L’ETRANGE FESTIVAL DE NORMAN BATES CHAPITRE SECOND : Pourquoi le rock’n’roll n’existe plus.

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

pontypool devo 2

[Photo : "My Name" par John Devo d'après le film PONTYPOOL.]

 

 

 

 

 

Rock’n’roll, c’est le mot. Après un lundi entièrement musical, l’étrange festival reprenait ce mardi ses diffusions, malheureusement sans votre serviteur coincé dans les transports de la jungle parisienne. Rock’n’roll jusqu’au bout puisque ce soir les films à l’honneur c’est LEMMY un documentaire sur le chanteur de Motorhead et THE RUNAWAYS, biopic sur le groupe éponyme. Mais rock’n’roll aussi les films qui disparaissent, les remplacements de dernières minutes et les imprévus qui viennent mettre un peu de piquant dans une mécanique par ailleurs fort bien huilée : ainsi ce soir on ne pourra pas voir le très rare BLACK OUT qui s'annonçait pourtant des plus intéressant. Tant pis, we love rock’n’roll après tout !


THE RUNAWAYS c’est le nom du groupe de Joan Jett, soit disant (j’en sais rien) le premier groupe de rock féminin à la charismatique chanteuse qui enflamma le monde dans les 70’s. Le biopic à vu de nez n’a pas grand chose de rock’n’roll : les deux principaux rôles sont dévolus aux deux gonzesses de TWILIGHT, la mignonne Kristen Stewart vue dans le très bon ADVENTURELAND (qui montre qu’elle sait quand même jouer un minimum) et Dakota Fanning qu’on a connus toute petite. De plus le film à été surveillé par Joan Jett elle même pour s’assurer de l'authenticité des faits (ce qui n’est jamais une bonne chose quand on veut faire un film interessant)  et le scénario écrit d'après le bouquin d’une membre du groupe. Bref, on est en droit de craindre le pire...


THE RUNAWAYS à été fondé par un producteur qui voulait proposer une alternative aux gros groupes de rocks quasiment tous masculins de la fin des années hippies : c’est lui qui a composé le groupe en allant chercher les filles dans des nights clubs. Son principale critère de séléection c’est le physique, son ambition principale étant de faire un gros coup en “vendant de la chatte”. C’est ni très rock’n’roll, ni féministe comme démarche, mais ça a eu le mérite de marcher. Le producteur en question est interprété par Michael Shannon, l’excellent Michael Shannon de BUG, un espece de David Bowie hystérique et macho qui va pousser les filles à bout alors qu’elles n’ont que 16 ans... Très vite on tombe dans le combo classique : drogue, sexe et rock’n’roll...


Autant vous dire tout de suite que le scénario n’a strictement aucun intérêt. L’histoire des Runaways est la même dans les grandes lignes que celle de n’importe quel groupe de rock qui a eu son biopic. C’est la construction classique naissance/apogée/chute avec son lot de tubes d’époques, de costumes et de clips certifiés authentiques qui feront verser une larme au fan quadragénaire. On peut donc très rapidement oublier le son (un enchaînement de musiques entendues milles fois) et  le scénario. OK. Bon ben il reste quand même pas grand chose quand on prend uns par uns les leviers de la mise en scène su septième art....


J’imagine que le principal intérêt du film doit être de voir le duo d‘actrice de TWILIGHT sniffer de la coke, se torcher le cul défoncé et pisser sur des guitares en hurlant que c’est trop rock’n’roll. De ce côté là on est tranquille le cahier des charges de la posture type est respectée : manteaux en cuirs, chaînes, doigts tendus pendant les concerts, scènes de bad trips... Ouais sauf que c’est de la posture, le film est tout sauf rock’n’roll : les filles auront beau cracher et se masturber devant la caméra, il manque l’élément essentiel pour faire un film punk et sauvage : la jouissance ! En accumulant des clichés et des détails trop vrais, en suivant une chronologie paisiblement et en adoptant une narration chiante à mourir, toute velléité artistique est anéantie. On est dans l’illustration sage, même en faisant un film pseudo féministe et choc. C’est du toc tout ça ! Il n’y a aucune ellipse, aucun mystère, aucun montage, pas de volonté de tout bousculer dans la texture même de l’image. Le film est aussi punk qu’un t-shirt Che Guevara dans une fac de lettre ! Même la photo de Benoit Debie, pourtant un des meilleurs chef op’ du monde est sage et gentillette. Bon c’est meilleur que la moyenne des films qui sortent en salles tout l’année, il y a quelques somptueuses lumières ici ou là, quelques cadrages qui sortent de l’ordinaire, mais dans l’ensemble le film est d’une pauvreté abyssale qui se fait ressentir douloureusement à partir de la seconde partie interminable. Tout est à l’image de cette scène ridicule du fer à repasser : tu sais exactement ce qu’il va se passer au moment ou elle répond au téléphone, le montage sert complètement le scénario et le fer à repasser brûle tranquillement sur le t-shirt. Tout sera du même acabit, on voit les scènes arriver à des kilomètres...


Que ce soit LEMMY ou THE RUNAWAYS, le rock’n’roll n’est pas dans la retranscription fidèle de l’existence d’une rock star ! Le rock c’est des marginaux, des rats crevés, des mecs qui  haïssent la vie, qui veulent juste baiser mais qui y arrivent difficilement, qui n’ont jamais compris dans quel monde ils vivaient ou qui l’avaient tellement bien compris qu’ils en pourrissaient sur place, dont le seul moyen de rendre la vie un peu plus belle c’était d’envoyer valser tout les codes qui maintiennent un semblant de calme là où il ne devrait y avoir que fureur... Tout ces biopics “people” et ces documentaires de chanteurs milliardaires qui se congratulent les uns les autres c’est juste l’appropriation par l’industrie du cinéma de l’industrie du disque. En économie on appelle ça une concentration verticale, et en cinéma ou en musique on appelle pas ça du rock ! On aimerait que cet esprit ravagé et désespéré ne traverse pas que les personnages de l’oeuvre, mais l’oeuvre elle même. Que ce soit plus Etrange Festival que festival de Cannes quoi...



A bientôt,




Norman Bates. 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Chabrol's not dead 28/09/2010 00:19



Cool !


le film LENNY existe aussi par ailleurs, avec Dustin Hofman dans le rôle de Lenny Bruce.



Norman Bates 13/09/2010 22:00



C'est absolument vrai ! Je corrige, mes confuses.



Chabrol's not dead 13/09/2010 14:46



C'est pas "lenny" mais Lemmy comme Lemmy Kilmister ! et pas Lenny comme Kravitz ...