ETRANGE FESTIVAL 2013, épisode 4 : Mange, Crie, Haine !

Publié le par Norman Bates

 

silly-costumes-devo.jpg

[Photo: "L'Eau des Patates" par Dr Devo. Cliquez pour agrandir.]

 

 

A FIELD IN ENGLAND: AN ENGLISH REVOLUTION de Ben Wheatley (UK-2013)

 

Ben Wheatley est un habitué de l’Etrange Festival. C’est la troisième année consécutive qu’il vient présenter un film, alors après KILL LIST et TOURISTES, deux films plutôt intéressants dont on a déjà parlé, ce FIELD IN ENGLAND affirme la volonté de l’anglais de ne jamais s’enfermer dans un genre et de faire des films difficiles à classer puisqu’après un thriller horrifique et une comédie noire ce nouvel effort pourrait être qualifié de film à costume psychédélique, et encore on est loin du résultat. Tourné avec quatre acteur dans un champ, Ben Wheatley arrivera-t-il à éviter les pièges du film à costume “traditionnel’, cet affreux sous-genre où les contraintes historiques prennent bien souvent le pas sur la mise en scène et la direction artistique pour accoucher soit de biopics pénibles soit d’adaptations littéraires rigides ? La réponse dans le prochain paragraphe !

 

Ici on peut d’ores et déjà rayer les mentions biopics ou adaptation littéraire, A FIELD IN ENGLAND est une œuvre originale à la brioche simplissime : quatre soldats cherchent un trésor pendant la guerre en mangeant des champignons hallucinogènes, jusqu’a ce qu’un alchimiste réunisse les morceaux de l’Assiette qui fut brisée. Là dessus, Wheatley nous livre une sorte d’exercice de style d’une heure et demie dans ce qu’on pourrait qualifier de huis-clos en plein air, le tout filmé en noir et blanc numérique. Bon courage ! Si il y a bien quelque chose que l’on peut saluer chez Wheatley, c’est cette volonté de prendre des risques, car si jusqu’a présent son cinéma était plutôt facile d’accès ; ici ca se corse nettement et le parti pris semble essentiellement cinématographique. En s’affranchissant d’un scénario et en essayant d’ouvrir les portes d’un autre monde avec une caméra et une bande son, il prend en effet l’énorme risque de tout miser sur sa capacité à faire voyager le spectateur en utilisant avec précision la grammaire cinématographique (ca ne veut rien dire !). Et bien c’est raté malheureusement, au moins dans les grandes lignes.

 

Premier point, le noir et blanc numérique est d’une laideur peu commune. Les noirs n’ont aucune profondeur, et les blancs sont trop nuancés pour être expressifs, diluant l’ensemble dans une sorte de bouillie HD sans contraste ni grain. La direction artistique parait alors tellement prétentieuse et vaine que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le film. Second point, qu’est ce que le script est bavard ! Il n’y a pourtant pas grand chose à dire, mais les personnages se sentent obligés de débiter des dialogues à tout bout de champ (hohoho), à grand renforts d’hystérie et de non-sens voulu par les champignons hallucinogènes, parce que ca fait cool j’imagine. En fait, le modus operandi choisi est d’inclure le spectateur dans le film, en tant que 5eme mousquetaire, et ceci en utilisant de préférence des focales courtes et sans prendre aucun recul sur le sujet, ce qui rend l’expérience particulièrement douloureuse si on a le malheur d’être sobre et en bonne santé. Si vous voulez, c’est comme passer une soirée avec quatre personnes ivres mortes alors que vous tournez à l’eau de source. C’est on ne peut plus difficile à supporter. Plus on avance péniblement dans un récit qui n’existe pas, plus l’effet de la drogue se fait ressentir, ce qui se traduit par une mise en scène de plus en plus épileptique, kaléidoscopique et hystérique. Le montage devient frénétique, tout le monde hurle et les plans se suivent à une vitesse folle au grand dam d’une spatialisation, déjà délicate, et d’une échelle de plan bien mise à mal par la focale courte. La bande son ne consiste plus alors qu’en basses ultra saturées avec effets de distorsion. Misère.

Alors non, tout n’est pas à jeter pour autant. Il y a ici ou là des idées intéressantes, des indices qui ne mènent nulle part, des chausses-trappes et des pièges. Mais l’ensemble est tellement boursouflé et creux, que ces rares moments de lucidités ressemblent plus à des accidents qu’a une réelle volonté artistique. De même que l’idée générale est bonne et le script intéressant : la volonté de faire un non-film, de tourner en dérision le film à costume, de faire d’éléments particuliers anodins une révolution sont autant de bonnes idées tuées par une mise en scène pas du tout en phase avec le fond. Décevant !

