IL N’Y A PAS DE RAPPORT SEXUEL de Raphaël Siboni (FRANCE- 2011): Bouyave Or Not Bouyave ?

Publié le par Nonobstant2000

 

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 [Photo: "La Clé" par Dr Devo.]

 

 

Depuis dix ans au moins HPG, dit Hervé-Pierre Guillaume, acteur et réalisateur de films pornographiques laisse traîner sur ses plateaux une caméra fantôme, enregistrant à l’insu de toutes et de tous des instants de vérité sur le quotidien de la profession, mystérieuse et attirante à la fois. Ce sont quelques morceaux choisis de ces archives que nous propose aujourd’hui le réalisateur Raphaël Siboni, sous la forme d’un making-of/bêtisier dont le titre évoque de loin en loin le paradoxe magrittien "Ceci n’est pas une pipe"… Attention, quelque chose me dit que ça va démystifier..

 

Ce postulat de fait en effet, si vous me passez l’expression demeure un rien prétexte: dès le début le réalisateur surfe avec  le côté plateau de la chose, aussi bien qu’avec nos attentes voyeuristes éventuelles  n’en doutez pas,  pour entamer une partie de cache-cache taquine entre le montré et le caché, le réel et le simulé et le basculement sémantique (du trépied) entre les deux. En témoigne l’espèce de rituel introductif où les acteurs posent à côté de leur cartes d’identité, dont le contenu restera systématiquement flou au profit d’inserts à l’écran de leurs pseudonymes, signe extérieur de pudeur assumée, qui tait son nom sans le dire. Voilà tout de suite on est très touché et c’est très beau. A part ça, le spectateur attentif relèvera ici et là quelques autres plans ajoutés qu’il est impossible que cette caméra aie pu filmer, mais toujours issus de la scène qu’HPG  -ou quelques fois l’un de ses acteurs et comparses- est en train de tourner. Que ce soit ceci ou bien le fameux basculement dont je parlais, ces mises-au-point sur l’instant, parfois dépareillées, parfois au contraire très bien composées, donnent lieu à de véritables moments de bravoure je n’ai pas peur de le dire, des plans subjectifs ABSOLUMENT SOMPTUEUX que l’on ne trouve  ABSOLUMENT JAMAIS dans le produit fini, et témoignent pour autant d’un embryon de "vision" du porno, contrairement à sa collègue Ovidie par exemple qui s’enfonce lamentablement de films en films dans un situationnisme semi-didactique aussi pitoyable que pathétiquement éprouvant.

 

Pour tout vous dire, mes velléités d’esthète ont étés, satisfaites D’EMBLEE, dès le premier tiers, dès les premières minutes même, kâw, par un "Moment Dogme Total" : l’actrice reste sur place en attendant que ça se fasse tandis qu’HPG change les gélatines hors-champ en un passage éclair d’ambiances colorées (tandis qu’on entend les froissements des manips )- et voilà le bonhomme HPG  qui te pète d’un coup d’un seul une bichromie de feu au niveau des éclairages. Donc bon, j’étais servi, pas de problèmes. C’était précisément le genre d’attentes que j’avais en dépit de toutes les autres raisons de ne pas aller voir ce film, car la fiction –et peut-être que je me répète un rien de ce côté-là- a véritablement tout à gagner en empruntant au documentaire. Je pense au plus au moins récent DANS LA GUEULE DU LOUP où chaque parties qui n’est pas interviews semble tout droit sortie du JOURNAL DU VOLEUR de Genet mais filmé par Philippe Grandrieux ; ou encore plus récemment à un film comme PUTTY HILL . Après n’allez pas croire que ça aie forcément suffit non plus à me régaler complètement. C’est un peu comme le ciel en accéléré chez Kusturica , d’autres préfèreront s’abîmer autant dans la contemplation d’un sac plastique ballotté par le vent, ou bien dans les reflets kaléidoscopiques du crépuscule à travers des gouttes de pipi, chacun son truc, on est tous frères.

 

Enfin bon, j’avais toutes mes raisons d’aller voir ce film à reculons,  car le fait est que je n’apprécie pas spécialement  toute cette petite clique. Non pas que je tienne à rentrer dans un débat d’écoles (Dorcel vs. B.Route) mais tous les films que j’ai pu voir avec les deux autres acteurs professionnels récurrents ici m’ont systématiquement filés la gerbe. On y voit des petites nouvelles se faire bouyave assez bestialement, tordre et retordre dans tous les sens sans ménagement au point que l’inégalé TWENTY NINE PALMS de Bruno Dumont pourrait faire figure de bleuette racontée en langage pour sourds-muets. Et en terme de bestialité excitante, si c’est là où nous en sommes, il se trouve que j’ai vu peu (mais c’est de ma faute) mais autrement mieux, de façon bien plus créative et disons-le carrément, moins malsaine, du côté B.Route De La Force, donc. Ce serait là où commencerait le débat si vous voulez mon avis, car HPG en profite évidemment pour se mettre également en scène, avec  ces petits tours de passes-passes et on ne sait pas vraiment où s’arrête le degré de scénarisation ou pas de ces petits tableaux et ça fleure un rien la bonne vieille démagogie et l’assainissement de réputation implicite.

