L’ETRANGE FESTIVAL DE NORMAN BATES CHAPITRE PREMIER : Envoyez surréalisme au 81212 et terminez par dièse !

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

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[Photo:"Par mes mots" d'après le film PONTYPOOL.]

 

 

 

 

 

 

C’est la fin de mon premier week end d’ETRANGE FESTIVAL et j’ai déjà vu plus de choses intéressantes que depuis cinq ans en salles ! Je remercie sincèrement les organisateurs de prouver que monter un festival autours de films ambitieux et peu communs trouve un public, nombreux qui plus est : il faut voir la queue devant la salle projetant un obscur film muet norvégien pour s’en convaincre.  Cette année la programmation est une fois de plus alléchante : carte blanche à Jodorowski et Nicolas Winding Refn, avant première de films  à la renommée sulfureuse, projections de vieux classiques introuvables, bref on pourrait vraiment se féliciter que les vacances soient finies. Seul ombre au tableau 90% des films présentés ici ne sortiront jamais en salles en France ! C’est un véritable scandale, on prend vraiment le public pour des cons, le cinéma loin des blockbusters n’est pas réservé à un ramassis de hipsters parisiens venu applaudir des pornos suédois…

 

Sans plus attendre…

 

LE CRYPTO CINEMA D’ALEJANDRO JODOROWSKY

Sous ce titre un peu pompeux le public à droit à une étude du MAGICIEN D’OZ par le Maitre en personne : le but de la conférence est de prouver à quel point la symbolique est importante au cinéma, et ce qu’elle suggère dans les œuvres les plus classiques. Bien sur on a droit au one man show de Jodo à base de lecture de tarot, de concepts psychologiques plus ou moins fumeux et de grandes envolées lyriques avec l’accent espagnol « Yé souis lé passage lumineux qui condouit à mon moi intérieur et yé trouve lé trois concepts alchimiques classiqué qué sont l’énergie créative sexouelle, les pieds et l’intellect  etc… »  C’est plus ou moins intéressant selon que l’on adhère ou pas aux théories du bonhomme, mais c’est en tout cas très drôle de redécouvrir le MAGICIEN D’OZ avec un guide aussi charismatique. Jodorowsky à, il faut bien le reconnaitre, de grands talent d’orateur et un charisme que j’ai pu mesurer au nombre de ses groupies dans les couloirs du festival.

 

LARMES DE CLOWN de Victor Sjöström (USA 1924)

On enchaine aussitôt sur la présentation du premier film sélectionné par Jodorowsky : un film muet mettant en scène le sublimissime Lon Chaney, grand acteur/réalisateur de l’âge d’or du muet. S’il est de prime abord extrêmement déconcertant de se retrouver dans une grande salle de cinéma moderne pour visionner un film entièrement muet (même pas de musique), on s’y fait tout de même rapidement tellement le film est soigné, dans son interprétation comme dans sa mise en scène. En fait, l’absence de son arrive à se faire oublier grâce à la grande qualité du jeu de Chaney et de ses maquillages tristes ou cruels qui ne souffrent pas de la comparaison avec le joker emo-goth-fag de THE DARK KNIGHT, par exemple. Et puis la mise en scène et surtout l’éclairage d’un noir et blanc magnifique donne vie à ce tableau déchirant d’un homme qui au sommet de la gloire se retrouve abandonné et humilié (par un bourgeois évidemment) et trahi (par une femme évidemment), qui au fond du gouffre se découvre artiste et amoureux, oui, exactement comme le sublime dernier film de Blier LE BRUIT DES GLACONS (qui est toujours en salles, courrez y) et trouve dans la plus extrême misère une raison de vivre. Le dernier plan est immense et déchirant, les compositions et les transitions sont à tomber et la narration réduite à son plus simple apparat arrive avec grâce à séduire, notamment grâce à l’utilisation d’une symbolique universelle (le globe, le cœur, l’épée) qui touche encore presque 100 ans plus tard. Comme le dit Jodorowsky on est loin des jeunes américains éjaculateurs précoces qui enchainent les plans de 8 secondes frénétiquement pour essayer de faire réagir un public de geek lourdauds lobotomisés rendus insensibles à force de masturbations répétées sur des pornos sans âmes (bon ok il a peut être pas dit tout ca).

