L’ETRANGE FESTIVAL DE NORMAN BATES CHAPITRE FINAL : Qu’est ce que la réalité nous a apportée ?

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

 

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[Photo : "Mon dernier Chabrol" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

Le week end à été très chargé à l’étrange : les plus gros films étaient diffusés en guise de bouquet final, et très tôt les séances furent complètes (nous partîmes plus de 5000 !). Il faut dire qu’entre la réputation sulfureuse de A SERBIAN FILM ou la frustration indue par l’attente d’une hypothétique sortie en salles de RUBBER ont fait monter l’audimat en flèche. Et que dire du très attendu MONSTERS qui fait saliver tous les geeks du monde alors que la sortie en salles n’est prévue qu’en décembre... Ce dernier week end sera pourtant le théâtre de bien des rebondissements : entre les films ultra attendus qui déçoivent et les films qu’on attendaient pas qui surprennent, entre les stars croisées dans les couloirs et celles qui ne sont pas là au dernier moment, ce dernier chapitre promet d’être palpitant et haut en couleur.



A SERBIAN FILM de Srdjan Spasojevic (Serbie 2010)

Avant de parler plus avant de ce film, il faut tout de suite préciser une chose : il y a une rumeur, lancée notamment par Les Inrocks (je sais pas !) qui prétends que le film à été coproduit par le gouvernement Serbe. C’est totalement faux, c’est le scénariste en personne, présent pour la projection qui nous l’a assuré. En fait c’est même l’inverse : c’est le film le plus indépendant de Serbie puisque c’est le seul à n’avoir reçu aucune subvention alors que la loi Serbe l’impose (tout film Serbe à droit à une subvention s’il est terminé, chouette pays). Tant mieux pour tout le monde, c’est quand même plus sympa quand la politique ne se mêle pas du cinéma (la politique n’utilise le cinéma que pour de mauvaises raisons, au moins dans 99% des cas). Ceci étant dit, on va quand même parler du film.

Donc oui, je passe sur le buzz absurde, sur l’interdiction de la projection aux femmes enceintes (!) et sur la quantité de connards venus dans la salle pour voir l’objet du scandale afin de dire à leurs potes à la fin de la séance qu’ils ont “même pas eu peur” (c’est du vécu). D’ailleurs c’est sans doute les mêmes qui applaudissent pendant les scènes les plus trash, donnant à la projection un coté super malsain qui doit plus au public qu’au film...

Pour ne pas faire durer inutilement le suspense, A SERBIAN FILM c’est du vent. Le film est totalement raté, incapable d’exister en dehors de la l’ultra violence qui le caractérise. Il n’y a aucun recul, aucune subtilité, le film est totalement politique avec un message énaurme qui passe aussi finement qu’un CRS dans un camp de rom. En fait de politique c’est d’ailleurs aussi réfléchi qu’un discours de Miss France : tout ça pour dire que la guerre c’est mal ! Bah ouais coco, la guerre c’est comme se faire violer un par un par les membres de sa famille, tu la sens ma grosse métaphore ? Ou comment justifier l’injustifiable avec des formules style “plus y’a de violence dans les films, moins y’en a dans la réalité” (sorti par le scénariste du film après la séance). Et ouais c’est pratique de dire ça, mais quand on parle du film personne n’évoque la mise en scène calamiteuse, la photo ultra moche ou les acteurs en dessous de tout. Tout le monde parle de la violence du film, et c’est bien là que le bas blesse. Vous mettez un gamin avec un marteau dans les mains dans une pièce et vous observez le résultat, c’est presque plus artistique que A SERBIAN FILM. Non, ce qui est vraiment malsain dans cette histoire, c’est la réaction ou la fascination du public devant un truc pareil. Je veut bien comprendre que les mecs qui ont fait le film ont subis la guerre de plein fouet, et dieu sait que la guerre de Serbie fut un des conflits les plus horribles du monde, mais si chaque victime de la guerre commence à faire son film de merde dans son coin en le justifiant par la guerre c’est trop moche et regardez moi comme j’ai souffert, on est pas au bout de nos peines. Même Kurt Cobain a écrit une chanson sur les femmes Bosniaques ! Foutez nous la paix, on y est pour rien dans vos souffrances, on va quand même pas au cinéma pour se coltiner la misère du monde, y’a les Journaux Télévisés pour ca....


