DEMINEURS de Kathryn Bigelow (USA-2009): Soutien à Polansky

Publié le par Norman Bates








[Photo : "PLEURE SALOPE" par Norman Bates.]







Irak. La compagnie Victory de l’armée US est chargée du déminage : de jours en jours ils avancent à tâtons, un pied devant l’autre, une respiration, un autre pied, a la recherche de mines pièges ou explosifs prêts à sauter, un autre pied, une autre respiration, une explosion, pas d’explosion, un mort, une bombe désamorcée, une partie de XBOX, une cuite au whisky, quelques autres pas, une autre mort, plus que 28 jours… et un autre jour de plus dans le désert, dans les villes, avec des DVDs piratés vendus par des gosses, des gosses qui marchent, un pas devant l’autre, des gosses qui meurent, des gosses qui jouent au foot, des mines, qu’on démine, etc… plus que 27 jours, une respiration, un autre pas.


Des clopes, du whisky, des cartes, des jeux de xbox, des DVDs, on est bien en Irak, on fait du bon boulot. Des kamikazes, des martyrs, des enfants soldats, des enfants piégés, des femmes aux Etats Unis, de l’adrénaline qui monte qui monte qui monte, des belles explosions, des vannes tout le temps, on s’aime, on se déteste : on meurt. On veut rentrer ? Non on veut pas rentrer.


Si on rentre, plus de whisky, plus de XBOX, plus de morts, plus de belles explosions : une femme, un gamin, le supermarché le samedi, des céréales, des centaines de céréales, tu va les bouffer tes céréales, des jeans, d’autres jeans, pleins de jeans semblables à des dizaines d’autres jeans. Si on rentre, métro boulot dodo, TV le soir et le lendemain pareil.  Si on rentre on à la queue au supermarché, on à la queue à la poste, on a les embouteillages, on à le temps, on se voit mourir. En Irak on avance ou on recule, mais on se déplace toujours, on va d’un tas de caillou à une ville hostile, on a des gros flingues, on a des potes, on s’amuse, on ne sait pas quand on va mourir alors on n’y pense pas. La guerre est un jeu, ok une drogue. Pas de paradis artificiels, pas de vie par procuration : un axe, une cible, un flingue, on aligne le tout et on est a la caserne, on a de l’eau de la bouffe des clopes. Chaque respiration est gagnée, chaque pas sans tomber est une victoire : on gagne jusqu'à ce qu’on meurt.


Spectateur dans l’action : caméra portée façon IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN, gros plans incessants, au cœur de l’humain, de la peur et du stress. Tu manges avec eux, tu te douche avec eux, tu pars le matin avec eux, tu les regarde vivre mourir et plonger, tu les regarde faire ce pour quoi ils sont faits. Plus de pensée, juste avancer, éviter les balles et les pièges, bouffer du sable. Tu aimes les films virils ?  Tant mieux car le seul personnage féminin du film est présent dix minutes à l’écran (heureusement c’est Evangeline Lily) et le reste du temps c’est des bastons entre mecs, des bitures entre mecs, des enterrements entre mecs.


Psychologie : non, tendresse : non, beaux plans contemplatifs : non, message politique : non. Il y a une sorte d’universalité pas désagréable dans le récit : pas de précisions géographiques ou historiques, pas de discours politiques, pas d’ancrage dans le réel. Juste des soldats à un endroit et la façon dont ils s’en sortent. Il y a même de beaux moments de cinéma quand Bigelow arrête de cadrer ses personnages en gros plans, comme cette scène de tranchée en plein désert où on ne voit rien et ou on attend, on attend la balle finale et c’est plutôt bien monté. Très belle aussi la scène de nuit aux éclairages magnifiques, presque apocalyptiques. Il y aussi quelques surexpositions (décidemment c’est la mode) un peu dégeulasses assez drôles. Enfin dans l’ensemble c’est le réalisme qui prime, et c’est assez peu original dans la forme. Heureusement que le montage nerveux arrive véritablement à instaurer un rythme trépidant, et crée de vrais zones d’angoisses.


Quant au final, dire que le soldat est un punk car il rejette la société de consommation et sauve des vies est quand même un peu exagéré, mais c’est une voie intéressante, un chemin no futur loin des enjeux d’un siècle individualiste et pourri par la thune. Apres tout la routine quotidienne des sociétés modernes est dictée par la peur alors pourquoi pas en finir définitivement avec celle ci en allant à sa naissance ? C’est ce qu’il y a de plus émouvant au fond : ces soldats sont des Don Quichottes qui courent après toujours plus de danger, juste parce qu’ils ne peuvent faire que ca, se précipiter au cœur du cyclone, la tête la première et en hurlant.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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nonobstant2000 06/03/2011 18:37



j'ai du mal à entraver ce film avec autant de recul que vous.


Rien à dire sur la mise-en-scène si ce n'est que trop de proximité se révèle parfois un cache-misère un peu trop voyant. Toutefois, l'Art étant par définition idéologique, je ne vois pas comment
le film échapperait à la règle, le héros principal c'est G.I JOE, A REAL AMERICAN FANATIC...ici on est pas du tout dans la thématique du don de soi, c'est un type pour qui une famille c'est pas
assez, déboucher la gouttière c'est pas assez noble, un dégrafé du bulbe qui a besoin de déminer pour exister, vivre, briller...


tout ce qu'il lui faut à ce p'tit gars finalement c'est une bonne guerre, et pis c'est tout..


le titre original est bien la seule chose un peu poétique quand au final le héros nous explique benoîtement qu'il 'y peut rien', qu' il 'est comme il est', un jour il débarque en Normandie, le
lendemain au Koweit ou en Irak (pour les Tibétains c'est mal tombé, peut-être qu'il avait piscine..) et c'est comme ça...tout finit bien parce qu'on sait qu'il est de notre côté, mais euh, quand
sait-on vraiment ? 'just doing my job dude'...


pitiééé.