CENTURION de Neil Marshall (UK-2010): A la Sortie de la Discothéque...

Publié le par Dr Devo

 

 

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[Photo: "Laids Thés" par Dr Devo.]

 

 

C'est l'été, un peu, et c'est la torpeur du platane, qui virtuellement nous écrase, qui caractérise notre état d'esprit cinéphile. On boirait des Ricards en mode tranquilou plutôt que de pratiquer autre chose. La salle de cinéma se révèle espace de frais, sûrement déserté suppose-t-on dans un haussement de sourcil un peu improbable ou surjoué, et donc un espace de détente. Mais dans le même mouvement, nous évaluons l'effort et le programme, et là, d'un coup c'est le découragement mou mais certain, comme le cancer du pancréas ravage l'innocent qui n'a rien demandé. D'où la métaphore du platane, protecteur mais lourd, rafraichissement fugace et moteur de notre anéantissement, fossoyeur de notre volonté, tue-l'amour feignasse, rayez les mentions inutiles et changez-moi ce paragraphe...

 

 

Merci. Il fait 30 degrés, et ce petit athlete's foot (qui n'empêche pas l'amour physique, notons-le) qui défigure votre plante et vos orteils, empêche tout replis sur une plage ombragée et publique. Pour se venger, on va voir le premier film qui se passe en hiver et au pays où il ne fait jamais soleil: l'Angleterre !

 

Le romain, fort et nombreux, a déjà laissé derrière lui les charmes de sa région natale. Il aurait pu siroter du chianti en regardant des reproductions de PdF (Piero Della Francesca), et ça aurait duré un million d'année sans automne ni hiver, comme disait le poète. Mais le Ciccolino est ambitieux, c'est connu, et quelques décades plus tard, il t'a envahi l'Europe avant la fin du compte à rebours, et a passé  la tondeuse sur les tignasses blondes et longues du barbare. Un homme, véritable et civilisé, ça a le cheveux ras et soigneusement coupé. Marcello va-t-il pouvoir siroter tranquilou un picon-bière sur la terrasse de l'hôtel de ville de Tourcoing, en se remémorant le chianti passé? Non. Car il n'est pas tranquille, le Dario. Plus loin encore, en Youké, l'ingliche résiste et refuse l'occupation. Et ça, Bernardo, ça lui gâche la journée, ça sape son moral. Rome réagit: cette fois-ci, on envoie des légionnaires, on les balaye et on revient à la maison. Mais le Saxon, avec ses cheveux long, ses maquillages ridicules et sa grosse guitare, il a compris, ô métaphore ouverte sur la fenêtre de notre monde contemporain, que l'avenir ce n'était pas les mouvements armés avec 10,000 soldats en CGI, mais la bonne vieille guérilla ! Les romains en prennent plein la chetron, et au final, se retrouvent (après une arnaque au Petit Juju quand même!) perdus en plein pays énemis à trois ou quatre, sans argent ni nourriture. En plus, il fait froid, il neige et une espèce de Princesse Mononoké, en moins sympa set à leur trousse, folle de vengeance... Préparez le sapin!

 

 

 

On pourra me reprocher le fait de ne pas avoir précisé que ce film se passé en 300 avant Jean-Claude, mais l'essentiel est là, CENTURION est un film en costumes du genre péploumesque, mais attention pour les hommes, les vrais, pas ceux qui roucoulent de bonheur en buvant du Schweppes Zéro... Je fais 20 bornes pour voir le bouzin, je vais même jusqu'à partir en terre étrangère propulsant mon art critique en mode totalement gonzo. Vie du cinéma et Cinéma de la vie ne font plus qu'un. C'est beau comme du Louis Jouvet. Ca me rappelle presque du Huster. L'intro, le film, le critique dans son plus simple appareil, son storytelling aussi, t'as remarqué mon p'tit gars, tout ça c'est le même sujet, ça parle de la même chose, exactly the same, "lo mismo" comme on le dit rarement dans la langue de Tite Live et pour cause... Allez, monte dans la Testa, on va continuer de rouler...

 

Sans rire, car ce n'est pas le genre de la maison, ça démarre plutôt rigolo, enfin disons que ça se mange tranquilou. Sur un rythme de jogging sympa mais soutenu, on avance sans traîner, et les événements s'enchaînent de manière assez vivace. On n'est pas là pour faire annôner des annuaires de dialogues ampoulés. Les scènes sont assez courtes, ça avance. Voilà qui donne un ton franco au film et aussi à son propos: personnages très marqués, des mecs des vrais, du viril, du militaire.

