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[Photo: "Mao-Conservatisme (Ai-je Eté suffisamment Marxiste pour Vous)" par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Rosy Varte.]

 

Chers Focaliens,

 

Les indices qui font les bonnes enquêtes ne se trouvent pas uniquement dans les bas quartiers ou dans les fonds d'irish coffee tièdes des mauvais bouges de Little Dublin. Il faut parfois pousser la ballade plus loin, dans les beaux quartiers. Katrarhizina, fraichement embauchée par la rédaction pour mettre de l'ordre dans nos dossiers informatiques n'avait jamais vu le quartier du luxe et de l'ISF de notre bonne ville. C'était exactement le prétexte que je cherchais pour lever mon petit cul bien ferme, moulé par des années de soulevage de fontes et par trop de mauvais fauteuils dans des salles désaffectées.

 

 

Meryl Streep est devenue vieille, mais alors très veille et porte des vêtements totalement ringards, c'est une évidence. Mais elle a été plus que ça. Fille de commerçants modestes, elle s'engage jeune en politique. La tâche ne sera pas aisée car le milieu est vraiment macho. En épousant Monsieur Streep, grand bénêt mais héritier d'une famille industrielle, elle s'assure qu'au moins on l'écoute. Plus tard, elle prend la tête du parti. Meryl Streep, vieille, se souvient alors du chemin qu'il a fallu parcourir pour devenir première ministre, mais voilà qui pose problème. C'est  qu'elle est facilement distraite et qu'à vrai dire, elle perd un peu la boule. Son histoire se déroule dans tous les sens sans aucune cohérence... Il est décidément bien loin le temps où elle aaaaavait une fermette en Aaaaaaafrique !

 

Bougre de bougre, l'esprit humain est une chose décidément mystérieuse me dis-je en signant un autographe à l'ouvreur, sur la souche de mon ticket (un bon critique paye sa place!). En effet qu'est-ce qui peut pousser, année après année, un homme sain d'esprit à aller voir des biopics dont il  a été scientifiquement prouvé, par cette rédaction en tout cas, que 87,59% des représentants sont des oeuvres totalement nulasses et ratées ? Et bien, je vais vous le dire: c'est à cause de mon extraordinaire sens de l'empathie envers l'Humanité (j'en parlais hier), et d'une,  et aussi parce que c'est la disette cinématographique depuis 2/3 ans (ou 4/5, I can't remember, Dénisse!), et qu'il faut bien se mettre quelque chose sous la dent, surtout quand on s'est remis à son "sport" préféré, et c'est mon cas. Et puis, le cas (caca!) du biopic n'est pas encore aussi désespéré que celui du film de maladie qui lui est ultra-nullosse dans 99,69% des cas.  Il y a peu de bons biopics, mais il y en a, chez Alex Cox par exemple (le très beau SID ET NANCY). Passons.

 

J'en étais où ? Curieusement, le film m'a cueilli, telle une jouvencelle, un peu à l'envers, grâce à une petite coquetterie de générique. Pendant les logos des distributeurs et des boîtes qui ont produit la chose, on entend une fanfare anglaise qui joue dans le lointain... Quand le premier carton du générique arrive, on se dit que la musique va continuer, puis les cartons vont se succéder puis le son de la fanfare va monter et on va voir Maggie Thatcher en train de serrer des mains dans une foule. Bah non: le son s'arrête brusquement et le générique se passe dans le noir et en silence. Franchement, ça m'a fait rire, mais comme ça n'a aucun rapport avec le reste de la critique, passons.

 

LA DAME DE FER -on va déballer le cadeau tout de suite sans attendre minuit, comme ça ce sera fait- est assez différent de ses cousins dégénérés que sont les autres biopics.  D'abord, il y a une très bonne séquence d'introduction ! La première scène et les deux suivantes sont très bonnes, c'est une belle idée qui vaut bien des discours que cette petite ballade dans Londres. De retour à la maison, la thématique est posée assez vite: Maggie est seule dans une maison, mais vraiment seule. Et cette maison, c'est sa tête. Bon, comme l'essentiel du film tourne autour de sa relation à son mari, Dennis, mort des années auparavant mais avec qui Maggie discute tout le temps, évidement la belle scène à contrepieds rentre vite dans le rang, sur le registre plus attendu de "la diffculté du deuil". Mais il n'empêche, et c'est encore plus surprenant dans ce genre de film, voilà une bonne scène. Fermez le ban.

