CAPTIFS de Yann Gozlan (Fr 2009): Organe, O désespoir

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

 

 

devocannes

[Photo : "Last night a nazi saved my life" d'après le film ANTICHRIST de Lars Von Trier.]

 

 

 

 

 

 

 

Dans les cieux immanents où trônent ceux qui président au devenir de la production cinématographique de ce pays, il y en a eu, un jour, qui se sont dits que les films de genre ça serait quand même une bonne idée d’en faire chez nous en France, avec du lait cru et du bon pain. Ils se sont dits pourquoi sortir un Carpenter ou un Argento alors qu’on peut le faire nous même avec Zoé Felix et le frère de Gad Elmaleh ? On mettrait en plus un contexte politique, comme la misère dans les Balkans et les mafias qui pullulent là bas, le tout sur un scénario bourré de cliché où des médecins du monde se retrouvent à partager le même chiotte enfermés au fond d’une foret moldave et où la population, quand elle n’est pas occupée à se taper des cochons ou a faire des gueules de trois pieds de longs parce que la misère et la guerre, capture des gentils français pour leur extraire leurs organes. Ils se dirent ça, et ils le firent.


Ils firent l’Homme occidental névrosé et la Femme forte libérée et ils virent leur succès. Ils firent la même chose qu’ailleurs et ils le dénaturèrent ; ils firent les chemins obscurs à travers la foret quand la route principale était bloquée, ils firent le trauma d’enfance et ils le ré-utilisèrent pendant 1h30, ils firent la peur qu’on finit par vaincre, ils firent la petite fille innocente qu’il faut à tout prix sauver, ils firent le gentil looser marrant qui meurt en premier, ils firent l’Autre à coup de griffe et de cris bestiaux, ils firent tout ÇA et ils se sont félicités que ÇA marche. Mad Movies à aimé.


Et ils auraient eu tort de ne pas le faire ! Vu qu’ils avaient eu raison de la concurrence, que les Carpenters, les Romero ou les Argento étaient cantonnés à des sorties DVD dans l'indifférence générale,  que débarrassés dans les salles des quelques poils à gratter qui cherchent à faire des choses nouvelles et originales  ils ont ouvert un boulevard aux DJINNS, MARTYRS, A L’INTERIEUR, CAPTIFS, LA MEUTE, LA HORDE, VERTIGE, MUTANTS, FRONTIERES, SHEITAN, ILS, CALVAIRE, HAUTE TENSION, HUMAINS et j'en passe, tout ces films sortis en salles en au moins 70 copies, financés par le CNC, dans ce qui devrait être une distribution normale pour film de genre lambda. Résultat tout le monde en France est content, on a du film de genre bien de chez nous qu’on peut montrer au marché du film de Cannes, une nouvelle scène, des films qui marchent moyen et que la presse aime moyen mais c’est pas grave, tout le monde rentre dans ses frais. A chaque fois la même recette, la même “french touch”, des films unanimement reconnus comme peu originaux (!) mais qui font bosser l’industrie et remplissent le cours Florent... A la base j’ai rien contre eux, mais qu’ils aient au moins l'honnêteté de se battre à armes égales ! Sortez un Don Coscarelli en face de DJINNS ! Sortez un Stuart Gordon en face de VERTIGE ! Et avec le même nombre de copie ! je vous promet que dans 10 ans on aura plus de VINYAN et moins de SHEITAN.


True story : j’ai pas mal voyagé dans les capitales européennes ces derniers temps, et à Londres je voulais aller au ciné, à Berlin je voulais aller au ciné, à Madrid je voulais aller au ciné, à Bruxelles je voulais aller au ciné, rentré à Paris j’ai loué des DVD. Il n’y a vraiment qu’en France qu’on considère le spectateur moyen suffisamment con pour payer 20 € le DVD d’un film que le reste du monde aura vu sur un vrai écran de ciné. Encore une fois je me bats pas pour une chapelle ou pour faire du name dropping de trucs hype que je serais le seul à avoir vu, j’aimerais juste qu’on donne le choix aux gens (violons).



