L'ANGE DE LA VENGEANCE de Abel Ferrara (USA-1981): Escape from Noise

Publié le par Norman Bates








[La superbe actrice Zoe Lund dans le film L'ANGE DE LA VENGEANCE.]






AVANT PROPOS

Comme vous le savez, Matiere Focale co-organise une superbe soirée cinéma intitulée BON CHIC MAUVAIS GENRE, le 4 décembre prochain au cinéma majestic, à Lille. Il y aura deux films diffusés (en plus d'un court-métrage), à savoir ILSA LA LOUVE DES S.S, et L'ANGE DE LA VEANGEANCE dont Norman Bates vous fait la critique détaillée ci-dessous.
Pour avoir plus de renseigenement sur cette soirée:
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Dr Devo.





Quand le Dr Devo m’a demandé d’écrire un article sur L’ANGE DE LA VENGEANCE grâce, ou a cause, de la diffusion du film en salles sous l’égide de Matière Focale, j’ai très vite été confronté à deux problèmes : comment écrire un article avec une énorme gueule de bois, et surtout comment ne pas transformer le dit article en lettre d’amour à feu Zoë Lund (ex Zoe Taverlis), femme immense, morte trop tôt : activiste politique, top model, écrivain, poète, scénariste, actrice et enfin réalisatrice, en 40 ans de carrière elle aura touché a tout ces domaines artistiques avec talent et grâce. Elle a notamment eu un rôle extrêmement important dans BAD LIEUTNANT, dans le film comme dans sa genèse et a dit que les choses en devenir sont plus belles que les choses qui se contentent d’être, puis elle est morte. Vous voyez je n’arrive pas m’arrêter. Regardez son court-métrage HOT TICKET. Je m’arrête. Promis.

 

Le titre français n’est pas terrible du tout, je préfère nettement appeler le film MS 45, parce que c’est plus court et plus beau. Zoë Tamerlis-Lund se fait violer en rentrant du boulot, et ce à deux reprises, en conséquence de quoi elle décide en accord unanime avec elle-même et la Conscience de prendre les armes et de se faire la vengeresse de toutes les femmes battues et humiliées. Moi je trouve ca classe, la plupart des gens à sa place seraient devenus politicien, ou pire encore rappeur. Femmes humiliées, femmes torturées, femme violées, la litanie est sans fin dans les rues de New-York. Porte parole muette de toutes les sans-paroles, elle distribue de la bonne nouvelle en calibre 45 à tous les machos virils profiteurs non inquiétés de la grâce et de la tendresse, rappelle en silence que la femme originelle et matricielle est le devenir incarné de toute forme d’Amour contrairement à ce que la religion à fait d’elle. MS 45 empreinte une thématique forte et pleine de symbolisme un peu outrancier à la BAD LIEUTNANT: même New York pourrissant, même héros aux inspirations rédemptrices et vengeresses, même symbolique chrétienne orchestrée aux rythmes des balles d’une réalité où les bonnes sœurs seraient plus Marie Madeleine que Vierge Marie, et enfin, et surtout même, femme frêle qu’on dirait prête a céder, même litanie du désespoir assénée à grands coups de revolver, et mêmes tentations mystiques auxquels l’humain se retrouve confronté en dernier recours. MS 45 comme BAD LIEUTENANT sont des glissements progressif vers le sauvage, la folie, et ce qu’elle entraine comme sensations : à l’image la retranscription passe par une altération, une superposition ou une association d’idée par exemple. Il y a un travail très beau sur les sensations et la manière dont elles sont perçues par Zoë, notamment lorsqu’elle effectue son premier meurtre : l’œil de la voisine qui apparait en surimpression pour symboliser la paranoïa, ou l’apparition un peu dans le style  fantôme chinois, du violeur. La paranoïa apparait aussi via le fer à repasser, outil de travail utilisé comme arme, et vice versa, jusqu'à ne plus faire la différence. Ca joue sur les images, leur signification, jusque là je dis banco.

 

Même si les années 80 sont loin, il faut bien reconnaitre que leur passage n’aura pas été discret sur le monde du cinéma : le film a un peu vieilli et le charme un peu kitsch qui se dégage par moment du film n’est sans doute pas celui recherché par Ferrara, de même que des costumes et coupe de cheveux émane une légère impression de ridicule. Il serait pourtant dommage de tomber dans le jeunisme et de passer à coté des formidables qualités de mise en scène, notamment dans des plans fixes d’une composition à tomber, dans la sexualité presque morbide qui nait de corps découpés, de balles de pistolet, de chorégraphies cycliques, en forme de mantra, d’une violence ritualisée ou encore dans les jeux de caméras hallucinants qui fourmillent d’idées multiples à chaque instant. Chaque plan semble réfléchi et plein de sens, la connotation des associations temps / idée fonctionne à merveille, et puis, et surtout, on en revient toujours à la prestation sans faille de Zoë Lund. Chaque scène est remplie de gourmandises, c’est vraiment un régal. Il ne faudrait pas pour autant penser que le film est sérieux ou morbide : non il y a pas mal d’humour, une bonne dose de dérision et une sexualité débridée qui fait plaisir à voir. Et puis, la fin du film est un modèle de jeu sur la durée et sa perception au cinéma, avec la fameuse scène finale très connue de la fusillade d’halloween, éprouvante et sublime, qui distille en très peu de temps tout les thèmes du film, alors même qu’il ne semble pas se passer grand-chose : le masque social, son éclatement, la reconnaissance des pairs, l’amour éternel, la mascarade religieuse, l’abdication de l’Homme, la femme souveraine et la mort libératrice. Tout ca dans une orchestration infernale, où le jeu se fait en même temps sur le son, le temps et le cadrage, dans une fusion totale et complètement sensuelle qui vaut bien n’importe quel grand discours.

 

Alors messieurs mesdames, il va sans dire que l’on vous attend de pied ferme à la soirée Bon chic Mauvais Genre, le 4 décembre, où l’équipe de Matière Focale sera présente.

 

Norman Bates.

Publié dans Corpus Filmi

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