ETRANGE FESTIVAL 2013, Episode 2 : Un après-midi avec Caroline Munro et Martine Beswick...

Publié le par Norman Bates

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[Photo : "Un Diptyque pour la Paix (Contre le Graphisme, la Photographie et l'Architecture" par Dr Devo.]

 

 

 

Ca va les jeunes ?

En tout cas nous ici ca va, je suis avec Caroline Munro et Martine Beswick, en pleine forme toutes les deux. On parle du bon vieux temps, de cette époque révolue où les jeunes starlettes affichaient fièrement leurs formes généreuse dans des films qui ne l’étaient pas moins. Rencontre émouvante avec deux femmes que le cinéma à érigé comme égérie d’une génération avant de les faire tourner dans James Bond et de les faire disparaitre aussi vite que leurs interprétations furent marquantes, avec deux films notamment emblématique de ce que fut leur talent : MANIAC pour l’une et DR JECKYLL ET SISTER HYDE pour l’autre. Pour la petite histoire, c’est Caroline Munro qui devait jouer dans DR JECKYLL ET SISTER HYDE, mais elle a toujours refusé les scènes de nus ce qui a permis à Martine Beswick d’avoir le rôle. Les deux films sont projetés aujourd’hui, avec en plus comme mise en bouche LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD, deuxième volet des aventures de Sinbad porté par le regretté Ray Haryhausen.

 

 


LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD de Gordon Hessler (USA-1973)


Si je n’attendais pas grand chose d’autre du VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD qu’une modeste brise attisant la nostalgie toute particulière de mes après-midi d’enfants, du parfum d’aventure qui alors avait la fragrance des milles et une nuit et qui transformait un petit écran en coffre au trésor dans lequel naïvement naissait les rêves de courses au bout du monde, de princesses peu vêtues et de héros invincibles, je fus hélas rattrapé bien vite par un film qui aujourd’hui, il faut bien le dire, n’a d’intérêt que pour les splendides effets spéciaux de Haryhausen et à la limite la plastique de Caroline Munro. Les quasiment 2 heures du film ne passent pas très vite quand on est revenu de ses rêves d’enfants, et le montage qui a l’époque faisait naitre cités enfouis et riches palais orientaux dans une imagination qui n’attendait que ca pour s’en donner à cœur joie parait aujourd’hui bien mou et manque cruellement de rythme. Pour autant le charme suranné d’acteurs plus que moyens surjouant un script archi-conventionnel fait son petit effet, et le premier degré du film fait plaisir à voir, là ou les blockbusters actuels sont d’énorme machines pleines de cynisme post-moderne assommantes (PIRATE DES CARAIBES par exemple…) bien plus détestables. Il est aussi amusant de voir ce brave Sinbad interprété par le très américain John Philip Law parcourir les mers pour “la gloire d’Allah”... Caroline Munro garde un souvenir ému du Maitre Haryhausen, qu’elle sait faire partager à un public de tous âges. Ce ne fut pas le même genre de souvenir pour MANIAC apparemment, on ne s’en étonnera pas.

 

 

 

 

DR JECKYLL ET SISTER HYDE de Roy Ward Baker (UK-1971)

On quitte l’aventure et les grands espaces pour un voyage bien plus marquant et bouleversant, avec le sublimissime DR JECKYLL ET SISTER HYDE de Roy Ward Baker, qu’on ne présente plus, sans doute le plus grand réalisateur de la Hammer, et à l’origine de la série CHAPEAU MELON ET BOTTE DE CUIR, à voir absolument. Nous avons eu la chance, voire même l’insigne honneur, à l’Etrange Festival d’assister à une projection historique : en effet la copie 35mm qui nous a été projetée est d’une beauté stupéfiante, extrêmement bien conservée, avec notamment ce grain si particulier des films de la Hammer qui fait passer le moindre décor en carton pâte pour une authentique rue de Londres. De plus, nous avons eu la chance de voir le film avec son actrice principale, Martine Beswick, femme admirable et d’une générosité à toute épreuve, qui a répondue à toute sorte de questions sur le travail de Roy Ward Becker, y compris les plus originales sans perdre son sourire (elle nous a notamment raconté que l’équipe du film cherchait sans arrêt à la déshabiller, ce qu’elle a refusé a chaque fois !). Pour en revenir au film, il s’agit d’une variation sur le thème de Jack l’éventreur et du Dr Jeckyll. Ce dernier, dans le but de faire un sérum guérissant toute forme de maladie, met au point une potion pour changer de sexe ! Il devient fasciné par cette double identité, et comme la fabrication de sa lotion nécessite des organes féminins, il se met à tuer des prostituées pour se fournir en matière première.