 

 

 

PARENTS de Bob Balaban (USA-1989)

 

Années 50 aux Etats Unis, musique d’Elvis Presley, grosses voitures, brushings impeccables, la middle class vit dans des quartiers pavillonnaires de carte postale avec pelouse bien verte et intérieurs design. La famille modèle : Randy Quaid, le père de famille travaille dans le monde merveilleux de la chimie tandis que sa femme fait les courses et prépare les repas, nombreux et toujours à base de viande. Le petit Michael est le fils unique du couple, et il est littéralement terrifié par les quantités de viandes que mangent ses parents, du matin au soir et même la nuit ! Il fait des rêves atroces et voit du sang partout, ce qui rend sa scolarité et ses interactions avec ses condisciples très laborieuses. Le dérangement et l’arrivée dans une nouvelle ville est donc bien compliqué jusqu’a ce qu’il rencontre Sheila, qui a l’air aussi étrange que lui…

 

Alors là, chers Focaliens, allons y sans ambages, c’est pour moi véritablement LA révélation du festival. Il y a les films que je connaissais déjà, ceux que j’attendais, et puis il y a les surprises, les films improbables qu’on va voir par hasard et dont on n’arrive plus à se relever, qui laissent abasourdis. Présenté comme une comédie à défaut de savoir quoi dire du film, ce qui est très réducteur et pas très représentatif (on ne rit pas énormément en fait), PARENTS fait partie de cette dernière catégorie. La famille, l’étranger, l’éducation, le travail, l’hypocrisie du monde des adultes ; autant de thèmes abordés en loucedés, autant de personnages loufoques ou inquiétants vus à travers le prisme de l’enfance, tantôt bienveillant, tantôt cruel, toujours avec beaucoup de contraste. Parti comme une comédie familiale comme Disney a pu en produire dans les années 80-90 avec cette famille souriante et ces gens qui se disent tous bonjour, le film se révèle aussi effrayant qu’il peut être drôlissime, jouant a fond du paradoxe entre les apparences d’une middle class américaine aisée et heureuse dans son impeccable pavillon et la folie complète du moindre de ses protagonistes adultes dès lors qu’on passe la frontière de l’intime et qu’on ferme les rideaux. Fait remarquable, le film n’accuse pas du tout son âge et fait montre d’une splendide mise en scène, qui se démarque par des plans à la composition superbes et un rythme hallucinant. Le casting n’est pas en reste puisque l’impeccable Randy Quaid est aussi effrayant que touchant dans son rôle de père branquignole, complètement obsédé par le contrôle, que ce soit sur sa femme ou son fils. Le personnage principal quant à lui, Michael, est sans doute le meilleur enfant acteur du monde ! Il est tout bonnement incroyable, et fait étrange c’est le seul et unique film qu’il a tourné !

Dans PARENTS le danger vient toujours de l’intérieur, lorsque les maisons sont fermées et que les parents se livrent à des jeux horribles alors que les enfants dorment. La musique de Badalamenti, rien que ca, vient appuyer cette fausse ambiance coloré et vivante qui la nuit se transforme en giallo sanglant, cassure que l’on doit aussi à la mise en scène, dans un grand écart abyssal entre le cinéma d’Argento et les publicités d’éléctro-ménager des années 50 (en cela on peut rapprocher PARENTS au SOCIETY  de Brian yuzna sans doute). Dans les faits cela donne des scènes oniriques de cauchemar où la violence latente se déchaine, en noir et blanc ou en couleur, voire les deux en même temps, et des scènes de comédie empreintes d’une artificielle jovialité. PARENTS ne ressemble à rien de ce que vous avez pu voir, c’est une certitude. Film OVNI aujourd’hui introuvable, projeté ici dans une copie 35 mm splendide, il faut d’urgence redécouvrir ce chef d’œuvre méconnu. Peut être en BCMG ?

 

 

Norman Bates.

 

 

Pour lire l'Episode 3 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer ici !

 

Et pour Lire l'episode 5 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer ici !

 

Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

 

 


Retrouvez Matière Focale sur Facebook ainsi que sur Twitter.

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Dr Devo 24/09/2013 10:27


Salut Julie !


 


Vous voulez voir le film? Restez branché ur Matière Focale alors (ou sur la page facebook de Matière Focale). On va bienôtot vous dire comment le voir (et en salle en plus!).


 


 


Dr Devo.

Julie 24/09/2013 00:56


Whoua !


En lisant le résumé de Parents, je me suis dit "On dirait un scénario d'Eerie Indiana". Et en allant sur la fifiche IMDb de Bob Balaban; qu'est ce que je découvre ? Qu'il a réalisé trois épisodes
de la série !


Y'a pas de hasard. Et maintenant je veux vraiment voir ce film.