FAUT PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU POUR DES CANARDS SAUVAGES de Michel Audiard (France-1968): La Job's Well Done !

Publié le par Dr Devo

 

 

schlingensief kon devo

[Photo (de gauche à droite: "Samedi, Mardi, Garmonbozia" par Dr Devo, d'aprés les photos de Christoph Schliengensief et Satoshi Kon.]

 

 

 

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Tu sais (oui, je commence sur une faute...), souvent, je me fais le pourfendeur de l'artisanat en la jouant versus le cochon, tendance architecte. Et du reste, je suis jamais revenu là-dessus. Fidèle quoi (tu commences à me connaître, 5 ans et demi, ce n'est plus du petit flirt...), comme un épagneul breton attend son maître, pourtant noyé, sur la plage...

 

Et si on mettait un peu de musique, et qu'on baissait un peu la lumière? T'aimerais ça? Allez, je te sers un drink, vite fait sur le gaz, je te mets HALO, l'alboume de mes potes de Current 93 (que j'ai toujours appelé « queue-rein-teuh-quatre-vingt-treize »). Corruption! C'est bon.... On s'installe dans le living, tranquilou...

 

Je me suis levé à 7h00, il faisait mauvais. Déjà la nuit, la pluie n'avait eu de cesse que de me flinguer mon temps de récupération et d'apprentissage, comme ils disent. Ca commençait fort. Je me réveillais donc à 7h00, dis-je, il pleuvait encore... Quand tu t'es connecté sur ma plate-forme, il était 16 heures et il n'avait toujours pas cessé de pleuvoir. En faisant tourner-cogner mes glaçons de contre la parois intérieur de mon verre à whisky, je décidais de mettre comme une galette en contre-point dans le lecteur dividi (la vache, j'ai failli mettre "électeur", lapsus, faut que me surveille ou je vais refaire un ulcère), histoire de créer un décalage entre la sinistrose inspiré par Dieu et le climat aoûtsaïde, et la fantaisie type "calbard sur la tête" insaïde... Et be,n ma jolie, tu le croiras pas, ca marchotait pas mal ma petite affaire. Un peu plus et ça avait un petit goût de Pologne...

 

Je commence ma petite affaire avec Marléne J., bon p'tit lot 49 à la criée, même pas trente ans, la môme. Entre parenthèses, t'as remarqué le changement d'attitude chez les débutantes, plus de 40 ans après? Il y a un cadeau avec la lessive quand t'achète la galette, et tu verras des bouts de bandes promos pour la télé de l'époque, notamment un discussion sur canapé entre Marlène et le père Audiard, breakfast of champions: ça taquine, ça observe,et on sent qu'elle cogite bien, la bougresse. Et c'est du direct, simple, du producteur au consommateur. Quant tu vois que maintenant, la moindre cracheuse de texte semble sortir de la place Vendôme ou d'un palace 69 étoiles, et comment ça se sent plus pisser de l'eau de rose dés qu'on a fait un film avec Kad Mérad, franchement, y'a une différence, non? C'est qu'elles veulent être actrice, comme on est chanteuse, vétérinaire ou pompier. Avant, elles voulaient faire des films, et on appelait le patron "Monsieur"!

 

[C'est complétement bête de dire ça. En même temps, à l'époque, on n'avait pas pas Facebook, on ne pouvait pas regarder des vidéos de chats qui se cassent la figure dans la salle de bain, et on en connaissait pas les polyhartistes... A chaque âge, ses plaisirs!]

 

Marlène, donc, un sacré brin vous l'aurez compris, est à la colle avec André Pouce, un sacré gangsta'. Ce dernier monte un sacré coup: le détournement d'une estafette de convoi de fond contenant un bon laoding de lingots d'or.

L'opération se passe à merveille, et tout serait absolument épatant si la Marlène n'avait pas une autre idée en tête. André c'est son homme, mais Bernard Blier, c'est son associé, et la petite sait où elle va. Elle trahit André Pouce, et c'est Blier qui met la main sur les barrettes. A son tour, Narnard La Combine embaume la Jobert en redéfinissant le partage: 100% pour lui, 0% pour elle!

