HOSTEL PART III de Scott Spiegel (USA-2011) : Torture Géniale

Publié le par Norman Bates

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[Photo: "The bright side of life" d'après L'ARBRE DE GUERNICA de Arrabal.]

 

Il y a des traumatismes, des chocs brutaux qui vous font prendre conscience, subitement et intrinsèquement de faits qui jusque là n’étaient envisagés que dans le subconscient commun, vaguements admis dans des élucubrations éthyliques ou dans les discours de gourous underground. L’observation du boson de Higgs, le rachat de Lucasfilms par Disney ou le dernier album de Marc Lavoine sont des exemples de cet effondrement du quatrième mur, de ce pan de réalité pressenti qui se révèle avec fracas et alors on se rend compte rétrospectivement de son évidence. Au fond plus on vieillit, plus les coulisses de ce dramatique incident qu’est la vie sur Terre se révèlent, laissant l’homme effrayé devant un tableau monstrueux qu’enfant on apercevait par accident et qu’on oubliait aussitôt, replongeant aussitôt dans le “jouer à”, bien tranquillement installé dans une réalité construite pour nous. Plus tard, on verra le délitement, le dépouillement de notre “âme d’enfant”, on aura envie de niquer Amidala, premier signe que la magie a disparue au profit de la jouissance ingrate de la moindre goutte de parfums d’enfance à l’arrière gout rance. Certains resteront même à jamais accro à ces moments suspendus, cherchant le moindre prétexte pour revivre les émotions les plus sincères de l’enfance. Mais était-ce sincère ? A t’on jamais été innocent ? Les ewoks étaient là depuis le début, et maintenant on devrait crier au scandale Disney ? Dans chaque ewoks il y a un être humain de petite taille qui aurait surement essayé de baiser votre reum à la première occasion venue. Disney a mis des petits animaux gentils sur des pulsions de mort, et ils ont appelés ca  LE ROI LION ou BAMBI ou que sais-je encore, et ont vendus des poupées fabriquées par des petits enfants chinois (les enfants chinois !) aux hordes de petits obèses occidentaux qui attendent le prince charmant dans la ville de Michel Fourniret. Le quatrième mur n’est pas réservé au cinéma ou au théâtre, c’est une construction psychologique, c’est en tout cas ce que proclame au fer rouge, dans le sexe et la violence HOSTEL III.

Scott Spiegel reprend les codes des deux premiers HOSTEL tout en altérant légèrement la donne : il ne s’agit plus de jeunes américains partis en Europe, cette fois ci Kip Pardue (des LOIS DE L’ATTRACTION et du LIVRE DE JEREMIE !) part en week-end avec ses potes trentenaires pour un enterrement de vie de garçon “mémorable” avec des putes et de la drogue, à Los Angeles. C’est précisément à Los Angeles que Thomas Krestchmann à ouvert une succursale du Elite Hunting Club, le “club de torture” des précédents HOSTEL, et il compte bien s’approvisionner en chair fraiche locale... Si la formule n’est pas foncièrement différente des films d’Eli Roth, ce troisième épisode renouvelle la Françoise saga grâce à des petits changements scénaristique bien trouvés ; le méchant n’est plus un étranger pouilleux-bestial des pays de l’est mais un cadre supérieur américain, et grosse nouveauté les membres de l’Elite Hunting Club parient de l’argent sur les tortures, effectuées par des bourreaux professionnels. Il s’agit maintenant de payer pour regarder et de jouer avec la mort de ses semblables, dans une sorte de show porno-gore-snuff. Sexe, torture, argent et jeu : il s’agit de montrer l’homme dans ses vices les plus horrible pour illustrer cette idée que pour échapper à la condition humaine l’homme essaye de tout ramener à un plan infantile, à savoir transformer les angoisses métaphysique en jeu où on serait sûr de gagner à la fin, dans une immoralité presque "innocente". Ces mecs pleins aux as sont des jouisseurs, le jeu est donc de braver les derniers territoires inconnus qui sont la souffrance et la mort en se caressant les bourses. Le domaine de l’irréversible comme dernier rempart d’une humanité asservie au plastique et au reproductible, en quelque sorte.

