie...

Publié le par Norman Bates







[Photo: "Les Rampeurs de Moquette" par Dr Devo.]





Dans un futur hypothétique, l’humanité aura suffisamment évolué  et appris de ses erreurs de  ne pas confier d’argent à un banquier ou à un trader quelconque usant d’un vocabulaire abscons à dessein de pouvoir s’en mettre toujours plus dans les poches. Mais j’ose espérer aussi que l’humanité aura suffisamment d’expérience pour ne pas croire tout ce qu’elle voit, pour ne pas tomber dans les pièges grossier d’une stratégie marketing toute puissante à la solde d’idéaux politiques ou pire encore, philosophiques. Le capitalisme aura muté en un nouveau système  ultra-libéral prenant en compte les aspirations individualistes d’humanoïdes bourrés de technologies les plus diverses pour éviter d’entrer en contact avec un semblable qui n’ait pas duement rempli son profil facebook en précisant sa position sexuelle préférée et son inclinaison politique. Heu, je m’égare un peu là. En 2009, en tout cas j’espère que l’humanité ne tombera pas dans un piège qui consiste à mélanger emballage marketing séduisant, discours politique de comptoir et cours d’histoires trafiqués dans le but d’établir une démonstration aussi bien économique que politique et surtout, plus que tout, n’appellera pas ça du cinéma.

 

En 2h00, Michael Moore parle de Mme Michu et de ses problèmes d’argent, de Mr Michu et de ses tendances guerrières quand on s’attaque à son pré carré, des révolutions industrielles depuis l’empire romain et dresse un portrait de l’occident capitaliste à grand coup de scandales financiers, de lois économiques, d’images chocs et de slogans racoleurs surfant sur la misère du bon peuple frappé par la crise, filme des corps inclinés sous le poids des dettes accumulées et invoque la Foi comme remède au Mal. 2h00 de film pour aboutir à la conclusion que "le capitalisme c’est le mal", même en terminale c’est limite, alors en ajoutant dans la démonstration une bonne dose de mauvaise foi, en utilisant l’émotion comme preuve et en comblant le tout par des séquences de micro trottoir dignes des plus beaux jours des émissions de Mireille Dumas, la moyenne s’éloigne dangereusement.

 

Plus encore que le propos, en cinéma le langage est déterminant. Que Michael Moore fasse un film pour montrer à quel point le capitalisme est mauvais pour la société humaine, aucun problème, grand bien lui en fasse. Par contre qu’il utilise le documentaire, la caution économique, politique et même religieuse pour démontrer de manière quasi propagandiste que le capitalisme est responsable des inondations, des problèmes de varices de Mme Michu et de la pluie les dimanches de pâques, c’est franchement dégueulasse, je pèse mes mots Mme Chazal, c’est proprement dégueulasse. D’autant qu’il s’en prend à des gens, toujours en les piégeant, et qu’il met en valeur la bonne vieille figure populiste de l’américain moyen, spolié et humilié par les grands. Mais ce n’est pas tout, il prouve par la même occasion, dans un grand moment de "défense Chewbaca" (voir la série SOUTH PARK) que Obama est le messie (sic) quasiment au sens religieux du terme. Et pour cela, il va faire pleurer de  chaudes larmes à l’américain expulsé par la multinationale tentaculaire dans des séquences absolument gerbantes et obscènes qu’il va associer aux photos de ton banquier dans son yacht des Seychelles. Et c’est constamment le cas ! Les explications économiques à grands coups de graphiques illisibles sur une musique dramatique sans que jamais on ne sache vraiment d’où viennent les infos, des raccourcis aberrants dans ses explications des rouages de la bourse et les traditionnelles séquences d’égo-trip d’un Michael Moore en one man show permanent qui s’en prend systématiquement à toute forme d’autorité comme un ado rebelle de 14 ans (s’attaquer au vigile d’une grande société en lui reprochant les agissements de son patron ! on croit rêver !). A la rigueur, au second degré, le film peut être marrant si l’on prend Moore pour une sorte d’Ignatius Reilly (personnage du livre LA CONJURATION DES IMBECILES) vagissant dans un monde de grandes personnes. Mais sinon qu’est ce qu’on s’ennuie ! Le film est d’une laideur inouïe,  et fonctionne comme un clip politique à base de dénigrements du parti adverse sur fond de musiques censées évoquer la tristesse le courage et la détermination face au mal absolu. Le montage est complètement utilitariste (si) et va beaucoup trop vite pour laisser le temps d’assimiler ce que l’on voit et que l’on entend, ce qui en dit long sur la démarche du personnage. Chaque idée en entraine une autre, mais au final c’est les pleurs ou les gags que l’on retient le mieux, et ceux qui sont de toutes façon d’accord avec Moore le resteront, et les autres le détesteront plus encore, à juste titre malheureusement. C’est un peu comme la fameuse séquence de BOWLING FOR COLOMBINE avec Charlton Heston, piégé par un procédé complètement immonde qui, au fond, aurait plutôt tendance à nous placer du coté de la victime plutôt que de son triste bourreau, incapable d’aligner un argument qui ne soit pas emprunt de mépris, de cynisme et de mégalomanie.