RUBBER de Quentin Dupieux (France 2009)

L’ami LJ à déjà parlé du film au moment de sa sortie à Cannes, et je suis complètement d’accord avec lui. Le film est un peu décevant, niveau mise en scène même si c’est plus beau que 90% des films français il y a quelques problèmes, notamment de sur-utilisation de focales courtes. Sinon j’aime beaucoup l’idée qu’un réalisateur de film doive empêcher le public d’aller pisser ou de manger pendant un film, voire même qu’il doive tuer les spectateurs si ils ne comprennent rien au film. Je sais j’ai vécu ça dans la séance précédente, j’aurais bien aimé qu’ils crèvent. Bref, je vous invite à vous reporter au texte de LJ.



LA BONZESSE de Francois Jouffa (France 1974)

Tiens on parlait de cinéma politique un peu plus haut : ici c’est un peu ça, en étant quelque chose de tout a fait différent dans le même temps ! Film scandaleux, censuré lors de sa sortie, jamais vu ou presque en France, La BONZESSE fut le seul film de Francois Jouffa qui nous a confié presqu’en larmes au terme de la projection que la presse et même sa famille l’avaient limite répudiés après avoir assisté à une projection. Séance riche en émotion, pour un film surprenant, véritable oeuvre d’art avant d’être un film politique.

Dieu sait que l’idéologie hippie, le bouddhisme et les périples à Katmandou ne sont pas ma tasse de thé, pourtant j’ai trouvé le film d’une justesse et d’une beauté incomparable. Sans doute parce que le film, avant d’être un requiem à la libération sexuelle et à la spiritualité est une oeuvre personnelle et sincère, dont la recherche d’une esthétique occulte tout autre point de vue scénaristique. Francois Jouffa, assistant de Francis Leroi ou de Barbet Schroeder en son temps nous avouera même regretter d’avoir trop écrit son film ! C’est quand même pas tout les jours qu’on entends ça, surtout en France, le pays ou on écrit tout parce qu’on s’imagine qu’on est des descendants des lumières, qu’on est super intellos avec nos BHL de compet’ qu’on envoie dans le monde entier donner des leçons aux gens, qu’on écrit des critiques de 15 pages sur un film qui met en scène un nazis qui fabrique des chenilles avec des vrais gens et des chiens.


Julie est une étudiante en philo qui décide après avoir lu Schopenhauer de devenir prostituée : elle contacte une célebre maquerelle  parisienne qui lui enseigne les bonnes pratiques du métier et les gestes qui sauvent. Très vite la clientèle du bordel s’entiche de cette petite nouvelle au physique de gamine qui déclame du Spinoza au lit. Cependant, le sexe pas plus que la philo ne comblent son angoisse existentielle : elle décide de partir en Inde pour se faire prêtresse, et au contact d’une culture millénaire trouver l’équilibre mystique auquel elle aspire et les réponses aux questions qui la hantent....

La majeure partie du film se déroule dans un bordel parisien, à l’époque bénite où ils étaient encore autorisés, avant que Mme Chirac ne fasse passer une loi pour les interdire (selon le réalisateur la famille Chirac avait ses habitudes dans une maison de ce genre, ceci entraînant cela). La vie de bordel est fabuleusement retranscrite, milieu de femmes expertes au caractère bien trempé qui érigeaient leur travail en artisanat du plaisir, qui entre deux salons plaisantent de demandes d’hommes particulièrement créatifs et qui s’affirment comme premières femmes libres du fait de leur pouvoir dans la cité. Premier film SM Francais, certaines scènes choquent encore aujourd’hui (et on est loin de la Serbie pourtant) de part la tristesse que dégagent certains passages. Tout est ramené au sexe, tout les petits jeux sociaux de dominations ou de pouvoir, dans un théâtre un peu absurde ou la chair est le terrain de jeux d’hommes perdus ou accomplis. Constamment bercés entre l’humour et les larmes, le spectateur s’attache à ses femmes et a leur petite vie bien plus respectable que la plupart de leurs clients. Le film ose tout mais ne se permet rien, il est d’une justesse et d’une modernité qui fait mouche même aujourd’hui. La mise en scène magistrale (rien que le générique est une leçon) et la photo toujours magnifique malgré les années subliment le personnage de la femme intelligente, belle et mystique qui est l'héroïne du film. C’est lorsqu’abusée et délaissée par les hommes avides d’argent (bon là ok c’est clairement hippie) qu’elle part à l’autre bout du monde se recueillir que le film explose dans un bouquet final qui renvoie aux fondement de toute foi : la dispersion de l’égo dans la musique du monde. Cette fin est d’une sobriété écrasante, tout en retenue et en non-dit, et elle hante longtemps après avoir quitté la salle...