 

 THRILLER de Bo Arne Vibenius  (Suède 1974)

On continue et on avance dans le temps avec ce grand classique du « rape and revenge », choisi et présenté par Nicolas Winding Refn, le réalisateur du très beau LE GUERRIER SILENCIEUX (présenté lui aussi dans la carte blanche à Jodorowsky, il faut suivre…) dans une copie hélas pas très jolie et présentée à tort comme étant la version intégrale alors qu’il manque les scènes pornographiques (et elles sont indispensables !!). Enfin ce n’est pas trop grave, l’essentiel est là : le personnage de la femme borgne qui inspira Tarantino et Ferrara (pour l’ANGE DE LA VENGEANCE) est toujours aussi séduisante malgré les tortures qu’elle subit pendant une heure et demie. D’ailleurs ce ne sera pas la seule à être torturée, le spectateur jeune aura quand même énormément de mal avec les ralentis de 10 minutes sur fond de bruits stridents qui composent la dernière partie du film. Ces scènes ont très mal vieillies, c’est dommage pour un film qui fait montre d’un large eventail de mise en scène qui fait pénétrer dans le cauchemar vécue par l’héroïne. Ellipses partout, caméras portées, sons distordus, compositions magnifiques, la première partie du film est remarquable de courage et de sincérité, alternant scènes de cul, de tortures et de d’entrainement (splendouillettes scènes de karaté !) au combat dans un même mouvement dérisoire et désespéré qui associe l’orgasme à la vengeance, la mort et le sexe dans une danse macabre et sans dénouement heureux possible. Presque expérimental, le film peut faire penser dans ses plus extrêmes parti pris àMASSACRE A LA TRONCONNEUSE.

 

PONTYPOOL de Bruce Macdonald (Canada 2008)

Et on finit par la grosse surprise. Dans une radio, en plein hiver, au fond de l’Ontario un présentateur commence son show matinal quand d’étranges coups de fils arrivent au standard : il y a quelque chose à l’extérieur qui rampe et qui gronde, qui rend malades tout le monde et les trois personnes enfermées dans les studios par la tempête de neige n’ont que les témoignages de leurs auditeurs pour comprendre ce qu’il se passe dehors. Mais bientôt des paroles étranges, des écrivains morts, des nazis et des irakiens déferlent en torrents de paroles, la communication reine déjoue tout les enjeux, s’immisce et se déroule dans le studio entre ceux qui restent pour Voir, ceux qui ont perdu la Foi et qui subissent les tourments du Ciel, le film se déroule dans une seule pièce mais il est le déversoir de tout les maux du siècle, c’est une danse entre les nus et les morts, inspirés par les écrits de Mailer, adapté d’un bouquin de Tony Burgess, incarnés par les peurs de profanes ayant entendus des mots qu’il ne méritaient pas : Babel,  Babel, Pontypool, Pontypool, pourquoi tu ne réponds pas ?

 

Les Haïkus nous on tués. Film hallucinant, désolé mais c'est impossible à expliquer ou à résumer, c’est d’abord des flots de paroles, puis le film devient chaotique à l’extrême, les personnages semblent sortis d’hallucinations, la narration de détruit à mesure qu’elle se concrétise, puis elle explose dans un gigantesque bordel de mots et de cinéma, les caméras filment les restes, le présent est tué par la communications et le réel, les flots de mots et les flux d’infos sont des torrents qui emportent tout ce qu’il reste des choses bâties et établies, le scénario même semble être un surplus d’information  qui fait tomber le film lui-même.

 

 IL FAUT ARRETER DE COMPRENDRE : TUER VEUT DIRE EMBRASSER.

 

 

 

 

A bientôt,

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Norman Bates 06/09/2010 23:28



Salut Jeanne ! Vous avez eu de la chance d'aller à la soirée d'ouverture, ca m'interessait aussi beaucoup ! Bon festival a vous aussi !


 


Content que ca t'ai plu LJ !


 


La bises à tous !



LJ Ghost 06/09/2010 22:19



Pontypool, c'est effectivement complètement sublime !


 


Merci Norman pour la découverte !



sigismund 06/09/2010 19:08



ça fait un moment que je cherche du Bruce McDonald, il est pas vraiment distribué, je ne connais qu'une adaptation comics de l'un de ses films, ' Dance me outside', mais ça a l'air déjà bien, là,
d'après ce que vous dites , il a carrément muté.


y a pas à dire, on sent que vous avez été jeune vous aussi.



Jeanne 06/09/2010 18:04



Merci Norman pour cet article, pour moi aussi l'Etrange Festival est une épiphanie!


J'ai absolument adoré la soirée d'ouverture : le court de Winschluss et Four Lions, absolument incroyables. Prochaine étape mercredi avec Robert Mitchum est mort...


Bon festival!



Bertrand 06/09/2010 13:21



OK on va donc se tenter Pontypool, merci du tuyau.