 

Pour le reste, le film se distingue sur deux points. Tout d'abord, il ne sera jamais question de politique. Mais alors jamais! Tout est survolé, et la réalisatrice montre bien qu'elle ne veut pas aborder le sujet, que ça ne l'intéresse pas. Et quand on lui demande pourquoi, elle répond: "Bon, ok, si vous voulez...", et là, elle ne fait pas du tout ce qu'on lui a dit de faire, se contentant d'emballer la chose sous l'apparence d'un féminisme hollywoodien de pacotille, lui-même complétement survolé. En gros, le seul point politique du film est: Thatcher est entrée dans la carrière par conviction, et aussi pour ne pas passer sa vie à faire des lessives et torcher le cul des gosses. C'eeeeeeest tout. basta. Finito. Adios Muchachos!

[Ce en quoi, Votre Honneur, le titre du film est plus ironique qu'il n'y parait, THE IRON LADY devant être préférentiellement traduit par LA FEMME AU FER A REPASSER. Ceci dit avec le plus grand sérieux, comme de bien entendu.]

Alors oui, il y aura de la figuration ici et là: on verra l'IRA passer en toute modestie sans s'arrêter pour dire bonjour, et on fera semblant de parler de la guerre des Malouines, etc..., mais dans l'ensemble, toutes les questions politiques sont absolument évitées. Pour ceux qui trouvent ça scandaleux, je suis désolé, mais la vie est une maladie vénérienne qui se propage par le regard, et c'est une chienne, mais c'est comme ça. Moi, c'est un parti-pris qui m'est, sur le papier, fort sympathique et je m'en expliquerais plus bas. Bonsoââââr Madââââme, bonsoâââââr messieurs.

 

ivge devo

[Photo: "I-VGE" par Dr Devo.]

 

 


Les clichés du genre ne sont pas évités, eux. On a  le droit aux images d'archives bien sûr (grossièrement déposées et déformées, sans conformation, dans le scope du cadre, ce qui nous donne des image pas au format et ultra-allongées!) et à des reconstitutions parfois grossières et assez drôles qui lorgnent sans doute inconsciemment vers le MR NICE de Bernard Rose. C'est pas nouveau nouveau. Pfff... Par contre, permettez-moi un aparté.


Dans les vrais images d'archives, on ne voit jamais la vraieThatcher de face, mais toujours de dos. Quand on la cadre de face, Maggie c'est Meryl, et pas Macha. [Insérez un rire.]  Sachant cela,  j'ai mal "lu" un plan large, dans une scène très importante du film, et ma mauvaise lecture, dont je me suis aperçu très vite, m'a permis d'avoir une des plus belles idées de mise en scène pour ce film. Je m'explique: la meilleure idée du film n'est pas dans le film, mais dans ma tête, et elle est tellement superbe que je me suis même posé la question de savoir si la réalisatrice n'y avait pas pensé elle-même, avant de (croix) gommé l'affront pour cause de repentir.

Aux 2/3 du film, Maggie va chez le médecin qu'elle essaye de bluffer sur son état mental. Et plus tard dans le film, pendant une insomnie, Maggie regarde la télé et découvre avec stupeur les images du journal télévisée. Contrechamp sur la télé où on voit ce fameux plan large ou de demi-ensemble: on y voit Maggie sur le trottoir devant le cabinet du docteur, où l'attendent des journalistes qu'elle salue de la main. Ce sont apparemment de vraies images d'archives, et là je me dis avec effroi: "La vache! C'est salaud mais c'est beau ! Le seul moment où on voit  Margaret Thatcher, la vraie Thatcher, c'est quand elle est décattie et  méconnaissable, et qu'elle sort de chez le docteur comme une viellarde complétement à l'ouest ! Ils l'ont montré de dos pendant tout le film, ou alors de face avec Streep qui enfait des tonnes (totalement en mode sketch!), ils l'ont évitée pendant une heure 10 et là, blam, coup de tonnerre, il la balance au seuil de la mort!"

Mon illusion ne va pas durer. Avant que le plan ne se termine, je comprends mon erreur: ne rêvons pas, si l'image est sans doute une image d'archive, c'est bien Meryl Streep, et non la vieille Thatcher herself ! Comme quoi le plan est bien foutu et que l'effet spécial fonctionne...

