CONTAMINATION de Luigi Cozzi (Italie/AlIemagne de l'Ouest, 1980) et I DRINK YOUR BLOOD de David E. Durston (USA-1970): Où manger des pizzas après le film ?

Publié le par Dr Devo

Shoe devo
[Photo: " We Like/ Explosions!" par Dr Devo.]






Oui, moi aussi, je peux le faire, me dis-je, e me levant à poltron minet. Un petit squash, un petit café, un gros cigare, et c'est parti!


L'Italie, c'est bien. Les gens roulent comme des fous, on pourchasse les minorités dans de grandes courses dans les quartiers, et surtout on mange de la pizza 4 fromages matin, midi et soir. Ceci dit, les Etats-Unis, ce n'est pas mal non plus, et osons le mot, c'est mieux: tout le monde a sa chance, le policier aide la vieille dame à traverser, et c'est quand même eux qui ont inventé internet. Je vous propose donc de joindre vos deux passions dans un même voyage !

Les USA, années 80. Tandis que le soleil se lève sur les tours jumelles,  les autorités portuaires s'affolent. Car voilà qu'un cargo fonce à toute berzingue dans la baie, sans répondre au téléphone ni rien. On dépêche sur place l'inspecteur Marino Masé (vu dans TENEBRES et dans UN GENDARME A NEW-YORK), beau gosse plein d'humour, mais qui va vite perdre un peu de son sourire lorsqu'il explore l'intérieur du cargo fantôme: les couloirs sont vides, enfin si on fait abstraction des cadavres des membres d'équipages ignoblement déchiquetés. Mais le pire est à venir car dans la partie "container" du cargo, Masé découvre des pleines boîtes de café! Et c'est pas du grand-mère ! Les paquets contiennent en fait de gros œufs verts ("on dirait une sorte de grosse courgette!") sensibles à la chaleur et qui, lorsqu'ils explosent, projettent un affreux liquide qui fait exploser les humains!

Masé se voit alors flanqué de Louise Marleau (vue dans un supermarché Match), une femme à qui on ne l'a fait pas puisqu'elle est travaille pour le gouvernement quand il s'agit de sécurité nationale! Bewaaaaare!

S'en suit une folle enquête où il sera question d'arabica, de whiskey, et surtout de voyage dans l'espace!

 

 

Les italiens, ce qui est bien avec eux, c'est qu'ils n'ont aucun complexe, et qu'en plus, ils ne le cachent pas. Vétéran bis, Luigi Cozzi (que j'ai rencontré aussi, et ouais, les mecs!) aime le mascarpone et le surf. Et comme il adore le ALIEN de Ridley Scott, film obscur qui eut un certain succès à l'époque, le voilà qu'il réalise entre deux repérages pour Joe D'Amato, sa version du film mais en 'ricain! Pour des raisons de budget, CONTAMINATION ne se passera que très peu dans l'espace, et plutôt à Saint-Domingue, ce qui est toujours plus sympathique. Pas vraiment fauché, mais pas vraiment riche non plus, CONTAMINATION repose sur un trio d'acteurs hétéroclites mais pas trop: un flic rigolo et charmeur, une femme à poigne et un astronaute en quête de rédemption.

Formellement, le film est bien calme. Après une ouverture en hélicoptère, mais sans Jean-Paul Belmondo qui rentabilise à fond le déplacement à New-York, l'exploration du cargo est assez rigolote, entièrement tourné à la bougie et à la lampe-torche. On est vite au parfum: ça monte tranquilou gilou (Cozzi dit qu'il y a une accélération progressive du montage, mais ce n'est pas flagrant), c'est correcte sans plus à quelques plans prés. Bref, le soir après le boulot, voilà qui vous fait un excellent jogging, pas violent du tout, où Marino Masé fait office de petit pastis en terrasse après l'effort, au Bar des Sports.

La suite fait la part belle aux décors high-tech, aux portes qui s'ouvrent toutes seules, aux machines qui font "bing!", dans un ton joliment années 50, je trouve, et cela sera vrai aussi à Saint-Domingue, pays du complot. Pas d'éclat donc, ça se déroule en itinéraire bis. Curieusement, une fois chez les sauvages, c'est Marino qui fait avancer le show, entre enquête et surtout petite intrigue non pas sentimentale mais de charme, l'astronaute et lui-même étant bien attirés par la froidasse Louise Marleau. Là, les choses s'appesantissent un peu, notamment lors de la scène de la douche, au suspens moyen, mais qui dure curieusement plusieurs minutes, dans un jeu de "j'y vais, j'y vais pas" un peu curieux. Les choses s'expliqueront plus loin. Cette baisse de rythme est en fait un rouage qui grince qui permettra d'enclencher les enjeux télépathiques et  bodysnatcheriens de la dernière partie qui revient à la S.F terrienne auparavant promise. On croise toute de même la teutonne Gisela (quel beau prénom!) Hahn (vue dans SEXO CANIBAL chez Fulci, et BANANA JOE avec Bud Spencer), femme diabolique au look tout à fait réjouissant. Dans la scène finale, un éclairage par le bas, à travers une grille en fer, fait office de fantaisie ultime. Ce n'est donc pas complètement la fête au village. Ca se finit rapidosse, une tisane et au lit. Petit bis, mais pas désagréable.

A noter que le dividi publié par Néo Publishing est joliment garni! Une intervention de Cozzi, un petit making-off très artisanal mais d'époque (assez marrant) et en bonus, le film LE TUNNEL SOUS LE MONDE qui est son premier film d'ailleurs. Comme on trouve CONTAMINATION pour 5 euros dans les trocantes, voilà qui ne se refuse pas!

