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[Photo : « Je suis vivant et vous êtes morts » Terrence Malick, 2012]


 

Contexte : nous sommes en 2012, il sort en moyenne 13 films par semaine, ce qui portera le nombre de films sortis en salle en 2012 à approximativement 676. 676 ! c’est à dire 666+10, c’est à dire l’antéchrist + le nombre de pages du livre INDIGNEZ VOUS de Stéphane Aisselle ! Coïncidence ? Je ne crois pas.

 

Loin de la fin du monde, en 2010, Brad Anderson sort dans un silence fracassant un nouveau long métrage aussi déconcertant que les sublimes SESSION 9 ou THE MACHINIST : ce qui semble à première vue être une série B au postulat vu et revu (la peur du noir) est en fait un grand film contre l’existentialisme qui remet les pendules théologiques à l’heure atomique et universelle, et qui se permet d’être à la fois aussi sincère qu’une série B tout en proposant une mise en scène d’un soin rarement vu chez ses confrères remakeurs du moment (la plupart des films fantastiques au sens large qui sortent en salle sont des remakes, ou des films de Tim Burton ! source : médiametrie).

 

John Leguizamo est projectionniste, pendant une coupure d’électricité les spectateurs disparaissent. Hayden Christensen se réveille, les fans de Star Wars le haïssent, sa meuf s’est tiré (il lui avait pourtant offert des roses et un sex toy (en même temps !)) et son iphone est en panne. Survival dans les locaux de la Défense pour golden boy désabusé.

 

Il reste un bar, un afro-américian, un blanc, un latinos et une femme, un groupe électrogène pour chasser l’obscurité. La ville est peuplée de gens qui disent “J’existe !” et qui disparaissent.


 

Je reprends : j’ai dit déconcertant car jamais il n’y a d’explication, de psychologie ou de mise en situation. Je crois même que pendant presque une heure il ne se passe rien ; c’est l’heure où il se passe le plus de choses. Les protagonistes, dans le noir, livrés à eux même, dans une situation qu’ils ne comprennent pas sont baladés d’un endroit à l’autre, voir reviennent sur leurs pas, se perdent, pour finalement revenir au départ. On est dans un faux rythme déconcertant, d’autant plus que l’on passe d’un personnage à l’autre de manière apparemment totalement fortuite, voire accidentelle (voire même dans d’autres dimensions, mais ca reste à prouver). Tout cela est passionnant, car de la même façon que dans SESSION 9, il y a de petits indices, des éléments fantastiques ici et là, mais très subtils, et aucune information tangible. On est dans le subjectif à 100%, dans l'impressionnisme, et là ou Anderson marque des points, c’est que lorsqu’il n’y a rien à dire, il le dit de la plus belle des façons, sensuellement et en utilisant le son et l’image pour plonger le spectateur au cœur des ténèbres. Scénaristiquement, pendant 1h30, les personnages vont aller dans un bar, en sortir, puis y revenir. C’est à peu près tout ce qu’il y a de notable. Mais un peu à la manière d’un PONTYPOOL, jamais vous ne verrez le même cadre deux fois. Jamais de redite, toujours des répétitions, des accumulations, des fausses pistes, des échecs. Le film fait du surplace permanent, mais réussi à être passionnant, car on ne sait jamais ou on va, et alors on se retrouve toujours au même endroit. C’est un processus très long mais qu’on n’a pas vu venir, comme si depuis le début tout se jouait en loucedé, dans l’obscurité. Cette obscurité est la particularité et la raison d’être du  film : 90% des plans se passent de nuit, et c’est sublime car le travail de chef op’ est prodigieux. J’ai assisté à une projection du film en blu ray dans mon salon sur ma télé et je peux vous dire que c’est splendide et en même temps très punk, puisque on ne voit au final pas grand chose ; en fait la lumière et l’obscurité sont utilisés exactement comme dans le très beau jeu vidéo ALAN WAKE, de manière fantastique, comme s’ils avaient une existence propre : il n’y a pas de volonté de faire dans la sobriété, la nuit est une nappe difforme et tentaculaire animée d’une volonté chtonienne. Là ou Brand Anderson réussit son pari haut la main, c’est que tout est en adéquation parfaite avec le propose : en cela L’EMPIRE DES OMBRES est une des meilleures adaptations de Lovecraft, grâce à la mise en scène qui met l’obscurité en lumière comme j’ai  rarement vu ca au cinéma. Certes on pourra arguer que les effets spéciaux ne sont pas toujours très réussis, ou que les personnages sont des clichés, mais à mon sens c’est faire un contresens, car c’est justement la raison d’être du film. Provoquer un accident qui fasse se rencontrer le monde actuel avec l’enfer, en brassant les grandes peurs du monde occidental (pas de vie sans énergie) et ses archétypes (la télé, la maladie, le cinéma), ni plus ni moins.

 

La trame scénaristique met avec malice l’homme moderne du 21eme face à l’iphone en panne, face à des éléments métaphysiques inconnus, de la même manière que Lovecraft mettait le bourgeois du 19eme face à d’immenses créatures abyssales. A l’époque un brave médecin se retrouvait confronté à des poulpes gigantesques, ou comment l’horreur naissait de l’inaptitude de la science à comprendre l’univers. Ici c’est pareil ; condamnée à courir derrière la lumière comme des insectes l’humanité disparait happée par les ténèbres ; en plein boom de l’interconnecté et des réseaux sociaux l’homme qui proclame j’existe se voit irrémédiablement effacé du monde ; la femme médecin est incapable de réaction sensée dès lors qu’elle perd son gosse, le projectionniste est en sursis dès lors qu’il sort de sa cabine de projection, le présentateur TV vedette est perdu sans sa miss météo. D’ailleurs le “basculement” s’opère pendant la météo, comme quoi l’homme ne prévoit jamais le pire. Le chaos grandit partout, l’univers palpite et grossit d'excroissances ténébreuses qui détruisent l’homme. Dans cette obscurité s’échafaudent les théories les plus insensées quand à la cause de tout ceci, mais dans un final certes naïf (le petit enfant noir avec la petite biatch blanche) c’est l’enfant et sa capacité à accepter le monde tel qu’il est qui survit. Tout en symbole et en clarté. Pas mal pour un film sur l’obscurité.

 

En attendant Heissel et l’Antéchrist,


 

NB.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 10:21

Publié dans : Corpus Filmi
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