FAST AND FURIOUS 5 de Justin Lin (USA 2011): Seuls les anges ont Diesel...

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

devo-souhaits

[Photo: "So few words" par Norman Bates]

 

 

 

 

 

Une fois n’est pas coutume, la presse cinématographique française est passée complètement à coté des enjeux réels du dernier film de la franchise FAST AND FURIOUS. Préférant rire grassement en résumant le film à des muscles, du cul et des bagnoles, voire en le snobant carrément, peu de mes confrères ont eu la culture et l’intelligence de s'intéresser au coté éminemment symbolique et religieux de la mise en scène de Justin Lin. C’est ce que je me propose de faire modestement ici.


Pour commencer, le plus évident, c’est le cadre. L’action se déroule à Rio de Janeiro, ville surplombée par un Jésus gigantesque les bras grands ouverts, toute la misère du monde dans la face d’une foi millénaire. Utilisé à de multiples reprise, le plan hélicoptère autour de la statue n’est pas là pour rappeler au spectateur lambda que le film se passe au pays du carnaval et de la cucaracha mais plutôt pour rappeler avec humilité que la destinée des personnages, aussi musclés et doués en mécaniques soient ils, réside toute entière entre l’alpha-roméo et la montre oméga d’un fils de Dieu magnanime. Et tout l’enjeu du film est contenus dans ces plans assénés comme un chemin de croix : se faire colleter le clinquant des sociétés consuméristes actuelles avec la métaphysique de Saint Augustin, rien de moins. FAST AND FURIOUS 5, ou comment de simples braqueurs mordus de tuning automobile vont faire l’expérience de la Vertu et du Divin dans le siècle du désenchantement du Monde...


Ensuite il y a le grand héros de la série F&F, celui autour duquel toute la saga tourne, l’épicentre de la fureur : Vin Diesel, revenu de la perte de son amour, son seul amour, bien décidé à défendre ce qui lui reste, sa “familia” comme il dit. Quitte à tout perdre autant en prendre le plus possible, de stéroïdes, de bagnoles, de pognon, parce que tout ça va ensemble, tout ça c’est la vie diesel, sa revanche face au sort. Romantique déraciné au coeur brisé, c’est à Rio de Janeiro que Jésus lui ouvre grand les bras (5 fois), mais un Jésus gigantesque, un Jésus à l’image de son pelvis, un Jésus qui accueille la misère comme la richesse, les voyous comme les bouffons. Dans des favelas en full HD numérique, Vin et sa famille sautillent de toits en toits, poursuivis par des flics et ou des truands, sautillent de caisse en caisse, de vol de voiture en vol de voiture. Ils sautillent le jour, ils sautillent la nuit, ils sont insaisissables depuis qu’ils ont peint des voitures de flics en noir, depuis qu’il font des courses dans le centre ville poursuivis par toutes les polices du monde, parce qu’au coeur de la tourmente tout ce qui importe c’est la famille et la liberté. C’est sa vie. Mais quoi qu’on lui reproche, Vin Diesel est l’incarnation exemplaire du chrétien militant de Saint Augustin, c’est un homme qui ne se réfère qu’a Dieu et à sa puissance, qui respecte les siens, ne trahit jamais, ne trompe pas. Les lois des hommes versus la justice immanente, comment faire confiance à une police corrompue quand seul Dieu est omniscient ? Qui garde les gardiens en somme, thématique bien plus élaborée que l’apologie de la vitesse et du plaisir consumériste que la presse paresseuse reproche au métrage. Bien au contraire, FAST AND FURIOUS 5 est l’apologie de la Foie véritable, celle qui lie les hommes et les empêches de devenir des bêtes. Pourquoi les seuls gentils du film sont des tueurs de flics, des voleurs et des parias ? Parce que que leur foi est placée dans l’invisible, dans l’indicible. Ils croient donc ils sont unis et solidaires, parce que les bagnoles sont interchangeables, l’argent passe et disparaît : l'intérêt du braquage est métaphorique, c’est la famille, l’amour, l'adrénaline et l’entraide qui sont mis en valeur. Mais la famille de Vin c’est l’Amour sacré contre tout et tout le temps, à en pardonner le pire et à en accepter les pires tourments. A une époque où l’amour est devenu un marché, FF plaide pour la fidélité et la longévité, quitte à en assumer les pires tourments. L’âme est unique, l’homme n’est pas interchangeable, et on peut crever de ne jamais trouver l’amour. Vin Diesel est beau, viril, musclé, fort et intelligent, les filles sont après lui, mais son seul amour est mort et il n’aimera plus personne. Parce que la Vertu est à ce prix. Pour citer exactement Saint Augustin “croire qu’on n’est pas aimé parce qu’on ne voit pas l’amour, ne pas rendre affection pour affection parce qu’on s’en croit dispensé, ce n’est pas là un acte de sagesse, mais une réserve odieuse ; et si nous ne croyons pas à ce que nous ne voyons pas, si nous nions les volontés des hommes, parce qu’elles échappent à nos yeux, il en résultera un tel trouble dans la société que tout sera renversé de fond en comble.”