 

Il faudrait vraiment que Moore arrête de prendre le cinéma comme support pour ses pamphlets, et reviennent à ses anciennes amours, style ROGER ET MOI.

 

 

Norman Bates.

 




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Publié dans Corpus Filmi

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Mifune 17/12/2009 12:44


Tout à fait d'accord Norman.

C'est très mauvais, très moche, et comme beaucoup de docus étasuniens grand public, trop rapide pour qu'on assimile quoi que ce soit entre deux séquences tire-larmes.

C'est  très ethnocentré et ça en devient monomaniaque. Le propos de Moore, c'est encore une fois de taper sur George Bush (hé hé gros ! il est parti !), en nous faisant croire que dans le
reste du monde (à savoir Japon et Allemagne) les lois sociales et les dirigeants politiques sont fantastiques. On croirait presque que ces pays ne sont pas capitalistes...
ca pue le "ah quand même, c'était mieux avant... le capitalisme à la Papa où le gentil Roosevelt allait nous sauver" mais vinrent les méchants Reagan et Bush, et heureusement le divin Obama va nous
sauver.

C'est cul-bénit catho.

Et c'est surtout très pauvre au niveau politique. En fait je le trouve plutôt bon dans le micro, quand il s'attache à des situations particulières et nous offre un autre regard sur l'Amérique (des
luttes, des grèves, des expulsions...), même si désordonné et larmoyant. J'aime bien la façon dont il enfonce le clou sur Flint, et nous fait toucher du doigt le désastre industriel qu'a vécu sa
ville et sa famille. mais dès qu'il essaie d'avoir une vision globale, de faire du théorique, c'est mauvais !!
La définition qu'il donne du capitalisme, le contre-sens de vouloir l'oppposer à la démocratie... Pire, vouloir connaître l'opinion de la religion vis-à-vis du capitalisme par le petit bout de la
lorgnette (comme d'habitude avec Moore) en interviewant trois curetons... catholiques !! Visiblement, cette personne n'a pas compris que son pays est majoritairement prot et n'a jamais entendu
parlé de Weber et de son "éthique protestante du capitalisme".

Je sauverais quand même deux-trois trucs :
- l'Internationale façon Dean Martin dans le générique de fin.
- la fausse pub hilarante pour Cleveland (We're not Detroit) , dont on peut trouver une version tronquée sur le net.

Bon c'est pas tout ça mais j'ai mon bréviaire léniniste à potasser moi.


Epikt 07/12/2009 00:30


Le seul, le vrai, l'unique.
(mais je n'y suis plus depuis quelques temps)


Isaac Allendo 06/12/2009 19:05


Au fait, rien à voir : tu es le même Epikt qu'on peut lire sur le forum du Cafard Cosmique ?


Epikt 06/12/2009 12:16


Tiens, ça me fait penser à quelque chose : un de ces jours j'allume ma radio (sur France Cul) et tombe sur une itw en court de Dumont. Ca parle de "vous passez des bouseux aux parisiens, ça fait
quoi ?" et de je ne sais quoi philosophique - approche du film à mon sens justement dénoncé par L'Ouvreuse (moui, j'ai lu l'article finalement), ainsi que par le seul commentaire pro Dumont (le 14)
; mon petit doigt me dit que vous non plus vous n'êtes pas fan -, bref, ça papote pour beaucoup de vide et je suis pas mécontent d'avoir pris l'émission sur sa fin, avec un peu de chance elle sera
fini avant que j'arrive au dessert.
Justement, elle arrive, la fin : "Merci beaucoup monsieur Dumont, l'interview a été trop courte, il y a tant d'autres choses que j'aimerai aborder... par exemple j'aurais bien aimé parler de votre
utilisation du son, j'aime bien le son dans vos film."
Euh... c'est peut-être le temps d'y penser.

PS : que L'Ouvreuse parle du caractère boiteux des éloges faits à Dumont plus que du film lui même (abordé une ou deux fois, au sujet du scénar et des acteurs, pas les postes les plus intéressants)
ne veut pas dire qu'elle ait tord et/ou que ça ne soit pas intéressant (pas au sujet du film, mais sur autre chose). Je serai même d'accord sur le fond ; même si je goute guère à ses travers
geekoïsants ("Cameron > Dumont" scandé à chaque article) et à sa tendance à plutôt expliquer pourquoi les autres ont tord que pourquoi on a raison.


Dr Orlof 06/12/2009 11:55


Je ne suis pas d'accord avec la critique sur le M.Moore mais j'approuve à 100% les remarques du Dr Devo sur le Dumont (qui est un très beau film).
Et si les focaliens s'amusaient à participer au grand questionnaire sur l'érotisme qui tourne en ce moment. Je serais curieux d'avoir vos réponses...