L'arroseuse est trempée, mais n'en reste pas là... Elle décide de rendre visite à sa tantine (Françoise Rosay) dans le Sud. Quand cette dernière commence à avoir une bonne idée du tableau, elle décide de reprendre du service et remonter sur Paris pour faire le ménage. Et dans la capitale, le Landerneau des malfrats se fait tout petit à l'annonce de ce retour... Blier se retrouve seul pour protéger son magot., et décide que la meilleure défense c'est l'attaque. La tantine est sur sa liste...

 

 

Je me souviens dans ma glorieuse jeunesse, où, entre un livre de Pierre Desproges et un épisode du Monty Python's Flying Circus (qui à l'époque passait en anglais sous-titrée, en access et en praïme, belle époque), il y avait une espèce de mode en forme de revival, consistant à faire entrer Audiard au panthéon en se répétant que c'était génial. Avec le recul, je me demande si'il ne faut pas voir là le signe d'une communauté cinéphile qui canonise l'artiste après avoir craché dessus du temps de sa splendeur populaire! Un peu comme Sergio Leone, bien détesté de la communauté cinéphile jusqu'au début des années 80, puis soudain considéré aussi indispensable qu'une serviette bien chaude dans les cabinets, à la japonaise, c'est chic! Mais laissons cela..

Toujours est-il que, lorsque j'étais pignouffe, Audiard, je l'avais plutôt à la bonne, mais que désormais adolescent, ce matraquage médiatique (où tout le monde rivalisait pour citer les répliques de mémoire!) m'a bien éloigné du bonhomme. Ils avaient réussi à le transformer en Oscar Wilde ! Beurk!

 

Évidemment, c'est bien dommage... Et en même temps quel plaisir que de redécouvrir ces films à l'âge adulte! Et quel surprise aussi!

Car autant le dire, FAUT PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU POUR DES CANARDS SAUVAGES est un total bonheur. Loin de la brioche flatulente... [Bon, là, il y a un jeu de mots tordu, je vous laisse réfléchir...]

 

Loin de la brioche flatulente (inutile de chercher du côté de "pitch", c'est pas ça!), on est surpris de la totale liberté de la chose, peu ou prou. Alors évidement, pour les plus jeunes d'entre-nous (ceusses nés dans les années 80), on peut dire que les légendes urbaines entourant Audiard sont fondées. Les acteurs sont totalement épatants, et tous, ou presque. Non seulement on convoque des gueules, mais ça joue drôlement, des premiers aux seconds rôles. Blier et Rosay, exceptionnelle tantine (et carrière internationale: allez jeter un oeil sur imdb!) sont hallucinants! Quel métier ils ont! Quelle merveilleuse bouteille! C'est précis comme jamais, ça s'écoute,ca ralentit, ca break et ça repart à toute berzingue! Bref, c'est punk et hardcore ! Rien que pour ça, le film est absolument indispensable, et on ne saurait conseiller aux apprentis acteurs d'arrêter de pratiquer les arts de la rue, le cicarsisme et le djembé, d'arrêter d'aller voir des pièces de théâtre faisandées et pleins d'acteurs étant persuadés d'être sortis de la cuisse de Francis Huster, pour voir, à la place, ce film qui en dix minutes leur apprendront bien plus qu'en 6 mois de conservatoire. C'est SU-BLIME !

Juste derrière, Jobert et André Pouce, un grand mec lui aussi, sont merveilleux. Loin de jouer les potiches sexy de luxe, Marlène Jobert est un potiche sexy de luxe, avec un cerveau, et ce qu'il faut de désinvolture et de précision. Elle passe très bien, avec beaucoup de facilité même, en se foutant complétement du ridicule. Dans les scènes avec les trois autres monstressus-cités, elle tient bien son rang et n'a pas à rougir. Avec une troupe comme ça, le défi devient Kinder délice, voire même tout bueno. Quiconque a des fans d'Audiard dans son cercle, si j'ose, le sait très bien: si c'est pas joué dans le suprême et le merveilleux, si on est juste en dessous, c'est ignoble! Je crois d'ailleurs, si vous me permettez une digression documentaire, que je préfère encore danser "A La Queue-Leu-Leu" dans un mariage (ce qui est, pour moi, l'expérience la plus traumatisante de l'existence en temps de paix) que d'entendre des amis réciter des répliques des TONTONS FLINGUEURS ou autres. [En fait non, c'est l'inverse mais de peu, disons...]

