HANA-BI de Takeshi Kitano (JAP 1997) : Katana que l’amour

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

tétons

[Photo: "Sans titre #56" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

Aux abords du Mont Fuji, sur une plage de sable fin ou roulent doucement les vagues dans la quiétude de la forêt de bambou proche, Nishi regarde une dernière fois sa femme sous les yeux de sa fille morte. Il se souvient des fusillades, des moments amoureux, de son meilleur ami avant qu’il devienne handicapé, et du hold-up qu’il vient d’organiser pour rembourser ses dettes. L’air est pur, la mer limpide et dans le silence de la fin d’après mid,i Nishi se remémore des moments de sa vie : les planques, les traques, la police qui sont maintenant loin derrière lui. Aujourd’hui  sa femme va mourir et il n’y a plus de mots…

 

Kitano est à la mode en ce moment : rétrospectives un peu partout, master class et exposition art moderne à Beaubourg, si vous habitez Paris vous êtes forcement au courant. Kitano pourquoi pas, me dis-je in petto, en plus il y aura surement de jeunes étudiantes en plastique dans ce cinéma du quartier latin (spéciale dédicace !) avec qui entamer une discussion sérieuse sur les textures et les sensations de l’été prochain. Je lui disais à ce propos que l’exposition de Kitano était un sublime foutage de gueule comme à peu près chaque "œuvre" exposée au centre Pompidoupidou-pidou , et elle me disait, dans un sourire qu’un rayon de soleil naissant éblouissait, que le dinosaure en plastique était le symbole allégorique du refus de la nature à faire perdurer la puissance, et moi je lui répondais perdu dans ses yeux bleus que c’était aussi le symbole du mouvement pro-créationniste aux états-unis mais il était trop tard, j’étais tombé dans le terrier d’Alice, je voyais des jouets en 3d tournoyer autour de moi, je voyais ses yeux et encore son sourire, son sourire, son sourire, je voyais ses cheveux qu’une petite brise faisait onduler précautionneusement, je disais n’importe quoi et je souriais comme un con, je sentais son shampoing aux amandes et le piège se refermer autour de mon cou…

 

Je reprends mes esprits doucement. Qu’est ce qui m’est arrivé ? Je ne me souviens plus de la chronologie : Kitano devant une scène de crime, Kitano dans ta vie, Kitano dans des draps, Kitano où l’amour danse au fond des draps, je ne sais plus, je suis perdu. Il est en tout cas question d’amour et de feu d’artifice, mais traité avec bien plus de sobriété et de dignité que le premier occidental venu, avec un sens du dépouillement presque monastique. Le montage lance des pistes dans tout les sens, pistes qui sont toutes réalistes et censées, sensées se dérouler à un moment ou a un autre de la vie de Nishi : ces pistes se croisent comme dans les souvenirs, et ce n’est plus la raison qui dirige ce flot apaisé de petites et grandes choses passées, c’est un long fleuve tranquille, un feu d’artifice qui met du temps à décoller et à éclater. Qu’importe la vitesse ? Le feu d’artifice éclatera bien de toute façon, et ses milliers d’étincelles brilleront à jamais dans la mémoire, dans les souvenirs de Nishi seul au bord de cette plage. Les yeux dans le vague, fixant les vaguelettes azur qui s’écrasent sans fin sur le rivage, rivage sur lequel sa fille aimait faire voler son cerf volant, Nishi ne pleure pas, il ne pleure pas car le feu d’artifice représente un instant, et qu’un instant représente toute la vie, une vie à courir pourtant, une vie à tirer et chasser, une vie en traque. Nishi est violent, il a en tout cas été violent à réagir dans l’instant, sans réfléchir à l’avant ou à l’après, tirant comme on baise, sans penser qu’une fois vide il faudra rebaiser. Nishi ne parle pas de sexe, Nishi parle du sang, de l’amour et du temps car on tue comme on aime : dans un instant différent, dans une autre vie. Aimer et tuer, dans un mouvement différent, dans un endroit différent, avec des gens différents. Le commun c’est un sens de la vie, mais un mauvais sens, semble nous dire Kitano qui place des toiles au milieu du film, en figeant des instants dans l’imaginaire comme ultime pouvoir du mental. Ce qu’il y a de différents dans la vie des gens, c’est justement ce plus petit quantum de vie : si on y regarde de loin tous les hommes naissent et meurent, ils vont à l’école enfants et trouvent un boulot adultes. Si on y regarde de près on voit un fourmillement improbable de sentiments mélangés, une explosion de couleurs pas toujours vives, on voit du pointillisme et du fauvisme, on voit de l’art contemporain et du stylo feutre, on voit des animaux à tête de fleurs mais on ne voit plus le tableau global.  Quand on y réfléchit, l’amour à duré un instant, il a disparu aussi fugacement qu’il est apparu dans nos vies de looser, un peu par effraction ou par accident, un hold-up parfait ou personne n’a rien vu. En douceur et en délicatesse, blessant comme un flingue et coloré comme un feu d’artifice, explosif et en puissance, incontrôlé et incontrôlable, fugace et inamovible.