CAPTIFS c’est dans la droite lignée des films cités plus haut : un scénario débile à souhait, des rebondissements vus mille fois, des acteurs totalement à la ramasse (y’a le fils de Gad “LA RAFLE” Elmaleh ! Comme si un seul ne suffisait pas !) mais le pire dans tout ça c’est qu’il y a des moyens. Suffisamment pour que l’image n’ait pas à rougir de la comparaison avec un film de genre américain moyen, il y a même sans doute de bons techniciens derrière, la direction artistique n’est pas infamante. Seulement le film reste désespérément linéaire et plat, même les mouvements de caméras n’ont aucune signification ; à un moment il y a une caméra qui tourne autour de Zoé Felix couchée, c’est un plan qu’on a déjà vu à peu de chose près chez Argento dans LE SYNDROME DE STENDHAL sauf que dans un cas la caméra ne fait que tourner et ne débouche sur rien alors que dans l’autre elle ouvre un gouffre immense, à la hauteur de la folie du personnage d’Asia Argento et marque une cassure nette dans le métrage. CAPTIFS c’est du copier collé, de la compilation, rien n’est réfléchi dans la durée. A force de se baser sur la REALITE pour effrayer les gens, le réalisateur oublie de faire peur. Ce qui est horrible c’est que la situation est réelle, les trafiquants d’organes existent, les médecins sans frontières aussi, la guerre aussi... tout ces éléments réalistes ajoutés les uns aux autres le spectateur devrait être terrifié, il devrait se dire ça peut m’arriver, ça arrive vraiment : c’est du cinéma du réel t’entends !

Et là on en revient à nos producteurs, on revient à la TV, à YouTube et aux médias dans leur globalité. Avec des images réelles on peut faire croire n’importe quoi, qu’on a tué l’ennemi numéro 1 ou que des hordes armées sont aux portes de nos chaumières. Si on regarde les scénarios des films français cités plus haut, à quelques exceptions près c’est tout le temps des évènements réalistes, souvent reviennent les banlieues et la campagne/l’étranger comme vecteur de peur. Comme si en France (je généralise grossièrement) on avait baissé les bras devant l’imaginaire, qu’on se rattrapait aux branches de ce qui fait vraiment flipper la populace. Les producteurs ne prennent plus de risques avec des symboles ou des évocations, il veulent de la violence-porno, du réel amplifié puisque les gens ont DÉJÀ peur. En France on a pas de Jason, pas de Freddy, pas de tueur masqué, pas de Leatherface, on a des flics dans leur banlieue, on a Marcel dans sa ferme avec son fusil et ses cochons, on a Ygor dans ses balkans qui découpe tes organes...  Et en fin de compte, ces films, de par leur interprétation totalement en décalage avec le réel ne font plus peur à personne ils entretiennent une vague peur commune, ils sont dérisoires, ils désamorcent une réalité. Mettre un acteur français du niveau de ceux qui jouent dans CAPTIFS aux prises avec des moldaves présentés comme quasi bestiaux c’est dans le meilleur des cas une parodie, dans le pire ça donne un espèce de truc insignifiant et inoffensif comme ici... En quelque sorte ces producteurs, ces réalisateurs en tombant dans le piège du réalisme ont perdus contre le réel, et c’est grave parce que l’art doit être le dernier bastion contre la communication, parce que si tout le monde baisse les bras, demain le monde entier croira à toutes ces conneries, les mass medias feront croire n’importe quoi aux gens, feront les élections, les tendances, l’actualité et la météo.


Comment ça c’est déjà le cas ?





Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Nonobstant2000 30/05/2011 18:19



...nous partageons au moins un cheval de bataille. Un autre élément c'est que ce sont des films réalisés par des branques. J'entends par là des individus qui ne se reposent que sur la technique,
et en aucun cas ne vont penser leurs films en terme d'entièreté, juste à coups d'un espèce de situationnisme qui en plus les dépasse.


La preuve en est que la plupart du temps, ils n'ont rien à dire sur les thématiques qu'ils choisissent, que ça leur sert juste de prétexte pour essayer vaguement de re-créer des ambiances qu'ils
ont vus autrepart.


Mais au moins ils existent et à force de fréquenter le milieu ils arriveront peut-être à faire un bon film (c'est déjà assez peinard comme situation) et là ce sera l'intrônisation. Enfin bon, y
paraît que les étrangers apprécient (les Américains surtout) et y trouvent effectivement une patte reconaissable. En ce sens, le titre du dernier film de Maiwenn est assez représentatif (il est
censé y avoir un jeu de mots) de cette tendance de films avec des répliques de types se grattant les couilles, écrits en réalité justement en se grattant les couilles. A un moment donné le public
ne se retrouvait tellement pas dans les choix de la critique qu'on est maintenant passé de l'ère de la branlette intellectuelle à l'ère de la branlette analphabète.