Dans la forme, HOSTEL III fait penser aux productions pornographiques SM qui cartonnent en ce moment sur internet, donjons high tech connectés au web dans lesquels des hommes et des femmes se font humilier en permanence et à la demande du public mondial. On est dans une veine nettement plus "réaliste" (en un peu plus soigné tout de même, on est pas dans PARANORMAL ACTIVITY) que les films précédents. La vidéo est pour beaucoup responsable de ce rendu, mais c’est aussi une volonté de Scott Spiegel de ne pas faire un film  “à la manière de” et de ne pas trop se poser de question dans la mise en scène, ce qui ici fonctionne bien et réussi même parfois à donner une ambiance glauque, ce qui n’était pas gagné avec un casting qui dans l’ensemble va du correct à l’épouvantable, avec des plans nichons toute les cinq minutes. On ne va pas se voiler la face : le film marche essentiellement par son écriture (la première scène est un excellent exemple) plutôt que par la forme, qui, si elle n’est pas laide comme le tout venant des direct-to-vidéo, n’a pas grand chose d’original ou de recherché. C’est le premier degré qui triomphe ici, et l’absence de recul dans la mise en scène va dans ce sens et nous met la tête dans le seau, si je puis dire, sans ménagement. HOSTEL III est un remake de VERY BAD TRIP dans lequel des étudiants en école de commerce (ou de sciences po) se font démembrer, éviscérer, énucléer, tronçonner, castrer ou mutiler face caméra pendant que des milliardaires parient de l’argent en pelotant des filles de l’est en string. Partant de là il est difficile de faire un mauvais film, même avec un manchot cocaïnomane aux manettes. Qui plus est, le film traite avec brio de la construction de l’adulte et de son rapport à l’autre, via cette théorie du quatrième mur revisitée. Il ne s’agit plus seulement de faire souffrir quelqu’un sadiquement pour assouvir l’extase perverse ultime, il s’agit de faire disparaître aussi les contraintes de l’âge adulte en donnant une illusion de risque tout en garantissant la Fin. C’est exactement les règles de la bourse : à un niveau d’abstraction donné, on ne pense plus aux vies humaines en jeu, il s’agit d’un mécanisme de jeu basé sur le gain, ou tout est rationalisé (comme chez les nazis).

Il y a en corollaire à cela : un personnage qui vient à l’Elite Hunting Club tuer son ami d’enfance pour lui piquer sa meuf. Ce qui est intéressant c’est qu’il fait partie des bourreaux alors qu’il est en fin de compte une victime, dans le sens où son acte est “romantique”, il n’est pas dans une démarche de winner où l’autre est perçu comme une pute ou un adversaire. C’est my man Stéphane Mallarmé qui écrivait je crois "Ô Mort le seul baiser aux bouches taciturnes !". Ben oui y’a un peu cette ambiance ici, en opposition à la soirée enterrement de vie de garçon du début : les mecs viennent pour jouer et pour baiser avant la mort (la vie de couple), tout comme leur bourreau dans la seconde partie du film. C’est donc paradoxalement le personnage le plus salaud du film qui parait le seul "humain", au sens où au moins il est amoureux. Il ressent quelque chose qui est gratuit et source de malheur (la femme) mais qu’il désire ardemment. Tout le monde est là pour profiter ou jouer dans l’horreur la plus totale. Lui il est prêt à mourir et à tuer pour un bout de chair (la seule femme qu’on ne verra pas à poil du film du reste), ce qui rend son acte presque Sacré. Il n’y a même pas de haine chez les autres, pas plus qu’il n’y a d’amour. Ils tuent pour des chiffres, pour passer le temps, pour ressentir l’excitation des chasseurs primitifs, mais à aucun moment il n’y a de passion, pas plus d’ailleurs que chez "les jeunes" qui hésitent 5 minutes avant de tromper l’amour de leur vie avec une pute camée dans les chiottes du macumba local. Au fond torturer et tuer les gens. C’est juste un peu plus excitant que le scrabble. Le vrai salut pour Scott Spiegel est dans le courage de l’abandon et le renoncement à la puissance. Ce qui fait de lui un épicurien au milieu des stoïciens j’imagine. C’est d’autant plus touchant qu’il fait passer son propos via une peinture baroque et décadente d’une aristocratie moderne communément admise aujourd’hui comme étant les winners. On n’est pas tout à fait chez Pasolini, mais HOSTEL III à tout d’un SALO tendance web 2.0.


Ceci dit on est loin du film à thèse, si HOSTEL III est si agréable c’est parce qu’il est empreint d’humour (pas du second degré) et de dérision, comme pour vanner Eli Roth sur la peur de l’étranger par exemple (la télé ne diffuse plus PULP FICTION mais BLACK DYNAMITE !). Ici l’homme est une raclure comme une autre, et ce sont les plus riches qui survivent dans la grande majorité des cas. Les scènes gores sont moins nombreuses et moins violentes que dans les deux premiers HOSTEL, mais c’est sans doute la faute à un budget très limité, tout comme la ridicule explosion finale en images de synthèse. Qu’importe, HOSTEL III tient la majorité de ses promesses, pas toujours avec finesse et discernement, mais pose les bonnes questions et met Mallarmé et Pasolini dos à dos devant les chimères du siècle.



Norman Bates

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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maitre corbeau 17/11/2012 17:16


merci