Par contre quelle dommage que ce ne fut pas le cas ! Parce que la scène n'est pas finie... On revient au champ et on voit une Meryl Thatcher saoûle, hébétée, réellement triste qui, fatiguée par 80 ans d'existence, tenant à peine debout, le visage éclairé par la télévision dit: "Mon dieu, je suis ça ? Je ne me reconnais pas!" C'est un moment important du film, je suppose.

Maintenant, imaginez mon bel effroi... Si la réalisatrice avait pris la vraie image d'archive, sans incruster Meryl Streep dedans, ça aurait été une idée sublime, sans doute la meilleure du film, par ailleurs assez médiocre, et ça aurait, par la mise en scène, donné un impact émotionnel fort (et amusant!) à cette scène-clé. On aurait vu Thatcher-la-vraie à la télé pour la première fois de face dans le film (le choc punk que j'imaginais), puis dans le champ, Streep grimé en Maggie qui dit : "Mon dieu, je ne me reconnais plus!" Ca aurait été magnifique, comme un pastiche du final du TWIN PEAKS (FIRE WALK WITH ME) de Lynch... Mais bon, cette scène est dans ma tête du coup. Fin de la digression.

 

 

Ceci dit, le film tient-il la route ?


Bon, j'ai déjà spoiler les conclusions de l'autopsie plus haut, mais revoyons ça plus dans le détail...

Même si le film se permet quelques petites coquetteries, comme des plans-douches ou des plans de détails un peu cocasses (enfin quand on ne sort pas beaucoup de chez soi)!, et ce notamment dans certaines reconstitutions (un plan vraiment magnifique en contre-plongée lors d'un meeting devant une usine où le décor ressemble vraiment à une diapo pourrie et où la réalisatrice a fait passer juste un petit filet de fumée sortant du haut-fourneau qui suggére la troisième dimension) et même si il  y a des plans larges de temps en temps, une chose est sûre: il ne faut pas être allergique aux plans serrés et aux gros plans. Business as usual, là aussi, rien de nouveau sous le soleil. La photo est souvent chichiteuse, avec son passé doré de pacotille et son gris-bleu contemporain pas intéressant pour deux sous. Dommage d'ailleurs que la lumière des scènes nocturnes notamment ne soit pas  plus expressionniste, mais bon, faut pas rêver: on est quand même dans un gros blockbuster, et moi personnellement, j'aurais quand même casé Will Smith tant qu'à faire, mais ça, c'est une autre histoire.


Donc, l'échelle de plan n'est pas terrible, le montage est quasiment inexistant, les scènes d'archives évoquent pour la plupart contexte historique  avec du Ramones en bande-son ou du sous-Clash, là aussi, baille-baille, c'est vu et archi-revu, soupira-t-il. Le pompom-pidou, ce sont les scène des années de jeunesse pré-Streep, avec une actrice qui en fait des caisses (encore plus que la vieille !) et un acteur totalement bênet pour faire son mari. La lumière de ces scènes est ignoble, aucune ne fonctionne, c'est très mal écrit, c'est un désastre. Dans le reste du film, pour ce qui est du rythme, c'est très mou, et les scènes se succèdent souvent à la va-comme-je-te-pousse dans un désordre qui aurait du être fondateur mais qui est juste feignant. Les scènes fantasmées interviennent trop sagement sans rien bousculer. (Il y a par exemple un joli truc, pendant une réunion ministérielle où Streep est assise à la table de travail, puis contrechamp sur un ministre puis on revient sur elle mais elle est à la fenêtre dans un autre axe totalement farfelu, et hop re-le ministre, et hop re-champs où, bah non, elle avait pas quitté la table, c'est rigolo!)

 

Tout cela casse le petit fantasme que le film transporte. Oui, c'est ampoulé, c'est mal écrit, mal fichu, malgré un parti pris de départ sympa, une belle scène  et un beau plan. Une allusion au DISCOURS D'UN ROI (plus intéressant que ça déjà, même si c'est aussi conservateur que le reste, une sorte de film hollywoodien assez réussi malgré quelques scènes épouvantables), gros succès mondial, file un peu la gerbe. L'opportunisme c'est bien mais bon, la pudeur, c'est bien aussi. On ne voit pas Timothy Spall, ni Peter Mullan, mais Jim Broadbent est là: bon acteur, certes, mais que c'est attendu...

