ETRANGE FESTIVAL 2013, Episode 1 : BLUE RUIN de Jeremy Saulnier (USA-2013)

Publié le par Norman Bates

 

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[Photo: "La Reprise" par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Arielle Dombasle.]

 

 

Cette année encore l’Etrange Festival ,à paris, va nous gâter : l’équipe à préparée un programme encore plus attrayant que les années précédentes, ce qui n’est d’ailleurs pas forcément une bonne chose, le spectateur étant amené parfois à faire des choix frustrants, et rappelle à quel point il est dommage de ne plus voir programmé certains films en dehors des festivals (mais pour cela il y a BCMG ! -encart corporate-). Cette année donc, et dans le désordre il va falloir courir derrière Richard Stanley (réalisateur du sublimissime HARDWARE), invité de marque qui amène ses 2 derniers films avec lui, Stephen Sayadian (réalisateur des sublimes CAFE FLESH et CALIGARI, projos à ne rater sous aucun prétexte tellement ces films sont rares), il faudra aller voir MANIAC en compagnie de Caroline Munro ou DR JECKYLL ET SISTER HYDE en compagnie de Martine Beswick, sentir  POLYESTER de John Waters en odorama lors de la nuit DIVINE (miam !) ou suivre Gaspard Noé dans la TOUR DES SEPTS BOSSUS. Et j’oublie les Joe Dante, Quentin Dupieux, Sono Sion, Lloyd Kaufman, Atom Egoyan, Mamoru Oshii, Frank Henenlotter, John Landis, etc… qui sont à l’honneur cette année. Et en plus il y a des films de jeunes cinéastes encore peu connus à découvrir au petit bonheur la chance… Et c’est le cas de Jeremy Saulnier, venu lui même présenter son deuxième film, BLUE RUIN.

 

BLUE RUIN c’est la Pontiac bleue dans laquelle dort Dwight, clochard trentenaire depuis l’assassinat sauvage de ses deux parents dix ans auparavant. Le film commence le jour de la libération du meurtrier et, dans le plus pur style du “vigilante” américain, Dwight va se mettre en quête d’arme à feu, d’essence, d’habits de camouflages, va se raser la tête et poser des pièges dans la forêt en se maculant de sang d’animal. Seulement il y a un hic : Dwight a à peu près le physique de Mr Bean, s’habille comme un fonctionnaire en semaine et n’a jamais tenu une arme à feu de son existence. Et lorsque qu’il parvient péniblement à tuer son bourreau, il se retrouve avec une famille de redneck cinglés sur le dos…

 

On commence donc tranquillement ces 10 jours de projections par ce "film de vengeance" somme toute plutôt rafraichissant car BLUE RUIN ne ressemble pas à grand chose de connu, autant dans la forme que dans le script. Bénéficiant d’un scope superbe, d’une photo très soignée et d’une bande son quasi-industrielle, ce film presque muet (très peu de dialogues) fait montre d’un rythme tout à fait intéressant : ca commence tout doucement, on est en Virginie, le scope fait de grands plans d’ensembles sur des friches ou des zones naturelles vierges, c’est lent et mesuré, on rentre tranquillement dans l’ambiance. La mise en scène est sobre et inquiétante et le film commence un peu comme un slasher avec ce héros dont on ne connaît pas les motivations, qu’on suit et qu’on sent menacé, dont l’inquiétude et la peur sont palpable, indues par des plans qui durent trop longtemps, par des perspectives qui sont cassées, etc. Paysages apaisés, zones urbaines presque vides, musique quasi inexistante, le héros déambule seul dans des plans superbes, de jour comme de nuit. Puis il y a l’annonce, la peur qui devient palpable, comme un battement de cœur qui s’accélère, et on prend la route. Le héros se rase, et d’une tête de bucheron canadien on passe à un Mr Bean hébété et lunaire, maladroit et triste, le type comptable collectionneur de timbre. On continue dans un rythme languissant; la nature toujours omniprésente : on passe de la Virginie au Kentucky, on retrouve une famille que le protagoniste a abandonné depuis 10 ans. 10 années seul, sans parler, en marge du monde, et puis tout d’un coup c’est la quête, comme si rien d’autre n’avait de sens. Rien d’autre que tuer. La grande réussite du film, c’est l’impression de tristesse, de gâchis émanant du quotidien blafard d’un anti-héro loser foncièrement inadapté au monde. C’est là que peut se faire la comparaison avec les frères Coen, mais aussi par une certaine forme d’humour noir et la grande violence du film que BLUE RUIN partage avec un FARGO. Pour le reste, on est plutôt dans une mise en scène un peu froide et laissant part belle à la nature, aux relents Malickiens. Cette nature qui à la fin dévore les rues et les maisons, comme seule conclusion à un film ou tout le monde meurt dans l’indifférence. Virginie, début et fin d’une histoire américaine, de paumés, de gens qui ont traversés un monde sans presque y toucher, payant les conséquences de leurs ainés. Un film triste, un casting impeccable et quelques erreurs de jeunesse : Saulnier veut en mettre un peu trop, trop de références, trop de longueur parfois, des maladresses aussi dans ces champs/contrechamps déprimants, mais finalement l’ambiance pesante vous accompagne après le film, presque vous hante, et ce visage aussi, cette tristesse qui ne vous quitte plus. Touchant. Peut-être un grand cinéaste à suivre…

 

 

Norman Bates.

 

Pour lire l'Episode 3 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer ici !

 

Pour lire l'Episode 2 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer là !

 

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Publié dans Corpus Filmi

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