ETRANGE FESTIVAL 2013, Episode 5 : Les Montagnes Hallucinées...

Publié le par Norman Bates

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[Photo : "Not Knowing" par Dr Devo.]

 

 

 

THE SECRET GLORY de Richard Stanley (UK-2001)

 

C’est armé de son fidèle chapeau à plumes que Richard Stanley fait son entrée dans une salle 100 archi-comble. Stanley lui même ne semble pas en croire ses yeux, autant de français venus voir un film en VO sans sous titres sur un historien nazi. Il nous apprend qu’il ne reste que 2 ou 3 copie du film, dont sans doute une seule avec le film en version finale, a priori c’est celle qui va être projetée. Historiquement le film est très important dans la vie de Richard Stanley puisque c’est grâce, ou a cause -selon les points de vue-, que Richard Stanley est devenu sorcier dans la région Languedoc-Roussillon, ce qui a considérablement changé sa manière de faire des films -et pas que-, nous le verrons dans la deuxième partie de l’article. Donc nous voici en présence d’un film réalisé à l'origine pour une chaîne de TV anglaise souhaitant faire un documentaire sur INDIANA JONES (!) : c’est alors que l’on mesure l’ampleur de la bévue des responsables de la dîte chaîne qui ont mis un projet pareil dans les mains de Richard Stanley, ce dernier étant parti en quête d’un nazi passionné d’occultisme embauché par Himmler pour travailler sur les cathares. Par la suite, Stanley nous a décrit la réaction des responsables de cette télévision après avoir visionné ce qu’il a mis deux années à leur donner, réaction que je ne transcrirais pas ici par égard pour le lecteur.

 

Si Stanley à accepté le projet, c’était sans doute à la base pour pouvoir manger et surtout se marrer un peu aux dépends d’une chaîne dont il n’avait pas du tout envie de suivre le cahier des charges, bien trop conventionnel et ciblé, façon documentaire sensationnel du samedi soir. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a parfaitement réussi à éviter cet objectif en livrant un inquiétant portrait teinté d’occultisme, de satanisme, sur fond de société secrète et autres thèses conspirationnistes allant du Saint Graal aux OVNIS en passant par ces braves cathares de Montségur jusqu'à l’hôtel municipal du village (l’hôtel Couquet -prononcez couquette, c’est délicieux-) qui par ailleurs fournirait une excellente soupe aux haricots. Stanley déroule son film à la manière d’un jeu de piste, à la rencontre de gens de milieux divers et variés (d’anciens nazis, une brave grand-mère arriégeoise, un historien) qui ont côtoyés de plus ou moins près Otto Rahn et qui ont bien voulu témoigner de ce Mystère à visage plus ou moins découverts. Pour le dire tout net le film est passionnant, non seulement à cause du nombre considérable de question qu'il soulève, mais aussi de par sa forme, pareille à nulle autre qui fait pénétrer instantanément au cœur d’un inquiétant dispositif. C'est tourné en vidéo et Stanley mélange aux images d’archives des reconstitutions macabres ou étrange pratiquées par des amateurs, des lithographies moyenâgeuse somptueuses, des textes interdits, des documents secrets , le tout sur une bande son ésotérique et rock’n’roll ou sur des récitations d’odes à Lucifer. Tout cela est bien sur très très sérieux, c’est l’œuvre d’une vie, c’est quelque chose qui a marqué Stanley au fer rouge et auquel il croit aujourd’hui profondément. Ces révélations, dangereuses, à l’origine de la quasi disparition du film sont d’autant plus troublantes qu’elles sont le fruit de rituel ancestraux, de traditions hérétiques, portées par des gens aujourd’hui tous disparus que seul un type comme Stanley était en mesure d’approcher. Et même sans ce contexte brûlant, la trajectoire d’Otto Rahn elle même a de quoi interpeller : appelé par Himmler lui même pour intégrer les corps les plus prestigieux de la SS, il sera mis à l’épreuve et seule sa foi quasi mystique en la chevalerie lui permettra de survivre aussi longtemps (on parle quand même d’un nazi accusé d'homosexualité qui découvre un beau jour que sa mère est juive). Cependant même les plus illustre esprits ont une fin, et celle là est des plus déchirante : il est mystérieusement retrouvé mort congelé en Autriche, après avoir enduré les camps de concentration.