 

Les textes d'Audiard sont des tueries, comme disent nos amis les jeunes, mais l'animal ne faisait pas dans le naturel. C'est composé, abstrait même parfois, et en un mot, c'est de la dentelle. Du coup, les acteurs capables de cracher la chose en gardant la franchise et la décontraction nécessaires, ils ne sont pas légion. Mais quand ça marche, comme ici, c'est à devenir chèvre tellement c'est bon. Quel délice! Malgré sa réputation de sniper et de maître du bon mot, ce qu'il est aussi, Audiard est surtout un livreur de cathédrale de mots, un constructeur de gros blocs tartinés, au contraire! Audiard ne fait pas de la guérilla, c'est le débarquement sur les plages normandes avec 12,000 bateaux et 987 bombardiers. La liberté du sujet, l'énormité du processe, alliés à ce travail de dentelière de Calais, les trois ensembles, en plus de la fantaisie générale et absurde du projet, quand les astres s'alignent quoi, c'est absolument merveilleux, c'est presque du Sexe...


 

Et en plus, je ne vous demande même pas de choisir entre le Cadeau et les Echanges ! Car, pendant la première demi-heure, on voit très bien que la chose est innervée par une mise en scène tout à fait capable, voiremême plutôt riche. [J'allais dire plus riche que le cinéma français de nos jours, mais bon, je me retiens... [En fait, ce n'est pas plus riche que de nos jours, ça n'a rien à voir, ce n'est même pas le même sport.] La liberté d'écriture est grande: ca coupe de manière impromptue, les personnages s'adressent aux spectateurs, ça fait des appartés, etc... Les conventions de narration sont drôlement moquées, ce qui est toujours appréciable. Plus étonnant, la mise en scène suit. Un bonheur n'arrivant jamais seul, on se réjouit de voir que la photo est plutôt soignée, le cadre pas trop indigent. Le montage épaule bien le scénario, interrompant volontiers un plan en court, ou bousillant parfois même le contre-champs. Le premier quart-d'heure du film est hallucinant, la première demi-heure vraiment exceptionnelle, et les trois premiers quart d'heure très agréable.

Je ne vais pas mentir, le film n'est pas tout à fait constant. Malgré une durée courte (1h20 peu ou prou), la mise en scène devient plus suiviste, et le film se relâche largement laissant les acteurs et le scénario (un peu hésitant) turbiner pour que la barque reste à flot. Les jeux sur les décors, les objets et les vêtements cessent, le montage est moins chahuté et, au final, on replonge un peu dans une comédie plus "normale", avec l'absurde en plus. Il y a plus d'approximation aussi, et, en un mot, on attend que le vélo dévale la pente jusqu'au générique, sans pédaler. La chose se suit sans déplaisir, mais l'impression de tomber un étage au dessous est assez nette. Il n'en reste pas moins que ces ...CANARDS SAUVAGES constitue une excellente introduction au cinéma d'Audiard... Et si on est en-dessous du niveau d'un CRI DU CORMORAN..., mon chouchou, on est quand même dans un cinéma populaire qui a desserré d'un cran l'élastique du slip. Et on mesure très bien, sans ambiguïté, ô combien la comédie française a perdu de liberté en quelques décennies.

 

Et n'oublions pas, la première partie du film rend complétement indispensable le visionnage. Et ça, c'est un plus en temps de crise...

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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sigismund 28/08/2010 14:09



mo c'est pire j'en avais jamais entendu parler...Arte a un peu bousculé ses programmes pour montrer un doc sur lui, peu de temps avant de. ça m'a fait bizarre, c'est comme si on m'annonçait tout
d'un coup qu'il a plus d'Olivier Py, y aurait comme un vide.


Pour revenir à l'article du docteur, c'est pas d'aujourd'hui que j'entends que le cinéma d'Audiard manque à beaucoup, je me console à demi quand je vois quelque chose comme ' Les derniers jours
du monde', proche du cinéma de Blier - c'est tout ce qu'il nous reste- et c'est déjà ça.



tistan 27/08/2010 20:04



bin merdre, j'étais pas au courant pour christoph schlingensief


pfff