 

 

 

 

 

 Revenons aux USA. Nous sommes dans les années 70. Et comme vous le savez, les pensées les plus sauvages envahissaient alors le monde  à l'époque, pleines de gauchisme et d'amour libre, certes, mais interdites. I DRINK YOUR BLOOD jette un regard inédit sur cette période. Nous sommes dans une région belle et pleine d'arbres des USA. Ici, un petit village qui sera bientôt rasé pour cause de barrage que des ouvriers torses nus préparent avec ardeur. Dans cette petite ville, la vie est paisible. Jusqu'à ce qu'une bande de jeunes pinques ne débarquent! Satanistes, violents, voleurs de poules, ces hippies n'ont rien de l'image rassurante des adorateurs de Jack Kerouac! Mené par un amérindien diabolique (je cite son nom, Baskar Roy Chodhury, ici en indien d'Amérique mais vrai indien d'Inde qui, quelques années plus tard, devait devenir handicapé en chaise roulante!), ces jeunes vont rien qu'à faire que profiter de la bonne volonté des riverains, enfin ceux qui sont pas encore partis suite à la construction du barrage, et  ils vont faire des feux de camps en prenant de la drogue et en priant Belzébuth! Dégueulasse! Heureusement, l'épicerie du coin est tenue par une jeune fille, amoureuse du chef de chantier du barrage, ce qui sera bien pratique par la suite, et cette jeune fille vit avec son petit frère, 10 ans au compteur, pas de poil, aisi que de son grand-père, pas rapide mais courageux! Après qu'une jeune fille de la ville fut semi-violentée par les hippizes satanistes (hors- champ), les choses se gâtent. Le petit Juju, dont je parlais plus haut, douze ans donc, décide d'empoisonner des tourtes au bœuf qu'il offre de bon cœur au hippizes. Aussitôt, ces derniers attrapent la rage et le delirium tremens. Ils vont massacrer tout ce qui bouge, ce qui ne me rassure guère car parmi eux il y a l'actrice Jadine Wong, sous Yoko Ono, déjà bien décatie et d'originne asiato-teutonique!

 

Edité par Mad Movies, sympathique éditeur quoique je ne n'aimât pas la revue, avec la complicité de l'excellent Néo Publishing (Mmmmm! Quelle bonne idée que la jaquette réversible), I DRINK YOUR BLOOD est une gentille bisserie absolument sans conséquence. On est d'abord frappé par le Charles Mason du pauvre qu'est Bhashkar acteur hindi et indien, dont on en peut pas dire qu'il ne mouille pas sa chemise: il joue à fond! Intrigue squelettique qui sent bon le changement de narration  sur la table de montage, on n'est pas  submergé  facialement par un déluge de beauté graphique dégoulinante. C'est du brut de décoffrage. Les acteurs, kitschouilles mais pros comme le prouveront les bonus, poussent la chose  dans l'exubérant et le "réciter-amplifier", méthode américaine bien connue. Bah, je ne serais pas contre mais ces cocos sont bien peu soutenus par la mise en scène largement plan-plan à deux trois trucs prés (l'absurde relevé d'empreinte sanguine sur une vitre  de voiture par exemple). La chose se déguste alors avec plus ou moins de plaisir selon qu'on soit ou non de bonne humeur ou non. Les dialogues, gravement débiles, le petit Juju, entre nunucherie attendue et une relative sécheresse qui ne l'empêchera pas d'être un acteur loupé, le montage narratif incertain et qui croulent sous les bruits des rouages rouillés, peuvent faire passer un moment rigolo et tranquilou, avec bières et cigarettes et jolies pépées sur le canapé, un dimanche soir. On pourra alors ergoter sur le fait que la copine de Géronimo Manson soit très laide par rapport à la pépé de la bande, très jolie, mais qui elle n'aura jamais le droit au moindre dialogue, ni à la moindre phase scénaristique décisive. Tout cela sent l'effort kitschouille. Les bonus nous apprennent en loucedé que le producteur fut contrarié par un réalisateur qui voulait mettre de l'humour dans la chose. Mmmmmm! Voilà un thèse qui me parait loin d'être évidente! En tout cas les bonus sont intéressants. Je n'ai pas osé ecouter le commentaire audio du metteur en scène que j'imagine fiérot comme un pou que son films soit soit total-grindhouse-tarantiné 30 ans après! Curieusement et sans ironie, le reste des bonus sont assez intéressants. Les scènes coupées, même si elles sont sans intérêt (il y a notamment un fin alternative sans conséquence), montre le relatif professionnalisme de la gente interprétariale quelque soit leur talent, chose confirmé par le deuxième bonus, très très intéressant et rigolo (et complètement anodin, même si j'ai envie de faire un film avec!) qui consiste en des chutes, des rushes, des prises! Pendant 4 minutes, une espèce de poésie foutraque m'envahit. Comme un archéologue, qui des années après retrouverait une relique sans aucune importance mais qui le fait rêver d'une expérience hors fiction qui suffit à faire vagabonder son esprit.  A la limite, je conseillerais plus le Luigi Cozzi, moins insignifiant quand même. Mais si vous avez deux dimanche soir à la maison à valider, bah I DRINK YOUR BLOOD peut faire le deuxième, comme moment gentiment débile. C'est mieux qu'un dimanche avec Michel Drucker, mais c'est moins bien que 2001, L'ODYSSEE DE LES PHASMES.

 

 

 

Allez, je vous fais des bisous!

 

 

Dr Devo.




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Publié dans Corpus Analogia

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