GIALLO de Dario Argento (USA-ITA 2008) et SURVIVAL OF THE DEAD de Georges A Romero (USA 2009): Jaune et jolies

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

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[Photo: "Zombie" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

 

“Conquérir c’est détruire” écrivait Shakespeare lorsqu’un qu’un jeune homme voyait dans l’amour accompli les orbites vides d’un crâne débarrassé de toute vie. C’est sans doute l’inspiration première de Dario Argento et Georges Romero quand ils se retrouvent le dimanche après midi à promener leurs gosses dans le square en bas de chez eux : lorsqu'on a crée un genre, qu’on en a tiré les plus grandes œuvres, qu’est ce qu’il reste à inventer ? Quand Romero est obligé par ses producteurs à faire encore et toujours des films de zombie, et alors qu’Argento se voit offrir l’Amérique pour faire du giallo, quand ils se remettent en question pour la énième fois et cherchent à détruire les genres qui les ont fais rois, on ne peut qu’être séduit par la démarche un peu  punk qui les réduit tristement à des bêtes à festivals, ou a des direct to dvds de fonds de bacs. Alors à l’heure où le factuel fait référence et où le regard trop sollicité ne voit plus, alors que les hordes de geek se jettent sur le premier blockbuster formaté à leur destination par un matraquage multimédia permanent qui va du jeu vidéo à la bande dessinée en passant par la littérature ou les comics dans une pluie continuelle de remakes inconsistants ou de suites insipides, ca fait franchement du bien de voir que papy sort de la cave le sourire au lèvre en leur faisant un gros doigt (même pas en 3D !).

 

Dans GIALLO un tueur en série kidnappe des femmes pour les tuer. Dans SURVIVAL OF THE DEAD des chefs de clans écossais se disputent une île dans un monde zombifié, alors que dans le même temps un groupe de militaires se retrouvent parachutés dans le conflit. Des serials killer pour l’un et des militaires sur fond de lutte pour le pouvoir pour l’autre : à première vue, on ne nage pas dans l’originalité, et nombreux sont les films d’Argento ou de Romero qui pourraient être résumés ainsi. Pourtant ces deux films, chacun à leur manière sont extrêmement différents de l’œuvre de leurs auteurs respectifs. En effet, on ne le dira jamais assez, un film est tout sauf un résumé littéraire, un scénario ou une narration. Si ces deux films sont différents c’est parce qu’ils intègrent le cinéma de genre d’aujourd’hui dans leur chair même, pour mieux rappeler à de jeunes réalisateurs pas toujours inspirés qu’il y a une raison à une ellipse, à un montage ou à un cadrage particulier. Et accessoirement pour rappeler qu’il y a un sheriff en ville.

 

Dario Argento n’y va pas par quatre chemins : dans le script même, la séparation avec le genre est consommée en la personne du serial killer qui s’appelle Giallo, une sorte de clone cheap de Stallone  dans RAMBO tirant sur le jaune pisse avec une voix ridicule qui arrive néanmoins et malgré tout (je vous le mets aussi) à piéger un bon paquet de jeunes femmes sans jamais être inquiété. Le GIALLO du titre n’est donc pas un vibrant hommage à un genre désuet, c’est le genre désuet mais toujours vaillant qui charcute allégrement de la grognasse sous couvert d’une justification psychologique douteuse à base de traumatisme familial. Tant qu’on est dans le familial, le personnage campé par Brody est le stéréotype incarné du traqueur de serial killeur dont la mère à été tué devant lui pendant son enfance et qui s’est depuis consacré à la chasse sans relâche de la racaille psychopatique. Si je vous dis en sus qu’il est célibataire et américain vous ne serez sans doute pas étonné non plus. On s’en rend compte très vite, le film est balisé à l’extrême, tout les grands poncifs du genre sont bien là, on peut même en dresser une liste exhaustive. Et c’est là qu’intervient la mise en scène.

