FISH TANK de Andrea Arnold (UK-2009): Dans la brune électrique...

Publié le par Norman Bates







[Photo: "J'ai ri jusqu'à ce que je m'arrête" par Dr Devo.]





Comme à la rédac’ c’est Devo qui prend toutes les séries Z et que L’Ultime Saut Quantique ne parle plus qu’en Allemand from outer space, il me reste à parler un peu d’actu et de films récents, ce qui n’est pas une sinécure, je vous le confie. Entre les comédies franchouillardes vieille France absolument désolantes et les comédies nouvelle France pour jeunes cons débiles, il ne reste pas grand-chose dans le spectre des possibilités lorsque que je déboule avec classe dans le multiplexe parisien, claquant ma carte illimité à la face des caissières RMIstes qui ne sont pas encore remplacées par des écrans tactiles froids et muets. Donc la caissière qui doit nourrir ses gosses à bien du mal à faire le poids, c’est pourquoi je vais toujours au contact, n’hésitant pas à rassurer, aucune machine ne me vendra jamais un ticket de cinéma. Je fais dans le social, je vais voir un film que la critique estampille du même sceau que les films de Ken Louche, vous savez coude-coude, celui qu’on aime à la CGT, et pas beaucoup chez nous, dans notre immeuble gigantesque à la Défense (on paye des impôts nous !). Bref, c’est la crise, où irons-nous au ski cet hiver ?



Mia traîne dans un quartier ZUP ou un truc du même genre version anglaise, elle s’est faite virer du lycée pour avoir abordé avec cynisme des thèmes sensibles auprès de son professeur de philosophie. C’est l’histoire d’un mec qui n’aimait pas Hughes Onfray, et à la fin la fille s’écrase et vote Schwarzy. D’accord ça ne s’est peut être pas passé exactement comme ça, mais Mia est à la rue au final, elle traîne dans son quartier, se prend la tête avec tout le monde, et en plus a le coup de boule facile. Pour s’évader, elle fait de la danse de rue dans un appartement qu’elle squatte, un appart carré et tout bleu, genre un aquarium, oui c’est le titre du film tout s’explique (voire photo). A la maison c’est le bordel, sa mère vit seule avec sa sœur (pas d’homme à la maison s’exclame Sophie Marceau, et elle a raison) et l’une comme l’autre ont l’insulte facile, du genre à faire pâlir un docker. C’est sans doute le RMI, sauf que ma caissière est polie, elle au moins. Chez elle ce n’est pas trop la peine, elle se prend la tête, en plus Michael Fassbender (INGLORIOUS BASTERD) squatte (il se tape madame) et elle l’aime pas trop, ou alors trop, elle ne sait pas bien. Donc la journée elle ne fait rien, elle danse et nourrit un poney prisonnier des gitans.




C’est du 1.33 voir 1.37, demandez au Dr Devo c’est le spécialiste, en gros l’image est carrée ! C’est chouette de partir comme ça au XXIème siècle, c’est déjà un parti pris de mise en scène avec des poils au torse et des tatouages, mon dieu que ça fait du bien, et qu’on est loin de ce vieux fainéant (ah les syndiqués…) de Ken Loach. C’est même joli en plus ! Andrea Arnold (c’est une Dame) se paye le luxe de faire les choses avec tagada et soin-soin (qu’est ce qui nous arrive ?) sur un modus operandi que n’aurait pas alain renié Gus Van Sant puisque qu’une caméra en mouvement suit notre héroïne de dos pendant tout le film, dans son errance et dans son cheminement façon ELEPHANT le tout avec un cadrage à la PARANOID PARK, ce ne sont pas les pires références ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, on est quand même pas au niveau des deux excellents et sublimissimes (mettez ça sur ma note) films suscités, mais quand on s’attend à manger du grisâtre anglais avec un nuage de lait, on est bien content d’avoir du pulco à la red bull a la place. C’est donc plutôt joli dans l’ensemble, voir très beau dans les entournures, original en tout cas dans la façon de présenter les choses. Je ne sais pas vous mais moi j’aime bien jusque là ?



Ok donc Mia danse (…) et elle se projette toute entière dedans, elle veut enfin qu’on la remarque, erich maria, elle veut faire de sa passion sa vie, puisqu’elle n’est entière qu’a ces moments là. Le sujet n’est donc pas de faire un portrait social de pauvres gens –lancez leurs des cacahuètes- mais bien de parler du sensible et de l’abstrait, de l’art ma poulette ! Le seul ascenseur social c’est celui qui te soulève les tripes, la raison de ta naissance et de ta place dans l’univers, chérie la table !, c’est par la qu’on s’en sort. Il y a une scène terrible, j’en pleure presque encore : Mia est prise pour une audition, elle joue sa vie, pour elle c’est la seule sortie valable du ring, et là elle tombe sur une scène de bar où on lui demande de faire la pute !!!! Humiliation totale, toutes les autres filles sont quasiment nues et maquillées comme un compte du crédit lyonnais, alors que Mia est en survet’ et se prépare à ouvrir les portes de la perception (je schématise) avec un ouvre boite rouillé ! C’est ça la  vraie violence, merci la société du spectacle et tout, Guy Debord rassieds toi, on éteint les projecteurs. A partir de la, tout va mal ! C’est absolument horrible, Mia ne fait que déboucher sur des situations encore pires, et ce pendant presque deux heures ! Le film n’est qu’une longue descente vers les bas-fonds du monde, c’est un opera wagnérien avec du hip hop et sans allemand. Plus tu veux t’en sortir, plus on te met des bâtons dans les roues et tu tombes : rien ne se résoud jamais, tout devient pire à chaque pas. Et pourquoi ? Parce qu’elle veut danser comme à la TV ?? Mais arrête de rêver Mia, pour toi y’a des parcs et des lycées spécialisée, c’est torchon serpillière sans option latin ! Les cons !



