DOOMSDAY de Neil Marshall (UK, USA, Allemagne, Afrique du Sud-2008): Cinéma Machette !

Publié le par Dr Devo






exterminators devo
[Photo: "Ca Flare !" par Dr Devo, d'après l'affiche du film EXTERMINATORS 2.]




Chers Focaliens,

Et si on faisait une petite ballade tranquilou ? Apportez les Pépitos et la limonade, et moi j’amène les chevaux.

 

On démarre avec DOOMSDAY de Neil Marshall. Je vous ai déjà dit que j’ai croisé son épouse ? Un beau brin de femme, je vous assure. Et quant à Monsieur que je n’ai jamais rencontré par contre, je peux vous dire qu’il est meilleur réalisateur que Garry Marshall (PRETTY WOMAN), mais ça c'est un autre débat.

En tout cas, dans un futur pas si lointain, ça barde au Royaume-Uni. Il y a une vingtaine d’année, un virus à infecté l’île, et c’est pas joli joli à voir. Le pékin moyen se retrouve semi-zombifié en moins de temps qu’il n'en faut pour dire Mao Tsé-Tung, et ça ne fait rire personne, même pas devant un petit jaune, et à ce propos, Barman, remets-en moi un, j'ai la gorge qui dessèche quand je parle. Enfin bon, mon colon, les choses ont tellement dégénéré que le Royaume vit coupé en deux. Au nord, une zone protégée qui a été cloisonnée avant que l’épidémie ne se propage, mais où les gens vivent mal, dirigés par un pseudo gouvernement bien dépassé et un peu louche sur les bords. Au sud, c’est le Pays de la Désole, rempli de morts et de cadavres.

Rhona Mitra est une militaire à qui on ne la fait pas, genre force ultra-spéciale commando. Et quand son patron Bob Hoskins (qui n’a pas un physique de ninja) lui propose la mission suivante, elle dit oui, car la Rhona c’est un fighteuse qui n’en fait qu’à sa tête. Et il s’agira d’aller dans le Sud contaminé retrouver un professeur qui avait fait des recherches sur le virus avant que le Sud ne soit fermé. Les satellites balayant la zone semble indiquer que des êtres humains ont survécu à l’épidémie, et donc le gouvernement voudrait bien savoir si le professeur n’avait pas réussi a trouvé quelque chose… C’est parti pour une folle équipée chez ces ploucs d’anglais, bons à rien sinon à jouer du rock en buvant de la mauvaise bière, avec un bon petit commando de têtes brûlées !

 

C’est pas moi qui ai tué le shérif ni le député, mais je peux vous dire que le Marshall est un bon p’tit gars dont on se souvient avec émotion de DOG SOLDIERS plein de loups-humains (ça change de loup-garou, non ? ça fait plus adulte) qui, si les douze premières minutes foutait la gerbe, comme disent les djeuns (54% du lectorat de Matière Focale est né dans les années 80), était rudement bien ficelé et sympathique. Et puis, ce fut THE DESCENT, complètement réussi lui, et même sacrément bien troussé même, et qui valut à notre ami une bonne série de critiques positives et aussi pas mal de whiskies offert par la maison !

Ici, on reste dans le fantastique, mais on change de ton. Bien que rosbeefo-centré DOOMSDAY n’est pas un film de smicard, c’est moi qui vous le dit, et on dirait que le machin est pété de thunes. Ceci dit, comme la photo est plutôt sophistiquée par endroit, on se dit qu’il s’agit peut-être simplement d’un bon coup de pinceau à malice. En tout cas, ce n’est pas du Ken Loach, ça rutile sa maman. Bien.

Côté intentions, le jeune Bill (si j’ai envie de l’appeler Bill, ça dérange quelqu’un ?) la joue George franc-jeu, et celle-là, je l’avais encore jamais faite. Ce sera des tripes à la mode de tons, au pluriel, et un beau syncrétisme boubliboulgesque plutôt inattendu, la chose mélangeant le zombie flick à la mode Thatcher, l’anticipation, le gros "actionner" bourrinosse (que je n’aime pas le mot "actionner" !), la femme qui a des ovaires façon RESIDENT EVIL (sympathique série d’ailleurs), la fantasy, le post-apo (coin coin !), etc. Ca, c’est pour le bon côté des choses.

 

Le gros problème ici, c’est que même si Neil Marshall n’a pas fait que du chef-d’œuvre, DOOMSDAY est, de loin, sa pire mise en scène, et franchement, rien que de le dire, j’en ai les larmes qui me montent aux yeux. Sortez les mouchoirs. Comme je l'ai dit là-haut, la photographie est relativement élaborée dans le style des films fantastiques modernes, avec moult centaines de milliers de kilowatts dans chaque plan. Quelques décors assez malins, mais pas tous, arrivent à rendre plutôt crédibles certaines séquences. Les éclairages rasants ne sont peut-être pas ce que je préfère, mais bon, on sent l'effort, pas de soucis. Le gros problème de DOOMSDAY se situe bien sûr ailleurs.

