LA BAIE SANGLANTE (Italie-1971): Poésie Absurde, Logique de Rêve, et Femmes Nues

Publié le par Norman Bates






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[Une photo sympa pour la nouvelle année, tirée bien sûr du film LA BAIE SANGLANTE.]




 

 

Ah l’Italie ! Ses petites ruelles fraiches et ombragées où la chaleur écrasante ne pénètre pas, où les effluves de centaines de cuisines remplissent l’air  de parfums méditerranéens, le mezzogiorno et son soleil de plomb s’abattant sur les vestiges de plus de 2000 ans d’excès en tout genre, les bordéliques rues marchandes où s’échangent des épices transportées en bateau des quatres coins de l’orient, les merveilles architecturales où l’amour se niche, la sieste l’après midi et la fiesta le soir, les femmes voluptueuses courant à moitié nues entre boites de nuit et plages ensoleillées, les écrivains conjuguant philosophie et sexualité effrénée, tout ca et bien plus vous seront offert lors de notre nouvelle soirée BON CHIC MAUVAIS GENRE #2 !

Présenté en double feature avec TENEBRES d’Argento, LA BAIE SANGLANTE a en fait de nombreux titres allant de l’absurde à l’improbable : le titre original sous lequel il a été tourné fut "Vous n’aviez qu’a pas être méchant" ou un truc du genre en italien. Il n’est jamais sorti sous ce titre, les producteurs préférant REAZIONE A CATENA (réactions en chaines) voir ECOLOGIA DEL DELITTO, écologie du délit, titre magnifique mais sans aucun rapport avec le film. Puis il est sorti aux USA sous douze titre différents, allant de LEFT HOUSE ON THE LEFT 2 ( !!) à BAY OF BLOOD justement, qui fut repris en français. Le titre le plus fidele serait Réactions En Chaîne, puisque le film met en scène une galerie de personnages qui vont tour à tour passer de victimes à bourreau pour défendre leur intérêts (financiers ou écologiques, en passant par le meurtre gratuit) dans un scénario complètement hallucinant enchainant des épisodes burlesques, érotiques, gores, terrifiants, ironiques ou naturalistes, le tout avec une bonne dose de folie communicative et une volonté d’écraser les codes du genre au rouleau compresseur. Citant tour à tour Borges ou Dante, Mario Bava signe là un de ses meilleurs films, sans doute le plus gore (il parait que Bava en avait marre que les gens lui demandent pourquoi ses films étaient moins violents que ceux d’Argento) et le plus absurde, un déluge à la fois narratif et visuel qui emporte le spectateur dans une sarabande de violence absolument hallucinante et pas toujours bien compréhensible, jeu de massacre déroutant et poétique dont le seul but semble de surenchérir dans l’absurde. Très difficile de résumer le film avec des mots tant la variété des sujets abordés tient plus d’une liste à la Prévert que du giallo classique (il y a quand même quatres scénaristes crédités), mais pour les plus jeunes qui ne connaissent pas le film, c’est quelque part entre VENDREDI 13 (dont beaucoup de scènes ont été reprises d’ailleurs) et BATTLE ROYALE (pas vraiment), à la différence que contrairement aux deux œuvres citées le film est un pur chef d’œuvre qui a d’ailleurs donné naissance au slasher américain et qui continue aujourd’hui encore d’inspirer les nouveaux standards du genre. Il y a même un petit coté soap opéra faisandé de toute beauté…

 

Visuellement, le film est là encore d’une richesse incroyable. Je ne sais pas trop par où commencer devant l’ampleur de la tache, mais du montage à la photo, tout sert le film. C’est un feu d’artifice permanent, des mouvements de caméras incroyables jusqu’aux transitions sublimissimes, des jeux sur la mise au point (rien que la transition absolument sublime où le soleil se transforme en œil vaut la vision du film) ou sur les zooms à foison (bon là c’est un peu too much quand même, mais ca a son charme j’imagine), bref on parfois l’impression d’être dans un trip sous ecstazy qui vire au cauchemar bad trip. Je peux vous assurer qu’on ne s’ennuie pas une seconde, il faut plutôt s’accrocher à son siège pour pouvoir suivre un tant soit peu le rythme pied au plancher instauré par Bava. Ca part dans tous les sens, et en même temps si possible. On retrouvera les traditionnels adolescents décérébrés venu squatter une maison abandonnée pour s’encanailler (magnifique séquence de danse), mais aussi d’autres personnages bien plus improbables comme le couple formé par un naturaliste et une voyante (Laura Betti !!) ou la comtesse acariâtre attachée à ne pas bétonner la baie. Tous ses personnages ont en commun une vision bien spécifique de la baie où ils vivent, et ils vont tous se battre pour faire valoir leur vision, comme des gamins se battant pour un jouet. Au final tout ce joyeux bordel trouve un équilibre dans un film totalement maitrisé techniquement : Bava assure la photo magnifique et le cadrage de toute beauté les doigts dans le nez, en jouant comme Argento sur le contraste des couleurs. Il ne faut pas oublier les effets spéciaux, véritable prouesse technique qui aujourd’hui encore suscitent l’admiration.

 

Avant de vous laisser découvrir le film, il faut quand même dire un petit mot de la fin, sans trop en dire pour garder la surprise, sujette à de nombreuses polémiques même chez les fans les plus hardcore. Pour certains, elle tombe comme un cheveu sur la soupe, mais personnellement je trouve que c’est une idée très belle et courageuse, qui loin de naïvement présenter l’enfance comme une période d’innocence et de bonheur, place plutôt les adultes face à leurs responsabilités, ou plutôt leur renvoient leur responsabilité en pleine face. Toutes ces gesticulations humaines, les conflits d’intérêts, la séduction et le pouvoir sont présentés comme une parade grotesque, une sorte de grand cirque dont les enfants seraient des témoins atterrés. On n’est vraiment pas loin de la comédie humaine.

 

PS : Je précise que j’ai vu une copie italienne originale du film pour rédiger cet article. Il s’agit de la version intégrale du film d’une durée de 95 minutes. Or la version qui sera projetée le 8 janvier à l’occasion de la soirée BON CIC MAUVAIS GENRE #2 est la copie neuve américaine remastérisée il y a peu et sortie en DVD dans la foulée en France, qui est elle plus courte. Il fallait que ce soit dit, et je vous encourage vivement à voir les deux versions si vous le pouvez !





Norman Bates.





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Publié dans Corpus Analogia

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