A aucun moment le film ne donne de leçon, le pire c’est qu’il ne se finit même pas mal, il se finit pire que ça ! La fin de FISH TANK c’est le poisson qui sort de l’eau de l’aquarium mais qui crève d’asphyxie ensuite alors qu’il pensait nager avec le cadavre de Gérard D’Aboville dans la mer des sargasses. Mia, t’es belle quand tu souris et quand tu touches le RMI, le reste c’est une question d’épaule, tu les as ou tu crèves en cherchant à les avoir. Moi je chiale devant ma caissière de ciné et ma classe s’effondre, Clark Gable n’avait jamais envisagé  qu’on puisse mourir quand on a du talent. Michael Fassbender dans le film trompe tout le monde de A à Z, c’est en fait le personnage le plus horrible du film, c’est la main tendue qui ne mène à rien : pour lui les pauvres c’est comme un voyage aux caraïbes, c’est pour le dépaysement et le sexe sans tabou, mais il est bien content de rentrer dans sa maison avec sa femme et ses gosses, même si il faut se taper les rêves de princesses et les premières règles de sa gamine.



La lumière est très belle également. Les scènes de nuit ou de crépuscules ou d’aubes sont vraiment réussies, on voit toujours ce qu’il se passe. Autre bonne idée de mise en scène, les fameux morceaux de danse sont très souvent présentés sans son, véronique ! C’est très beau, des mouvements dans le vide, bercés par le son de la ville, du vent, des gens et de l’environnement. Une sorte de rituel tendant presque vers l’art martial, comme si au fond de l’abîme il ne pouvait y avoir d’inclinaison du corps, juste un langage à développer qui nous soit propre, inconscient et qui parle malgré nous, malgré le fait qu’on crève, qu’on nous trahisse et qu’on nous mente. Au fond Mia n’est pas une rebelle, ce n’est qu’un roseau qui plie dans le vent et qui se cassera tôt ou tard. Il y a vraiment cette sensation de fragilité, qui passe aussi par le jeu de l’actrice, qui même si elle patate un peu, voire beaucoup plus, passe plutôt bien dans ce contexte de fille à fleur de peau. C’est une approche assez sensuelle de la souffrance, qui passe par le langage du corps, comme ce cheval qu’un voit mourir, et sans gros traits épais à coup d’envolées larmoyantes. Ok, je valide.



Je sais, je sais, là j’ai l’air de dire que le film est un chef d’œuvre, qu’il faut courir le voir, mais qu’est ce qu’il m’arrive ? Non, le film n’est pas vraiment un grand film, et ce pour plusieurs raisons quand même, ça va, je balance. Par exemple, on sent bien qu’ils vont chercher le pathos très loin, et parfois pour faire pleurer ta meuf, comme ça, gratuitement et j’ai vraiment horreur de ça. C’est pourtant dommage étant donné qu’ils ne tombent pas dans les clichés, et dans les messages à deux balles genre la musique sauvera cette pauvre fille, etc… D’un point de vue plus technique, si le film est globalement assez beau, le procédé qui consiste à suivre la gonzesse en caméra portée pendant 2h accuse quand même certaines limites, et les scènes de courses/actions rapides font très reportage d’investigation TV, genre je cours avec les protagonistes et tu vois plus rien. Il y a également quelques tics assez énervants, et puis la gamine qui court après la voiture à la fin en agitant les bras, c’est vu vu et revu, et en plus ça n’apporte rien a jean moulin.



Au final c’est plutôt une bonne surprise quand on attend pas grand-chose, et même si le film n’est pas vraiment subtil, il y a vraiment une violence sous-jacente horrible de cette société qui envoie les pauvres faire la pute, il y a l’amour qui naît au milieu de cette merde grâce à une expression de soi un peu artistique et élaborée, la grâce seule destine à la mort la bouche ouverte, les gens qui ne veulent pas rentrer dans le moule, on les mets dans des lycée spécialisés avec des handicapés, quelque part entre la belle série SKINS et PARANOID PARK. Il y a ce FISH TANK, ces femmes au bord de la cuisinière, seules, alcooliques, dépravées, sales dont la seule culture vient de la TV, qu’il est difficile d’aimer, dont il est difficile de se débarrasser, mais qui crèvent, qui mettent au monde des enfants qui sont destinés à crever eux aussi, qui se feront baiser avant ça, qui vont vivre dans un HLM toute leur vie, tout le monde danse, c’est la fin du monde, servez vous de vos sexes, tous et en cadence, sur des rythmes industriels, sur le hip hop de ceux qui ont réussis, de l’autre coté du miroir, dans la télévision, dans les supermarchés. A la vôtre.

 

Norman Bates.







Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

Retrouvez Matière Focale sur 
Facebook .

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Norman Bates 20/10/2009 08:55



Salut David ! Je suis completement d'accord avec vous, et avec votre très belle critique du film. Je m'apercois que j'ai completement oublié de parler du son, ce que vous faites à merveille.


 


Bravo !



David 19/10/2009 21:18


Et pourtant… « Une chronique sociale totalement touchante et réussie » (le Figaro) ; « La caméra accompagne dans la grande tradition du réalisme social britannique »
(L’Humanité) ; « Drame social un rien austère » (20 minutes)…
Ouep, en fait, "faire du cinéma social" ça se traduit par "filmer des gens pauvres" en termes critiques. C'est un peu triste...