 

Le scénario n’a aucun intérêt : l’enquête minable  d’un détective splendouillet (magnifiquement interprété par Brody, jamais convaincant dans son rôle, mais toujours malicieusement à coté de la plaque) dont on voit à l’avance quels vont être les rebondissements et la finalité. On se doute bien que, très vite, il va tomber amoureux de Saigner en surmontant sa peur grâce à l’amour salvateur. Bref, je ne vais pas m’attarder des plombes la dessus, on voit tout le squelette du thriller (scènes d’autopsie, torture, scène de crime) qu’on nous sert depuis 20 ans, à ceci de différent qu’il ne fonctionne pas du tout ici, à dessein. Oui, car les acteurs d’abord sont interprété à la manière de tous les acteurs d’Argento depuis 10 ans, c'est-à-dire de l’aveu même de l’intéressé sans aucune directive, ce qui n’a pas l’aire de l’empêcher de dormir. L’actorat est donc aux antipodes de ce qu’on peut voir dans un thriller des familles américains avec un sbire de Brad Pitt qui joue très sérieusement le jeune flic intelligent et beau gosse à grand coup de posture clicheteuses et de serrage de dent appuyés genre "je vends des dentifrices, du nucléaire et du biologique et en prime je redonne l’envie à votre femme". Chez Argento, même le killer est minable à défaut d’être effrayant. L’horreur vient plutôt de l’orchestration de tout ca, du montage et de la manière de filmer cette carcasse, méta thriller postmoderne photographié et mis en scène comme une série TV (ce n’est pas péjoratif, c’est juste très simpliste dans la composition mais de plutôt belle facture) dans lequel Argento insère d’habiles mouvements de caméras comme d’évidente pistes de sortie du carcan grossier dans lequel les personnages semblent prisonniers. Je prendrais pour exemple le formidable travelling final ou la scène de l’hôpital : les enjeux sont bien définis, mais la scène s’étire presque à l’infini et ne débouche sur rien ! C’est beau comme un camion, plein de tension, petit à petit les éléments se rajoutent : la fille, le garde, le cri, le téléphone puis enfin une idée génial (le sang/huile) et puis générique ! Aucune réponse, la situation est bloquée donc le film s’arrête. C’est une lente frustration qui monte et qui n’aboutit pas. Tout l’enjeu est là, donner au public ce qu’ils ont aimé ailleurs en leur enlevant la possibilité d’en jouir. Comme un bon gros FUCK ! Agitation, confusion, masturbation, vous êtes pris sur le fait ! Comme quoi ce qui attire les gens c’est ce qui brille, personne n’ayant aimé le film.

 

 

SURVIVAL OF THE DEAD c’est un peu plus tendu. Les intentions sont là, mais Romero pagaie joyeusement  dans la mangrove : le scénario est inutilement alambiqué, les rebondissements n’en finissent plus, on s’ennuie très vite car le montage subit de plein fouet la narration Laurène bancale (mais elle n’a même pas peur). En plus ce n’est pas comme si Romero ne nous avait pas fait le coup des militaires à de multiples reprises, on le voyait venir, un peu comme le convoi des Troskystes le premier mai, avec un certain amusement mais tout en sachant qu’on serait quand même sur notre faim, bien où on l’attend. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas réveillé les morts, malgré l’ajout d’un geek dans le casting, une sorte de Michael Cena en version intelligente, un mec qui sait aussi bien se servir de son fusil que de son iphone (ca hante mes nuits !), et qui surfe sur internet pendant le film, trouvant sur Google Map un chemin vers l’inéluctable Fin.  De femmes, des geeks, des irlandais et des écossais, la sauce à quand même du mal à prendre !  Quand au bout d’une heure de film on assiste à la sortie en kilt de John MacO’Hara déclarant à un sosie du capitaine Haddock qu’il n’y aura pas de bœuf séché cet hiver, la sauce tourne vite au faisandé...

 

C’est dommage. Il y a pourtant de belles choses, de beaux plans alors que Romero n'est pas spécialement connu pour être un esthète, des choses assez iconoclastes comme ce combat presque japonais en toute dernière image, une thématique assez sincère et nihiliste sur le pouvoir infini (les chefs qui se relèvent éternellement sans qu’il soit possible pour personne d’y mettre fin), une actrice fort jolie et des tortures sur les chevaux (dieu sait que j’ai horreur des chevaux en plus, moi j’ai pris ca comme une attaque contre Eastwood). Montage maladroit, scénario à boire et mise en scène à manger, plus rien ne tourne vraiment rond, c’est un peu nanardesque, c’est un peu dommage, en même temps on est bien installé alors pourquoi on partirait ? Heureusement il y a encore des scènes gores assez réjouissante, il y a encore un peu de verve chez Romero, sans doute assez blasé de faire encore et toujours se lever les morts. En même temps tu m’étonnes, quelle vie !

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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