En même temps le film est très paradoxal : d’un coté c’est extrêmement vulgaire, le milieu des prostituée étant rempli de personnages emblématiques et variés qui s’expriment très cruement, avec des dialogues bien gras, d’un autre coté c’est le dépouillement sacré, la spiritualité et l’intellect qui prévôt. De ces paradoxes on atteint là un des échecs du mouvement hippie, à savoir l’incapacité à traiter le mal, la perversion et l’excès. Quand la chance tourne, quand les rencontres se passent mal, c’est le tapis qu’on tire sous les pieds des personnages, le tapis qui cache le gouffre. C’est assez beau ce numéro d’équilibriste, car on tombe des deux cotés de la corde avant de faire le malin et de pouvoir dire qu’on a trouvé un sens à sa vie. La plupart des personnages sont tombés d’un coté ou de l’autre et crèvent doucement, dans cette société post soixante huitarde qui s’annonce. Ils ont loupés le train et restent là où ils sont tombés et bientôt ils crèveront sans voir qu’ils ont donnés naissance au siècle le plus individualiste de tous. C’est très émouvant dit comme ca, et en même emps ca fait New Age, oui c’est vrai, mais la très grande sincérité et la conviction emportent l'adhésion.



MONSTERS de Gareth Edwards (UK 2010)

Film évènement au buzz internet comparable au très mauvais DISTRICT 9, réalisé avec trois fois rien par des anglais inconnus et présenté en avant première ce soir, MONSTERS surfe sur la vague de politique/SF en faisant débarquer les aliens cette fois ci au Mexique. Alors oui on a droit au cliché sur les gentils mexicains pauvres exploités et les méchants américains capitalistes belliqueux, mais pas trop quand même. Le contexte politique est en effet rapidement mis de coté et n’est pas du tout utilisé comme faire valoir comme dans son grand frère et ses aliens-crevettes. Même si le scénario ultra prévisible nous déroule une romance dont la fin est connue d’avance, même si rien ne vient entacher cette mécanique ou l’on devine systématiquement le dénouement de chaque scène, MONSTERS prouve qu’il est avant tout un film de mise en scène en se payant le luxe de prendre le spectateur par surprise uniquement grâce à un montage et un rythme rarement vu dans un film de ce genre. Loin de taper dans le style docu-fiction à base de caméra à l’épaule, MONSTERS est un retour aux histoires d’aventures “pulp” des années 50, partageant de nombreuses similitudes avec un film comme LA GUERRE DES MONDES. Il n’est pas ici questions de faire des scènes catastrophes bourrées d’images de synthèses montées avec une suite de scènes de 2s, le film prend le temps d’introduire les personnages, de tisser des liens, d’observer l'environnement et de contempler la nature pour mieux faire ressortir la violence de l’invasion. Dans un scope absolument somptueux (la projection en numérique fut de toute beauté), le réalisateurs privilégie les grands plans panoramiques pour mieux utiliser ses aliens immenses qui écrasent de leur présence les pauvres humains apeurés. Les très beaux effets spéciaux  un peu cheap rappellent l'esthétique des illustrations de comics des années 50 avec ces formes poulpoïdes et tentaculaires qui se meuvent dans les cieux. La grande force et la grande réussite du film vient des ses aliens quasiment toujours hors champs, ou tapis dans l’obscurité, sans doute dû à des contraintes budgétaires fortes qui du coup sont un atout pour le film. De plus le rythme assez lent du métrage et les grands plans larges font ressortir et ressentir l’immensité de l’ennemi et la fragilité de l’homme bien plus que dans n’importe quel blockbuster mettant en scène des aliens. La force tranquille, écrasante, donne un ton désespéré au parcours des deux héros. En bref une assez bonne surprise, à voir sur grand écran uniquement.



[...]




...bon là je commence à saturer, c’est la cérémonie de clôture, on nous passe des courts métrages chiants comme la mort, ils veulent peut être qu’on parte, je sais pas, faites nous un signe, là j’ai vu une version de BUFFY réalisé par le mec qui a fait TARNATION, c’est ignoble, voire même pire que ca, c’est une meuf Chloé Sevigny qui croit que les yeux rouges dans les photos c’est des démons, maintenant on enchaîne sur un court super long ou 5 meufs bourrés se font violer pendant qu’une mère de famille n’a plus de pile dans son sex toys, j’imagine que le message du film c’est qu’un viol c’est comme un sex toys qui marche plus, enfin c’est peut être pire, je sais pas, mais là c’est trop surtout qu’avant de se faire violer le film a bien durer 20 minutes, 20 minutes de rien, d’essayage de fringue, de gens qui dansent et qui boivent, des gonzesses style SEX AND THE CITY, les pires, celles qui parlent que de fringues et de sexe sans qu’on sache vraiment si elles font la distinction entre les deux, je vais partir discrètement, oui c’est ça, je prends mon sac je me faufile, je sors, une lumière, Paris PARIS PAAAAARRRIIIIISSSSS....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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