KUSTOM KAR KOMMANDO de Kenneth Anger (USA-1965) et MOTOR PSYCHO de Russ Meyer (USA-1965) : Etrange Festival, jour 1

Publié le par Norman Bates

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Comme chaque année, nous nous retrouvons avec plaisir dans les couloirs parisien de L’Etrange Festival, qui cette année -yummy !- présente plus de films que l’année précédente et se paye le luxe d’avoir Kenneth Anger en personne. C’est donc logiquement par du Kenneth Anger que nous ouvrons les hostilités, nous sommes en 1965, dans la salle 30 du Forum du Cinéma, un éphèbe blond astique, une voiture chromée à la mécanique ostentatoire sur fond de ritournelle pop par des jeunes femmes visiblement bien amoureuses. Sur la surface métallique impeccable d’une Kustom viennent se frotter les doux cotons de Tuléar de l’amour, où la mécanique comme idole entretenue par les anges. Beaucoup de tendresse, de malice, des flottements éthérées, des poses lascives sur des fauteuils en forme de vagins, on est bien à l’étrange festival, on astique nos carrosseries brillantes, pour qu’elles brillent, brillent, brillent comme le Vietnam, JFK, la fin du mythe américain, le retour de bâton des 30 glorieuses, pour qu'elles brillent comme le final bouleversant de la mécanique enfin en mouvement. L’étalon impeccablement, nettoie son matériel, la mise en scène est très précise à ce sujet, la température dans la salle monte d’un cran, la musique s’arrête et le noir annonce les minutes les plus sombres de la projection. Pas de doute, le miracle Technique, la révolution du moteur à explosion, la chorégraphie sublime du piston, tout à lieu, aujourd’hui et en 65, entre la mort de Luther King et la voiture électriqu. Quand est ce que l’on a perdu, quand avons nous baissé les bras, le constat est sans appel. Sur la pellicule reste la précision du geste, la chaleur du frottement, le miroir de l’abime et la Technique sublimée. Comme disait le poète : “pas de sentiments, que des centimètres”. Grandiose.

Entracte, jeu, set et match, MOTOR PSYCHO pour continuer la thématique, toujours en 65 mais cette fois ci aux alentours de Los Angeles, la Femme somptueuse et voluptueuse, LA Femme, pas Kirsten ou Portman, pas les femmes plastifiées, LA Femme célébrée par Russ Meyer, celle qui a su tirer parti de l’intelligence pour exploiter le physique (quand aujourd’hui c’est l’inverse), toujours légèrement vêtue, mais vêtue quand même (du maillot de bain deux pièces rayé au shorty beige, en passant par la longue robe fendue en haut, pas de soutien gorge, c’est fabuleux), LA Femme pleine de courbure et de la sauce dans les plats, LA Femme à la pêche, à la cuisine et dans les élevages de chevaux, pour les saillies et quand il faut s’occuper des étalons...

Russ Meyer signe là un film sublime, en apparence très chaste et classique, mais que des éléments précis et subtil de mise en scène rendent jubilatoire et punk, un peu à l’image des dialogues pleins d’humour et de sous-entendus érotiques. Le film est très sérieusement fou, incroyablement grivois alors qu’en apparence le sujet est dramatique (guerre du Vietnam, viol, barbarie, 4x4, etc...); c’est le cinéma de papa (on pense au western évidemment) qui est détourné pour faire de la figure virile de l’homme des années 50 un portrait au vitriol, à la limite de la caricature, tantôt cinglé, tantôt lâche et toujours faible (et poilu ! on est loin du physiques de poupée Action Man des acteurs d’aujourd’hui, y’a du poil jusqu’au dessus des épaules, c’est un régal). C’est la femme qui a tout le temps le dernier mot, comme dab’ chez Meyer vous me direz, mais là on parle d’une thématique masculine gravosse (les motos, la guerre, la survie) et la liberté de ton est incroyable. Là ou un RAMBO en faisait des tonnes dans le registre du vétéran brisé par la guerre, Meyer préfère filmer la grâce et suggérer le désir comme lui seul sait le faire : avec de l’humour graphique, des effets d’associations, des raccords géniaux, mais aussi des cadrages sublimes et des compositions géométriques figurant la virilité mais aussi la faiblesses ou la soumission. Bref au lieu de faire sérieusement son "rape and revenge", Meyer s’amuse malicieusement avec le spectateur avant de sauvagement envoyer la purée en condensant la violence graphique dans de très rares scènes. Meyer ne fait jamais ce que le spectateur attend, et c'est quand même pas mal pour un film de 65. C’en est même fascinant de constater comme il a compris que la mise en scène est le seul et unique moyen de raconter une histoire au cinéma, car sur un scénario scabreux (au moins 4 viols, scènes d’humiliations, fusillades, ..), il arrive à faire un film drôle et érotique, gourmand et totalement maitrisé. Et si certaines scènes confinent au grotesque (le serpent par exemple), elles fonctionnent à 100% grâce à l’immense rigueur de la mise en scène déployée et l’interprétation sensationnelle. Le film n’a pas vieilli une seule seconde, et c’est un bonheur que de retrouver les prémisses du style qui feront la renommée de Meyer dans sa période couleur.


A plute !

 

Norman Bates

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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