 

Côté mise en scène, on peut bien dire que c'est pas du Ronsard, c'est gras. Neil Marshall nous avait fait mouiller le boxer avec THE DESCENT, mais ici on est nettement en présence de son double astral maléfique, celui qui a réalisé DOOMSDAY dont je parlais il y a peu ici même. Adieu léchouillage, photographie agissante, petit montage de cocotte familiale mais de bon terroir, efficace et au travail... Comme dans DOOMSDAY, même si le montage perdu un ou deux "bpm" si on l'observe au microscope atomique, c'est un peu le grand n'importe quoi. Si certaines situations ou idées auraient été tout à fait rigolotes en imposant simplement à Marshall de ne pas faire des plans plus serrés que l'Americain, le cadre empêche simplement l'expressivité ou la moindre originalité. Le montage bouillabaisse le reste dans les scènes d'actions, et déroule le bitume en ligne droite, triste comme une route du sud un jour de canicule, pendant les moments de dialogues, heureusement courts dans cette partie. On  sent bien que le Marshall, sans se prendre pour le nouveau Messie, il voudrait revisiter les genres qui lui plaisent et pondre des petits machins nerveux, et tout le monde rentre chez soi en restant bons amis. Mais on est loin du soin qu'on retrouve chez d'autres, et là je pense au premier RESIDENT EVIL par exemple, très chouette, ou même le 3éme déjà plus improbable mais très regardable. C'est ça qu'il veut, le Shérif. Oui, je sais, THE DESCENT visait plus haut mais bon..

 

On résume sur l'aire de cette station Shell: la narration ne perd pas de temps, c'est agréable. On est en dessous de l'intention, et ce n'est pas beau du tout, car la mise en scène est loin, mais alors très loin, d'être rigoureuse ou même rigolarde. Comme ça ne dure qu'un heure et demi, nous nous disions, complices dans le noir, ça va faire un chouette film du dimanche.

 

Et puis patatras, adieu Cythère... Foin de l'exercice viril entre hommes qui aiment le sport dans les plaines de landes pleines de korrigans, quand le crachin fouette la figure comme un brumisateur hardcore !

C'est comme hier soir, souvenez-vous. On arrive sur le dance-floor bien décidé à danser, sans se prendre le chou, et peut-être que le hasard vous invitera à ne pas passer la nuit sur le matelas gonflable, seul ! Mais on dansera quoiqu'il arrive, car la nuit est belle et qu'il fait bon. La passion de la danse, quoi!!! Et puis, sans qu'on puisse vraiment dire pourquoi, en s'apercevant de la chose alors qu'elle est déjà là, dans le fauteuil du salon sirotant à votre place, le bon whiskey hors d'âge que vous ne vous autorisez à sortir qu'à de très rares occasion, sans prévenir dis-je, on s'aperçoit que cette musique n'est pas un SISTER OF MERCY endiablé, mais un vieux slow pourri du Herbert Léonard tardif. Aurait-on trop bu? Avons-nous eu un black-out? Et si c'était ça, les effets de la drogue du viol? Ou ai-je simplement mal digéré ce saucissson de sanglier, tout à l'heure à l'apéritif... Dur à dire. Mais en tout cas, tout a changé. Et tout d'un coup, fini la LOCO ou le QUEEN'S, c'est la bache déguelasse du camping de Plouescat: tu parles d'un dance-floor.

 

La panse de brebis a soudain un goût amer.

La relative sécheresse, cette volonté de foncer et d'enfiler les événements sur un rythme péchu, s'est effacé et CENTURION devient un film normal, à costumes, d'époque et d'action: autant dire, un film de Ridley Scott! Comme le train roule à 5 à l'heure et qu'on ne ressent aucune secousse, on a plus le temps de voir le paysage, et c'est pas joli joli. Dans la tristesse de ce cabinet pharmaceutique qu'est devenu le film, on se dit soudain que la photo n'est pas seulement sans intérêt, mais très laide. Le scénario abandonne son côté carré-poilu pour une mélodramatisation convenue et surtout maladroite avec ce traitre sur commande qui se retourne comme un gant (et là, une ambiguïté aurait été fort bien venue), une histoire d'amour (oui, oui,  de l'amour chez les barbares, et encore, même la note d'adieu sera stupidement contredite par la conclusion du film qui annule le ressort scénaristique du film entier, à savoir le fait "d'être loin de tout") et un écriture trois actes pénibeules. L'action se fait plus rare, les dialogues sont interminables, et le petit film nerveux de 1h30min devient une épreuve d'endurance scandaleuse.... Le p'tit Boud' sexy et drôle se transforme en diva conventionnelle et rêvant de duplexe en Seine Saint-Denis. Triste! Marshall essaie de rattraper le déjà médiocre Scott, avec ces scandaleux effets d'obturation gladiatoriesque que 99, 47% des réalisateurs de films d'actions ont déjà copié sans fin. Les plans en hélicoptères qui firent la gloire des colères souvent justes de notre ami Bertrand, dans le plus fidèle look jacksonnien, sur nos héros parcourant la lande, se succédent sans aucune conséquence. On n'avait pas grand chose, mais on avait envie de boire une bière avec elle, et là, pif paf, on n'a qu'une envie: rentrer chez soi, appelez des amis, boire un Pernod, retrouver l'ombre du platane. Et là, à l'heure tranquille où les li-ons vont boire, comme disait le poète, on se dit qu'on a perdu le Marshall, que c'est cuit et que c'est un peu triste parce qui si un devait surnager, ça aurait pu être lui... Comme si, pour ainsi dire, ce petit surfeur, surpris avec la main dans la jarre à cookies, piquait des euros dans son propre porte-monnaie.

 

En tout cas, nous, on jouillait pas.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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