 

Non, vraiment on ne sait pas..

 

 

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[Photo: "Shakespeare, l'Auvergnat" par Dr Devo.]

 

 

 

Ayant vu, de plus, quelques temps auparavant (hasard de la programmation ? tu me dis si je vais trop vite) le documentaire LE SEXE QUI RIT, où l’on revient et disserte sur l’esprit gaudriole quasi-institutionnel  en France, hein, de Bernard Menez à Ovidie justement , tout ça pour dire, s’il était besoin, que tout ce petit monde ne sait plus quoi faire pour attirer l’attention (le pourquoi du jeu de mots d’un titre à la con, genre) et que ça se sent pas du tout qu’ils ont ramés pour ramener leur quota d’anecdotes, obligés de s’y mettre à plusieurs, ah ah. Mais ça va, ils arrivent à se maintenir sur CANAL et PARIS PREMIERE. Quoi qu’il en soit, on y voit notre bonhomme HPG bizarrement se lamenter, déjà, sur les méfaits de l’amateurisme dans le milieu. Et pour avoir topé une  interview récente d’Ovidie dans HOT VIDEO, on notera qu’ elle utilise elle, plus gentiment, le terme de "cas sociaux" ( Magnifique non ? Toi aussi tu l’aimes ton beau pays qui va bien te coacher pour comment sucer une bite correctement si tel est ton dernier mot Jean-Pierre... OK, c’est rien à côté d’un Jean-Pierre Jeunet qui déclare tranquille que ses références au vieux cinéma, ou, disons, à un certain esprit rétro, ben c’est parce qu’il s’adresse simplement plus facilement par ce biais aux "handicapés de l’ émotion", ni d’un Jodorowsky qui lui, va te dire que voilà, certains naissent avec du talent,  d’autres pas, aaaah mais bon…voilà qu’à nouveau je disgresse..) et donc en effet on pouvait percevoir (déjà) un sentiment de révolte palpable, à peine téléphoné non plus, vis-à-vis de ce qui semblait faire obstacle à l’élan créatif de HPG. Peut-être même à la Reconnaissance tout court, est ce que je sais moi... Une grande source de frustration ça c’est certain.

 

Alors, IL N’Y A PAS DE RAPPORT SEXUEL objet-cinéma précurseur de l’ère du non-film ? Porteur à la fois de ses ambitions  et de ses échecs intra-filmiques -comme ceux d’un quinquennat-, honnêtement, je ne sais pas. Outil sociologique de grande valeur, ça c’est certain, car on y frôle absolument quelques uns des plus beaux sommets du sordide, mais non pas du fait de ce jeune complètement (complètement-complètement) paumé qui voudrait percer dans le métier, ni de cette autre obèse, encore plus à la ramasse, qui elle cherche carrément à forcer la porte, mais bien par l’aspect "antichambre du show-biz" de l’ensemble. Après ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, que tout ça c’est lié à la disparition de la classe moyenne, que l’ on ne fabrique plus de chair à canon de nos jours, mais bien plutôt de la chair à pute, que justement  le nom d’HPG sera vénéré plus tard jusque dans la nuit des temps, célèbre pour son petit pastiche à l’attention des débutants jeunes et jeunettes ; le film de Raphaël Siboni sera lui-même un classique de Cinémathèque, aux côtés de l’ adaptation-live mythique de YAPOU BETAIL HUMAIN par Shinya Tsukamoto pourtant beaucoup décriée en son temps (oh oui, certainement). Puisqu’il paraît que le cinéma façonne un peu les mentalités de pair avec les médias, finalement le porno n’en est qu’un registre, pourquoi échapperait-il à la règle ?

 

Pis bon, il est marrant comme tout HPG, avec de vrais qualités de comédien, tour-à-tour redresseur de torts ("hein j’t’avais dis que tu la baiserais la treu, et que tu serais content"),  respectueux des collègues ("ah bah ouais c’est William..hein,’tention"), coach pro mais éternellement déçu quand il explique le taf au p’tit nouveau qu’à piqué un  gâteau, et même martyr, oui martyr, quand il nettoie le sol de la salle de bains aux pieds de l’insatiable qui en redemande, ou bien quand les comédiens commencent à tourner les scènes sans lui, nân c’est marrant.

J’attends une suite, je ne m’en cache pas, on sent que le petit gars en a sous le pied, et  peut-être s’appellera-ce

 

 

« CECI N’EST PAS UN FILM A SKETCHS.. »

 

 

ou bien

 

 

 « IL N’Y A PAS DE BENEFICES. »

 

 

 

 

 

 

  Et là ce sera tout à fait crédible…

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Nonobstant2000.

 

 

 

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[Photo: "Les Filles de Mon Pays" par Dr Devo.]

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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