ETRANGE FESTIVAL 2013, épisode #6: "THE" est un autre...

Publié le par Norman Bates

 

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[Photo :"L'Acuriosité" par Dr Devo.]

 

 

 

THE STATION de Marvin Kern (Autriche-2013).

L’Autriche, ce grand pays de cinéma malade qui nous a donné le sublime ANGST en 83, est cette fois le théâtre d’un drame à la THE THING en plein cœur des alpes autrichiennes. Nous sommes dans une station de recherche en haute montagne tout ce qu’il y a de plus respectable, peuplée d’une dizaine de scientifiques. Un matin, alors que Janek se rend dans une base avancée, il se tombe devant un glacier rouge sang dans lequel le cadavre éventré d’un animal se répands en viscères... Pas de bol, c’est le lendemain que la ministre de la recherche doit venir inspecter la base…

 

Huis clos dans un paysage de neige où surviennent des monstres dignes des Grands Anciens, THE STATION emprunte à THE THING son postulat de départ. Je dis bien postulat de départ car dès lors que l’on fait connaissance avec la “ministre”, qui pour sa visite officielle entame une ascension des alpes à pieds avant de trucider un chamois-zombie au piolet à la suite d’une course poursuite avec une abeille mutante, le film tourne à la farce de festival : personnages stéréotypés (la blonde, l’alcoolique, le lâche, la jolie chercheuse névrosée, le geek et j’en passe), scènes gores tournées à l’arrache pour masquer le manque de moyen et une fin "énorme" et "juste délirante" qui clos péniblement un film qui avait pourtant bien démarré. Si en effet la première partie du métrage fait monter la tension en ne dévoilant pas grand chose, en accumulant les apparitions mystérieuses via une mise en scène posée et en utilisant le scope pour figurer d’un environnement hors norme où l’humain parait minuscule et vulnérable, dès lors que la première créature mutante pointe son gros dard venimeux, le réalisateur semble oublier tout ce qu’il a fait pour filmer n’importe quoi, et plus gênant encore, n’importe comment. Caméra portées dans les scènes d’actions qui rendent impossible tout discernement de ce qui se passe à l’écran, montage hystérique, trames scénaristiques improbables… D’une austérité maitrisée qui laissait planer un sentiment d’inquiétude, on se retrouve dans le film de monstre à petit budget pas très drôle et plutôt convenu. On louera néanmoins la volonté de ne pas utiliser d’image de synthèses et le personnage de la ministre, de loin le personnage le mieux écrit et interprété du film, qui ferait presque aimer l’écologie. Car oui le film se veut aussi une mise en garde sur les méfaits de l’homme sur la nature, et la menace que ça entraine sur l’écosystème : de l’écologie dans mon film de monstre : sans déconner !

 

 

 

 

THE RESURRECTION OF A BASTARD de Guidio Van Driel (Pays Bas 2013)

 

Ronnie est un caïd de la région des Frises (en Hollande) connu pour ne pas être un enfant de cœur. Il survit à une tentative d’assassinat : sa vie en est bouleversée et il décide de partir à la recherche de son agresseur. Eduardo est un sans-papier angolais qui travaille dans la ferme de l’agresseur de Ronnie. Il n’a comme seuls souvenirs de son passé que d’étranges images et une musique qu’il écoute inlassablement. Minne est un fermier, Ronnie a blessé sa femme et sa fille lors d’un braquage, et depuis il cherche à se venger. Passé, présent, futur : vie, mort et résurrection d’un connard.

 

Passionné par le thème de la rédemption, Guidio Van Driel (c’est son premier film) tisse son récit entre surréalisme et quête de l’identité : chacun des personnages se verra confronté à ses jugements, devra affronter le poids d’actes lourds en conséquence, le tout traversé par une symbolique picturale autour des racines. Ecrit comme une sorte de PULP FICTION aux enjeux plus fondamentaux, les personnages ne se rencontrent vraiment qu’à de rares instants sans savoir que leurs destins sont intrinsèquement liés : la comparaison avec le film de Tarantino est valable aussi pour la peinture d’un milieu de petits gangsters violents qui parlent beaucoup. Pour autant les deux films n’ont rien à voir, DE WEDEROPSTANDING VAN EEN KLOOZTAK (joli titre en V.O) est bercé du parfum des polders et des digues arpentées à vélo dans ce plat pays en face de la mer du Nord où des personnages cherchent du relief à leur existence. Point de grandes envolées lyriques, mise en scène froide et détachée, avec une photographie intéressante, contrastée et colorée qui évoque la peinture de Bruegel dans un scope soigné et posé (c’est agréable après A FIELD IN ENGLAND !). Si le rythme est un peu lent, il y a néanmoins d’intéressantes variations et cassures qui donnent un cachet tout particulier et une ambiance très originale a DE WEDEROPSTANDING VAN EEN KLOOZTAK (amis hollandais, bonjour) : en effet ce qui rend le film parfois sublime c’est cette volonté surréaliste de faire entrer le métaphysique par la grande porte, et de briser une mécanique qui sinon serait bien assommante. Ainsi les enjeux sont reportés sur le plan poétique, et si en substance rien d’important n’arrive jamais, c’est parce que tout le champ des possibles est éclaté hors-script : la résurrection est avant tout un changement dans le regard et c’est là que le film marque des points. Le regard, la photographie, et la façon dont les choses similaires sont perçues différemment importe plus pour Guidio Van Driel que les tracasseries terre à terre des gangsters modernes. Pourtant, c’est par ses dernières et la violence qu’elles engendrent que vont s’entrechoquer des destinées funestes et émouvantes. Retrouver une paix intérieure est paradoxalement une question esthétique au sens le plus ancien du terme, c’est à dire philosophique et artistique : comment vivre en accord avec la Vérité absolue et naturelle, comment la pensée dépasse le sensible. C’est cette quête absurde de l’image, qui n’est pas explicable mais qui doit être vécue, c’est ce gangster qui s’appelle James Joyce, c’est ce clando qui finit dans un arbre, c’est la double symbolique sous laquelle est placée l’existence humaine : la naissance par l’esprit et par la nature.

 

L’intention y est, la réalisation est originale mais le film à quand même de gros problèmes de rythme, de lourdeurs qui empêchent le film d’être aussi poétique qu’il voudrait l’être. Le script notamment prend trop souvent le pas sur la mise en scène, ce qui donne des scènes pas vraiment intéressantes mises là pour sans doute coller au matériel original (le film est adapté d’un comique) qui occasionne des pertes de rythmes assez pénibles. Car si l’auteur à des intentions très ambitieuses et insuffle un point de vue complètement radical à son histoire, il se perd dans la première moitié du métrage dans une adaptation très littérale de sa propre œuvre en n’allant pas jusqu’au bout de du modus operandi qui par contre va exploser dans le seconde partie du film : quel dommage que tout le film ne soit pas à l’image de la stupéfiante séquence de fin, vingt minutes filmées dans le noir absolument sublimes non seulement au niveau de la photo (véritable moment de bravoure de chef op’) ou du découpage mais surtout dans le propos dont la force s’en trouve décuplé (la symbolique de l’eau et la nuit dans un enchainement mystique et mystérieux) preuve que Guidio Van Driel en a sous le pied pour un premier film. Alors maintenant on espère qu’une chose, qu’il remette ca !

 

Norman Bates

 

 

 

 

 

Pour Lire l'episode 5 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer ici !

 

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Publié dans Corpus Filmi

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