 

Est-ce que vieux on se souviendra encore de tous ces instants à deux ? Est-ce que cette fille rencontrée ce soir ne nous a pas réservée le plus beaux des instants, aussi court soit il ? Vieux, je demanderai à Nishi, au pied du Mont Fuji, si le manque de perspective n’est pas une des clefs du bonheur. Je lui poserai la question, et j’espère qu’en paix avec moi-même, sachant la fin proche, j’aurai  la décence de regarder autour de moi comme quand j’étais enfant, imaginant dans chaque forme du ciel ou de la terre des animaux extraordinaires, me rappelant chaque instant important : alors sans doute je comprendrais que ce qui a été important n’est ni une suite ni une continuité, comme dans tous ces moments accolés qui forment un film, une vie, ou juste un instant hors du temps. Les dinosaures en plastique peuvent bien mourir, la puissance c’est parfois se courber dans le vent.

 

Long, lent et puissant, HANA-BI montre que le mélo ne s’écrit pas forcément avec des larmes : l’humour visuel, le montage chaotique et des beaux mouvements de caméras font montre d’une richesse cinématographique assez rare. Malgré tout, Kitano n’évite pas les grands écueils du cinéma asiatique, et il y a toujours des scènes très longues dont j’ai du mal à saisir l’intérêt. Et puis les peintures de Kitano, personnellement, malgré ce que j’ai dit à cette fille, je n’en pense pas que du bien…

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

sammmmm 23/09/2010 16:01



LOL mdr



sigismund 23/09/2010 15:03



désolé y a que toi qui fais mumuse avec sa quéquette ici, mais t'as raison, ne te compromets pas davantage, ça me va aussi



sg 23/09/2010 14:11



"avoue qu'au 50000 degré tu ne te sens juste pas concerné" : voilà, c'est exactement ça.


Ton passage sur le four crématoire : je ne sais pas s'il faut en rire ou en pleurer. Mettons-ça sur le compte de ce pauvre vieux Godwin, qui en a vu d'autres... Et comparer les gribouillages
kitanesques à Munch, Picasso... les bras m'en tombent.


Quant à la beauté, à laquelle je sacrifie chaque jour, s'il m'arrive d'en parler, c'est avec d'autres belles âmes et pas avec le vulgaire, m'y abaisser ici avec toi ne ferait que me compromettre.
Ici, c'est à celui qui pisse le plus loin, et ce jeu ne m'amuse pas.