Montage, mon gros soucis, comme disait le poète. Et là, Marshall, comme dirait Omar Sharif, il a lâché les brides, et si vous me permettez l'expression, son montage (est) ma(ha)l. Alors, ça fait un petit moment que j'ai vu DOG SOLDIERS et ses dix premières minutes hystériques, et donc je ne saurais dire si l'entame de ce film est comparable au désastreux collage de DOOMSDAY. Mais, ce que je peux vous dire c'est qu'on le voit venir, le Neil. C'est qu'il veut faire pêchu, un peu vulgaire, et surtout survitaminé. Ca me rappelle quelque choses, pas vous? Alors, l'animal surcoupe, coupe, balance les plans plus ou moins à la mitraillette. C'est moins mal monté que le dernier James Bond (qui était une vraie horreur de "montage djeunz", à tel point que dans les courses poursuites on ne sait plus du tout dans quel sens roulent les voitures! C'est assez drôle, remarque!z), mais Marshall multiplie les plans comme Jésus les pains, même parfois dans des scènes plus calmes, où on se dit alors qu'un plan de trois secondes, ce n'est pas plus mal que deux plans d'une seconde et demi. Comme vous vous en doutez, je trouve ça très laid. Mais bon, Marshall n'est pas le premier a utilisé la méthode. Par contre, ici, souvent, on cherche vraiment la raison de ces multiplications de plans, tant Marshall tend à perdre l'intention jeuniste! Voilà qui met le spectateur focalien bien à distance.  Et DOOMSDAY, du coup, est une sorte de monstre bicéphale tiraillé entre son envie de spatialiser un peu et ce montage incompréhensible.  Et contrairement à 28 SEMAINES PLUS TARD, où le montage était parasité par un cadrage trop serré et par certains mouvements de caméra tremblotant de manière trop ostentatoire, on ne peut ici quasiment rien lire. On comprend l'action, bien sûr, mais tout bêtement, ces coupes envoie balader tous les autres leviers de mise en scène! Les notions de cadrage, de photographie et le reste deviennent très rapidement des valeurs secondaires, tout justes illustratives.

 

C'est donc là, le principal écueil du film. Il est alors dur de faire le tri avec le reste. Qu'aurait donné le film avec le même scénario et les mêmes acteurs si le montage avait été différent et plus posé? Quelle aurait été la tonalité du film? Plus ironique? Un mélange d'exagération et d'action prenante? C'est dur à dire. Dans l'état, en tout cas, puisqu'on n'est pas happé par le film et son histoire, certaines maladresses apparaissent un peu gênantes, et nous font demander si le côté de guingois du film ne l'aurait pas servi dans d'autres circonstances. Si certains rôles sont bien campés, d'autres me paraissent beaucoup plus patauds, notamment du côté du méchant gouvernement et des jeunes pinques (punks), notamment son chef. Et puis que ce soit dans les situations ou dans les motifs scénaristiques, les syncrétismes fantastique et cinéphile qui se veut la colonne vertébrale du film, paraissent, eux aussi, très maladroits, au bas mot. Le mélange des tonalités, je suis pour vous le savez. Mais ici, par petites touches, Marshall aligne les influences multiples et peine à trouver son propre ton. On voit donc l'intention, et dieu que c'est maladroit, voire un peu énervant. Marshall veut sa pizza du chef, et les ingrédients sont très identifiables: la série 28 JOURS PLUS TARD pour le côté débrouillard et anticipatoire crédible à l'échelle global d'un pays, NEW-YORK 1997, MAD MAX, et bien sûr RESIDENT EVIL auquel il est quasiment impossible de ne pas penser ! Cela donne un ensemble laborieux, souvent maladroit qui gâche la franchise exubérante et prenante du projet dans sons intention.

 

 

DOOMSDAY est donc une sacrée mauvaise surprise. On se demande vraiment quelle mouche à piquer Neil Marshall qui loupe complètement son projet, et ne trouve jamais son indépendance. On est très loin de la personnalité de ces deux autres films. Et si l'idée de faire quelque chose de totalement opposé à THE DESCENT est forcément louable, on s'étonne de constater que le même réalisateur puisse d'un côté établir une mise en scène précise et inventive, souvent au cordeau, et d'autre part se perdre complètement dans une bouillabaisse sans vraiment de queue ni tête. Espérons que Marshall saura rebondir et revenir avec un film plus maîtrisé. 

 

 

Dr Devo.







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Publié dans Corpus Analogia

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