 

Avec trois fois rien, Richard Stanley tisse une toile ombrageuse, sombre, à travers le temps et l’espace, et livre un témoignage étonnant à limite de l'Histoire et du monde tangible. THE SECRET GLORY est un petit recoin d'histoire, mais va plus loin que l’Histoire : en se plaçant du coté mystique, inexpliqué des choses, il établit des connections interlopes entre l’Homme et la Nature. THE SECRET GLORY n’est pas un documentaire, c’est une œuvre maudite, sublime, qui cinématographiquement parlant prouve que la vérité est une interrogation de la mise en scène sur le réel. C’est en cela que Stanley se rapproche d’un JC Sanchez pour LA CONSPIRATION DE L’ENERGIE BRULANTE par exemple. C’est triste à dire, mais c’est peut être la dernière œuvre de Stanley qui vaille le coup…

 

 

 

 

L’AUTRE MONDE de Richard Stanley (France-2013)

 

Parce que oui, depuis Stanley a découvert la région de Montségur, le village de Bugarach, Rennes-Le-Château et il a surtout rencontré le fantôme de Esclarmonde de Foix, ce qui comme on l’imagine aisément à changé sa vie. Depuis Stanley se sent connecté à cette terre pleine de vibration, ce petit bout de France qui sent la magie, là où le 12 décembre 2012 on faisait la queue pour survivre à l’apocalypse. Il se sent tellement chez lui là bas, qu’il en a fait un film avec nos amis de Metaluna, un film qui se veut la suite de THE SECRET GLORY, cette fois ci en HD et en scope avec le directeur de la photo Karim Hussein. Vous connaissez l’émission des racines et des ailes ? L’AUTRE MONDE c’est un peu ça en version illuminée. C’est une cartographie spirituelle d’un territoire physique, la rencontre avec les gens qui font de ces lieux plus que des petits villages tranquille, au grand dam des Maires locaux qui voient défiler des "originaux" toute l’année. Car question curiosités, L’AUTRE MONDE c’est gratiné ; entre les shamans lubriques auto-proclamés, les ufologues du dimanche, les néo-cathares, les chasseurs de Trésors, les lecteurs de Dan Brown ou les prophètes lucifériens rien ne nous est épargné questions secoués du bocal. Heureusement, les auteurs ont fait montre de suffisamment de bonne foi pour évoquer des points de vue contradictoires, et le film n’est heureusement pas que le récit des expériences de Stanley et sa compagne dans l’au-delà. Si Stanley s’en donne à cœur joie pour expliquer ses théories et croyance profonde, la présence malicieuse du sorcier baba cool lubrique Uranie vient donner une touche de folie appréciable au métrage (et même une émotion sincère, Uranie est véritablement la clé de voûte du film, touchant et émouvant) qui sinon aurait relégué L’AUTRE MONDE à un documentaire pour Initié. Néanmoins Uranie n’est pas le seul responsable de la sympathie globale qui émane du projet : outre son voisin ufologue qui est persuadé de voir des extra terrestres dans chaque rayon de soleil, Stanley peint tout un tas d’autres portraits attachants de marginaux enthousiastes dans une démarche qui rappelle un peu les grandes heures de l’émission STRIP TEASE. La mise en scène et la photographie aussi participent à l’humour global avec des petites idées intéressantes ici ou là (le panneau SHELL, etc...).

Pour autant, L’AUTRE MONDE est ce qu’il y a de plus anecdotique dans la filmographie de Stanley jusque là. En effet, le virage entamé depuis THE SECRET GLORY ne fait pas honneur aux qualités artistiques des précédents film du maître (HARDWARE ou DUST DEVIL), et si le contenu délirant du projet est amusant, on a vite fait de regarder sa montre pendant les récits ésotériques très complets d’un Richard Stanley filmé en gros plans dans une cave à fromage transformée en antre inquiétante par l’ajout de lumières rouges tamisées, ce qui en fin de compte évoque plus la cave SM de Madame Michu qu’autre chose. De plus les séquences interminables en “caméra thermique” où l’on est censé observer des phénomènes paranormaux (des cailloux qui font 19 degré Celsius !) trouveraient parfaitement leur place dans la version philippine d’ALIEN VS PREDATOR (peut être la meilleure version de ALIEN VS PREDATOR à ce jour, en passant). Passé donc les quelques personnalités haute en couleur qui auraient pu faire de L’AUTRE MONDE une émouvante plongée dans le paranormal de proximité, on a vite oublié ce documentaire à sensation qui a plus sa place dans une soirée spiritisme sur une chaîne de la TNT que dans une salle obscure.

 

 

Norman Bates.

 

 

 

Pour lire l'Episode 4 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer ici ! 

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Publié dans Corpus Filmi

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