La grande force de DR JEKYLL et SISTER HYDE, c’est de faire un film extrêmement sérieux de A à Z, sur un sujet qui à première vue est complètement branque. C’est grâce notamment à la mise en scène classique (en fait non !) et précise de Baker que cette histoire prend vie et corps dans ce merveilleux duo d’acteur principal (Ralph Bates et Martine Beswick, qui nous a expliqué cette relation toute particulière qu’ils ont développés, devenant presque des clones au bout de 6 semaines de tournage) et trouve une résonnance toute particulière encore aujourd’hui. Le film est d’une modernité stupéfiante (paradoxe avec la mise en scène plutôt classique !) et enchaine les moments de bravoure (ces scènes de transformations ahurissante, on est en 70 !) à tour de bras. On pense énormément au cinéma de Powell, les ressemblances avec LE VOYEUR (projeté l’année dernière) sautent aux yeux. Entièrement filmé en studio, Baker recrée un whitechapel fantasmatique à l’ambiance étouffante, déliquescente, imprégnée d’une sexualité trouble rappelant Oscar Wilde. Ce sont ces rues obscures enveloppées du smog britanniques ou des passants se croisent en silence, haut de formes se découpant dans la lumière blafarde de becs de gaz tremblotants, prostituées ivres à tous les coins de rues et les bruits du pavé martelé par des calèches pressées. On pense aux vers de Desnos “Et les têtes coupées dont les yeux sont hagards / Ont plus fait pour mon cœur que l’amour des pucelles”, les rues sont tapissées du sang des putes et le sexe est omniprésent, homme/femme gémissants, la peur pour les braves gens dès que la nuit tombe et dans l’obscurité cet aveugle qui voit tout. Bon, certes le voisin ressemble à Nicolas Sarkozy, les seconds rôles sont à l’emporte pièce, mais a t’on déjà vu un film aussi délicieusement gothique, aussi cru tout en étant jamais choquant, abordant la transsexualité avec classe et subtilité, tout en étant sincère et drôle, avec cet humour britannique de gentleman ? Chaque plan du film émeut, parle à l’esprit et au corps, faisant s’enlacer sous les étoiles l’érotisme et la mort, dans un ballet dont l’issue ne peut être que déchirante… Chaque composition relève de l’orfèvrerie, c’est très précis jusque dans les décors et la symbolique déployée, et en plus on voit des seins. On pense aussi au cinéma muet de Murnau dans l’utilisation de la lumière, dans le surréalisme baroque de grandiloquentes postures. Le trouble identitaire trouve là un de ses plus grands avatars, et prouve pour ceux qui en doutaient encore que la mise en scène est le principal vecteur d’émotion dans un film. Il n’y a qu’à voir avec quel brio cette histoire de nerd transsexuel gothique du XIXème siècle se transforme en déchirante tragédie.

Quant à MANIAC, je n’en parlerais pas plus, les vrais savent, la projection est assez difficile, le film est d’une force assez singulière et met souvent mal à l’aise. Il faut pourtant voir absolument le film, ne serait –ce que pour son acteur principal, sidérant. Et pour Caroline Munro, bien sur.

 

 

Norman Bates.

 

 

Pour lire l'Episode 1 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer ici !

 

Pour lire l'Episode 3 du compte-rendu de L'ETRANGE FESTIVAL 2013: cliquer là !


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Publié dans Corpus Filmi

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