Au plaisir de ne plus te lire,



sigismund 23/09/2010 13:07



ouiouiboursoufflé salut salut mais il me semble avoir la qualité d'argumenter un minimum et de rester concret :


je passe à nouveau sur les généralités universitaires dont tu me gratifies ( ça te fait plèze je peux sentir ça ) je n'en ai pas besoin pour me faire une opinion


on dit qu'un auteur quel qu'il soit, ré-écrit re-réalise toujours un peu la même oeuvre, c'est en cela que hana-bi passe pour l'aboutissement d'une démarche, mais tu me diras qu'est-ce qu'on s'en
fout, considérons le film en soi et avoue qu'au 50000 degré tu ne te sens juste pas concerné, que ce film ne s'adresse tout simplement pas à toi , je m'arrête là parce que les autres
interprétations sur les motivations des personnages sont les arguments de mme bates...


le problème reste le même pourtant du même ordre en ce qui concerne les peintures : je te repose la question, combien a-t-il fallût que munch peigne de toiles pour sortir 'le cri' ? et à partir
de quand tu l'aurais toi envoyé au four crématoire...? j'ai entendu souvent ( t'es prêt ? ) le même genre de compliments pour picasso, le mouvement cobra, ... tous ceux qui les disent pensent
qu'ils peuvent en faire autant, eux ou leur petite soeur, mais quand ceux-ci se mettent à peindre ce n'est pourtant pas ça qu'ils font et ça aussi c'est une autre histoire...


mais parle moi encore de la beauté...


dans l'absolu je te demanderais juste de pas pourrir forcément ce que tu n'aimes ou ni ne comprends tu parce que vos vannes auto-complaisantes elle me font le même effet que le film sur vous: je
sais que vous existez et en ce sens c'est déjà...trop



Sam 23/09/2010 12:12



Jeune Sigismund (seuls des organismes jeunes peuvent tenir devant leur ordi à une heure aussi tardive, ça a été prouvé),

Bon, l'erreur sur la personne balayée (du coup, ta prose s'éclaire d'elle-même -- c'est vrai que pour une fois tu t'es donné du mal côté syntaxe), jouons le jeu, comme tu dis.

Personne ne m'oblige à écrire des commentaires, dis-tu. Sauf que quand un peigne-cul écrit, manifestement sous acide, qu'il me foutrait bien sous un bus et m'invective en insinuant que quelque
chose est trop beau pour moi, alors que s'il est bien UNE chose dont je me targue, c'est d'y consacrer ma vie, à la beauté, eh bien, je sors du bois, code d'honneur samouraïyakuzaesque (c'te
connerie...) oblige.

Sincèrement, à quoi t'attendais-tu à lancer, tel un jeune coq, un débat de la sorte ?

Ensuite, tu sais bien, et la lecture de ton blog de critiques de films imagesmachinchose dissipe tout doute à ce sujet, qu'en matière de jugement artistique, la raison se dérobe pour laisser la
place à l'affect, donc à la foi, tout comme à la mauvaise foi. Et ce n'est pas se retrancher derrière des concepts peaufinés par des universitaires chevronnés, profs d'esthétique du cinoche à
Paris XXIV-Nanterre ou à Toulouse-Mords-moi-le-Mirail, qui t'est ici d'un grand secours. Du reste, tu bottes doublement en touche, et si tu n'approfondis pas la question, c'est que tu sais
pertinemment que c'est du flan, et qu'on pourrait tout aussi bien pondre des études brillantes et érudites sur "l'aboutissement dans la recherche narrative" et "l'archétype du protagoniste" dans
les la filmographie de Yann Moix : ses films n'en seront pas promus chefs-d'oeuvre pour autant (et pourtant, il y aurait matière à étude).

C'est donc, dans le meilleur des cas, c'est ce que j'essayais de te dire au début, mauvaise foi contre mauvaise foi... Quant à ton invocation de Munch dans le contexte de la bouillie graphique
kitanienne, voilà sans doute le plus bel exemple de démago perlée et déplacée qu'il soit donnée de lire dans ces échanges. Réserve donc ta salive professorale aux connasses de la fondation
Cartier : j'ai entendu qu'ils cherchaient des guides (attention, c'est mal payé).

Qu'y puis-je, donc, si moi, Hana-Bite et les autres films de Takashié Kitapué, pour toutes les raisons que j'ai dites, et dans quel état que je me mette, ne me défrisent pas. En fait, je m'en
foutrais même complètement, s'il n'y avait pas eu cette présente discussion assez minable et que tu as en grande partie appelée.

Je te laisse donc, jeune Sigismund, t'en retourner à ton blog et à tes propres boursouflures.

--S.