   

LA DAME DE FER aurait pu être quelque chose de vraiment atypique. Censuré tout ce qui est politique est une excellente idée, et faire le moins d'Histoire possible aussi. La chose aurait été d'autant plus scandaleuse qu'on a ici (hors dictateurs) un des personnages les plus funestement important de ces 50 dernières années (avec Reagan et Madelin, rires!) qui a été le starter d'un changement de société radical qui est encore le socle notre société actuelle. Malheureusement le scénario ne vas pas aussi loin: pourquoi ne pas virer carrément les Malouines, comme l'IRA ? Pourquoi ne pas montrer que des scènes où on voit Thatcher et le gouvernement marcher dans les couloirs entre deux réunions plutôt que de nous montrer des conseils des ministres qui sont insipides ? Et pourquoi pas de grosses inexactitudes historiques ? Voilà qui aurait été sympatoche...


Car voici la recette pour faire un bon biopic: ne lisez rien sur le personnage que vous voulez adapter, rien sinon la notice ultra-courte des pages roses du "Big Larousse", comme disait Arafat. Et abandonnez toute velléités de précisions historiques. Tout les biopics ultra-documentés accouchent de films complétement à l'ouest et complètement débranchés du réel. LA MÔME n'est pas un film documenté, c'est quasiment un remake de GHOST IN TH SHELL. Ne tenez compte que de votre réflexion, de vos sentiments sur le personnage. Essayez d'imaginer sa vie privée. Il mange quoi ? Il va souvent aux toilettes ? Il va sur quels sites internet ? Il respecte les limites de vitesse ? Il porte des slips ou des boxers ? Est-ce qu'il a repis deux fois du fromage ? Et surtout, évitez au maximum d'obéir aux devoirs du genre. Si vous faîtes un biopic sur  Hendricks, ne vous croyez pas obligé de montrer des extraits de concerts. Ne lui faites toucher aucun instrument pendant deux heures.

Cette idée du biopic sain, personnel, qui joue avec l'image que le réalisateur a du personnage, voilà ce que LA DAME DE FER aurait pu être. Ca et un comédie très noire, sur la solitude et la mort, seul tabou du film, que la réalisatrice n'arrive pas à aborder.D'ailleurs la mort de Thatcher aurait du être dans le film (elle l'est un peu d'ailleurs et ça marchotte tranquilou). Quand le film est "beau", c'est presque par hasard, et ce n'est qu'une idée par-ci par-là qui vaut le jus. Mais dans l'ensemble c'est décousu et tiéde. Les quelques bons moments semblent souvent involontaires. La comédie sentimentale l'emporte sur cette comédie noire appelée de nos voeux. Reste de temps à autre notre bouche bée devant la tronche ahurie des figurants castés pour "faire anglais" mais qui se transforment en une galerie de tronches hallucinantes à la Google Images (la scène de la sortie de 10 Downing Street est complètement loupée mais très jolie et les visages sont surréalistes. Plusieur fois dans le film, j'ai pensé, à cause du ryhtme et du montage inexistant du film, au film sur la paire de fesses qui proute dans IDIOCRACY !)

On est loin de principes focaliens énoncés plus hauts, et LA DAME DE FER n'est qu'un film de plus, bien raté, qui ne cherche pas être beau, mais qui peut fasciner les pervers comme moi-même, les chasseurs de faisandé ou les amateurs de nanar. Streep, elle, si elle bousille entièrement des prises en patatant comme une furieuse et frappant le sac de sable comme un colosse black affamé de reconnaissance dans une salle de sport anonyme au fin fond du Bronx, semble quand même avoir compris que c'est une comédie, et s'en sort plutôt mieux que la moyenne, plus frontalement disons. Il aurait mieux valu confier la chose à Alex Cox ou Bernard Rose. Et si vous n'êtes pas aussi dérangé que moi, vous pouvez, largement, vous abstenir.

 

Dr Devo.


 

Ma note: 3/10 (et 4/10 pour les pervers)

Une bonne scène et demie, un petit plan qui se ballade ici et là, un rien de politique. Ca c'est bien, d'autant plus que le personnage est important. Mais c'est mou, pas beau, sans rythme et souvent répétitif. Les parties les plus vieilles de l'histoire sont immondes.  Le comique est sans doute involontaire. Reste la scène dans mon cerveau effroyable et belle !

 

 

 

 

 

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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 15:16

Publié dans : Corpus Filmi
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