Cette famille est bien sur classiquement composée d’un panel de personnages tous différents, chacun ayant des spécificités propres et une confiance absolue les uns dans les autres. L’asiatique beaucoup, le noir rigole, le blanc dirige, le latino est beau parleur, la femme est séduisante et manipulatrice, plus que jamais. Tous ensembles, ils forment un crew, chez les flics comme du coté de la “familia”, sauf que chez les flics c’est une fausse famille, une famille de métier, une famille corporatiste et aveugle, une famille corrompue et dissolue. La “familia” c’est autre chose, la familia c’est du respect, de l’amour, de l’entraide et du partage. On ne trahit pas. Les problèmes se règlent entre hommes/femmes, au volant d’une cylindrée explosive, le bitume comme nouveau Dieu. La justice comme une performance. Patriarche implacable de cette écurie de têtes brûlées, Vin Diesel incarne tour à tour le caïd insaisissable et le gentil père de famille, celui à qui on ne la fait pas et qui le soir venu, une bière à la main, tapote affectueusement  le ventre grossissant de sa soeur bien aimée. Et là, loin des clichés écolos modernes niaiseux, FAST AND FURIOUS 5 confronte les hommes au Tout-Puissant, en pointant du doigt l’écologie comme un animisme idolâtre, blasphème érigé par crainte par des hommes qui détournés de Dieu se sont tournés vers un culte qui les rassure, ou les coupables soient humains et identifiables et surtout qui tape allégrement dans le fond de culpabilisme latent de sous-hommes dépassés par une Nature fantasmée. L’essence du salut divin c’est du Diesel ou du sans plomb en somme.


Dernier point, Vin Diesel et Dwayne “THE ROCK” Johnson comme figures du Pére, il faut vraiment être le dernier des incultes pour ne pas saisir l’allusion au jardin d’Eden et son règlement dicté par Yahvé. Le domaine du Père EST le souverain Bien, emplie de vie et de joie car le mensonge y est honni. Hors du jardin on s’expose au Mal. On a même droit au frère maudit de Vin Diesel, allusion évidente à Caïn et Abel...  Mais Vin Diesel n’est pas le père de famille moyen, c’est LE PÈRE universel veillant sur le couronnement de SA création, SON sang, appelé à la conquête de son devenir. On s’en fout que le scénario ne soit pas très cohérent, que les flics changent de bord tout les cinq minutes ou que toutes les polices du monde n’arrivent pas à localiser cinq taureaux body buildés faisant des courses la nuit nuit en plein centre ville de Rio avec des voitures de polices volées les mains dans les poches deux heures avant, il s’agit d’une métaphore universelle, d’une parabole au sens biblique. Une cellule égale l’univers. La Famille égale l'humanité. Une petite Histoire égale l’Histoire. Au Père appartiennent la Loi et l’art de la discipline. Voie du labeur, voie du cynisme, voie de la nature, voie de la violence d’exister, voie des comptes à rendre et des combats à recommencer toujours. A la Femme, la Mère, le pardon et la cuisine, la Grâce et la Charité, bordel ! Elle donne à bouffer à des bandits, c’est la Mère du Monde, Femme Universelle... Et dans FAST AND FURIOUS 5 elle conduit ! Et aussi bien que son mari s’il vous plaît, voire même mieux.



Pour conclure, c’est la mythologie du XXIeme siècle à écrire, FAST AND FURIOUS. C’est l’expérience de la liberté, cette liberté qui est vaine sans amour, et cet amour qui n’existe pas sans liberté. C’est un film militant au premier sens du terme, c’est la réhabilitation de la Foi, avec l’humilité que ça demande pour montrer l’homme face au Tout Puissant. C’est autre chose que de montrer des gamins qui courent dans l’herbe pendant 2H30 avec de la musique de messe en fond. Si la presse avait compris ces enjeux et ce discours symbolique, elle serait peut être moins en train de chialer sur sa liberté et plus en train de gonfler ses muscles atrophiés pour la révolution qui gronde. Rapidement et Furieusement.




Parce qu’on y arrive.





Norman Bates.


 

 

 

 





PS : Spéciale casse-dédi à http://fromageplus.wordpress.com/2011/06/14/le-ciel-vu-de-la-terre/

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

lachésis 03/07/2011 22:32



Pareil que premier commentaire : + Fumage de bedo.


Nan sans rire y'a ...comment dire, une analyse de fond. Vin Diesel c'est baboulinet, si tu le respectes pas c'est blasphème, parjure, le crew te châtie.



jacquouille 03/07/2011 18:06



pourquoi ? quand c'est Tony Gatliff qui parle de la famiglia c'est pas assez crédible ?



fromageplus 28/06/2011 00:32



:D